‹ Tung pao. Toung pao (volume 5)Chapitre 43 sur 54 · POP PE PO · texte numérisé non relu

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Que si nous voulons une foi nouvelle, ajoute Liang K’i-tch’ao cherchons-la plus haut dans le Bouddhisme '). Et, vraiment ravi, il s’écrie: «Oh ! que Bouddha est grand! oh ! que Bouddha est grand! » *).

Liang K'i-tch’ao, en effet, comme nous l’avons dit au début de cette étude, est Bouddhiste «comme son maitre et ses amis». Dans son «Histoire de la pensée chinoise antique» *), il prend plaisir à entrer dans une foule de détails sur cette Religion, pour laquelle il sent de si puissants attraits. |

Il va sans dire qu'il la préfère, non seulement au Christianisme, mais à toute autre Religion aussi. Quelles sont les raisons qu'il en apporte? Les voici résumées en quelques mots. Le Bouddhisme d’abord a une foi qui n'est pas aveugle et superstitieuse, mais sage et éclairée *). Cela veut dire que, dans les autres Religions, on croit au témoignage de quelqu'un, tandis que «la grande affaire du Bouddhiste, depuis le début jusqu’à ce qu'il devienne Bouddha, c'est de changer sa foi superstitieuse en intellection, en science» *). Cette même foi n’est pas égoïste mais altruiste °): «Bouddha disait: si un seul vivant n’est pas devenu Bouddha, je jure que moi non plus

je ne veux pas être Bouddha» ‘). Elle vise donc à sauver tous les 1) K. T. I, Section 2e ÆK, pe 19.

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3) C. P. V, a, pp. 103—127.

HÉSITER. MIA. «TE mors EL, p.19.

5) À 41 VI Xe jk Dh. fi I EX ER — K À . id. Chr. supra, p. 260, note 8.

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vivants. Cette foi en outre ne fait pas prendre le monde en dégoût !). Vouloir, comme font les Catholiques, réjouir le monde en lui proposant un ciel qui est absolument séparé de l’homme, c’est certes un bon moyen pour attirer le peuple stupide, dit Liang K'’i-tch’ao, mais, au point de vue bouddhique, ce n’est pas du Mahäyäna mais du Hinäyäna”*). Bouddha aussi parle du ciel, mais non pas d’un ciel matériel ni d’un ciel appartenant à un autre monde; son ciel est au dedans de notre cœur *). De plus le Bouddhisme est une Religion égalitaire *), puisque <tous les vivants ont la nature bouddhique» ; le Bouddhiste n’a pas besoin d'emprunter une force étrangère *), comme font les Chrétiens qui, se sentant impuissants, ont recours à la prière.

En un mot «le Bouddhisme et le Christianisme sont deux Religions importées en Chine. Comment se fait-il que le premier y prospère grandement et que le second est incapable d’en faire autant? Le Christianisme n’estime que la foi superstitieuse: sa Philosophie superficielle ne saurait pas satisfaire nos Chinois distingués! Le Bouddhisme, lui, tient de la Religion et de la Philosophie. Le but de son apologétique c'est de sentir et de comprendre, ce qui est exactement le contraire de la foi superstitieuse: sa méthode c’est la sagesse (pradjnä),

sa force ascétique n’est pas empruntée, Donc, vraiment, il est im-

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2) Le Hinâyüäna ou Petit Véhicule est une forme du Bouddhisme primitif, égoïste, dans lequel on ne songe qu’à son bonheur, et à l'obtention du nirvana, tandis que le Mabhüyüna ou Grand Véhicule est un Bouddhisme plus relevé, dans lequel on n’est plus égoïste mais altruiste, Voir WirGer, Jisloire des croyances religieuses et des opinions philosophiques en Chine, Ho Kien-fou, 1917, pp. 363—364. Voir aussi: Diclionnaire Apo: logétique, 11, art. Indes, col. 655.

3) K. T. I, Section 2 24 , D. 21.

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possible d’assimiler le Bouddhisme à aucune autre Religion ordinaire, Le Chinois n’a pas le défaut d’être superstitieux. Il fait plutôt de la Philosophie que de la Religion; or le Bouddhisme est fait absolament pour marcher la main dans la main avec notre propre Philosophie » 1).

Point n’est besoin de faire ressortir tout ce qu'il y a là de faux supposés, de préjugés et de confusions dans ce qui regarde l'appréciation du Christianisme. La foi chrétienne en effet n'est pas superstitieuse, comme le prétend Liang K’i-tch’ao; elle repose sur le roc inébranlable de la révélation d'un Dieu infaillible. Vouloir, comme le veut le Bouddhiste, remplacer la foi par la science, c’esé une utopie, lorsqu'il s’agit des mystères. Vouloir, appuyé sur ses propres forces, franchir l’abîime qui sépare l’homme de Dieu, sans le pont surnaturel de la prière, c'est voler sans ailes ou sauter sans jambes.

Après tout ce que nous savons du Bouddhisme de Liang K'itch’ao, nous ne serons pas étonnés de retrouver sous sa plume cette phrase qui résume bien toutes ses idées: « Le Bouddhisme est spatieux, il est grand, il est profond, il est occulte; comment moi le plus petit et le dernier des lettrés pourrais-je en scruter la dixmillième partie » ? ?).

#4 Mais ne l’oublions pas. Liang K’i-tch'ao a dit que la théorie de l'âme est capitale dans une Religion *). Sur ce point nous sommes pleinement d'accord avec lui. La Religion en effet n’a plus de sens,

si l’on supprime l'âme ou si l’on amoindrit Ja notion. Cherchons

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