ARS
après avoir visité son navire s'engagea à fournir aux Anglais toute la récolte de clous-de-girofle produit par son île, doubla le Cap de Bonne Espérance et rentra enfin dans son pays le 26 septembre 1580, n'ayant plus qu'un navire le Golden Hind, l'ancien Pelican, qui avait été précédé par l’Æizabeth rentrée en juin 1578.
Le premier Anglais qui ait visité les Indes est le jésuite Thomas SrePHENS, né dans le diocèse de Salisbury en 1549, élevé au New College d'Oxford et entré au noviciat le 11 octobre 1578; il arriva le 24 octobre 1579 à Goa où il mourut en 1619; il avait été recteur du Collége des Jésuites à Salsette.
En 1583, sur les conseils d'Osborne et de Staper, le négociant de Londres Ralph Firren, et trois de ses compatriotes, John NEw- BERRY, qui avait déjà visité Ormouz, William Leepes, joaillier, et le peintre James Srory, qui resta dans un monastère d'Ormouz, quittèrent la Tamise à bord du 7yger pour se rendre aux Indes par Tripoli de Syrie, Alep, ete. par terre. Jetés en prison par les Portugais à Ormouz et à Goa, puis remis en liberté, Leedes entra au service du Grand Mogol AkBar, fils de Houmayoux, Newberry ouvrit boutique à Goa, Fitch continua ses voyages. En novembre 1586, Fitch s’embarqua au Bengale à bord d’un navire portugais qui le conduisit au royaume de Pégou, à Bassein. NanDa-Burex6, cinquième roi de la dynastie de Täungu, y régnait depuis 1581. Fitch visita successivement Rangoun, Syriam, Pégou, Chittagong (trois ans après Gasparo Bazgr, le joaillier vénitien, et vingt ans plus tard que Cesare Feoricr, également Vénitien). Le récit de ses voyages est remarquable par son exactitude.
En 1586, Thomas CavennisH suivant l’exemple de Drake prépara une grande expédition autour du monde; ce grand navigateur né vers 1555, non loin de Harwich, à Grimston Hall, paroisse de Trimley St. Martin, dans le Suffolk, s'était déjà distingué dans des
voyages en Amérique. A la tête de trois navires Desire (140 tonnes),
Thomas Stephens.
Fitch, Newberry, Leedes,
Thomas Cavendish (1586—1588).
Content (60 tonnes), Hugh Gallant (40 tonnes), Cavendish quitta le port de Londres le 10 juin 1586, et faisant relâche à Harwich et à Plymouth il partit de cette ville le 21 juillet pour son grand voyage; il passa aux Canaries, à Sierra Leone (août), à l’une des iles du Cap Vert, traversa l'Atlantique, toucha au Cap Frio, côte du Brésil (31 oct.), fit escale à l'ile St. Sébastien; en route pour le détroit de Magellan il découvrit un port qui reçut le nom de Desire d'après son navire (17 déc.); il arrive le 3 janvier 1587 au Détroit de Magellan, où il rencontre les débris des colonies établies par Pedro Sarmiento à la Ville du Roi Philippe où le plus grand nombre des malheureux Espagnols avaient péri d’inanition; il arrive le 9 janvier à cette ville qu'il baptise Town of Famine, aujourd'hui Port Famine; le 24 février, il pénétre dans le Pacifique, longe la côte du Chili, arrive à la Baie de Quintero, au sud de Valparaiso, où il est attaqué par les Espagnols, remonte à Monte Moreno, à Arica, puis au Golfe de Guayaquil, non sans combats avec les Espagnols, la côte de Guatemala, Puerto de Natividad au Mexique et capture la Santa Anna de 700 tonnes venue des Philippines avec une riche cargaison, et qu'il conduit dans le port d'Aguda Segura; il trouve à bord un pilote espagnol des Philippines, Thomas de ErsoLa, qui fut pendu par ordre de Cavendish, le 15 janvier à l’île de Capul, au sud de Luzon, un Portugais, Nicolas RoneriGo, venu de Chine, qui lui donna une grande Carte de Chine 1), deux jeunes gens du Japon et trois petits indigènes de Manille. Après avoir brûlé la Santa Anna, abandonnant le Content (il avait déjà le 7 juin, coulé le Æugh Gallant, faute d'équipage), il reprit le 19 nov. la route d'Angleterre par le Pacifique; il arrive en vue de Guam le 3 janvier 1588, passe le détroit de Lombok, longe la côte sud de Java et
traverse l'Océan indien; il passe le Cap de Bonne Espérance
1) Certeine notes or references taken out of the large map of China brought home by M. Thomas Candish 1588. (Hakluyt’s CoZZ., New ed., IV, 1811, pp. 356—7.)
le 19 mars et jette l'ancre à St. Héléne le 8 juin; en route il apprend la défaite de l’invincible Armada; il est de nouveau à Plymouth le 10 septembre 1588, étant le second Anglais ayant accompli la cireumnavigation du globe.
L'avènement d'Er1zABETH marque une date dans la politique de l'Angleterre. Protestante, elle eut immédiatement contre elle et Rome et l'Espagne. Philippe IT, époux de Marie Tudor, marchait d'accord avec l'Angleterre; il se tourna contre elle, dès qu'il fut veuf; passion religieuse doublée d’une rivalité commerciale; il poussa le Pape à sévir contre une souveraine hérétique et Pre V lança le 25 février 1570 une bulle d'excommunication contre Elizabeth dégageant ses sujets de leur fidélité à son égard. Le résultat fut tout autre qu'on avait espéré à Rome et à Madrid. Le peuple anglais se serra autour de sa Reine qui, à ses yeux, représentait l'indépendance et la grandeur du pays et commença la lutte d'où il devait sortir victorieusement après avoir écrasé ses adversaires. Elizabeth répliqua à la bulle papale par une législation pénale appliquée aux Catholiques. Le Parlement de 1571 répondit par deux statuts, l’un déclarant coupables de trahison ceux qui traitaient la Reine d'hérétique, de schismatique, ou d’usurpatrice, l’autre punissant de mort l'introduction en Angleterre de la Bulle de Pie V. C'est à cette époque, 1571, que Sir Thomas GresHaM fondait à Londres le premier Royal Exchange, à l’imitation de la Bourse d'Anvers. En 1581, Philippe IT qui, l’année précédente, avait annexé le Portugal à l'Espagne prenait le nouveau titre de Roi de Portugal et des Algarves et des Indes orientales et occidentales. Un conflit avec l'Espagne était inévitable, mais cette nation prépara pendant plusieurs années les forces considérables qu’elle devait lancer contre son ennemie dont la flotte devenait de plus en plus redoutable sous la conduite de hardis navigateurs. L'attaque de Cadix par Drake, l'occupation de Sagres
et la croisière de ce grand marin au large du Cap Saint Vincent
L'invincible Armada (1588)
retardèrent la formation de l’invincible Armada qui devait porter la terreur sur les côtes d'Angleterre; pour comble de malechance, son chef Sanra Cruz mourait le 30 janvier 1588 et il était remplacé par le Duc de Menrwa-Siponia qui n’avait ni son expérience, ni sa capacité. Enfin l’Armada quittait Lisbonne le 20 mai: elle comprenait 130 navires portant 8050 marins et 18973 soldats; assaillie par le mauvais temps, elle mouillait le 9 juin à la Corogne d'où elle remettait à la voile le 12 juillet. Les flottes ennemies se rencontrèrent dans la matinée du 21 juillet. A la tête des Anglais se trouvaient Lord Howarp De ErFINGHAM avec ses valeureux compagnons, Drake, sur la Revenge, FROBISHER, sur le Triumph, Haw- Kins, sur la Victory. Cette journée vit la ruine de la marine et le commencement de la décadence de l'Espagne; elle éclaira la triomphale victoire de la flotte construite par les Tudor.
Premier voyage [a flotte placée sous le commandement de James Lancaster se de James Lan-
caster aux Indes Orientales
Lido à capitaine Raimond, le Merchant Royal, capitaine Samuel Foxeroft,
composait des trois grands navires: Penelope, vaisseau amiral,
et l'Edward Bonaventure, capitaine M. James Lancaster; elle quitta Plymouth le 10 avril 1591, et par les Canaries, le Cap Blanc, le Cap Vert, capturant en route une caravelle portugaise se rendant de Lisbonne au Brésil à bord de laquelle ils trouvèrent «60 tonnes de vin, 1200 jarres d'huile, environ 100 jarres d'olives, quelques
barils de capres, trois <fats of peason», avec divers autres nécessités
1) The Voyages of Sir James Lancaster, Kt. to the East Indies with abstracts of voyages to the East Indies during the seventeenth century, preserved in the India Office, and the Voyage of Captain John Knight (1606), to seek the north-west passage. Edited by Clements R. Markham... Jondon, Hakluyt Society, 1877, in-8.
Vol, 56, des publications de l'Hakluyt Society. Cf. HaxLuyT, Voyages, II, 1810, pp. 686—65956, relation de Barker.
On trouvera dans l'excellent volume de MaRkHaM: À Calendar of the Ships’ Journals preserved in the India Office (written within the seventeenth century), pp. 262—2717; et A List of Ships of the East India Company (employed during the seventeenth century), pp. 295—301.
adaptés à notre voyage: lesquels vin, huile, olive et câpres valaient mieux pour nous que l'or» l), longeant la côte du Brésil, elle gagna le Cap de Bonne Espérance; de la baie de Saldanha, on renvoya en Angleterre le Merchant Royal à cause du mauvais état de santé de l'équipage, les deux autres navires continuèrent leur route le 8 septembre, passèrent près de Mozambique, arrivèrent aux Comores puis à Zanzibar, frauchirent le cap Comorin (mai 1592) manquèrent les îles Nicobar, pillant ou capturant en route des navires portugais, redescendirent à Gomes Pulo, près de Sumatra, débarquèrent à Perak; à leur voyage de retour ils visitèrent les îles Nicobar, Pointe de Galle; ils touchèrent à la baie de Delagoa (fév. 1593), doublèrent le Cap de Bonne Espérance, le 31 mars 1593, se rendirent à Sainte Hélène où ils retrouvèrent un tailleur anglais, John Segar, de Bury, dans le Suftolk, laissé dix huit mois auparavant par le Merchant Royal qui mourut huit jours après avoir revu ses compatriotes. Les Anglais quittèrent Sainte-Hélène le 12 avril 1593, pour se rendre à Pernambouc, mais la mauvaise volonté des équipages les obligea à prendre la route de l'Angleterre, toutefois la nécessité de faire des vivres les força à faire relâche aux Antilles où se termina misérablement l'expédition; ils y rencontrèrent des navires français de Dieppe; ils étaient de retour en Angleterre le Vendredi 24 mai 1594, «ayant passé dans ce voyage trois ans, six semaines et deux jours, que les Portugais exécutent en moitié moins de temps, surtout, dit Edmund Barker, d’'Ipswich, lieutenant de l’expédition *), parce que nous perdîimes le temps et la saison favorable pour se mettre en route au début du voyage. Nous comprimes dans les Indes Orientales de Portugais que nous avions pris qu'ils avaient récemment découvert la côte de Chine à la latitude de 59 degrés, trouvant la mer encore ouverte vers le nord; donnant grande espérance d'un passage
nord-est ou nord-ouest >».
1) Voyages of Sir James Lancaster, p. 2; 2) Ibid., p. 24, — Un autre récit du voyage a été laissé par Henry Mar,
Madre %e Deos 1592,
En 1592, Sir Walter Racecx reçut de la Reine Elizabeth une commission pour faire une expédition aux Indes Occidentales afin
d'intercepter les communications des Espagnols entre le Mexique et
de rar Cr dés
leur pays; en conséquence, il équipa à ses frais et avec l'argent,
de ses amis ou <adventurers» de Londres une flotte de quatorze ou quinze navires parmi lesquels figuraient deux batiments de la marine royale Garland et Foresight à la tête de laquelle fut placé Sir John Burrouen comme lieutenant général. La saison étant trop avancée et le vent peu favorable, Ralegh renonça à se rendre à Panama comme il en avait eu l'intention et divisa sa flotte entre Burrough et Sir Martin Frobisher: ce dernier devait surveiller la côte espagnole, tandis que le premier se tenant près des îles devait
fondre sur les bâtiments ennemis venant du Mexique ou des Indes
Occidentales; avant de se séparer, les deux flottes anglaises capturè-.
rent un grand navire de Biscaye, la Santa Clara, de 600 tonnes; l'amiral préposé à la défense de la côte espagnole n’osant s'éloigner, laissait sans protection les navires qui rentraient de lointains pays.
Le Roi d'Espagne sentit le danger que couraient ses flottes d'outre-mer, et ayant appris que Ralegh avait organisé une expédition contre les Indes Occidentales, il chargea Don Alonso de Baçax, frère du Marquis de Santa Cruz de poursuivre les navires anglais.
Cependant Burrough s'était dirigé vers les Açores: il apprit à
Santa Cruz, village de Flores, la plus occidentale des îles de cet.
archipel que les vaisseaux attendus venaient des Indes Orientales et non pas Occidentales. En eflet la caraque Santa Cruz ayant été
brûlée ), Burrough apprit de son commissaire, le portugais Fonseça,
qu'on attendait avant quinze jours trois grandes caraques et qu'à,
leur départ de Goa, il n'y avait pas dans ce port moins de cinq
navires de la flotte: Buen Jesus, amiral, Madre de Deos, S. Bernardo,
S. Christophoro et Santa Cruz; tous ces bâteaux devaient éviter l'escale |
1) Cf. Calendar of State Papers. — Domestic. — Elisabeth. — 15914, pp. 421—2,
de Ste. Hélène où ils pouvaient rencontrer les Anglais et faire leur eau à Angola. En conséquence Burrough disposa sa flotte du nord au sud à l’ouest de Flores, guettant du 29 juin au 3 août l’arrivée des vaisseaux portugais; à cette dernière date la Madre de Deos était signalée et la chasse commençait aussitôt; malgré la bravoure de son commandant Don Fernando de Maenpoça, la caraque était capturée et conduite à Dartmouth le 7 septembre 1592.
Don Alonso de Baçan qui n'avait pu ou su empêcher le double désastre de la Santa Cruz et de la Madre de Deos fut disgrâcié.
La prise de la Madre de Deos marque une date importante dans l'histoire des relations de l'Angleterre avec l'Asie: elle livrait aux Anglais le secret du commerce de l’Extrême-Orient qu'elle cherchait vainement depuis longtemps à surprendre: le catalogue porté à Leadenhall le 15 septembre 1592 nous indique ce que renfermait ce grand bâtiment de 1600 tonnes, long de 165 pieds, d'épices, de drogues, de soies, de calicots, ete. d’une valeur d'au moins Æ£ 150.000:
« Whereby it should seeme that the will of God for our good is (if our weaknesse could apprehend it) to haue vs communicate with them in thcse East Indian treasures, & by the erection of a lawfull traffike to better our meanes to aduance true religion and his holy seruice. The caracke being in burden by the estimation of the wise and experienced no lesse then 1600 tunnes bad full 900 of those stowed with the grosse bulke of marchandise, the rest of the tunnage being allowed, partly to the ordinance which were 32 pieces of brasse of all sorts, partly to the passengers and the victuals, which could not be any small quantity, considering the number of the persons betwixt 600 and 700, and the length of the nauigation. To giue you a taste (as it were) of the commodities, it shall suffice to deliuer you a generall particularity of them, according to the catalogue taken at Leaden hall the 15 of September 1592. Where vpon good view it was found, that the principall wares after the iewels (which were no doubt of great value, though they neuer came to light) consisted of spices, drugges, silks, calicos, quilts, carpets and colours, &c. The spices were pepper, cloues, maces, nutmegs, cinamom, greene ginger : the drugs were beniamim, frankincense, galingale, mirabolans, aloes zocotrina, camphire: the silks, damasks, taffatas, sarcenets, altobassos, that is, counterfait cloth of gold, vnwrought China silke, sleaued silke, white twisted sike, curled cypresse. The calicos were book-calicos, calico-launes, broad white calicos, fine starched calicos,
206 HENRI CORDIER. t
course white calicos, browne broad calicos, browne course calicos. There were also canopies, and course diaper-towels, quilts of course sarcenet and of calico, carpets like those of Turky; wherunto are to be added the pearle, muske, ciuet, and amber-griece. The rest of the wares were many in number, but lesse in value; as elephants teeth, porcellan vessels of China, coco-nuts, hides, ebenwood as blacke as iet, bedsteads of the same, cloth of the rindes of trees very strange for the matter, and artificiall in workemaoship. All which piles of commodities being by men of approued iudgement rated but in reasonable sort amounted to no lesse then 150000 li. sterling, which being diuided among the aduenturers (whereof her Maiesty was the chiefe) was sufficient to yeeld contentment to all parties. The cargazon being taken out, and the goods fraighted in tenne of our ships sent for London, to the end that the bignesse, heigth, length, bredth, and other dimensions of so huge a vessell might by the exact rules of Geometricall obseruations be truly taken, both for present knowledge, and deriuation also of the same vnto posterity, one M. Robert Adams, a man in his faculty of excellent skill, omitted nothing in the description, which either his arte could demonstrate, or any mans iudgement thinke woorthy the memory. After an exquisite suruey of the whole frame he found the length from the beak-head to the sterne (whereupon was erected a lanterne) to containe 165 foote. The bredth in the second close decke whereof she had three, this being the place where there was most extension of bredth, was 46 foot and 10 inches She drew in water 31 foot at her departure from Cochin in India, but not above 26 at her arriuall in Dartmouth, being lightened in her voyage by diuers meanes, some 5 foote. She caried in height 7 seuerall stories, one maine Orlop, three close decks, one fore-castle, and a spar-decke of two floores a piece. The jength of the keele was 100 foote, of the maine-mast 121 foot, and the circuite £ about at the partners 10 foote 7 inches, the maine-yard was 106 foote long. By which perfect commensuration of the parts appeareth the hugeness of the « whole, farre beyond the mould of the biggest shipping vsed among vs either for warre or receit » !).
me. En septembre 1594, les aldermen John Wars et Paul Banniw@
Lime quelques uns de leurs collègues de Londres, équipèrent trois navires
le Consent de 240 tonnes, le Salomon de 170 tonnes, et la Virgin de 60 tonnes, qu'ils placèrent sous le commandement de James Lancaster avec Edmund Barker, de Londres, et John Aupecyx, de Poplar;
la flotte portant 275 hommes et novices mit à la voile de Blackwall
1) R. HaxLuyt, Collection of Voyages, New edition, III, 1810, pp. 9—14. 2) Hanzuvr, IV, 1811, pp. 207—216.
en octobre 1594 pour Pernambouc; dans un combat livré au cours de ce voyage, Barker perdit la vie; Lancaster était de retour à Blackwall en juillet 1595; il avait capturé vingt-neuf navires ou frégates et pris Pernambouc qu'il occupa trente jours et où il s'empara d’un riche butin.
En 1599, à la suite d’un rapport dans lequel le Dr. THoRxe, résidant à Séville, marquait les avantages d'établir un commerce avec l'Inde, fournissait divers renseignements comprenant ceux qui avaient été recueillis par Lancaster, les marchands «<adventurers» de Londres se décidèrent à entreprendre une expédition, et à créer une compagnie dans le but d'ouvrir le commerce avec les Indes Orientales: une somme de Æ£ 30.000 fut immédiatement souscrite; elle ne tarda pas à s'élever à £ 72.000; le 16 octobre 1599, la reine Elizabeth approuvait la formation de la compagnie.
Quatre années après la capture du navire Madre de Deos, a lieu le premier voyage des Anglais vers la Chine avec un caractère officiel; il devait se terminer d’une manière mystérieuse et tragique.
Trois navires sous les ordres du capitaine Benjamin Woon, The Bear, The Bears Whelp et le Benjamin avaient été équipés par les marchands de Londres, Richard ALLEN et Thomas BroMrIELD, aux frais de Sir Robert DupLey principalement; pour donner à leur expédition, plus de chances de succès, les deux associés réclamèrent la protection de la Reine Elizabeth.
Le 16 juillet 1596, la 38° année de son règne, Elizabeth écrivait de son Palais de Greenwich, en latin! une lettre à l'Empereur de la Chine en faveur de Richard Allen 1) et Thos. Bromfield, marchands et citoyens de Londres, les recommandant à la protection de l'Empereur et se portant garant de leur honnêteté; elle exprime
le désir d’être renseignée par leur intermédiaire, de ces institutions
1) Ecrit A//ot et Allott par Hakluyt et Purchas; Hakluyt donne la date du 71 juillet
au lien du 16,
Rapport de Thorne, 1599.
La première
expédition anglaise vers la Chine (1596).
par lesquelles l'empire de Chine était devenu si célèbre pour l'encouragement du commerce; et en échange, elle offrait toute sa protection aux sujets de la Chine, s'ils étaient disposés à établir le
commerce avec n'importe quel port des possessions de Sa Majesté !).
Que devinrent les navires du Capitaine Wood; dans une lettre adressée de Lisbonne, le 30 sept. 1598, Gyles Van Harowicx écrit au négociant Peter Artson qu’on a des nouvelles que deux navires anglais dans l'Inde ont capturé deux bâtiments portugais, riches de trésor, se rendant de Goa en Chine et qu'on suppose qu'il s'agit du Capitaine Wood ?). D'autres détails également insuffisants nous sont fournis par une lettre interceptée écrite le 2 octobre 1601 au Roi d'Espagne et à son Conseil des Indes par le licencié ALcazar ve Virra Sexor, Auditeur de la Cour royale de St. Domingue, juge de la Commission à Puerto Rico et Capitaine-général de la Nouvelle- Andalousie, trouvée par Purchas dans les papiers de Hakluyt; cette lettre confirme la prise par Wood de trois (au lieu de deux) navires portugais, mais comment sa petite escadre à destination des Indes Orientales prit-elle la route des Indes occidentales? toujours est-il que de tous les équipages réduits par la maladie, quatre marins, Ricuann, Danter, Tomas et GEorce, seuls survécurent, et qu'après avoir abandonné leur navire, ils aborderent avec une barque à l'ile Utias, à trois lieues de Puerto Rico; les malheureux furent circonvenus par un certain Don Rodrigo de Fuentes et cinq autres bandits de son espèce qui assassinèrent Richard et Daniel et empoisonnèreut (George, tandis que Thomas réussissait à gagner Puerto Rico: cet acte de piraterie ayant été découvert, Rodrigo fut jeté en prison, mais put s'enfuir; ses complices furent condamnés à mort, mais on
ignore si la sentence fut exécutée À).
l) Calendar of State Papers, Colonial Series, East Indies, China and Japan, \513—1616, p. 98. 2) L. c., p. 99.
8) AsTLEY’s Collection, 1, pp. 252—4,
Telle fut la triste aventure de cette première expédition anglaise pour la Chine.
Lorsqu’à la suite du rapport de Thorne, les Marchands et «Adventurers» de Londres se furent décidés à créer une Compagnie, ils choisirent, ne voulant pas employer un «gentleman» mais désirant arranger leurs affaires avec des hommes de leur classe, et malgré la recommandation d'Edward MioneLsorne par le Lord Trésorier l), pour mettre à la tête de la flotte chargée d'établir le commerce avec les Indes Orientales, James Lancasrer, nommé le 10 décembre Général de la Flotte. Celle-ci était composée de: le Red Dragon, auparavant WMalice Scourge de 600 tonneaux acheté au Comte de Cumberland pour £ 3.700, avec Lancaster, l’Æector, de 300 tonnes, avec John MibeLeroN, qui mourut à Bantam en 1603, l’Ascension, de 260 tonnes, avec William Brann, la Susan, de 240 tonnes, avec John Heywarn, et le Guest, de 130 tonnes, chargé du ravitaillement; la flotte qui portait 480 hommes avait pour pilote major sur le Æed Dragon le célèbre John Davis, explorateur des régions arctiques; elle mit à la voile de Woolwich, le 13 février 1600; elle était de retour aux Downs le 11 septembre 1603.
Nous ne suivrons pas Lancaster à Atjeh et à Bantam où il laissa huit hommes et trois facteurs dont William Srarxey. Le voyage avait réussi: Lancaster fait chevalier (Sir) fit partie du Conseil des Directeurs de la Compagnie. Son expédition est le
premier des voyages séparés «Separate voyages» ainsi désignés pour
1) Minutes de la Cour: 3 oct. 1600: « Letter was read from the Lord Treasurer, who «useth much persuasion to the Company to accept of the employment » of Sir Edward Michelborne, on the voyage, as a principal commander; resolved not to employ any gentleman in any place of charge or command in the voyage; Mr. Garway requested to move the Lord Treasurer «to give them leave to sort their business with men of their own quality, and not to expect that they should make any fûrther motion of this matter to the generality lest the suspicion of the employment of gentlemen being taken hold upon, do drive a great number of the adventurers to withdraw their contributions ». Commission to Capt. Lancaster ». (Calendar State Papers. — Colon. — East Indies, 1513—1616, p. 106, No. 268.)
Premier voyage de Lancaster aux Indes Orientales pour les Marchands de Londres (1600).
les différencier des voyages en commandite «Joint Stock Voyages». £ e Le 31 décembre 1600, une charte d’incorporation était-signée of London.» Westminster pour la Compagnie des Indes orientales sous le nom de The Governour and Company of Merchants of London trading into the East Indies dont la première assemblée se tint le 25 septembre 1600 dans Founders’ Court, Lothbury. Un privilége pour quinze années était accordé par Sa Majesté à certains <Adventurers» pour la découverte du commerce pour les Indes Orientales, <c'estàa-dire à George, Comte de CumBerLanD, et deux cent quinze chevaliers, aldermen et marchands». Parmi ces noms, on lit celui de Sir Edward Michelborne. L’alderman Sir Thomas Smythe, Philpot Lane, qui devait mourir le 4 sept. 1625, est choisi comme premier gouverneur et parmi les vingt-quatre directeurs figurent James Lancaster et John Middleton!). Cette compagnie désignée sous la nom de «London East India Company» ou simplement de «the Old Company» devait durer jusqu'à son absorption en 1708 par la grande United Company of Merchants of England trading to the East. Outre la charte d'Elizabeth, sept autres chartes confirmèrent les priviléges de la Compagnie de Londres: 1° charte de Jacques 1°° du 31 mai 1609; 29 charte d'Olivier Cromwell de 1659; 3° charte de Charles II, du 3 avril 1661; 4° charte de Charles II, du 5 octobre 1677, qui outre la confirmation des priviléges, autorise la Compagnie à frapper monnaie à Bombay; 5° charte de Charles II, du 9 août 1683: 69 charte de Guillaume III et Marie, du 7 octobre
1693; 7 enfin de la série, chartes de la Reine Anne réunissant
les diverses compagnies.
Sécond ; : + r is Le second voyage aux Indes orientales organisé par la Com “séparé”
Henry 0 1) Calendar. East Indies, 1518—1616, No. 281.
Middleton 2) 2) The Voyage of Sir Henry Middleton to Bantam and the Maluco Islands; being the second voyage set forth by the Governor and Company of Merchants of London trading into the East-Indies. From the edition of 1606, — Annotated and edited by Bolton Corney. London, Hakluyt Society 1855, in-8.
ie Pret lg af
paguie fut dirigé par Henry Miopreron, de Chester, à bord du ed Dragon, ) de 600 tonnes, avec son frère David comme second; outre le Dragon, la flotte comprenait l’Æector commandé par Corraurer, l’Ascension par Roger Srires qui devait mourir à Bantam, en mars 1605, et la Susan par William KeeLiNG; ce dernier navire qui était pourri quand on l’acheta, se perdit à Bantam, lors du voyage de retour; les quatre bâtiments mirent à la voile de Gravesend, le 25 mars 1604; ils visitèrent Sumatra, Bantam, Amboine, Tidore, Ternate. Middleton fut fait chevalier à son retour à Greenwich, le 25 mai 1606.
Nous avons vu que MicuEeLBoRNe n'avait pas été agréé par la Compagnie pour son premier voyage, malgré la protection du Lord Trésorier. Nous notons dans les Minutes de la Cour de la Compagnie de 6 juillet 1601 que Sir Edw. Michelborne, Robt. Towerson, et Geo. Utley sont «disfranchised out of the freedom and privileges of this fellowship, and utterly disabled from taking any benefit or profit thereby».*) Donnant un exemple qui devait être suivi plus tard, en violation de la charte de la Compagnie, telle était l’influence de Michelborne que le 18 juin 1604 à Greenwich, qu'il obtenait pour lui et ses associés la permission (licence) + pour découvrir les contrées de Cathay, Chine, Japon, Corée, et Cambaye, et les îles et les pays adjacents, et de faire le commerce avec les habitants, malgré toute concession ou charte contraires.» #) Le 25 octobre 1605, on faisait courir le bruit que les Espagnols l'avaient rencontré en mer et l'avait massacré ainsi que ses compagnons: c'était une erreur, mais ce qui était vrai c’est que le célèbre navigateur dans les régions arctiques, John Davis, qui accompagnait
Micaersorne fut tué à bord du Tigre, le 27 décembre 1605, dans
1) Une gravure de ce navire est placée, p. 1, de la relation de Middleton. 2) Calendar of State Papers. — Colonial. — East-Indies, 1513—1616, No. 292, p. 127. 3) Zbid., No. 336, p. 141.
Sir Edward Michelborne.
John Knight (1606).
Troisième
voyage
“séparé” 1606—1609 6),
un combat avec les Japonais l); on a conservé les observations
qu'il avait faites en voyageant d'Atjeh à Ticou et Priaman, sur la
côte occidentale de Sumatra. ?) Au cours de son expédition, Michelborne se conduisit comme un véritable pirate et fit certainement du tort à la réputation anglaise par ses procédés 5): sa flotte qui
se composait de deux navires, le Tigre de 240 tonnes et le Tiger's
Whelp, quitta Cowes, dans l’île de Wight, le 1% décembre 1604;
elle était de retour à Portsmouth en juillet 1606. #)
John Knicur s'était fait connaître par un voyage qu'il avait fait au Groenland à la tête d’ure expédition danoise partie de Copenhague le 2 mai 1605 et rentrée à son port d'attache au mois d'août. L'année suivante, Knight fut choisi par l'East India Compauy pour découvrir le passage du nord-ouest et le 18 avril 1606, il mit à la voile de Gravesend sur le Æopewell de quarante tonnes. Knight périt malheureusement sur la côte de Labrador et ses compagnons gagnèrent Terre Neuve, d'où .ils rentrèrent à Dartmouth le 29 septembre 1606.°)
Le troisième voyage eut pour chefs William KEELING, qui avait remplacé à bord de l'Æector, STILES, quand celui-çi mourut à Bantam, William Hawkins qui prit le commandement de ce navire et David Middleton sur le Consent; Keeling était à bord du Dragon; ils mirent à la voile de Tilbury Hope, le 12 mars 1607 et se rendirent à Bantam d'où l’Æec!'or repartit le 5 octobre pour l’Angleterre laissant dix Anglais avec Augustine SPALDING, comme chef
pour établir une factorerie. Les profits de ce voyage furent de 234 Jo:
1) Calendar of State Papers. — Colonial, — East-Indies, 1513—1616, No. 336.
2) Ibid., No. 345, p. 143.
3) Edward Marlowe et autres écrivent de Bantam le 5 nov. 1612 à la Compagnie qu'ils ne sont pas peu ennuyés “for his practice, holding it possible that such may easily work across to this trade”, (/bid., 1. c., No. 620, p. 242).
4) Puronas, Iis Pilgrimes, 1, pp. 132—139.
5) Cf, MaRkHAM, Lancaster, pp. 281 seq.
6) Ibid, pp. 108 seq.
mt de INR
L’Ascension commandée par Alexandre Saarpeiéen, et l'Union par Richard RowLes mirent à la voile de Woolwich le 14 mars 1607—8, mais en quittant la baie de Saldanha une tempête sépara les deux navires: l'Ascension passa l’île St. Laurent, toucha les Comores, Pemba, remonta vers Socotra et Aden, puis à Moka; descendu à Socotra, l'Ascension en partit le 20 août 1609 et alla se perdre dans le golfe de Cambaye. L'Union qui avait été peu heureuse fut ravitaillée en septembre 1610 dans la baie St. Augustin, Madagascar, par Sir Henry Middleton, commandant le sixième voyage.
Le cinquième voyage ne comprenait qu’un seul navire, le Consent, de 150 tonnes, commandé par David Mrivoprerow, frère de Sir Henry, qui mit à la voile de Tilbury Hope le 12 mars 1606 et revint avec un chargement complet de clous de girofle; il avait quitté Bantam en juillet 1608 ?).
La flotte qui mit à la voile des Downs le 4 avril 1610 était commandée par Sir Henry Miopretox, à bord du Trade’s Increase, graud navire de 1100 tonnes, lancé à Deptford, en présence de Jacques 1°", accompagné du Peppercorn, 250 tonnes, capitaine Nicholas Downrow, et du Darling, 90 tonnes, suivi pour le ravitaillement de la barque Samuel, 180 tonnes; elle se rendit à la baie de Saldanha et à Madagascar où, comme nous l'avons dit, elle rencontra l'Union; elle remonta à Socotra; passa le Cap Guardafui et arriva à Aden; le Trade's Increase alla à Moka avec le Darling. Middleton arrêté fut envoyé à Sanaa d’où il réussit à s'échapper. L'expédition se rendit à Surat, Sumatra, Bantam; elle était de retour à Blackwall le 19 novembre 1613. Le Trade’s Increase s'était échoué à Bantam et avait été incendié par les Javanais pendant qu'on le
réparait; Middleton mourut de chagrin peu après.
1) Purcuas, I, pp. 228—238. — MarkHaAM, Lancaster, pp. 120 seq, 2) Purcas, I, p. 226.
3) Purcuas, I, pp. 247—274, 274—314.
Quatrième Voyage “séparé”?
Cinquième Voyage “séparé”?
Sixième Voyage “séparé”
Septieme Voyage “séparé”
Jackman et Pet,
Huitième Voyage “séparé”.
Un seul navire le Globe, commandé par Anthony HxProx, qui mit à la voile de Blackwall le 3 Janvier 1610; le marchand hollandais Pieter W. FLoris, se trouvait à bord. Le voyage dura quatre ans et huit mois environ; le Globe arriva le 20 aoùt 1615 au cap Lizard.
D'assez bonne heure les Anglais avaient songé à établir leur commerce au Japon; dans les instructions données en mai 1580, à Muscovy House, aux deux capitaines, Charles Jackmax et Arthur Per, on leur marquait: «Vous pouvez entrer dans le port de Quinsay [Hang Tcheou], la ville principale du nord de la Chine, comme je l'appelle, pour la distinguer, de l'autre mieux connue.» Puis après avoir passé l'hiver à prendre des notes on pouvait trouver l’occasion de mettre à la voile pour le Japon où des Chrétiens, des Jésuites de beaucoup de pays de la Chrétienté, et peut-être quelques Anglais dont ils pourraient obtenir des renseignements et des conseils pour leurs affaires. ?) Un voyage fut en effet entrepris pour la Compagnie de Moscovie par Pet et Jackman sur le George et le William en 1580 pour découvrir la route du Cathay par le nord-est; ils allèrent en Norvége et au Groenland, ) mais pas plus que leurs devanciers n’atteignirent la Chine.
En 1604, les navires Ærasmus et Nassau s'emparent devant Macao d'une carraque qui se rendait au Japon avec un chargement de soie et de soieries; les Anglais avaient été bien accueillis par les Chinois. {)
John Sais, né en 1579 ou 1580, originaire d’une famille du Yorkshire, fit partie du second voyage commandé par Henry Middleton,
et resta à Bantam avec Gabriel Tow£nson. Sa connaissance du com-
1) Purouas, I, pp. 314—9; Parchas donne à la suite des extraits du journal de Floris. “He arriued in England 1615 and died two Moneths after in London”.
2) Calendar State Papers. — Colon. — East Indies, 1513—1616, No. 147, pp. 61—62.
3) L. c., No. 160, p. 62.
4) L. c., No. 338, p. 142.