C: P. AL, 2, ÿ
D FHHERXKRE. 2 CR HA CA. M HA led EU hé 9 2 DS À 5 2 Eh SE Por
Li 4h e CP. V, a, p. 10. Faut-il voir là une formule, soit du panthéisme chinois « ancien, tel que le supposerait Liang K‘i-tch'ao, soit de son propre panthéisme à lui? Nous ne le pensons pas. Dans ce passage, en effet, notre auteur explique le caractère éminemment pratique des premiers Chinois. Ils avaient, dit-il, un rude climat à supporter et” une terre stérile à cultiver: les loisirs pour s’adonner à la spéculation et aux théories leur faisaient donc défaut. C’est en cela que le but du culte du Ciel n’était pas céleste mais terrestre: l’utilité qu'on espérait en retirer était bornée à ce monde visible. En craïgnant et en vénérant le Ciel, les premiers Chinois espéraient qu’il aurait rendu leur sort présent moins pénible. Ils ne poussaient pas leurs désirs jusqu'à envisager la possibilité d’un bonheur futur, Ils étaient tout occupés à chercher une solution aux questions pratiques qui les touchaient de si près. Ainsi, conclut Liang K'i-tch'ao, toutes les théories de nos anciens philosophes ont trait à la société et à l’état. « Le but du culte du Ciel n’était pas céleste,
mais terrestre, et les avantages n'étaient pas futurs, mais présents».
3) HI #& € A DE À L} 6 +, K. T. I, Section A, r. 13.
Littéralement il faudrait traduire: Jésus s’est appelé fils du Souverain par changement de corps i.e. de nature (sic). Cf. bid, p. 18.
0 Gt € Goi ME PT RE, ME M A. LD ES
BE -‘ . PE. A 4 prit
Cr ©
UN MAÎTRE DE LA JEUNE CHINE: LIANG K'I-TCH'’AO. de
L'ubiquité, l'omniscience et la toute-puissance ne sont pas les seuls attributs que Liang K'i-tch'ao donne à la Divinité — de lui-même, ou à bénéfice d'inventaire, peu importe pour le moment. — La Philosophie de Mei-tse lui en fait découvrir un autre aspect plus intime et plus tendre. «Le Ciel», dit Liang à ce propos, <est comme un père; l'homme est comme son fils Un père qui a dix enfants les aime et leur fait du bien, tout comme s’il n’en avait qu'un. Le Ciel fait de même à l'égard des hommes. Un père veut que ses enfants s’entr'aiment et s’entr'aident. Le Ciel aussi. Si un fils obéit à son père, celui-ci fera aussi ce que son fils voudra. Son fils sera donc heureux. Daus le cas contraire il sera malheureux. Le Ciel en agit de même avec les hommes» 1).
Il est donc hors de doute que Liang K‘i-tch'ao à parfaitement l'idée d’un Étre Supérieur, origine des autres êtres, fondement de la morale; il récompense les bons et punit les méchants, il sait tout, peut tout et est partout; nous sommes ses enfants et il est notre
père. Il semble donc que sa Théodicée est suffisamment complète.
. Mais ne nous hâtons pas de conclure.
Liang K'i-tch'ao est Bouddhiste, et ce n’est pas à nous de chercher à savoir ici, ce que peut être la notion d’un Être suprême personnel dans l'esprit d’un tenant des doctrines de Sakya-mouni. De plus, notre auteur se plaît à dire, avec Spencer, que toute la Philosophie est divisée en deux grandes sections. L'une parle du connaissable, l’autre de l’inconnaissable, On sait, en effet, que Spencer est agnostique, et qu'il admet un « Absolu», au delà des phénomènes. Cet absolu est inconnaissable, ce qui ne veut pourtant pas dire nul ou non existaut: Dieu en particulier est l’Inconnaisable ?). Or précisément Liang K'i-tch'ao
parle de cette classification des connaissances philosophiques, lors-
T)PCMP-HITIL T2; C p.17.
2) R. JEANNIÈRE, Criteriologia. Paris, Beauchesne, 1912, pp. 543--544.
qu'il s’agit du problème religieux ou de l'existence des esprits — bons ou mauvais. Il admet la thèse de l'existence des esprits, mais il avoue qu'il serait trop long d’en donner les preuves !).
Quel dommage pour nous! Nous aurions été si contents de les apprendre! Nous craignons bien en effet que ces preuves ne soient pas très solides, au moins si l'on en juge par le passage suivant: «Un lettré récent, Spencer, a partagé la Philosophie en partie connaissable et en partie inconnaissable ..., pour sauver l'objectivité du Christianisme (?) et pour mettre d'accord la Religion avec la Philosophie. Le Bouddhiste, lui, cherche certainement à savoir même ce qui est iuconnaissable. Aussi, tandis que la théorie de Spencer est une théorie qui sert de passage scientifique (entre le connaissable et l'inconnaissable), le Bouddhisme enfin atteint le but de la science» *). Et voilà probablement #) pourquoi Liang K'i-tch'ao se prononce en faveur de la thèse de l'existence des esprits. S'il y donne son assentiment ce n’est pas, semble-t-il, parce qu'il peut en fournir des arguments solides, mais parce qu'il en a la foi, au sens bouddhique
du mot).
1) C. P. III, 4, pp. 19—20.
2) K. T. I, Section SK, p. 20. Voir aussi C. P. V, a, p. 127.
3) Nous disons exprès «probablement», car nous verrons plus bas (p. 283, note 1} que Liang K'i-tch'ao s'efforce d'en donner même une preuve expérimentale et personnelle.
4) 11 est regrettable de constater que Liang K'’i-tch'ao est loin de raisonner suivant les règles de la logique, lorsqu'il parle de la foi. Il écrit: «Qu'on croit ce qu’on
sait, soit; mais qu'on se force à croire ce qu'on ne sait pas, c’est se tromper soi-même »
Rk A1 Li nn fi Ra MT 4,2 M ES mn Gif fé fi, À AK
(K. T. I, Section = #4, p. 19). Serait ce lui faire trop d'honneur que de le renvoyer à la Somme de St. Thomas? Il y lirait pourtant: « Assentit intellectus alicui dupliciteré uno modo, quia ad hoc movetur ab ipso objecto, quod est vel per seipsum cognitum... vel per aliud cognitum, sicut patet de conclusionibus, quarum est scientia. Alio modo... non quia suflicienter moveatur ab objecto proprio, sed per quamdam electionem voluntarie declinans in unam partem magis quam in aliam; et si... sit cum certitudine absque formidine erit fides. Illa antem videri dicuntur, quae per seipsa movent intellectum nostram vel sensum ad sui cognitionem. Unde manifestum est, quod nec fides nec opinio potest
esse de ipsis visis aut secundum sensum aut secundum intellectum» 2—2 q. I, a 4. Autre
Et cette foi, ou une foi analogue, est aussi à la base de la prière.
Liang K'i-tch'ao en effet n'ignore pas ce qu'est la prière ni les avantages qu'on en retire. C’est lui qui a écrit cette page remarquable: «J'ai toujours dit autrefois que la base de l'éducation morale de l’Europe est le Christianisme. Pourquoi cela? à cuuse de la prière. Prier ce n'est pas précisément espérer le bonheur. On prie au lever, on prie au dîner, on prie au coucher. Le Dimanche on prie tous ensemble. Ceux qui prient se recueillent pour écouter (la voix intérieure) et se purifient pour comparaître devant la Divinité. Puis ils s’examinent sur leurs pensées et sur leurs actions du jour. En temps ordinaire il arrive peut-être qu'on cache ses défauts pour ne faire étalage que de ses qualités. Mais au moment de la prière, on croit qu'il est impossible de tromper l'omniscient et le Tout-puissant Souverain d’en-haut. Et alors les pensées droites et pures viennent d’elles-mêmes, sans les attendre, et elles ont une grande force pour aider (l'homme) à se perfectionner, à
s’examiner et à se vaincre l). Et voilà la méthode générale pour chose est donc savoir et autre chose croire. On sait ce qu’on voit clairement, On croit ce qu’on ne voit pas. « Est fides... argumentum non apparentium» (Hebr. XI, 1).
Et qu’on ne s’y méprenne pas. C’est la Joi chrétienne que Liang K‘i-tch‘ao prétend ainsi attaquer en confondant ces deux notions. Pour lui, en effet, la foi des Chrétiens n’est que de la superstition: seule la croyance bouddhique c’est de la foi. «J’ai demandé, à ces gens superstitieux», dit-il, en faisant manifestement allusion aux Chrétiens, «de me rendre compte de leurs plus profonds mystères, et ils m'ont répondu: «le Createur en sait la raison, nous autres nous ne pouvons pas y atteindre» (K. T. I, Section Re 2%, p- 19). Et voilà de l’absolntisme, s’écrie-t-il, absolutisme qui ne diffère en rien de celui des souverains qui exeluent le peuple des affaires publiques. Le Créateur comprend les mystères, mais non pas les fidèles. Il n’en va pas de même du Bouddhiste. Croire, au sens bouddhique, c’est savoir ce qu’on croit, tout aussi bien que Bouddha, tandis que croire, au sens que lui attachent les autres religions, c'est ne pas savoir soi-même, mais croire à la science d’un autre. Et voilà pourquoi, eonclue-t-il, la seule foi bouddhique n’est pas de la superstition ! !
1) Ne soyons pas étonnés de cet ascétisme. Liang K‘i-tch‘ao a peut-être plus et mieux. I1 parle en effet même de l'examen de conscience. Cet examen est, dit-il, ordinaire et extra-
ordinaire,
arriver à être maître de soi. Si tous les jours on agissait de la sorte, les individus avanceraient petit à petit en vertu; et si tous les hommes se conduisaient ainsi, la société deviendrait petit à petit plus vertueuse. C’est uniquement en cela que consiste l'esprit de la civilisation occidentale» 1).
Ainsi done Liang K'i-tch'ao reconnait la force morale et civilisatrice de la prière et de la prière chrétienne. Paisqu'elle suppose la foi dans un Être Supérieur qui est partout et toujours, à qui rieu ne peut échapper et que personne ne peut tromper, elle aide l'homme à se bien conduire, même lorsqu'il est seul. Mais qui est ce qui l'aide à agir? Est-ce le simple fait psychologique de croire dans cet Être Supérieur? ou bien le secours qu'il s’attire par la prière? Liang K'i-tch'ao soutient la première thèse. Il sait que le sentiment de faiblesse est très développé chez les Chrétiens; — il semble
même par endroit leur en faire un reproche?), — et qu'à cause
‘examen ordinaire, qui se fait lorsque les circonstances extérieures sont normales est
double: l’un porte sur le fond À L.N HJ ñ FX Ep (examen de la racine), c’est l’eramen général; V'autre sur les détails #ÿ RE ff] # gx FE (examen des branches
et des feuilles), c'est l'examen particulier. Celui-ci se subdivise encore, suivant que l’heure de le faire est fixe on non. Chaque pensée, parole ou action doit être regardée dans le
miroir de la conscience, pour savoir s’il convient de la rejeter ou de l’admettre: c’est l’exa-
men particulier de circonstance FE FF ). Mais, outre cela, il convient d’avoir un certain nombre de sujets sur lesquels on s’examine avant d’aller se coucher, c’est l'examen particulier fixe. On mène de front l'examen général et l'examen particulier. L'examen extraordinaire se fait dans les grandes occasions (joyeuses ou tristes). Cet examen, ajoute Liang K'i-tch'ao, est pratiqué par les Chrétiens: «avant d'aller se coucher, ils disent au Souverain d’en haut, dans la prière, tout ce qu’ils ont dit ou fait pendant la
journée, Si le Christianisme est utile pour l'éducation morale, comme je l’ai dit autrefois, j I , j
c’est uniquement à cause de la prière». C. P. 11, pp. 139—141. + #4 24 HA 2 RE Ré HE A nr dé. és 1 D — H 7 tt 17 85. © E fi. EE À. AE At 4 CA MR TE À.
ME 5 or 5. 26 8 E 4. mix, p. 140.
1) C. P. 1, A, pp. 239—240. Voir aussi C. P. II, p. 76. 2) Témoin cette phrase: « Le défaut des Religions ordinaires (lisez: de toutes celles
qui ne sont pas le Bouddhisme) consiste en ce qu'elles donnent à l’homme une nature pa-
de cela même, ils sentent qu'ils n'ont pas la force de comparaitre tels qu'ils sont devant le Tout-puissant Créateur). Ils empruntent alors, dit-il, une force étrangère, la prière ?) et ils répètent: «Nous sommes très faibles, mais le Souverain nous aidera» ). Et cette pensée les soutient puissamment dans l’action. Mais, continue notre auteur, <est-ce que de fait le Souverain viendra à mon aide, si je lui demande son secours? Je l'ignore. En tout cas, d'après la doctrine de l’idéalisme bouddhique du tréilékya #) (= Li MÉ NS 2 FE), ma foi sincère m'aide; mon secours est donc mon sentiment de foi» 5). Est-ce là du fidéisme à la Jacobi, ou plutôt du pragmatisme moral, d’après lequel la vérité se définit: la foi qui nous fait vivre6)? La question aurait son intérêt, mais elle
nous entraînerait trop loin ?).
rasite (en vertu de laquelle il sent le besoin de s’en remettre à d’autres). Puis elles ajoutent, en guise de replâtrage; aide-toi, le Ciel t'aidera. Mais le fait d’avoir toujours au fond du coeur ces mots « le"Ciel t'aidera », diminue ou affaiblit beaucoup le sentiment de sa propre
indépendance, qui devrait être débarrassée de toute entrave... Il n'en va pas de même du
Bouddhisme. Oh! que l'indépendance du Bouddhisme va loin!» 4 224 9] 1 2 ÿÉ ee K. T. J, Section = 2% p. 23.
n) IN I À À E À HN. MAR. FE Æ F6 À HE LÉLEH Cr var.
o) HD # H fr Dr 28 4 D 7j ti. c. Pvc pro,
3) & J EE 55. ip À HJ $K. cr. 111, 4 p. 9.
4) L'espace supra terrestre comprend, d’après le Bouddhisme, trois régions superposées, appelées d’un seul mot «trâilôkya»: ce sont la région sensuelle, la région sensible et la région abstraite. Cfr. Wiecer, Tertes philosophiques, D. 323.
5) P. C. II, a, pp. 79—80.
6) J. JOERGFNSEN, Le néant et la vie, p. 32.
7) Tout ce que Liang K'i-tch‘ao demande à la foi c’est qu’elle soit siacère. Il importe peu, d’après lui, qu’elle soit raisonnable ou superstitieuse. Celui chez qui la foi est ancrée deviendra un saint (au sens payen du mot) et sera capable des plus grandes et des plus nobles actions. Ce sont les pensées religieuses, en effet, dit Liang, qui ont fait que les grands hommes ont remué ciel et terre: si la Religion n’a pas toujours été le point de départ de tous leurs faits et gestes, elle a du moins contribué dans la suite à augmenter leur énergie : «peut-on done la dédaigner ?» = EE H EL. RE HT A 3 K T.I, Section + , pp. 4—5.
Nous venons de voir ce que Liang K’i-tch’ao pense de la foi. Or puisque Ja foi, même d’après notre Maître, est le fondement de toute religion, cherchons à savoir ce qu’il pense de la Religion en général et du Confucianisme, du Bouddhisme et du Christianisme en particulier.
Toute Religion — excepté le Bouddhisme !) — n'est pour Liang K'itch'ao qu’un ramassis de superstitions. «Ce que les Occidentaux appellent Religion, ce n’est qu'une pure croyance superstitieuse. Sa sphère d'influence est un monde métaphysique. Sa base c’est l’âme. Son rite c’est l’adoration. Son but c’est de détacher (l’homme) de la poussière de ce monde. Son aspiration c’est d'arriver au nirvana (sic) du royaume céleste, Sa méthode c'est (l'espoir) d’une sanction future. Toutes les Religions, grossières ou sublimes, grandes ou petites, conviennent en cela. Ce qu'il importe davantage aw débutant dans la foi, c'est de croire et d’écraser le démon: croire pour fermer la porte au doute et empêcher la liberté de pensée; écraser le démon pour rejeter toutes les autres sectes. Aïnsi, par exemple, dans le Christianisme, au moment du baptême on récite ce qu’on appelle la prière des dix dogmes (lisez: le crédo, lequel contient douze et non pas dix articles de foi), par laquelle on croit à tous les miracles de Jésus» (sic) ?). Et, précisement parce que la foi religieuse est superstitieuse, celle n’est pas aimée de la science» et n’est «qu'un obstacle à la vérités ?), car elle supprime la liberté de pensée.
Ce thème n'est pas nouveau pour le lecteur européen, mais il.
est tristement intéressant de le voir développé, non pas dans une
1) Et aussi le Confucianisme, qui ne rentre pas dans cette catégorie, puisque, d’après Liang K'i-tch'ao, ce n'est pas une Religion, mais une Doctrine.
2) K. T. I, Section 24, p. 18.
3) bid., p. 1.
de nos langues occidentales, et par un de nos Libres Penseurs, auxquels nous sommes déjà habitués, mais en Chinois et par un Chiuois. C’est assez dire que Liang K'i-tch'ao en cela, comme en bien d’autres erreurs, n’est nullement personnel — loin de là — et qu’il n’est que le porte-parole de nos Rationalistes !).
La Religion, dit-il donc, est soumise, elle aussi, à la loi générale de l’évolution *). Aux premiers âges du monde, lorsque l’homme était encore à l’état sauvage, et que la société n’était pas encore sortie de son abaissement, il était indispensable de faire miroiter, devant les yeux hagards des premiers êtres humains, le spectre du bonheur pour les attirer et celui du malheur pour leur inculquer une crainte salutaire *). La Religion était donc très utile pour cette première étape de la société *). Mais, comme la civilisation progresse, et que «la liberté de pensée est la base de la prospérité de la civi-
lisation» *), il convient de nous défaire petit à petit de la Reli-
1) Insistons sur ce point, car Liang K‘ï-tch‘ao, est un Maître et un Maître très goûté par la jeunesse chinoise, par la jeunesse des écoles surtout. Son style vif et alerte ne contribuera pas peu, hélas! à faire pénétrer le poison rationaliste en Chine. Bientôt peut-être il faudra se servir ici des mêmes armes qu'en Europe pour défendre la foi, contre ceux qui l’attaquent au nom d’une fausse science et d’une civilisation mal comprise.
2) Liang K'i-tch'ao est lui-même évolutionniste. Rien ne revient plus souvent sous son
pinceau que cette phrase: « Les forts l’emportent et les faibles succombent » LS LAS LÀ
# (C. P. XI, À, p. 41), ou encore ces expressions «la lutte des êtres» Do) ge
«la sélection naturelle » Re FE , «la survivance des plus aptes» NE # un Â< =
etc. Puis il se plaît à montrer l’application de la loi du plus fort dans le monde végétal et animal, dans les gouvernements, les civilisations, etc. (/bid., pp. 50—62; III, 4, p. 23 suiv. et I a, p. 11.) Partout il voit les résultats de la sélection naturelle: les faibles ne peuvent pas ne pas succomber devant les forts, seuls victorieux (C. P. I, A, p.128 suiv. et p. 176 suiv.). Dans ces quarante dernières années, dit-il, on a vu paraître un nouveau ciel et une nouvelle terre dans le monde de la politique, de la science, de la religion, de la pensée, des hommes et des choses: c’est la lutte, l’évolution. Qui peut soupçonner le progrès futur du genre humain? Or ce renouveau est dû au fameux livre de l’Origine des espèces de Darwin! (C. P. VIII, p. 58 suiv.).
S) CPV; v2, p 123:
4) K. T. I, Section 2j 24 , D. 13 et p. 2. 5) Ibid, pe 9.
gion, laquelle n’est qu’une entrave pour la science. Ses inconvénients, dans la seconde étape de la société, seraient plus nombreux que ses avantages !).
La Chine du reste, dit Liang K’i-tch’ao, grâce à l’enseignement
de ses Philosophes, n’a jamais exhalé «la mauvaise odeur de la Religion»; et les Chinois n’ont jamais été trop gênés par les superstitions. «Ce qui fait la caractéristique de notre pays», dit-il, <e’est qu'il n'a pas de Religion. Les gens superficiels penseront que c’est là une | honte pour notre nation, lorsqu’en réalité c’est une gloire et non pas un déshonneur! Dans la période d'enfance de la société, la Religion était très efficace, mais depuis que la première a grandi, nombreux sont les inconvénients de la seconde, et ses avantages maigres. Pourquoi? Parce qu ‘elle empêche la liberté de pensée» *). La Religion, en effet, est toujours mêlée de superstition, et, par le fait même, elle cache une partie de la vérité. Dans ces conditions, le savoir humain ne peut plus faire de progrès. De là l’antagonisme qui existe entre la science et la Religion *). Donc, si d’un côté, il ne peut pas ne pas y avoir de fidèles, de l’autre toutefois, il ne peut pas ne pas y avoir de gens qui attaquent leur foi superstitieuse *). Mais les forts l’'emportent et la Science progresse | Est-ce à dire qu'il faille, dès maintenant, supprimer radicalement toute Religion? Non: «quoique la Religion, en eflet, ne soit pas ce qu'il y a de mieux (pour arriver) à la civilisation, cependant, étant
donné que le monde actuel est encore à plusieurs dizaines de degrés
1) K. T. J, Section + 24, p.13 et C. P. V, a, p. 6.
2) C. P. V, a, pp. 5—6.
3) Liang K'ich'ao s'en prend quelque part à l'Eglise de ce qu’elle a anathématisé Darwin d'avoir dit des choses qui ne s'accordent pas avec la Genèse, comme si la vérifable
science pouvait être en désaccord avec la parole de Dieu!
4) K. T. I, Section TR #4. p. 4.
au-dessous de la civilisation parfaite '}, la Religion est donc uue chose indispensable entre ciel et terre» *).
Et, eu effet, Liang K'’i-tch'ao n'a pas garde de refuser à la Religion une certaine valeur pragmatique. C’est elle, dit-il, qui à fait germer ou eroître les belles inspirations, Voyez Oromwell, Jeanne d’Are, Washington, Lincoln, Mazzini, Cavour (!), Gladstone, K’ang Yeou-wei. Bien plus, si l’idéalisme est apte à la formation des hommes, il le doit à ce fait qu'il se rapproche de la Religion ! Même les Nihilistes Russes trouvent leur force dans les livres de Hégel, et le Japon doit ses récentes transformations à l'idéalisme du Philosophe chinois WangYavg-ming. La Religion, en effet, au point de vue pratique et pour le bon ordre général, est meilleure que la Philosophie. C’est elle qui, par son esprit de discipline presque militaire *) fait l'unité. Cest elle qui, par la vision d’une vie future, met au coeur de l’homme cette espérance à toute épreuve, qui lui fait accepter les souffrances actuelles, en vue de l’avenir, et qui lui fait préférer l’âme au corps. C’est elle qui donne du courage: ce qui fait peur, en effet, c’est surtout
la mort, or précisément la Religion enseigne que l’âme est immor-
1) Ailleurs il dit, sous une forme positive: « Si actuellement le monde était arrivé à l'apogée de la civilisation, et si chacun savait se conduire tout seul, certes on pourrait se
passer de la Religion: mais non, actuellement nous n’en sommes pas encore là», K, T. I, Section TE , p. 2.
D 2 8 JE À UN € fe OU . GÉAR. & H CHE FF. LE SE XNA PHTRRÉTAREX 24 à K Hh F4 # F] NX = DE RSR Section FE 4, p. 19.
On ne voit pas comment ce passage ne contredit pas un autre où Liang K‘i-teh'ao dit : « Il n’est
pas nécessaire de nous ligoter nous mêmes (allusion à la liberté de conscience) avec la
Religion, la dernière des choses ?» # DA Du 1 #4 À ÿZ él hi + :
Gel Vi 4h: 06.
” ms À M M. — HE D rs M AB. à 7 1, Section 2 €,
bp .
telle. C’est elle enfin qui donne de la retenue '). Elle est donc utile actuellement et il ne convient pas de s’en défaire.
Pourrait-on remplacer la Religion par l'éducation? Liang K’i-tch’ao n'ose pas aller jusque là. Dans les pays où l'instruction est obligatoire cependant, là où, par contagion, tous les hommes ont acquis de bonnes habitudes, qui sont devenues, pour eux, comme une seconde nature, là où tous marchent vers le nivellement des forces morales et intellectuelles, il n’y aurait peut-être pas d’inconvénient, d’après notre Maître, à y supprimer la foi !°).
En tout cas, la chose n’est pas faisable en Chine, car elle n’en est pas encore là *). Il lui faut donc une Religion. Laquelle? «Les Religions du monde sont nombreuses. Laquelle suivrai-je? Je réponds que, puisque les doctrines religieuses doivent toutes correspondre à la nature des êtres vivants, et qu’elles doivent en prendre modèle, elles varient avec les différents temps et les différents lieux, et, dans le même temps et le même lieu, avec chaque homme en particulier, Si la doctrine de telle Religion me touche, je prends modèle sur elle, C’est pourquoi, ce que les pays civilisés actuels estiment le plus, c’est la liberté de conscience. Comment, moi, oserais-je alors la restreindre? » *).
Du reste, pratiquement en Chine, le choix n’est possible qu'entre le Confucianisme, le Bouddhisme et le Christianisme.
Qu'est ce que le Confucianisme? I] convient d’abord d'éviter les
équivoques. «Je pense, dit Liang, que le mot ÆX3ao 2, qui entre
1) Toutes ces idées sont longuement exposées dans un article intitulé: EI > E 4
3 Éht LA #4 Eva € #: f} 2, Re=ub 1, Section + #4. pp. 1—5.
2) K. T. I, Section + #4. p. 19.
3) {bid., 1. c.
4) Ibid., p. 4.
dans la composition de l'expression Confucianisme %L Æ a le sens du mot Xao Æ qui fait partie de l'expression 24 1 (éducation), et non pas celui qui compose l’autre expression TE 224 (Religion). (Le Confucianisme) est done une Doctrine» '). Da reste, c’est bien simple; Confucius ne prétend jamais être un fondateur de Religion. Il n’a jamais dit comme Jésus: «je suis le fils du Souverain». Il ne s’est jamais appelé: «le dragon céleste, à qui tout est soumis», comme Bouddha. Il n’a jamais prétendu qu'il fallût fermer la porte de l'intelligence à toute autre doctrine que la sienne, et qu’il ne fût pas permis de suivre une autre Kiao%Æ , différente de celle qu’il professait, En somme «Confucius est un homme, un grand sage, un grand Maître, mais ce n’est pas le Ciel, ce n’est pas un être surnaturel, ce n’est pas un esprit» *). La pensée de Liang K’i-tch’ao était donc on ne peut plus claire sur ce point, en 1902, époque à laquelle il écrivait ces lignes. Elle se résumait dans ces mots: le Confucianisme n'est pas une Religion, mais une Doctrine, et Confucius n’est pas un. fondateur de Religion mais un chef d’école.
Cette distinction une fois faite, Liang Ki-teh’ao affirme hardiment que le Confucianisme ne saurait pas périr, et qu’il est inutile, par conséquent, de le protéger exclusivement. «Le Confucianisme, suspendu entre le soleil et la lune, et remplissant le ciel et la terre, ne peut être supprimé par dix mille antiquités». Les autres Aïao qui ne font cas que des rites et de la foi superstitieuse sont destinées à périr avec la lumière de la vérité et le sentiment de la li-
berté grandissant tous les jours davantage. En vertu des lois de
D FURIÉX E. HA LHU. Fr KE 2 D. HR ZE LH. ri, p.10.
) FLY AB. EU. AM. JE Kt4. JA 4h. JE M 48. «. À EE À Section + 2 v. 13.