I. SA VIE
Liang K'i-tch'ao Zu A 4 (appellation {4 24) naquit, comme vous le dit lui-même, le 26 de la première lune, l’année Koeiyeou 7% F4 de l'Empereur T'ong-tche ff ER ce qui correspond au 23 Février 1873. C'était, dit l’auteur dans uve phrase où perce uu certain sentiment inconscient de fierté, dix ans après la chute des T'ai-p'ing à Nan-king, un an après la mort du célèbre TsexG Kouo-ran, trois ans après la guerre franco-allemande, et l’année même de la fondation du nouveau royaume d'Italie à Rome (sic) ?). Le pays qui eut l'hobnenr de donner naissance à notre lettré fut un des sept ilôts de l'estuaire du Si-kiang pH ÿL, appelé Hiongtse FE YF, à plus de sept <lis de Yai-chau fH [[], au sud de la sous-préfecture de Sin-hoei Jr fr, dans la Province du Koangtong. C'est ce qui nous explique pourquoi Liang s'appelle lui
même «homme de la campagne», autant vaut-il dire «provin-
1) Liang K'i-tch'ao a écrit lui-même, en 1902, une petite autobiographie sur ses
— » trente premières années, sous le titre de — 5 él ÿL . Elle se trouve dans C. P, XI, B, p. 160—168. Nous la suivrons d'assez près, dans la rédaction de ces quelques notes, au moins pour ce qui regarde cette période de sa vie, la complétant, au besoin, par des
détails empruntés à d’autres auteurs.
» RAY HET TSHMKFE CAS de PE 6 FLE. D KE + © M; HF HKRTRE LE à ti EEK AI GE EU HE
cial» 1). Ses parents étaient agriculteurs, mais bons lettrés. Son grand'père était bachelier et avait même failli devenir Directeur des lettrés 2). Il aimait le jeune K'i-tch'ao de préférence à ses sept autres petits-fils. Aussi ne sommes-nous pas très étonnés de voir cet enfant précoce apprendre, dès l’âge de 4 ou 5 ans, les quatre livres, le livre des annales et celui des odes sur les genoux de son grand’père aussi bien que sur ceux de sa mère. Là ne se borna pas l'oeuvre de ce vieux bachelier. Nuit et jour il lui parlait des faits et gestes des grands hommes de l'antiquité et surtout des malheurs qui s'étaient abattus sur la Chine, sous les deux dynasties des Song et des Ming. Lorsque l'enfant eut atteint l’âge de six ans, ce fut son père qui voulut se charger directement de son éducation. Il lui donna un résumé de l’histoire de Chine et lui fit finir les cinq canoniques. A huit ans, uotre futur lettré commence à essayer du pinceau, et à ueuf, il peut relier ensemble un millier de caractères. À douze ans, le voilà déjà bachelier. Puis, son grand père et ses parents lui font prendre goût à la lecture des poètes de la dynastie des T'ang, dont un des plus célèbres est Li T'ai-pé 2 ps F1 (699-782). Et le petit garçon s’y intéresse tellement que bientôt il préfère la poésie au trop prosaïque <weng-tchang».
Mais. la famille est loin d’être à l'aise. Liang n'a que les A/émoires historiques de Se-ma Ts'ien ou Æ EL et le Xi #} FH ÉK: en revanche, il possède à fond ces deux livres. Après dix-sept ou dix-huit ans, en 1908, il pouvait encore réciter de mémoire les huit ou neuf dixièmes du Che-Ki. Son père, ravi de sa jeune intelligence, lui fit cadeau du Æan-chou PE Es et du jX EE KA &:; ce qui le mit au comble de la joie.
Son père était bon, mais ferme. En dehors des classes, il l’obli-
1) & Sy À ic. P. XI, B, p. 160.
2) Cfr. P. Etienne ZI: Pratique des examens littéraires en Uhine (T'ou-sè-wè 1894), p- 12.
geait aux travaux manuels. Il ne manquait pas de le reprendre de ses moindres manquements: <Te crois-tu un enfant ordivaire?» lui disait-il souvent, «et cette phrase», ajoute Liang K'i-teh'ao, «je ne l'ai jamais oubliée».
À quinze ans, il perd sa mère, qu'il ne peut même pas revoir, car il est, en ce moment, au collège EL # ‘ét de Canton. Là, commence à se faire jour sa passion pour les Commentaires dl sh et la Littérature 5j] =. Ses études sont couronnées de succès relatif; il passe son examen de Licence en 1889. Mais, oh! insulte du sort!, il échoue, l’année suivante, à son Doctorat à Pekin. En redescendant, il passe par Chang-hai, où il achète un «Précis de Géographie» Ji ba FA HZ, qui lui donne une vague idée des différents pays du monde. En même temps, il prend connaissance des livres européens traduits en Chinois par l'Arsenal de Chang-haï (GE. ## sl X) ). Il ne regrette qu'une chose, c’est de n'être pas assez riche pour se les procurer. Ainsi donc, c'est après avoir échoué à son doctorat, que le jeune lettré se sent attiré vers les sciences européennes. L'occasion de les apprendre allait de fait se présenter bientôt.
Cette année là même il se lia d'amitié avec un de ses condisciples du Ék ÿff ##, appelé Teh'en T'ong-fou Bi jh Hj: Celui-ci lui parla avec enthousiasme du savoir du célèbre K'ang Yeou-wei, dont le premier projet de réforme venait justemeut d'être rejeté. Il u'en fallut pas davantage pour engager Liang K'i-tch'ao à se mettre, avec son ami, à l’école de cet autre illustre Cantonais. 11 dit résolument adieu au «vieux savoir» ; d'après lui, c'est «d'alors que date sa science »1), Pendant trois ans, le voilà done à l'école de K'ang Yeou-wei qui
professe dans la «Salle des dix mille végétaux» 5 À EC
Ù É ÉRAR & 4... Æ PAM RÉ &
Hi. C. P. XI, B, p. 168.
dans le quartier }$ fi H1 de Canton. Il y étudie la Psychologie de Lou Siaug-chan [PE LT (1140—1192) et de Wang Yang-ming + D HF] (1472—1528), l'histoire, les sciences européennes, la politique ete. De temps en temps on y parle de Bouddhisme.
K'ang était alors en pleine activité intellectuelle. Il s'agissait de préparer le grand coup d'état de 1898: aussi multipliait-il ses livres pour répandre ses idées. En les composant, il demandait avis à T'ongfou: «Moi, dit Liang K'’i-tch'ao, j'écoutais et ne savais pas présenter de difficultés; je trouvais cela beau, mais je n’en savais pas le pourquoi» 1).
À la fin de 1891, il interrompt les savantes leçons du célèbre réformiste, s’en va à Pékin, et épouse la soeur de son Examinateur de Licence.
Là dessus arrive la guerre sino-japonaise, Après le traité de Shimonoseki, Liang, en qualité de représentant de 190 Cantonais candidats au Doctorat, envoie à l'Empereur un mémorandum sur les nécessités présentes de la Chine. Bientôt après, il est un de ces 3000 Licenciés qui, ayant K'ang Yeou-wei à leur tête, demandent des réformes au trône. Lorsqu'en août 1895 on fonda la «Société de l'étude obligatoire» Hi FA fé, dont faisaient partie K'ang Yeouwei et Yuen Che-k’ai, Liang K'i-tch'ao en fut fait secrétaire. Trois mois après, la Société avait vécu, mais le secrétaire continua à en occuper les locaux et à y étudier pour son compte.
L'année suivante, le voilà à Chang-hai chargé de la direction du «Journal des affaires contemporaines» H X# #R, où il publie, entre autres choses, son «Traité sur les Réformes » fi #E jh RÉ 2}.
Le journalisme, voilà la vocation de Liang K'i-tch’ao. Aussi refuse-
n) À Hé 2, ME HN ME. Re AN HR. in À JE EE HX H. © r. x1, 8, ». 164
2) Ce traité se trouve dans K. T. I, Section ti) : pp. 1—70.
254 PASCADL DELTA; 8.13,
t-il de se mettre au service même des plus émiuents personnages | de l'époque, comme p.e. Ou Ting-fang 1 4 À Ambassadeur de Chine en Amérique, Wang Wen-chao + TC 4, Gouverneur du Tehé-li, ou Tchang Tehe-t'oug BF < ir], Gouverneur du Hou-Koang.
Pendant les «cent jours» de réformes de la mémorable année 1898 <le réformiste cantonais Liang K'i-tch'ao fut mis à la tête du service des Traductions, chargé de publier les oeuvres étrangères les plus importantes sur l’économie politique et les sciences naturelles; un crédit de mille taëls par mois lui était alloué» !). En Juillet de la même année, Liang K'i-tch'ao «faisait solliciter Mgr. Garnier, (Vicaire Apostolique du Kiang-nan) par le ministre de France à Pékin, d'autoriser M. Joseph Ma Siang-pé, lettré chrétien distingué, à preudre la direction d’un «collège de traducteurs» qu'on se proposait de fonder à Pékin... Mgr. Garnier accueillit avec empressement la demande... Il autorisa M. Joseph Ma... Celui-ci mit pour condition que le futur collège serait installé, non à Pékin mais à Chang-haï et que les Pères (Jésuites) de Zika-wei auraient part à l'entreprise. Les conditions furent acceptées, . et le jeune Empereur fit même savoir que si la nouvelle école lui douvait satisfaction, les Pères recevraient des témoignages de sa 4 reconnaissance, On commença à dresser les plans du nouvel éta-. blissement » ?).
On sait comment tous ces projets échouèrent: K'ang Yeou-wei, qui avait complètement gagné la confiance de Koang-siu, lui conseilla de se débarrasser de la vieille Impératrice Douairière Ts'e-hi; celle-ci, par son coup d'état, eut raison de ses ennemis. Koang-siu
fut arrêté et transporté dans le palais de l'ilôt du lac. Tse-hi reprit
1) BLranv et Backnouse: Zseu-hi, Haehette, 1912, p. 137. 2) Joseph de la Servière. Une Université française en Chine, dans Relations de Chine, Juillet-Octobre 1918, pp. 72—78.
les rênes du gouvernement et révoqua le censeur Song Pé-lou, entre autres raisons, pour avoir recommandé läiang K'i-tch'ao. K’ang Yeou-wei, averti par l'Empereur, s'empressa de sortir de la capitale, malgré la volonté qu'avait la vieille Impératrice de le faire arrêter et décapiter.
Le 29 septembre, six des principaux réformistes furent exécutés. Le décret prononçait également la peine de mort contre Liang K'itch’ao, mais celui-ci avait réussi à s'évader au Japon. Il resta un an à Tokyo, où il fonda le Journal Ti HÈ ÿR. L'année suivante il bâtit le collège A #$ K fr] EA #Z destiné à servir de cours préparatoire aux étudiants chinois au Japon. En 1900, effrayé par la prise de la capitale par les Alliés, il revint à Chang-hai, où il ne resta que 10 jours. Ensuite il alla en Australie, et, en mai 1901, il retournait au Japon. Eu 1910 il commença la publication du E] XX #R et en 1912 celle du HE FF «La Justice», qui ne fut pas de longue durée. Jusque dans ces dernières années, lui et son
Maître K’aug Yeou-wei sont restés à l'étranger, hospitalisés par
leurs concitoyens émigrés 1). Dernièrement encore, son activité de
littérateur et de journaliste à été étroitement liée avec la revue K rh DE «La grande Chine», publiée par la e«Chung-wa Book Company».
Les idées de Liang K'i-tch'ao, sur ce qu'il a presque de tout temps considéré comme sa véritable vocation — le journalisme —, ne semblent pas avoir changé ou s'être affaiblies dans ces dernières années, du moins si l'on en juge par le discours prononcé par lui à la Société du Hou-Koang de Pékin, le 13 Janvier 1917. Là il a supplié les journalistes de la capitale de ne pas faire de critiques sans queue ni tête. Le journalisme chinois doit être pratiqué, a-t-il
ajouté, comme à l'étranger. Ceux qui s’y adonnent, doivent faire de 1 D
1) Voir Li Ung Bing: Outlines of Chinese History. Shanghai: The Commercial Press 1914,.p. 599.
la bonne critique et de la politique constructive, se proposant pour but de rémédier aux défauts des conditions sociales qui pourraient
amener la faiblesse de la nation !).