‹ Tung pao. Toung pao (volume 5)Chapitre 52 sur 54 · ÉDIT DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

ÉDIT DE L'EMPEREUR

«Je fais grâce à OuanxG Si-heou sur le genre de son supplice. Il ne sera pas coupé en pièces; qu’on lui tranche la tête. Je fais grâce à ses parents. Pour ses fils, qu’on les réserve pour la grande exécution de l'automne. Que la loi soit exécutée dans ses autres points. Telle est ma volonté. Qu'on respecte cet ordre.»

On a lieu d'espérer que l’Empereur fera encore grâce, du moins de la vie, aux enfans de Ouanc Si-heou,

Ici un mot contre le gouvernement est puni de mort. Quelque chose de plus: avoir lu un livre qui en parle mal, c'est un crime capital. Cela n'empêche pas que les censeurs de l’empire ne puissent faire à l’Empereur les représentations qu’ils jugent à propos; mais il faut que leurs mémoires soient cachetés et respectueux. Pour l'ordinaire, l'Empereur les publie et y fait droit,

L'Empereur est maintenant occupé à un grand projet. Il y a quelques années qu’il publia dans tout son empire qu'il vouloit faire une collection de tout ce que la Chine avoit de mieux en bons livres, Il ordonna que tous ceux qui auroient des livres ou des manuscrits estimables, eussent à les envoyer à la Cour; déclarant qu'après en avoir fait le choix, on les renvoyerait fidellement.

L'Empereur reçut des livres à l'infini. Il détermina que la col-

lection seroit de six cent mille volumes. Il fit venir à Pe King les

plus. grands lettrés de l’empire, appellés Han Lin), et les plus babiles Imprimeurs; il leur donna un nombre infini d’assesseurs, qu'il logea dans de grands Palais; il mit à la tête de l’entreprise des Régulo, et même son sixième fils. Ils répondent des moindres fautes; un seul point manqué dans les lettres les plus compliquées leur coûteroit une partie de leurs revenus. Il faut que les livres, qui sortiront de l’Imprimerie impériale soyent sans faute. Ce qui nous intéresse surtout dans cette magnifique collection, c'est que l'Empereur y a fait entrer trois livres de Religion, composés autrefois par des Missionpaires Jésuites, Le premier est du fameux Père Riccr?), connu en Chine sous le nom de Ly Ma-teou ?). C'est un chef-d'œuvre. Il s’est trouvé des Lettrés qui le lisoient sans cessé pour se former le style: Il a pour titre Tien tchou che y *), eVraye notion de Dieu». On ne conçoit pas comment un homme qui n’avoit fait sa T'héologie qu’en voyageant ait pu mettre dans un livre tant de force de raisonnement, tant de clarté et tant d'élégance.

Le second livre, qui entre dans la grande collection est de Yawo Mano). Il a pour titre ces deux mots Z8si-k4°), Il est aussi écrit supérieurement et plein de choses. Il traite de la Victoire des Sept Passions dominantes dans l'homme,

Le 5ème est du Père Vergiesr ©), qui vivoit du temps de Xam Si,

1) Hi AK.

2) Matteo Rioct, né à Macerata 6 oct. 1552; + à Pe King 11 mai 1610.

3) A] FE 7 Li Ma-teou.

KERK.

5) 3} HE = 5, YANG Ma-no, le P. Emmanuel Diaz (jeune) né à Castello-Branco (Portugal) en 1574; + à Hang Tcheou, le 4 mars 1659.

6) + LI Ts'i ke, Sept Victoires,

7) Ferdinand VERBIEST, F4 FE TS NAN Houai-jen, né à Pitthem, près de Courtrai, 9 oct. 1623; + à Pe King, 29 janvier 1688.

Il a pour titre Xiao Yao Su Lun '). Abrégé des vérités fondamentales de la Religion. Il n’est pas écrit pour les lettrés. Il paroit que l’auteur vouloit se mettre à la portée de tout le monde, Kam Si l'ayant lu, badina sur le style. Mais il est d'une analyse et d’une méthode, qui l’ont fait juger digne d’être placé au rang des meilleurs Livres, Voilà l’inconséquence de l’homme! Les Chinois mettent au nombre de leurs meilleurs livres ceux de notre Ste Religion et ils persécutent les Chrétiens.

Dans les gazettes du mois passé l'Empereur déclaroit qu’il y avoit déjà deux cent mille volumes imprimés.

Sous le dernier Empereur des Ming tchao *) les Missionnaires Jésuites eurent le courage de faire peindre l’embrasement de Sodome et Gomorre, et de le présenter avec une explication à cet Empereur, qui étoit souverainement débauché. Leur intention étoit de le frapper. Il trouva la peinture belle dans son genre. Il la fit graver dans un recueil des Monumens de son temps, et voilà tout ce qu'il en fut, Il y fit aussi graver l’Image du Sauveur portant la croix à la main.

Cette relacion 4 cru sous ma plume. J'aurai l'honneur de rendre compte à Votre Grandeur dans une lettre particulière de l’état actuel de cette Mission françoise.

J'ai l’honneur d’être avec le plus profond respect,

Monseigneur, De Votre Grandeur, Le très-humble et très-obéissant serviteur, Fr. BourGeoïs.

A Pe King, le 31 juillet 1778.

1) 24 LA FF: on : Kiao yao siu louen, Explication méthodique de ce qu’il y a

d’essentiel dans la religion. — Publié en 1677.

2) H}} EF Ming teWao.

(à suivre.)

— Dre Emile GUIMET.

Emile Etienne Guimer, fils de Jean-Baptiste Guimer (1795—1871), inventeur du bleu qui porte son nom et fit sa fortune, est né à Lyon le 2 juin 1836. Doué des aptitudes les plus diverses, tout en continuant l'industrie de son père, il étudie la musique avec DEN, de Vienne, LiNpau, de Berlin, et Reicnez, de Dresde. Aussi son discours de réception à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, prononcé dans la séance publique du 21 décembre 1860, fut-il consacré à la Musique populaire 1), et plus tard, le 4 juillet 1882, devant la même Société, il lisait un rapport sur les Chants populaires du Lyonnais ?). Enfin le 11 avril 1894, il faisait représenter au grand-théätre de Marseille un opéra en 5 actes et 7 tableaux, paroles d'Ernest d’Hervilly dont le sujet était emprunté à la Chine et dont le titre était celui d’un empereur fameux, Taï Tsoung.

Entre temps, Guimet avait parcouru le monde; nous le voyons en Espagne 3), en Allemagne #), en Egypte 5), dans les Pays du Nord f), en Algérie ?), préludant. ainsi au grand voyage qui allait donner à ses recherches une direction définitive : le voyage d'Extrème-Orient 8) qu'il entreprit avec l'excellent artiste Félix Régamey qui a non seulement dessiné toutes les figures des ouvrages qu'ils ont publiés en collaboration, mais a exécuté les tableaux remarquables qui ornent aujourd’hui les salles et les vestibules du musée de la Place d'Jéna.

Le 10 avril 1876, Guimet fut en effet chargé par le Ministre de l'Instruction publique d’une mission au Japon, en Chine et aux Indes pour y étudier les religions de l'Extrème-Orient. À son retour, il créa à Lyon un musée religieux qui porte son nom, devant contenir tous les dieux de l'Inde, de la Chine, du Japon et de l'Egypte; une bibliothèque spéciale d'ouvrages traitant particulièrement les questions religieuses devait y être adjointe, Le musée fut inauguré en 1878 dans le quartier des Brotteaux, près du Pare de la Tête d'or, lors du Congrès provincial des Orientalistes tenu à Lyon et que dirigea Guimet. Dès 1889, reconnaissant que Lyon, ville essentiellement industrielle, n'était pas le centre favorable à ces études, Guimet prit la résolution de transférer son Musée à Paris et, après des pourparlers, il céda son Musée à la France par une Con-

vention passée entre l'Etat et lui, cession qui a fait l’objet de la loi du 7 août 1885, par laquelle il était dit dans l’article 8:

« Monsieur Guimet en sera nommé directeur à vie, il renonce à tout émolument personnel.

« Le Conservateur et le personnel seront nommés ou révoqués par le Ministre de l’Instruction publique, sur la proposition du Directeur. »

Le nouvel établissement fut élevé Place d'Iéna, à proximité du Trocadéro, sur le modèle du palais de Lyon.

« Le Musée Guimet, disait-il en 1907, doit être un laboratoire scientifique où l’on fera des études, des analyses de croyances, des recherches d'histoire, des comparaisons de procédés sociaux, mais si on y découvre des synthèses, des solutions pratiques, on ne doit jamais agir, jamais intervenir pour diriger les hommes, mais se comporter comme les savants chimistes qui font des découvertes dont les autres profitent. »

H créa les Annales du Musée Guimet qui se composent de cinq séries: 1° La grande Bibliothèque, in-4, qui comprend des publications importantes comme le Zend-Avesla de James DARMESTETER; 92° la Bibliothèque d'Etudes, in-8, qui débuta avec le Rig Veda, de Paul REGNAUD et qui comprend le Népal de Sylvain LÉvi et le T'ui Chan, de CHAVANNES; 30 la Bibliothèque de Vulgarisalion, in-18, qui commence avec les Moines Egyptiens par E. AMÉLINEAU et renferme les Conférences faites au Musée; 40 la Bibliothèque d'Art, dans laquelle parurent Li Long-mien, Ohoma, roman japonais, illustré par Félix RÉGAMEY, Si Ling, tombeaux de l'Ouest, La Peinture chinoise au Musée Guünet par TcnanG Yi-tchou et J. HackiN; enfin 5°la Revue de l'Histoire des Religions paraissant tous les deux mois, commencée en 1880, sous la direction de M. Maurice VERNES, à laquelle il donna plusieurs articles $).

En 1878, il avait organisé d’une manière brillante le Congrès provincial des Orientalistes qui se tint à Lyon quelques jours avant le Congrès international qui s’ouvrit à Florence sous la présidence de Michel Amarr. C'est de cette ville, que Guimet rapporta ces grands ballets, Messaline, etc., avec lesquels il ouvrit à Lyon le Théâtre Bellecour qui lui causa beaucoup d’ennuis et lui mangea beaucoup d’argent.

Je ne puis dans ces quelques lignes retracer cette carrière si féconde dans toutes les branches de son activité. Guimet qui avait été nommé Chevalier de la Légion d'honneur en 1877, avait été promu au grade d’officier le 20 juillet 1895 ; le 14 décembre 1917, il était élu correspondant par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en remplacement de M. Max BoNNEer, de Montpellier.

Guimet avait conservé toute son activité jusqu'à la fin; une attaque de paralysie l’a enlevé en quelques jours à Fleurieu-sur-Saône (Rhône) le 12 octobre 1918.

Nous indiquons quelques-unes de ses publications que nous n'avons pas encore signalées ?). H. C.

1) La Musique populaire, discours de réception à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, prononcé dans la séance publique du 21 décembre 1860. — Lyon, Association typographique, 1870, gr. in-8, pp. 32.

2) Chants populaires du Lyonnais. Rapport sur le concours pour le prix Christin et de Ruolz, lu à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, dans la séance publique du 4 juillet 1882, par Emile Guimet. — Lyon, Association typographique, 1882, gr. in-8, pp. 86. :

Ext. des Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, Vol. 22 de la Classe des Lettres. :

3) A travers l'Espagne. — Lettres familières, avec des post-scriptum en vers par Henri de Riberolles. Lyon, C. Méra, 1862, in-18, pp. 263.

4) Cinq jours à Dresde. — Souvenirs de la grande fête des chanteurs en 1865. Lyon, imp. de A. Vingtrinier, 1865, in-8, pp. 60, et Lyon, Méra, 1865, in-12, pp. 108.

— l'Orient d'Europe au fusain = Notes de voyage. Paris, J. Hetzel, 1868, in-18, pp. 230.

b) Emile Guimet — Croquis égyptiens — Journal d’un Touriste. Paris, J. Hetzel, 1867, in-18, pp. 298.

6) Esquisses scandinaves Relation du Congrès d’Anthropologie et d'Archéologie préhistorique. Paris, J. Hetzel, 8.4. [1875], in-18, pp. 257.

7) Aquarelles africaines Etudes et Correspondances — Lettres sur l’Algérie — La statue vocale de Memnon. — L’emprunt fantastique — Ies Temps de l’Exode. — Arabes et Kabyles. — Le scarabée indéchiffrable. Paris, J. Hetzel, s.d. [1877], in-18, pp. 213 + Léineche

8) Huit jours aux Indes, par Emile Guimet, dessins d’après nature par Félix Régamey. Paris, (Hachette), 1889.

Ext. du Your du Monde, XLIX et LVI.

— Le Théâtre au Japon par Émile Guimet et Félix Régamey. — Conférence faite au Cercle Saint-Simon le 16 avril 1884. Paris, Léopold Cerf, 1886, in-8, pp. 32.

— Promenades japonaises. Texte par Émile Guimet. Dessins d’après nature (dont six aquarelles reproduites en couleurs) par Félix Régamey. Paris, G. Charpentier, 1878, in-4, pp. 212.

— Promenades japonaises. Tokio—Nikko... Ibid., 1880, in-4, 2 ff. + pp. 288.

— Conférence sur la Chine ancienne et moderne, par M. Emile Guimet. — Ronen, Impr. de L. Gy, 1898, in-4, pp. 19.

Ext. du Bulletin de la Société normande de Géographie, 1898.

9) Le Dieu d’Apulée. Paris, 1895, in-8, pp. 7.

— Les Âmes égyptiennes. Paris, 1913, in-8, pp. 19, fig.

— Emile Guimet, — Miroirs funéraires en bronze de l’époque des Han. (Ces. rendus Ac. Insc. et B.-L, 1901, p. 283).

— Lao Tzeu et le Brûhmanisme. S. 1, n. d., in-8, pp. 16.

Tiré à part des Actes du IIlme Congrès international d'Histoire des Religions, Bâle, 1904.

— Note sur l’Anthropologie des Chinois. — Extrait des Archives d'Anthropologie criminelle n° 1657, Janvier 1907, in-8, pp. 2.

— Les Chrétiens et l’Empire romain — Le malentendu entre les Chrétiens et le Gouvernement — Extrait de la Nouvelle Revue. Paris, 1909, in-8, pp. 42.

— Lucien de Samosate, Philosophe — Extrait de la Nouvelle Revue. Paris, 1910, in-8, pp. 31.

Pre

Recherches sur la Littérature laotienne. Par Louis Finor. (Bul. Ecole française d'Extréme-Orient, T. XVII, No. 5, Hanoi 1917.)

La création à Luang Prabang d’une « Bibliothèque royale» par M. Merzzier, Commissaire du Gouvernement, encouragée par le roi, a permis de réunir une quantité de manuscrits en grande partie dispersés dans les pagodes. Lors d’une visite dans la capitale du Laos en juin 1914, M. Finot prépara un inventaire sommaire des manuserits qui y étaient centralisés; mais cet inventaire est devenu un travail considérable qui renferme: l° une Introduction comprenant: a) un aperçu des pagodes de Luang Prabang considérées comme dépôts de manuscrits; D) une étude sur la langue thaï: c) de brèves notions de chronologie, utiles à la lecture des documents; 2° une revue générale de la littérature laotienne; 3° un essai d'inventaire alphabétique des ouvrages qui la composent.

Tout d’abord, voici l’origine de Luang Prabang, que les indigènes

appellent ordinairement Mu’ong Luong;

g; il est «d’après la tradition,

le premier Etat coustitué par les Thai descendant de Mu’ong Theng ou Dién-biên-phu. Ses origines appartiennent à la légende, C’est d’abord l'empire des Serpents mythiques, des Nâgas, d’où la ville

garda le nom de Si Satanäganahuta, «des centaines de milliards de

Nägas». Puis apparaissent les deux Maharsis qui fixent le site du futur royaume. L'emplacement du palais fut marqué près d’un gigantesque flamboyant (mai fon), au confluent du Mékhong et du Nam Kan: ce fut l’origine du nom de Xieñn 7üoû qui, après l'extension de la ville vers le Sud jusqu'au Nam Dong, devint Xieñ Doñ—Xieñ Ton. Dans le désert qui précède les temps historiques, le folk-lore a placé deux héros de contes: Putthasen (Buddhasena), époux de la nagi Kanri, et Cantapanit (Candavänta, «le marchand de Candapuri»), le vendeur de bétel qui changeait les rochers en or et qui, devenu roi, coustruisit le Vat Xien T'on et le That Cüm Si. Puis on voit passer une dynastie de chefs kha (sauvages) fondée par Kbun Xua (Java), évincée ensuite par le conquérant thai Khun Lo. C’est de ce roi kha que le pays aurait pris son nom de Mu’oñ Xua ou Java, qui alterne avec celui de Lan Xan, dont l'étymologie est douteuse, Quant au nom actuel, qui tire son origine de la fameuse statue du Buddha vénérée à Vat Mai, il remonte à l'époque où Vieng Chan, étant devenue le siège de la cour, reçut les noms qui avaient auparavant désigné l'ancienne capitale (XVIe siècle). Les origines politiques de Luang Prabang sont localisées au Nord de Ja ville, ses origines religieuses au Sud: «C'est là, à l’intérieur du. rempart, près de la porte dite Pätu Palanxai, que s'établirent au XIVe siècle les premiers moines venus du Cambodge et que s’élevérent les premiers couvents: Vat Pa Saman et Vat Keo».

M. Finot suit l'écriture thai au Siam où elle a été créée par le roi Rama Kamhéñ de Sukhodaya, en 1283, A.D., au Tong King, différente de celle du Siam et du Laos, dans les pays Shan et enfin au Laos dont les écritures peuvent se ramener à deux types: l’écriture de Sukhodaya et celle des Sipsong-panna.

L'ère la plus usitée est le cullasakaraj, commençant le 21 mars

638 A.D.; les Laotiens comptent par années écoulées: l’année numérotée, correspond done à 79 ou 639 A.D.

Le Tripitaka forme la base de la littérature préservée par les manuscrit du Laos, mais il existe une série de contes offrant un véritable intérêt pour le folk-loriste.

Le Mitan Khun Borom est la principale chronique laotienne, en 4 fascicules. « Elle commence aux origines légendairés du royaume de Lan Xang et s'arrête à l'avènement du Praya Sen en 1572. Après quelques renseignements préliminaires sur les dieux et les génies protecteurs du Laos, le chroniqueur raconte comment deux ru’si fixèrent la place des mu’ong futurs; comment Khun Borom, fils d’Indra, fut envoyé du ciel pour fonder le royaume de Lan Xang; comment deux courges donnèrent naissance aux hommes, aux animaux et à tous les produits requis par la vie civilisée; comment Khun Borom partagea les régions qui forment aujourd’hui l'Indochine entre ses quatorze fils, dont l'aîné, Kun Lo, régna à Xien Don—Xien Toû (Luang Prabang). Puis, de cette période légendaire le récit saute brusquement à l'avènement de Fa Num (1353) et retrace en assez grand détail le règne de ce prince (1353—1374) et ceux de ses successeurs: Sam Sèn Tai (1374—1406), les sept rois éphémères qui passèrent comme des ombres pendant la domination de la sanguinaire Mahâdevi (1406—1438), Cakrapati Pên Péo (1438—1491), La Sen Kai (1491—1496), Xumpu (1496— 1501), Vixun (1501—1520), Pôtaisarat (1520—1547), Pra Cei Seta [Jaya Jettha|] (1547—1571) et Praya Sen (1572). Ce texte est caractérisé par l'absence presque complète de dates (celles qui sont données çidessus sont empruntées à une autre source). On en trouvera la traduction dans PAvie, Recherches sur l'histoire, p. 1—77, sous le titre

de: Histoire du pays de Lan Chhang Hom Khao. — 2° Poisavadan

muo’n Lao. — 38° Poñsavadan Küsat Viei Can. — 4° Pwn Prà Ban. — 5° Puwn Pra Kéo. — 6° Nitan Praya Cuo’n Lun. — 7 Urañganidäna. — 8° Chroniques locales. — 9° Pièces d’archives.

Voici les principales traditions laotiennes d'après le Xhun Borom et les Posavadan I. — Origines légendaires, Thên Fa Khu’n (le Praya Inthathipatirat [Indra], père de Khun Borom, est un des quatre thên qui gouvernent le monde. Khun Borom organisa les pays d’en bas (mu’oi lum}) et débarrassa la terre de la liane monstrueuse kua Æhao kat qui la couvrait de son ombre; les hommes purent alors cultiver le pays. Khun Borom eut sept fils auxquels il assigua un des futurs royaumes indochinois: Khun Lo recoit le œmu’o’n Xieñn Dong—Xieñ Ton (Luang Prabang); Cet Cu’o’n, le Xieñ Khuañ (Tran Ninh); Yi Pha Lan, le Ho (Chine); Cao Cu Xon, le Prakän (Annam); Cao Sai Fon, le Yuon (Xieñ Mai); Cao Khäm Phin, le Si Ayuthia (Siam) et le Thao Lok kom, le Hoñsa (Pégou); les deux premiers de ces mu’o’n sont les mu’o’n Zao. Khun Lo et ses gens descendirent le Nam Ngua jusqu’à son confluent avec le Nam U, puis le Nam U jusqu'à son confluent avec le Mekhong où il établit son royaume, après avoir chassé une tribu kha.

Plus historiques sont les renseignements que l’on peut dériver d’une charte en faveur de Vat Keo, datée de 1602 A.D.: «1° Une colonie cambodgienne composée de religieux, de lettrés, d'ouvriers d'art, s'établit à Luang Prabang vers le milieu du XIVe siècle, À sa tête est un moine influent connu sous le nom de Maha Pasämän. Il fonde au sud de la ville, près de l'embouchure du Huei Rôp, un monastère comprenant: a) un bodhidruma, figuier banyan sorti d'une pousse provenant de l'arbre sacré de Ceylan; b) un cetiya; c) un vihära; d) un temple: le Vat Keo. A ce même endroit est

un Buddhapada, — 2° Sous le Praya Sam Sên Tai furent édifiés :

a) le Vat Manorom, avec un colossal Buddha de bronze, encore existant en 1602; b) le Vat Uposatha, en face de Vat Keo, «alors il y eut trois pagodes dans le Mu’on Xua»,.

L'ouvrage de M. Finot se termine par une liste générale de manuscrits laotiens qui comprend 1163 numéros tirés pour la plupart de la Bibliothèque royale de Luang Prabang et de la Bibliothèque de l'Ecole Française d’Extrème-Orient, Nous avons ainsi le travail le plus important et le plus scientifique qui ait jusqu'ici été consa-

cré au Laos. HF, 6

—S-ECGE-e—

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