L. GAUCHET. NOTE SUR LA TRIGONOMÉTRIE ETC
Méthode: par la corde, multiplier la flèche, élever la flèche au
M carré, ‘ additionner ces deux nombres et “ÿ pe O UMR diviser par 2 ‘).
Il était simple ‘dès lors d’évaleur de Fa 2 façons la surface du segment A MB, |
tant d’après la règle ci-dessus (Surface
AMP se nas, que comme
différence du secteur OA MB et du
triangle O AB; cela donne immédiatement (arc AM B'— AB). O0 A — M C?
& RU 2 carrés de la Les, 2) 4
diamètre c'est l’expression correspondant au texte de Teh’en et la formule employée par Kouo.
Si ce dernier est l’inventeur de la trigonométrie sphérique étudiée, | il trouvait donc dans les mathématiques chinoises tous les éléments de la partie de calcul, et une influence étrangère n'a pu être nécessaire que pour lui fournir les considérations préliminaires de pure
géométrie” sur la pyramide” sphérique.
D FARHEZ=TERTEÉMHRMHEÉ © ff ÉH—-mi FLE SHHUEÉÆXRX « 5 Æ 3 € = mm —.
2) L'idée de se procurer de deux façons différentes l'expression d’une même surface
Bell = + Ce
est d’ailleurs très familière aux anciens chinois (voir Z'oung Pao, tome 15, p. 541 et suiv.) ou en tirait parti spécialement pour trouver les tableaux-équations dans l’algèbre t’ien-yuen.
Fait à noter encore: à propos du problème sur le segment circulaire, le plus ancien com-; mentaire du JU É F£ 1: écrit en 263 p.C. par | {ak Licou-Hoei, parle de + + ’ ot . « a . .
division d’are “E] 5) et rappelle à ce sujet le problème da 9° livre sur la pièce de
bois cylindrique dont :un segment a ‘été scié; on croit saisir là autant d'indices montrant
la continuité de la pensée chinoise.
PAR
À la fin du XV® siècle, l'Angleterre sortait d’une double crise qui, en la forçant de se replier sur elle-même, allait lui permettre de concentrer toutes ses énergies dans l’œuvre de formation de son unité nationale et dans le développement de sa marine et de son commerce maritime. Le règne de Henri VI avait vu la fin de la domination anglaise en France, Calais excepté qui devait, sous Marre Tupor, tomber aux mains du Duc de Guise, et la guerre des Deux Roses avait porté un coup mortel à la féodalité. La bataille de Bosworth (1485) où la Rose blanche d’York s'était effacée devant la Rose rouge de Lancastre marquait une ère nouvelle. Avec l'avènement de la maison de Tudor et de son chef, le Comte de RicHmonp, qui régna sous le nom d’Hexrr VII, l'Angleterre entre dans une nouvelle phase de son histoire, au moment même où l’histoire du monde allait être renouvelée par les grandes découvertes faites sous l'égide des étendards portugais et espagnols.
Comme le Portugal, au début de la carrière du Prince Henri, l'Angleterre manquait de marine, et désireuse de prendre sa part dans la conquête des terres nouvelles, elle devait, en attendant que son énergie et sa ténacité suscitassent des Drake et des Hawkins,
se contenter d'employer les services de navigateurs étrangers.
Jean Cabot. Le 5 mars 1496, Henri VIL octroyait à Jean Cagor et à ses trois fils des Lettres patentes, à l'effet de naviguer «à l’est, à l’ouest et au nord, avec cinq navires portant pavillon anglais, pour chercher et découvrir toutes îles, contrées, régions ou provinces de païens dans n'importe quelle partie du monde». Parti de Bristol, en mai 1497, Cabot le 24 juin arrivait en Amérique. Nous ne le suivrons pas dans ses différents voyages au Nouveau Monde; l'Asie seule nous intéressant aujourd'hui.
M. Marcry cite le texte suivant du traité signé le dernier jour d'avril 1527 par Henri VIII et François 17, traité dans lequel ces deux rois menaçaient le commerce des épiceries des Portugais, dans le cas où ce peuple s’unirait à CHaRLes QUINT.
a entre «Item a été convenu de ne permettre passaige aux navires/de
anges Portugal chargés d’espiceryes et autres marchandises pour ycelles
| conduire par led. destroit (Manche) et basses regions et pays de l'Empereur, si ce n’est du commun consentement des d. sieurs Roys. — Aiïns seront les conducteurs des d. navires contraints vendre ou à tout le moins exposer en vente leurs espiceryes et autres marchandises en quelque endroit d'Angleterre ou de France, sans toutesfoys vendre entièrement en l'un des d. lieux leurs marchandises, ains icelles par égalle portion vendre et distribuer selon l'exigence et nécessité d'ung chacun des d. royaulmes, pourveu aussy que après la guerre intimée se le d. Roy de Portugal se declaire pour l’Empereur defendant son party par armes, lors il soit tenu et reputé comme un ennemy, et chacuns ses biens et subjectz venans ou trouvez ès pays et provinces des d. sieurs Roys, prinz, acquiz et detenus par droict de guerre.» 1)
Robert Thorne, En 1527, un négociant de Bristol, Robert THoNE, qui avait
vécu longtemps à Séville, en Espagne, et dont le père avait parti-
1) Navigations françaises, Paris, 1867, p. 193. Je dois dire que j’ai vainement cherché
ce texte dans les loedera de RYMER et dans la Collection de Dumont,
cipé au voyage de Jean Cabot à Terre Neuve, adressait au Roi Herr VIII une déclaration des Indes et des Terres découvertes soumises à l'Empereur et au Roi de Portugal, ainsi que des autres parties des Indes et des riches contrées à découvrir qu'il exhortait son souverain à prendre en main!). Thorne révèle le secret gardé jusqu'alors, qu'avec un petit nombre de navires, on peut découvrir de nouvelles terres et royaumes qui rapporteraient au Roi une gloire éternelle et à ses sujets des profits infinis. «Vers ces pays il y a un chemin à découvrir, celui du nord: car des quatre parties du monde, il semble que trois ont été découvertes par d’autres princes». Cette «persuasion» était accompagnée d’un livre fait par Robert Thorne en 1527, à Séville, pour le Dr. Edward Lee, ambassadeur d'Henri VIII, près de l'Empereur CuarLes Quint, donnant des renseignements sur les parties du monde découvertes par lui et le Roi de Portugal, ainsi que sur la route des Moluques par le Nord.*) Le 20 mai 1527, Henri VIII, en conséquence, expédiait de Londres à Plymouth le Mary of Guildford et le Sampson qui quittèrent ce dernier port le 10 juin pour remonter vers le nord mais qui, à cause du mauvais temps, renoncèrent à leur entreprise d'aller au Cathay.
Sous le règne d’Enouarp VI (1549), Sébastien Capor, fils de Jean, obtint une charte confirmée par Marie Tudor (1554—5) pour découvrir les terres, les pays et les îles jusqu'alors inconnus des Anglais en cherchant une route vers l'Inde et le Cathay par le nord-ouest, c’est-à-dire par l'Océan Arctique.
Evouarp VI accorda une permission à Sir Hugh Wrzrouensy et à ses compagnons de faire un voyage par mer dans des pays lointains qui leur étaient jusqu'alors inconnus <ainsi que d'y
rechercher les choses qui manquaient en Angleterre, et d'y trans-
1) HakLuyT, Navigations, I, 1809, pp. 235 seq. 2) HAKLUYT, Z. c., pp. 287 seq.
Sébastien Cabot.
Sir Hugh Willoughby,
Richard Chancellor.
porter les choses qui leur manquaient». En conséquence le 14 février 1553, il leur remettait des lettres missives «pour les rois, princes, et autres potentats habitant les parties nord-est du monde dans la direction du puissant empire de Cathay» 1).
Comme suite, un voyage fut organisé par Sébastien Cagor, «Governor of the Mystery and Company of the Merchant Adventurers of the City of London». Une flotte qui mit à la voile le 10 mai 1553 fut placée sous le commandement de Sir Hugh Willoughby qui montait la Bona Esperanza de 120 tonnes, avec l’Edward Bonaventure, de 160 tonnes, commandé par Richard Cax- CELLOR, et la Bona Confidentia, de 90 tonnes, commandée par Cornelius Durrorrn. Assailli par la tempête sur la côte de Laponie, Willoughby fit naufrage à l'embouchure de l’Arzina, avec la Bona Esperanza et la Bona Confidentia, où il périt de froid et de faim avec ses compagnons au commencement de 1554. Richard Chancellor avait été plus heureux.
C’est en effet à Richard Chancellor que revient l'honneur, imprévu d’ailleurs, de découvrir la Mer Blanche. La tempête qui l'avait séparé de Sir Hugh WicrouGuBy, conduisit son navire l’Edward Bonaventure, à Vardô, lieu du rendez-vous de l'expédition, où vainement Chancellor attendit son compagnon pendant plusieurs jours.
Chancellor se décida alors à pénétrer dans la Mer Blanche, connue alors sous le nom de baie de St. Nicolas, et mouilla à l'entrée de la Dvina, dans le petit port de Nenoksa; là il apprit des indigènes que la terre sur laquelle il venait de débarquer se nommait la Iussie ou Moscovie, sur laquelle régnait Ivan VAsiL1evITeH. Il se rendit à Moscou, à la cour de ce souverain qui lui fit bon accueil et le reuvoya l'année suivante avec des lettres pour le roi Edouard VI par lesquelles le tsar annonçait au prince anglais que
ses sujets pourraient venir faire le commerce en Russie en toute sé-
1) Calendar of State Papers. — Colon. — East-Indies, 1513—1616, p. 8.
Lu
LE DÉBUT DES ANGLAIS DANS L'EXTRÊME-ORIENT, 179 eurité et qu'il le priait d'envoyer un de ses conseillers pour traiter de cette question.
Sur ces entrefaites Edouard VI qui avait hérité de la mauvaise santé de sa mère Jane SeyMour, mourait à Greenwich le 6 juillet 1553, à l’âge de seize ans, et après quelques jours de règne de Lady Jane Grey, il était remplacé sur le trône d'Angleterre par Marie Tupor, fille de CaTHeRiNE D'ARAGON, qui l’année suivante, épousait le 25 juillet, dans la cathédrale de Winchester, le sombre Parcippe d'Espagne, fils de Charles-Quint, son cousin. Marie ne porta pas moins d'intérêt que son frère aux entreprises dans les pays lointains et en 1555—1556, elle accordait une charte à la Compagnie des «Merchant Adventurers» qui devenait la Compagnie de Moscovie ou de Russie, lui confirmant ses privilèges et lui concédant des droits dans ses futures découvertes. Ses bureaux à Londres étaient dans Seething Lane.
En 1555, une seconde expédition était envoyée en Russie, sous la conduite de Richard Chancellor lui-même, accompagné de deux agents, George KirriNeworrx et Richard Gray, avec les instructions nécessaires pour négocier les conditions de l’ouverture du commerce dans l'empire russe; ils ne devaient d’ailleurs pas perdre de vue le but du premier voyage, à savoir: «apprendre comment on pouvait se rendre de Russie au Cathay par terre ou par mer». Chancellor, bien reçu par le tsar à Moscou, obtint le monopole du commerce dans la Mer Blanche, et l'autorisation d'établir des factoreries ou des maisons de commerce à Kholmogori, Vologhda et ailleurs. «Et ainsi puissons-nous continuer trois ou quatre ans, écrit Killingworth à la Compagnie, et dans cette période nous connaîtrons le pays et les marchands, et la manière de nous mieux sauver nous-mêmes,
et où construire nos maisons, et où chercher les marchandises» 1).
1) HaxLuyT, 1589, p. 301.
Princes de Moscou.
Baron de Herberstein.
Ivan IV,
Dès 1557, ils avaient établi des factoreries à Kholmogori, Vologhda et Moscou, près de l’église St. Maxime.
La Russie traversait alors une des périodes les plus importantes de son histoire: les grands princes de Moscou ralliaient autour d'eux, de gré ou de force, les membres de la famille slave épars dans l'Europe orientale, et ils annexaient les tribus tartares qui avaient survécu de la domination de la Horde d'Or, partie de l'héritage laissé du vaste et éphémère empire créé par Tchinguiz Khan. Ivax IIL, le Grand (1462—1505), fils de Vasizr l'Aveugle, avait soumis Novgorod (1478) qui s'était donné au roi de Pologne pour échapper au joug moscovite, et réuni à son territoire les principautés de Tver, Rostov, larolav; son fils VasiLr [II Ivanovitch (1505 —1533) continua son œuvre en annexant la république de Pskov et les principautés de Riazan et de Novgorod-Severski; ce prince entretenait par des ambassades des relations avec les puissances occidentales: c'est sous son règne qu’eurent lieu les deux missions de Sicismonn, baron de HerpersreiN, né le 23 août 1486 au château de Wippach, dans le cercle d’Adelsberg, en Carniole, qui nous a laissé des notes fort intéressantes sur la Russie 1); envoyé une première fois en 1517 à Moscou par l'Empereur MaxIMiLtex, il y retourna une seconde fois en 1526 pour remercier Vasili de la mission qu'il avait expédiée en Espagne pour féliciter Charles-Quint de son élection comme Empereur?). Enfin Ivan IV Vasilievitch (1533— 1584), surnommé le Terrible, né le 25 août (4 sept.) 1530, complèta l'œuvre de ses devanciers: le 16 janvier 1547, il se faisait couronner à Moscou et prenait le titre de Tsar, et le 3 février suivant, il épousait Anasraste, fille de feu Roman Iouriévitch
Zaknarine-Kocakine %). Il tourna ses armes contre les Tartares, et
1) Rerum Moscoviticarum Commentarii... Vienne, 1549, in-fol. 2) Herberstein est mort à Vienne le 28 mars 1566. 3) Les Origines de La Russie moderne — Ivan le Terrible par K. WALISZEWSKT,
Cinquième édition. Paris, Plon, 1904, in-8.
il prenait Kazan, après un assaut terrible donné le 2 octobre 1552; deux ans plus tard, en août 1554, il devenait maître du khanat d’'Astrakhan.
C'est sur ces entrefaites que s'ouvrirent les négociations des Anglais. Chancellor ayant heureusement accompli sa mission remit à la voile pour l'Angleterre le 20 juillet 1556 avec son propre navire l'Ædward Bonaventure, les deux vaisseaux de Willoughby, la Bona Speranza et la Bona Confidentia, restitués par les Moscovites, et enfin le Philip and Mary récemment arrivé d'Angleterre; il emmenait avec lui Osep Grigorievitch Nepréia, namiéstnik (lieutenant) de Vologhda, le premier ambassadeur de Russie en Angleterre, et il rapportait pour plus de £ 20.000 de fourrures et autres marchandises. Les deux navires de Willoughby disparurent en route, et le 10 novembre, l'Edward Bonaventure, fit naufrage sur la côte d’Aberdeenshire dans Pitsligo Bay: Chancellor et son fils ainsi que plusieurs Russes périrent; Nepiéia échappa avec peine au désastre, en perdant tout ce qu'il possédait, et il arriva en février 1557 à Londres où il fut accueilli magnifiquement; le roi Philippe le reçut en audience en mars.
La Compagnie se décida à organiser pour la Russie une nouvelle expédition qui fut placée sous les ordres d’un homme expérimenté, Anthony Jenkinsox, originaire de Northamptonshire, qui, depuis 1546, avait parcouru, non seulement toute l'Europe, mais aussi les iles de la Méditerranée, la Syrie, la Palestine, Alger, Tunis, Tripoli, la Norvége et le Pays des Samoyèdes, la Mer Caspienne, etc. °)
L'ambassadeur russe était porteur d’une lettre de Philippe et de
1) The name of such countries as 1, Anthonie [enkinson, baue trauelled vnto, from the second of October 1546, at which time I made my first voiage out of England, vatill the yeere of our Lord 1572, when I returned last out of Russia. Pages 341—3453, Il Early Voyages and Travels to Russia and Persia by Anthony Jenkinson. — Edited by E. Delmar Morgan and C. H. Coote. London, Hakluyt Society, 1886, 2 vol. in-8.
Nepiéia.
Premier Voyage de Jenkinson (1557).
Marie, pour Ivan IV, datée de Westminster, avril 1557, et il devait donuer tous les détails relatifs au traité de commerce; les souverains anglais faisaient des voeux pour la prospérité du tsar et le développement de la religion catholique; les négociants des deux pays devaient jouir de priviléges égaux de liberté du commerce et de protection ?). La Compagnie qui avait déjà fait l'essai du commerce russe embarqua une grande quantité de draps et d'autres marchandises anglaises et des ouvriers pour installer une corderie à Kholmogori, ainsi que dix jeunes apprentis destinés à apprendre le commerce et à fournir des renseignements sur le pays. La flotte qui comprenait la Moble Primrose, lancée à Deptford le 6 juillet 1551, portant Jenkinson et Nepiéïa, le John Evangelist, V'Anne et la Trinity, mit à la voile de Gravesend le 12 mai 1557 et jeta l'ancre à St. Nicolas le 12 juillet.
Tandis que l'ambassadeur russe avec des Anglais destinés au service de l'Empereur débarquaient et remontaient la Dvina en bateau, Jenkinson surveillait le déchargement des marchandises, puis l'embarquement de la cargaison à destination de l'Angleterre, et se rendait ensuite par eau à Kholmogori, au sud-est d'Arkhangel bâti plus tard en 1584, dans une île formée par les deux bras de la Dvina septentrionale, et à Vologhda où il prit la route de terre pour Moscou.
Le 23 avril 1558, muni de lettres du Tsar, Jenkinson avec Richard ?) et Robert Jonnson, se met en route pour le Cathay; passe à Nijni Novgorod, descend la Volga avec le nouveau gouverneur d’Astrakhan, arrive à Kazan le 29 mai; il y reste quinze jours; il était le premier Anglais qui visitait cette ville; il est à Astrakhan le 14 juillet et il entre, également le premier Anglais, le ‘10 août
dans Ja Mer Caspienne d'où il débarque le 3 septembre pour se
1) Calendar of State Papers — Foreign — 1553—1558 — Many, p. 300, no. 595. 2) Ancien compagnon de Chancellor en 1553.
mettre en route (14 sept.) par le désert, au sud de l’Aral, et se rendre à Vezir, alors capitale du Qarezm, le khanat; il passe à
Urgendj, Kath et il atteint Bokhara le 23 déc. 1558.
« Ce Boghar 1), dit-il, est situé dans la partie la plus basse de tout le pays, entouré d’une haute muraille de terre, percé de plusieurs portes: il est divisé en trois quartiers, dont deux pour les rois, et le troisième pour les négociants et les marchés, et chaque spécialité a sa residence et son propre marché. La ville est très grande, et les maisons pour la plupart sont en terre, mais il y a aussi beaucoup de maisons, de temples et de monuments de pierre construits somptueusement et dorés, et spécialement des bains bâtis artificiellement qui n’ont pas leurs pareils dans le monde: il serait trop long à répéter de quelle façon. Il y a une petite rivière traversant le milieu de la ville, mais son eau est malsaine, car elle fait naître dans les hommes qui la boivent, et surtout chez ceux qui ne sont pas nés là, un ver d’une aune de long, qui réside ordinairement dans la jambe entre la peau et la chair, et on l’arrache avec grand art et adresse vers la cheville, les chirurgiens en ayant une grande habitude, et si le ver se casse quand on l’arrache, la partie meurt, et chaque jour il sort d’environ un pouce, on l’enroule jusqu’à ce qu'il soit entièrement sorti....»
Jenkinson nous dit que «le roi de Boghar n’a ni grande puissance ni richesses, ses revenus ne sont que petits, et il est entretenu pour la plus grande part par la Ville» ©).
Il ajoute :
«ll y a annuellement un grand arrivage de marchands à cette cité de Boghar, qui voyagent en grandes caravanes des pays environnants, comme l'Inde, la Perse, Balk, la Russie, avec divers autres, et dans les temps passés du Cathay, quand il y avait passage, mais ces marchands sont si misérables et pauvres, et apportent de si petites quantités de marchandises, attendant deux ou trois années pour les vendre, qu'il y a peu d'espérance qu'il y ait quelque bon com-
merce à suivre » Ÿ).
1) JENKINSON, L. c., p. 81—3.
2) JENKINSON, Z. c., p. 85. — Dans une note, Mr. Morgan écrit: « Abdullah Khan, fils de Iskender Khan, fils de Janibeg, petit-fils d’Abulkhair, est probablement le « roi » mentionné. Abdullah était à cette époque khan de Bokhara par apanage, tandis que son oncle, Pir Mahommed, occupait la place de khan suprème. Heureux dans ses guerres, Abdullah devint chef de tout le Maver-en nahr en 1583, à la mort de son père, et laissa uue grande réputation après lui ».
3) Ihid., 1. c.
Puis il cite les marchandises provenant des différents pays et voici les produits du Cathay:
« Des pays de Cathay on apporte ici en temps de paix et lorsque la route est ouverte, du musc, de la rhubarbe, du satin, du damas, et diverses autres choses; pendant que j'étais à Bokhara, il vint des caravanes de tous ces pays, excepté du Cathay, et la cause pour laquelle rien ne venait de là, était les grandes guerres qui avaient duré trois ans avant mon arrivée, et duraient encore entre deux grands pays et villes des Tartares qui sont directement sur la route entre ledit Bokhara et ledit Cathay, et certains peuples campagnards barbares, aussi bien des Gentils que des Mahométans à la frontière des dites villes. Les villes sont appelées Tachkend (Taskent) et Kachgar (Caskayre), et les gens qui font la guerre contre Tachkend sont appelés Cassaks de la loi de Mahomet, et ceux qui font la guerre au dit pays de Kachgar, sont appelés Kings (? Kirghiz), Gentils et idolätres. Ces deux nations barbares sont de grande force, vivant dans les champs sans maison ou ville, et ont presque subjugué les villes susdites, et ainsi coupé Ja route de telle manière qu'il est impossible pour une caravane de passer sans être pillée, en sorte que dans les trois années avant notre arrivée, aucune caravane n'était partie, et n’avait fait le commerce entre Bokhara et Cathay, et quand le chemin est libre, le voyage est de neuf mois» !).
Richard Johnson qui était à Bokhara avec Jenkinson avait de son côté recueilli des renseignements de Russes et autres étrangers; un Tartare nommé SarNicHoke comptait 30 jours de Bokhara à Kachgar et 30 jours de cette dernière ville au Cathay ?); un autre négociant tartare comptait 14 jours de Bokhara à Tachkend, 7 jours de Tachkend à Uzkend, d'Uzkend à Kachgar, 20 jours; de Kachgar à Sou Tcheou, frontière du Cathay, 30 jours; de Sou Tcheou (Sowchick) à Kan Tcheou (Camchick) 5 jours, et de Kan Tcheou au Cathay, deux mois de voyage, «toute la route étant habitée, tempérée et bien pourvue de fruits innombrables, et la ville principale dans ce pays entier est appelée Khan-baliq (Cambuloo) qui est encore à dix jours de Cathay. Au delà de cette terre de Cathay qu'il loue pour être policée et extrêmement riche, est le pays nommé en langue
tartare Cara-calmack, habitée par un peuple noir; mais au Cathay
l) JENKINSON, Z. c., pp. 90—2.
2) Ibid, p. 101,
dont la plus grande partie s'étend jusqu'au soleil levant, les gens sont blancs et d’un teint clair. Leur religion aussi suivant ce que les Tartares rapportent est chrétienne, ou à la manière chrétienne, et leur langue spéciale, différant de la langue tartare» ?).
Le marchand persan Hapsr Manomer comptait d’Aqgsou à Koutcha, 20 jours; de Koutcha à Karachahr, 10 jours; de Karachahr à Tourfan, 10 jours; de Tourfan à Qomoul (Hami), 13 jours; de Qomoul à Sou Tcheou, 15 jours; de Sou Tcheou à Kao-tai (entre Kan Teheou et Sou Tcheou), 5 jours et de Kao-tai à Campion, dans la province de Tangout, d'où vient la plus grande partie de la rhubarbe, 6 jours ?).
Au bout de trois mois et demi de séjour à Bokhara, Jenkinson voyant qu'il ne pourrait continuer son voyage jusqu’au Cathay, se décida à revenir sur ses pas, par la même route, abandonnant l'idée de traverser la Perse. Il quitta Bokhara le 8 mars 1559 avec une caravane de 600 chameaux, repassa par la Caspienne et Astrakhan; remonta la Volga et arriva à Moscou le 2 septembre après une absence d’une année, cinq mois et neuf jours, avec six ambassadeurs tartares et vingt-cinq esclaves russes libérés; bien accueilli par le Tsar, Jenkinson resta à Moscou jusqu’au 17 février; il arriva à Kholmogori le 9 mai 1560 et rentra en Angleterre avec Henry Lane, agent de la Compagnie de Moscovie, résidant à Vologhda; Lane avait accompagné Chancellor lors de son second voyage en 1555 et s'était rendu avec lui à Moscou.
Pendant son voyage, la catholique Marie Tudor, était morte et elle avait été remplacée sur le trône d'Angleterre le 17 novembre 1558 par sa sœur Elizabeth qui allait poursuivre sa politique en Russie.
Quoique son premier voyage ait présenté le plus vif intérêt, Jenkinson ne recueillit pas à son retour dans son pays la moindre
1) JENKINSON, Z. c., p. 102—3.
2) Tbid., 1. c., p. 107.
Deuxième voyage de Jenkinson (1561).
récompense, mais les «Merchant Adventurers» considèrèrent sans aucun doute les résultats comme satisfaisants car Jenkinson fut chargé d'une nouvelle mission au delà de la Caspienne pour essayer d'ouvrir des communications avec la Perse. Il était porteur de deux lettres de la reine d'Angleterre datées du 25 avril 1561 adressées, l’une à l'Empereur de Russie, l’autre au Sophi de Perse pour obtenir leur protection en faveur de Jenkinson; EuZABETH qui avait succédé à Marie (17 nov. 1558) rappelait à Ivan les sentiments d'amitié qu'il lui avait témoignés ainsi qu’à ses sujets et que les relations entre les deux pays avaient commencé sous le règne de son frère Edouard VI 1).
D'après les instructions (remembrance) qui furent remises le 8 mai 1561 à Jenkinson par les <Gouernours, Consuls, and Assistants of the companie of Marchants, trading into Russia», celui-ci devait se rendre à Moscou avec la lettre de la Reine, puis passer en Tartarie, en Perse, et revenir à Moscou avec des marchandises; si à l'été de 1562, il ne pouvait aller en Perse, il devait chercher un passage par la Nouvelle Zemble dont Steven BurrouGx avait entendu parler lors d’une navigation à travers le détroit de Vaigats en 1556, ou revenir en Angleterre, s'il le jugeait utile; si dans l'été de 1563, il n'y avait pas plus de chance de pénétrer en Perse, Jenkinson transporterait les marchandises en Pologne et à Constantinople.
Jenkinson s'embarqua à Gravesend sur le Swallow le 14 mai 1561; il était en juillet à Kholmogori, d'où il se rendit à Moscou où il arriva le 20 août. Il tombait en pleines fêtes; la première femme d'Ivan, Anastasie, était morte en 1560; le 26 août 1561, le souverain russe, épousait Marre, fille d'un prince circassien TeMRIOUK ; elle passait <pour avoir été aussi dévergondée dans ses moeurs que
féroce dans ses instincts» *). Fatigué d'une longue attente pour ses
1) JENKINSON, pp. 107—112, d’après HAKkLUYT, 1589, 1, p. 305, 361—2. 2) WALISZEWKI, pp. 497—8.
passeports, Jenkinson songeait à retourner en Angleterre, lorsqu'il fut retenu par son ancien compagnon, Osep Nepieïa; non seulement on lui remit ses passeports pour la Perse, mais encore, il fut chargé par le Tsar de commissions pour les princes de Circassie. Il arriva à Astrakhan le 10 juin et il mit à la voile sur la Caspienne le 15 juillet 1562; il débarquait le 1% août à Derbend, alors persan, longea la côte jusqu'à Shabran, rencontra ABpuLLan KHax et se rendit à la capitale Qazvin où il arriva le 2 novembre 1562. Tuamase 1% occupait alors le trône de Perse. Son père IsmaëL SErI, avait commencé à lutter en 1499 contre les petites dynasties qui se partageaient le pays et s'était fait proclamer Chah en 1505, créant la dynastie des Safevides (Séfides); il mourut à Ardebil en 1523 et fut remplacé par Thamasp; celui-çi fit de Qasvin, sa capitale, lorsque Tauris eut été occupé par les Tures Ottomans sous Socei1MAn II en 1531. Ce dernier voulant assurer la succession du trône à son fils Sezim qui régna effectivement de 1566 à 1574, chercha à faire périr son plus jeune fils Bayezin qui s'enfuit en Perse où Thamasp le laissa mettre à mort avec ses enfants par un agent de son père, Hassan AGua, arrivé quatre jours avant Jenkinson ; cependant d’autres historiens placent ce tragique évènement au 25 sept. 1561. Le baron de BusBecQ raconte dans ses lettres les aventures
de Bayezid jusqu’à son arrestation et il ajoute:
« C'est là où se termine l’histoire de Bajazet jusqu’à ce jour: je me félicite d’en avoir appris sûrement jusqu'aux moindres circonstances, puisque vous désiriez que je vous l’écrivisse; personne, je crois, ne peut dire positivement quel est le sort que l'avenir lui réserve, les conjectures en sont toutes bien incertaines: quelques uns disent que Soleiman lui donnera l’un des Gouvernemens qu'il a demandés, sur les confins de la Turquie & de la Perse; d’autres le comptent pour mort, & le regardent comme une victime qui sera immolée au ressentiment du Sophi, & à la colère de Soleiman; que l’un des ces Princes le fera étrangler,
ou qu'il périra misérablement dans sa prison ....» 1).
1) Lettres du Baron de Busbec, À Paris, 1748, II, p. 228.
Il est utile de noter ici ce que l'ambassadeur du Roi des Romains
a appris de la Chine; AUGER GiSLEN DE Busseck écrit (1561—62):
« Voici ce que m'a dit un certain Turc vagabond, du Royaume de Cataye & de la Ville capitale. Cet homme étoit de ceux, qui par un motif de pieté parcourent les Pays les plus éloignés, & n'honoyent Dieu que sur les montagnes, ou sur des éminences, ou dans des lieux vastes & déserts. Celui-ci avoit voyagé presque dans tout l'Orient, & s'étant associé avec des Portugais Marchands, qui alloient en Caravane en Cataye il y étoit allé aussi. Il me dit, qu'ils passerent par des routes peu pratiquées, à cause du grand nombre de voleurs qui sont dans ces Pays. Lorsqu'ils eurent quittés les Confins de Perse, ils trouvèrent deux ou trois Villes, qu’il me dit que l’on appeloit Sammercanda, Borchara & Taschan, ils entrèrent ensuite dans de grands déserts, dont une partie est habitée par des Peuples féroces & tout-à-fait incapables d'aucune société, même entr'eux, & certains Cantons par d’autres Peuples un peu plus sociables, mais les uns & les autres sont également dépourvüs de vivres. Si les voyageurs n’avoient la précaution d'en charger grand nombre de chameaux, ils coureroient les risques d'en manquer à chaque instant.
« Enfin, après plusieurs mois de marche, ayant couru mille dangers, ils arriverent aux portes du Royaume, où le Roi tient une forte garnison. Là on interroge les Marchands sur ce qu'ils portent, d’où ils viennent, & en quel nombre ils sont. Dès ce que cette garnison est informée de ce qu’elle veut sçavoir, elle en donne avis la nuit suivante à la sentinelle de la plus proche Garnison, par un fallot qu'elle allume sur une hauteur; celle-çi donne le même signal dans l'instant à la sentinelle suivante, ainsi, comme de bouche en bouche, l’arrivée de tous les Etrangers parvient au Roi dans quelques heures, tandis que le Courier le plus diligent ne pourroit le faire que dans plusieurs jours. Le Roi avec la même promptitude, & avec la même voye, répond ce qu'il juge à propos; un certain signal, signifie qu'on laisse entrer, un autre, que l'on fasse attendre, un autre, que l’on refuse l'entrée.
« Si l'entrée est permise, ils marchent sous la conduite de certains Officiers, & logent dans des hôtelleries éloignées de distance égale les unes des autres, dans lesquelles ils trouvent à juste prix tout ce qui est nécessaire pour la vie; arrivés à Mancup, il faut faire une déclaration bien exacte des Marchandises que l'on apporte, ensuite on va faire sa cour au Roi, & lui donner des présens tels qu'on le juge à propos. Il achète ce qui lui plaît, & fixe un prix pour tout le reste qu'il n'est pas permis d'excéder; il indique ensuite un jour dans lequel on expose en vente toutes les marchandises nouvellement arrivées; le commerce se fait en échange, ou en espèce; & dès que les marchands ont vendu ce qu'ils avaient apporté, on leur donne leur audience de congé; les mêmes officiers, sous la conduite desquels ils étaient arrivés, les reconduisent, & on les fait loger dans
les mêmes hôtelleries: ces Peuples ont des Préjugés si désavantageux sur les moeurs des Etrangers, qu’ils souffrent le moins qu’ils peuvent, et qu’ils restent parmi eux de peur de contracter quelques uns de leurs vices.
«Ils ont tous l'esprit vif et pénétrant, & ont de la douceur dans le caractère: ils se gouvernent dans une grande politique; leur Religion diffère également du Christianisme, du Judaïsme et du Mahométisme; aux cérémonies près cependant, elle a plus de rapport avec celle des Juifs, qu'avec les deux autres. Ils ont depuis bien des siècles l’usage de l'impression, ce qu'on voit par quelques-uns de leurs livres qui sont fort anciens, leur papier est de soye, & si fin, que l’on ne peut l’imprimer que d’un côté.
«Le Commerce le plus considérable que l’on y fait est ie Musc que lon y trouve en grande quantité; ce qu’on peut leur porter de plus précieux, ce sont des Lions. Voila tout ce que j'ai appris du Royaume de Cataye; comme je n'ai que ce vagabond de Turc pour garant de ce que je viens de vous raconter, je ne vous donne pas cette relation comme bien certaine. Je lui demandai ensuite, s’il n'avait point rapporté de ces Pays si éloignés quelques plantes rares, ou quelques fruits, ou quelques pierres; rien, me dit-il, si ce n’est cette petite racine que je porte toujours avec moi, pour m'en servir dans un besoin pressant, Quel est donc l’usage que vous en faites? lui répliquai-je. Lorsque je me trouve faible, me répondit-il, & transi de froid, j'en mache un petit morceau: sur le champ je suis réchauffé, et je recouvre mes forces. C’étoit du napel ».
Les circonstances étant peu favorables, Jenkinson se décida à quitter Qazvin le 20 mars pour rentrer dans son pays; passant à Ardebil (30 mars) il obtint d'Abdullah Khan des sauf-conduits et des priviléges pour les négociants anglais; le 30 mai, il était à Astrakhan et le 20 août à Moscou avec ses marchandises; il envoya Edward Crarke en Angleterre tandis qu'il préparait une nouvelle expédition pour la Perse avec Azcockx, Wen et CHEINIE au cours de laquelle le prenrier fut assassiné. Jenkinson lui-même était de retour à Londres le 28 septembre 1564 après une absence de plus de trois années.
Les Anglais avaient à lutter contre la concurrence étrangère et même contre celle que leur suscitait maladroitement leur propre souverain: «L'agent italien, Raphael BarBeriNi, a réussi à surprendre la reine Elizabeth en obtenant d'elle une patente; le voici qui s’em-
ploie à répandre la conviction que les Anglais ne sont que des
Ambassade de Randolph (1568).
intermédiaires, amenant sur le marché moscovite des produits d’origine hollandaise ou française» 1).
Mais Jenkinson retourne en Russie; il arrive à Moscou le 23 août 1566 et il est reçu en audience par le Tsar le 127 septembre, obtient une nouvelle charte, une augmentation des privilèges de sa Compagnie et la confirmation du monopole du commerce de la Mer Blanche à l'exclusion de tous autres étrangers ou même Anglais. Barberini n’a qu’à se retirer devant son redoutable adversaire ©).
Ivan en voulait aux Anglais de ne pas avoir accepté le projet de traité secret qu'il leur avait soumis par l'intermédiaire de Jenkinson rentré en 1567 et dans lequel il stipulait que si l’un des souverains était. obligé de fuir de son royaume, il trouverait chez l’autre un asile sûr; il avait demandé une réponse ferme qui devait lui être apportée par un ambassadeur accompagné de Jenkinson; il trouvait d’ailleurs qu'Elizabeth portait moins d'intérêt à des questions de la plus grande importance à ses yeux qu'aux entreprises commerciales. «La réponse se fit attendre longtemps. Elle tarda même tellement à venir que le commerce anglais en Moscovie eut à s'en ressentir. Coup sur coup, l'ouverture aux étrangers du port de Narva et la création, à Anvers et en Angleterre même, de plusieurs sociétés rivales menacèrent le monopole de la grande Compagnie dont Jenkinson avait si bien assuré les intérêts. En 1568, Elizabeth reconnut la nécessité de réparer le mal, et Jenkinson se trouvant indisponible pour le moment, elle se décida à lui substituer un ambassadeur de marque» #). L'ambassadeur que choisit Elizabeth était le Maître des Postes, Thomas Ranvoiru, originaire de Badlesmere, Kent: il devait se contenter de donner des assurances de bonne volonté et exposer
qu'Elizabeth considérant Ivan comme un prince sage et puissant,
1) WauiszEWSKki, L ©, p. 374.
2) JEnkiNsoN, 2. c., 1, pp. xlix—l.
8) WauiszEwski, À c., p. 876,
elle pensait que Jenkinson avait mal compris ses intentions pour un traité secret; au fond la Reine qui ignorait la situation exacte du souverain moscovite et qui soupçonnaïit peut-être les difficultés au milieu desquelles il se débattait ne se souciait nullement de s'engager à lui porter des secours l’entraînant dans des guerres difficiles et sans doute sans profit; d’ailleurs Randolph devait s’assurait des sentiments véritables du prince russe.
Une lettre d'Elizabeth de 1568 expliquait au Tsar que Jenkinson dont les services étaient utilisés ailleurs ne pouvait accompagner son ambassadeur; l'absence de son confident augmenta la mauvaise humeur d'Ivan. Randolph, accompagné de son secrétaire George TurserviLe, et des deux négociants Thomas Banxisrer et George Ducxerr mit à la voile de Harwich sur le Harry le 22 juin et il arriva à la baie de St. Nicolas le 23 juillet, d’où il se rendit à Moscou. Les affaires de la Compagnie de Moscovie étaient en piteux état: les agents au lieu de défendre ses intérêts, se faisaient accorder des priviléges personnels, et loin de combattre leurs concurrents hollandais les aidaient de tous leurs moyens: Bannister et Duckett étaient chargés de faire le jour sur leurs agissements. Malgré quelques affronts au début de son audience, Randolph fut convenablement reçu par le Tsar qui lui accorda le renouvellement des priviléges des Anglais: «interdiction du port de Narva à la nouvelle société formée en Angleterre et permission à l’ancienne de donner la chasse aux vaisseaux des autres nationalités qui s'aventureraient dans la Mer Blanche» !), et lui recommanda son sujet André Savine qu'il venait de désigner comme son ambassadeur en Angleterre. Après une mission qui, somme toute avait réussi, Randolph rentra avec Savine en Angleterre à l'automne de 1569.
Savine était porteur d'instructions de son maître relatives à un Ambassade de Savine
traité secret qui devait être renvoyé en Russie après avoir été signé 1569—1570
1) Waztszewskt, p, 377.
Dernière mission de Jenkinson.
Thomas Banuister.
Projets de mariage d’Ivan IV,
sans discussion par un ambassadeur accompagné de Jenkinson. Les négociations de Savine durèrent de juillet 1569 à mai 1570 sans résultats et l'ambassadeur russe repartit pour son pays sans Jenkinson dans l'été de 1570; il était accompagné de Daniel SyLV£sTER qui lui avait servi d’interprète, porteur d’une lettre de la Reine d’Angleterre datée de Hampton Court, 18 mai 1570, et d’un projet de traité dans lequel Elizabeth promettait à Ivan protection et hospitalité s'il était chassé de ses possessions.
Ivan, furieux, répond le 24 octobre 1570 par une lettre apportée par Sylvester dans laquelle il retire tous les priviléges accordés aux Anglais dont les propriétés en Russie étaient saisies. Pour parer ce coup Robert Besr est envoyé en Russie par voie de la Suède muni d'une lettre du 24 janvier 1571. Heureusement Jenkinson devenu libre retourne en Russie; il est reçu, après plusieurs mois d'attente, en audience par le Tsar le 23 mars 1572; après plusieurs entrevues, il réussit à apaiser la colère d’Ivan, quittant la Russie en juillet et rentrant en septembre 1572 en Angleterre. C'était la dernière visite de Jenkinson en Russie: il avait par son entreprise, son énergie, son courage, son intelligence, son habileté, ses qualités personnelles, essayé d'implanter d'une façon durable l'influence anglaise en Moscovie; ce n’est pas sa faute si son oeuvre n'eut qu'une durée éphémère. Il mourut en 1610.
D'autres expéditions eurent lieu pour établir le commerce de la Compagnie Moscovite par la Russie dont la cinquième en 1569 fut conduite par Thomas Bannisrer et la sixième et dernière eût lieu en 1579—1581.
La rupture entre l'Angleterre et la Russie allait d'ailleurs être consommée. Toujours d'humeur changeante, Ivan avait menacé de transférer le commerce de l'Empire aux Vénitiens et aux Allemands; pendant trois années les relations sont interrompues; un nouveau
caprice les fait renouer: le Tsar à défaut d’Elizabeth elle-même
songe à épouser une de ses petites cousines, Mary Hasrines, fille de Lord HunriIN@ron; un ambassadeur, Fedor Ivanovitch PissemsKk1, arrive en Angleterre en septembre 1582 chargé de faire les démarches nécessaires et aussi de conclure une alliance contre le Roi de Pologne; Elizabeth de son côté est désireuse de conserver le monopole du commerce de la Mer Blanche menacé par le Roi de Danemark; les négociations trainent sans aboutir: Pissemski se rembarque avec un envoyé d'Elizabeth, Jerome Bowss, qui, arrivé’en Russie, se montre hautain et maladroit, faisant un contraste singulier avec Jenkinson: tout traine en longueur, et la mort d’Ivan (18 mars 1584) met fin aux négociations.
«Déjà en dépit des rodomontades de Bowes, sur la rive droite de la Dvina, dans le voisinage d’un antique monastère, s'élevait une ville et se creusait un port dont les Hollandais avaient indiqué l'emplacement, où ils promettaient de rendre à la Russie une autre Narva, et où avec leur concours, d'abord exelusif, allait se centraliser le commerce maritime de l’empire, définitivement arraché au monopole britannique. C'était Arkhangelsk. Les Anglais n’y devaient arriver que plus tard et en seconde ligne. La victoire dans cette lutte, en appareuce inégale, restait à la Hollande et l’histoire de Pierre
le Grand s’en est ressentie» 1).
Du côté de la Baltique, la marche russe était endiguée par le voiévode de Transylvanie, Etienne Barnory; elle ne devait être reprise d'une manière heureuse que sous Pierre le Grand.
Les voyages de Jenkinson, de Johnson et autres agents, amenèrent la fondation en 1581 d’une Compagnie de Turquie et du Levant (Turkey and Levant Company) qui avait pour but de faire le commerce de l'Inde par l'intermédiaire de la Perse et du Golfe Persique
et faire concurrence aux Vénitiens maitres du commerce. La Charte
1) WaLISEWSKI 2. c., p. 399,
Jerome Bowes
Compagnie de Turquie et du Levant.
était accordée à Sir Edward OsBorxe, Thomas Smirx, Richard Sraper et William Garret. La Compagnie désignait et payait les ambassadeurs d'Angleterre à Constantinople dont le premier fût Sir William HArEBOURNE parti par la Great Susan, le premier navire envoyé par le nouvelle Compagnie en 1582, qui eut pour successeur Sir Edward Barron, d’abord agent de Sa Majesté près du Grand Seigneur en 1590, puis ambassadeur en 1596 qui mourut l'année suivante à trentecinq ans dans la petite île de Halki. Ces agents anglais avaient à lutter à la cour des Sultans Mourap III, successeur Se SELIM Il, (10 déc. 1574—+ 6 janvier 1595), qui fut remplacé par son fils ainé Manomer III, contre les intrigues des ambassadeurs de France et de Venise, aussi la Compagnie était-elle obligée pour se concilier les bonnes grâces des princes musulmans de leur faire de couteux cadeaux. Ses vaisseaux touchaient aux différents ports de l’Empire Ottoman, à Alexandrette, à Candie, à Chio, à Zante, etc.; ils embarquaïent de la soie, de l’indigo, des épices, mais les progrès mêmes de la navigation des Anglais devaient amener la ruine de la Compagnie. Le secret du commerce de l'Inde révélé par la capture de la Madre de Deos permit d'établir des relations directes avec les pays produeteurs et la route de Turquie devait fatalement être abandonnée le jour où la création de nouvelles compagnies utilisant une route plus directe amènerait la déchéance de l'ancienne Compagnie.
A la suite d’une pétition adressée en juin 1591 à Lord Burghley par dix-neuf négociants de Londres en tête desquels se trouvait Sir Edward Osborne, qui fut Lord Maire (1583—4), intéressés dans les affaires de Turquie et de Venise, pour obtenir le monopole de ce commerce, le 14 août 1591, Lord Burourey notait les articles auxquels devaient répondre la Compagnie de Turquie. Une conférence devait avoir lieu, par l'intermédiaire de Harbrand [ Harebourne] qui était agent à Constantinople, avec Sir Edward OsBonxe, Sir G.
Banxes, Srargr et HAMpex, pour 1° s'entendre sur les personnes
devant être appelées à faire partie de la corporation, et voir qu'ils avaient entrepris des affaires avec la Turquie, et travaillé à obtenir des priviléges des Tures. — 2. Avoir ceux qui avaient été ou étaient commerçants à Zante et Venise, et avaient eu la charge de la nouvelle taxe vénitienne. — 3. Ajouter tels autres habiles négociants qui pouvaient et voulaient supporter les charges du trafic avec la Turquie et Venise, et contribuer à l’entretien de l’agent à Constantinople. — 4. Interdire l'insertion des noms de domestiques et d’apprentis n’ayant pas de capital pour soutenir le commerce, maïs qui peuvent ensuite être indépendants de la Compagnie, et alors être capables
de s'occuper d'eux-mêmes. 1)
Le 7 janvier 1592, des patentes accordaient pour douze ans à la Levant Company comprenant 49 membres, le privilège exclusif de faire le commerce dans les Mers du Levant, la Turquie et Venise, et d'importer les petits fruits appelés «currantes», qui sont les raisins de Corinthe, et autres produits de Venise, jusqu'à ce que les nouveaux droits sur les marchandises anglaises à Venise soient retirés; ainsi que d’autres priviléges *).
Toutefois, la Reine s'était réservé le droit de rendre deux personnes indépendantes de la Compagnie, et d'annuler l'autorisation s'il n'y avait pas de profit ).
À la fin de 1604, la Compagnie de Turquie adressait une pétition pour se plaindre de la décadence de son commerce dans le Levant; l’une des causes était l’accaparement du commerce des épices, des soies, de l'indigo, et des marchandises de l'Inde, par le Commerce des Indes orientales qui les transportait directement en Angleterre au lieu de les faire passer comme jadis par la Perse en Turquie; l’autre était les droits sur les currants {).
1) Calendar of State Papers. — Domestic. — Elizabeth. — 1591—1594, pp. 88—89,
4) Calendar East-Indies 1513—1616, No. 342.
Routes du Nord-Ouest,
D'autres efforts étaient faits par l'Angleterre pour s'ouvrir une route vers le Cathay par le nord-ouest. En novembre 1566, Sir Humphrey GILBERT qui avait déjà présenté en avril avec Anthony Jenkinson une requête pour la découverte d'un passage par le nordest et avait servi en Irlande comme capitaine sous Sir Henry SioNey rédigea un second projet dans son iscourse to prove a passage to the North-West, qui ne fut publié, qu’en 1576, mais permit dès 1574 à la Reine d'adresser à la Compagnie de Moscovie une lettre portée par Frobisher pour demander que la Compagnie organise une autre expédition dans cette direction ou qu’elle transfère ses priviléges à des gens plus entreprenants. Le résultat fut que Frobisher lui-même fut chargé de l'expédition le 3 février 1575. Au nom de la «Compagnie du Cathay», à trois reprises différentes, en 1576 (Frobisher quitte sur le Gabriel la Tamise le 7 juin 1576 et rentre à Harwich le 2 octobre de la même année), 1577 (Frobisher quitte Blackwall le 26 mai 1577 et rentre le 23 septembre à Milford Haven) et 1578 (Frobisher quitte Harwich le 31 mai 1578), Sir Martin FroBIsHeR chercha cette route et ne découvrit qu'un petit passage vers l’ouest sur la côte de Labrador. Entre temps une charte avait été accordée à la Compagnie de Cathay le 17 mars 1577, Michael Lock devant être gouverneur pendant six ans et Frobisher capitaine général et amiral des navires de la Compagnie. Une quatrième expédition projetée à l'automne de 1581 par le Comte de Leicester devait être placée sous la direction de Frobisher qui l’abandonna lorsqu'on donna une direction commerciale à l’entreprise et non un but de découverte ainsi qu'il avait été convenu en février 1582; Fenrox le remplaça et mit à la voile en avril 1582. Trois autres expéditions entre 1585 et 1587, dirigées par le pilote de Limehouse John Davis (F mars 1622 à Batavia) pour la. Compagnie de Londres nommée <Fellowship for the Discovery of the N. W. Passage» ne donna
pas de résultats sérieux pas plus que ceux qui furent faits par
oo
George WaymourH en 1602 pour les Compagnies de Moscovie et de Turquie et John Knicnr en 1606, pour trouver une route plus courte que celle que les Anglais comme nous le verrons avaient dès lors prise pour se rendre aux Indes par le Cap de Bonne Espérance. Le 10 avril 1602, la Compagnie signait les articles d’une convention avec le marin George WaymourH, homme bien qualifié pour cette tâche, qui devait mettre à la voile pour le Groenland, et passer par les mers du nord-ouest au Cathay ou Chine; on lui donnait £ 100 pour ses préparatifs; il ne touchait aucun traitement, mais à son retour, il recevrait £ 500, s’il apportait la preuve qu'il était arrivé dans un port des royaumes ou empires de Cathay, Chine, ou Japon !). Il s'embarqua à Ratcliffe le 2 mai 1602, partant avec deux petits bâteaux de 70 et 60 tonnes portant en tout 35 hommes ou mousses. Dans le détroit de Hudson, une mutinerie de ses équipages, fomentée par le chapelain John CartwrienT obligea Waymouth à rentrer; il était de retour à Dartmouth en septembre. Quatre voyages furent également entrepris par Henry Hupsox après qu’il eut quitté le service de la Hollande; s’il réussit dans son dernier voyage à découvrir la baie qui porte son nom et qu'il crut être l'Océan Pacifique, il fut convaincu que si véritablement un passage existait au nord-ouest, il était situé à une latitude tellement septentrionale qu’il ne pouvait être d'aucune utilité pratique. Hudson périt misérablement en 1614. Il était réservé au norvégien Roald AMUNDSEN de résoudre le problème de nos jours; Vitus BxHrinG, Danois au service russe, ne découvrit qu’en 1728, le détroit qui fait communiquer le Pacifique avec l'Océan arctique. En 1612, cependant, sous le patronage du prince Hexry, une nouvelle expédition pour la découverte du passage du nord-ouest, fut organisée sous le commandement de Sir Thomas Burron qui mit à la voile sur la Resolution
accompagnée de la Discovery en mai et, au mois d'août, il explora
1) Calendar, 1. c., No. 303, pp. 132—133.
George Waymouth.
William Bourne.
Sir Francis Drake,
pour la première fois les côtes de la Baie de Hudson, et appela rivière Nelson d’après le commandant de son navire qui y mourut le cours d’eau qui s’y jetait; il constata qu'il n'existait aucun passage à l'ouest de la Baie et qu’il ne pouvait arriver par cette voie au Japon comme il l'avait espéré. Enfin les derniers voyages dans cette direction sont faits de 1612 à 1616 par William B4arriN qui alla périr misérablement en 1622 au siège d'Ormouz. Cette même année, en mars, mourait à Batavia, le pilote John Davis, de Limehouse, qui avait pris une part active à l'exploration des régions arctiques comme nous l'avons vu plus haut.
Un géographe anglais, William Bourxe !), énumérait dans son ouvrage À egiment of the Sea destiné à servir de guide aux pavigateurs cinq routes pour se rendre en Chine dont les trois dernières étaient encore à l'état de problème: la première route, celle des Portugais, par la pointe de Cornouaille, les Canaries, le Cap de Bonne Espérance, etc.; la deuxième route, celle du Détroit de Magellan à laquelle la circumnavigation de Drake allait donner un regain d'actualité; la troisième, vers le nord-ouest; la quatrième, par le nord-est et le nord de la Russie; eufin la cinquième, par le Nord (!).
Le 15 novembre 1577, Sir Francis Drake quittait Plymouth à bord du Pelican avec quatre navires et une pinace portant 164 hommes, mais le jour suivant le temps l'obligeait de rentrer à Falmouth puis de regagner Plymouth d'où il remit définitivement à la voile le 13 décembre; tel fut le début du premier voyage de circumnavigation des Anglais; Drake traversa le détroit
de Magellan où il pénétra le 21 août, toucha à Ternate dont le roi
1) Mort en 1588, — A Regiment of the Sea parut en 1573 et a eu de nouvelles éditions en 1580, 1584 (posthume), 1587, 1592 (corrigée par T. Hood), 1593, 1608, et 1643; les dernières éditions ne renferment pas le chapitre consacré au Cathay. L'ouvrage a été traduit en plusieurs langues, notamment en espagnol (Bilbao, 1585) et en hollandais (Amsterdam, 1609).