CHAPITRE VI
La 1Xe Dynastie 1044—1074. — Rudravarman III prisonnier de Lÿ Thänh Tôn 1069. — Abandon au Dai Viét des trois provinces septentrionales 1069. — La Xe Dynastie 1024—1139. — Epédition de Harivarman [II au Cambodge.
LS Hurt Avec Jaya Simhavarman IT s’éteignit la dynastie qui s'était
installée à Vijaya au lendemain de l’usurpation de Lu'u-ky-Tông. Elle n'avait duré que cinquante-cinq ans.
Ce fut un seigneur, dont les ancêtres étaient de simples guerriers, Içvaras ?), vassaux des rois précédents, qui prit le pouvoir et se
Jaya Paramec- fit couronner sous le nom de Jaya Parameçvaravarman. varavarman Î
1044. Les «hommes de Pändurañga, toujours stupides, de mauvais esprit et malfaisants... qui, à plusieurs reprises, se révoltèrent contre «les divers rois de Campä»> ne voulurent par reconnaître Le nouveau souverain et <se livrèrent à des actes coupables: ils élevèrent des
«hommes l’un après l’autre et les proclamèrent rois dans ce pays?).
1) Voir T’oung Pao, Mars 1910, pp. 125—136. Mai 1910, pp. 165—220. Juillet 1910, pp. 319—350. Octobre 1910, pp. 4$9—526. Décembre 1910, pp. 547—566. Mars 1911, pp. 53—87.
2) «le roi Rudravarman, qui appartient à la noble famille d’Içvaras, de Gri Para- «meçvara» Po Nagar XXX (408 A—2). C. II 275-279. Cf. BErGalIGNE 36 et 79. AYMONIER 81—32. Le nom du Roi n’est pas cité par le Soxg Che, à l'occasion des ambassades de 1050, 53 et 56 pas plus qu’il n’en est fait mention dans les textes annamites à l'occasion de celles de 1050—55—57—59 et 60. Seul le Vs2 II 118 parle du roi U’ng Ni
BE JR, à l'occasion de celle de 1047.
3) Po Klauñ Garai, Ninh Thuân 119 A°,*, sur roc, s£é. ck. 972 — 1070 A.D. Fixor IX 207. J’ai donné à cette inscription, dont la publication est postérieure à celle de l’Inventaire des Inscriptions de Champa de Coedès VIII, le numéro 119, et à la suivante le numéro 120.
«Comme le roi Parameçvaravarman était actif et avait des sujets «nombreux, il y conduisit à plusieurs reprises de nouvelles troupes <eb ordonna au Yuvaräja Mahasenapati'), son neveu, avec tous les «généraux, d'aller soumettre cette cité. Toutes les troupes de Panran <combattirent. Il les chassa; il les écrasa les unes et les autres,
«une à une(?); elles allèrent se cacher dans les trous, les cavernes, «les rochers. Et $.A., qui avait une nombreuse armée, les fit «poursuivre par ses troupes dans toutes les directions’). Et ces «troupes prirent tous les gens de Panrañ avec les boeufs, les buffles, «les esclaves, les éléphants, au profit du roi Paramecçvaravarmadeva «Dharmaräja. A la moitié de ces gens... il donna l’ordre de «demeurer pour relever la ville; il donna (l'autre moitié) aux «temples, aux monastères, aux habitations de religieux, aux sâlâs, «aux ermitages, pour se créer du mérite(?)... Alors le yuvaraja «demanda des pierres aux diverses troupes et il érigea ce linga“) et aussitôt (après) il éleva une colonne de victoire‘). Et à cause «de sa piété envers Çiva, lorsque les gens de ce pays virent les
«marques et la beauté de ce linga ... la résolution naquit en eux
1) «Le Ksatriya nommé Cri Devaräja... Le pulyañ Grt Devaräja mahäsenäpati, neveu «de S. M. Cri Parameçvaravarmadeva... fils de la sœur cadette du grand roi Çrt Para- «meçvara» Po Klauñ Garai, Ninh Thuân, 120 A!':, B', sur roc. 972c = 1050 A.D, Finor IX 206.
2) »S. M. Cri Paramecvaravarmadeva ... fit poursuivre les hommes de Paaduranga dans les cavernes, les forêts, ... le sommet des montagnes, l’orée des bois... les grottes, »les anfractuosités des berges, dans les trous des rochers” Po Klauñ Garai 119 A°,7, B',7.
3) "Alors ces hommes, élevèrent un çivaliñga pour servir à leur gloire militaire en ce monde et (au salut) de leur âme dans l’autre monde” Po Klauñ Garai 120 B°,5.
4) ,On fit déposer en divers endroits des pierres, une par personne, et on les donna toutes à l’armée qui était venue, et on érigea un jayastambha (colonne de victoire) pour “rester comme le signe de l’autorité de Cri Parameçvaravarmadeva ici même. Et lorsque »ce jayastambha d’autorité fut achevé, alors les hommes de Päândurañga qui s'étaient révoltés
devinrent vertueux et loyaux envers le roi de Campä, toujours, définitivement” PO Klauñ Garai 110 B°,*,°.
«de renoncer à leurs révoltes contre les rois du Champa qui étaient «toujours victorieux 1050)».
La première ambassade de Jaya Parameçvaravarman I à l'Empereur Soug?) se présenta à la Cour de Chine au début de l’année 1050), et la seconde en 1053*); en 1056) son ambassadeur) ayant fait naufrage à T'ai P'ing du Kouang Si’) et perdu tous ses bagages,
l'Empereur lui fait remettre 1000 onces d'argent ©).
Il rendit, avec autant d’exactitude, ses devoirs à l'Empereur du Dai-Cô-Viêt, bien que le premier ambassadeur qu'il lui ait adressé
ait été retenu prisonnier 1047°): en 1050), il lui envoie un
1) Po Klauñ Garai, Ninh-Thuân 13. Sur roc. Skt 972ç = 1050 AD. Finor III 634vr1 642. La date est sur cette inscription, énoncée par les termes »personne, montagne, noreille” qui peuvent donner lieu à confusion (cf. FinorT III 638 n. 1); les inscriptions 119—120 qui la rendent par les termes »ouvertures, montagnes, mains” et ,neuf, monta-
ngnes, ailes” rendent toute hésitation impossible (cf. FIxor IX 20).
2) C'était alors Tcheng TA ; Empereur Jeu Tsong 1e = (1023—1063). fils et successeur de Tch’en Tsong (= . |
3) »En deuxième année Hoang Yen EN fr : à la première lune, à nouveau des ambassadeurs (du Champa) nommés Che li po wei #& HI] J& fx Cheou lo p’o mo & pv k A LE : : b | ftË VE Dpt et Ti Yang Pou LÉ + P (viennent apporter) le tribut (comnposé de) 201 défenses d’éléphant, 79 cornes de rhinocéros, 2 pièces d’étoffe, une lettre en caractères du pays et une en caractères chinois” Song Che XII 345. CCCCLXXXIX 264.
4) ,Cinquième année Hoang Yeou, quatrième mois”. L’ambassadeur se sommait P'ou
Sseu Ma Ying F5 H Æ JE . Song Che XII 364 CCCCLXXXIX 264
5) »En première année Kia Yeou EF Dh : au troisième mois intercalaire”. Sozg Che XIT 364 CCCCLXXXIX 266 2Ta. |
6) L’ambassadeur P’ou Sseu To P’a : H Fe ë .
7) Tai P'ing Tcheou KR 2 hf arrondissement et ville de deuxième ordre du
département de T’ai Ping Fou (Kouang Si).
8) Le naufrage eut lieu comme il retournait au Champa et il fut probablement obligé de revenir à la Cour, car ce don lui fut fait à la première lune de l’année suivante (1057). Song Che COCCLXXXIX 27a.
9) Je ne suis nullement certain qu’il faille attribuer à Parameçvaravarman cette ambassade de 1047. Le Vs7 IL p. 114 est seul à en parler et l’attribue à un roi U’ng Ni. FË Æ, Voici d’ailleurs ce qu'il en dit: ,En quatrième année Thiên Cam Thän Vo
JR Jk En nee (1047) le Champa vient présenter le tribut; ordre est donné d’exiler
éléphant blanc; en 1055!) il adresse ses assurances de dévoûment à Nhu't-Tôn*) qui venait de succéder à son père et les renouvelle en 1057—1059 et 1060*).
Jaya Parameçvaravarman «victorieux, souverain de la terre +)» eut fort à faire à relever les ruines que les armées Aunamites et les guerres civiles®) avaient laissées derrière elles et reconstituer les trésors que le vainqueur avait enlevés aux temples. En 1050)
«brillant de prospérité» il procède à la réérection de la statue de la déesse de Pu Nagara, lui attribue des champs, cinquante-cinq esclaves chams, khmers, chinois, birmans’) et siamoiïs, quinze livres d'or et quinze livres d’argent*) et lui donne, pour le culte «un «vase incrusté d’or, un superbe ornement de diadème, une magnifique «corde pour ceinture, une aiguière d'argent, un parasol de plumes
«de paon, un large baldaquin d'argent, avec de beaux vases d’or,
»Vambassadeur à Tchen au Pang Châu, parce que le Roi U’ng Ni n'avait »pas obéi” Il n’est à remarquer qu'il n’est parlé de ce roi U’ng Ni dans nul autre document.
10) Deuxième année Sùng Hu’ng Dai Bao = [EN ni I (1050)”. Cm III 148 Tt II 376.
1) »Deuxième année Long thuy thäi binh HE ii K 2, au printemps, à la »deuxième lune, le Campa vient apporter le tribut” Vs2 11 134. T4 III la. Cm III 214.
2) Lÿ thâi Tôn mourut le premier jour de la dixième lune, de la sixième année Sùng Hung Dai Bao (054). 11 fut remplacé par son fils aîné Nhu’t Tôn H LÉ) qui règna sous le nom de Ly Thäanh Tôn x En D Lde 1054 à 1072. Vs2II 12 bis a. Tt II 3946. Cm III 2046. Il donne à son royaume le nom de Dai Vièt K Ek Cm III 204.
3) »Quatrième année Long thuy thäi binh, en hiver à la douzième lune” (1257) Vs/ IL 135. ; Première année Chu'o'ng thânh gia khänh HZ HE EX JE après la huitième lune (1059). VsZ II 148. Deuxième année ibid. à la onzième lune” (1060). Vs2 II 154.
4) Po Nagar de Nhatrang. Tour Nord. Khanh-Hoà, 30. Piédroit Sud. B—2. ch. BERGAIGNE 79. AymoniEr 29. Cette inscription n’est pas datée, mais sa situation sur le
même pilier et à côté de l’inseription Po Nagar 30 ibid. B—3 C. II 270, permet de les attribuer à un seul et même roi.
5) »Dans cet âge Kali où la dispute règne sur le monde” Po Nagar 30 B—3 II. 6) ; En l’année marquée par les marées, les montagnes et le chiffre neuf” ibid. IT. 7) Pukam = Pagan, Birmanie.
8) Po Nagar 30 B—2,
Bhadravarman Il.
Rudravarman III.
«cruches, vases de la contenance de huit demi noix de coco, et «larges vases !)».
Le successeur de Jaya Parameçvaravarman 1?) Bhadravarman II
.ne nous est connu que par la mention qu’en fait son frère cadet P
Rudravarman III. Il était sur le trône en 1060 ou début de 1061 et ce fut lui, sans doute, qui adressa à l'Empereur de Chine, en cette dernière année, un tribut composé d’éléphants domestiques *). La fin de l’année vit l'avènement de Rudravarman III') qui ne fut peut-être pas étranger à la disparition de son frère aîné. Son premier soin fut d'organiser l’armée et d’exercer les troupes®).
Désireux de s'assurer la bienveillance et peut-être le concours
1) ibid 1 10 à 13.
2) Jaya Pareçvaravarman. Inventaire.
A.—I. Po Nagar de Nhatrang. Tour Nord. Khanh-Iloà. 30. Piédroit Sud. B—2. ch. B—3 54. 9726 = 1050 A D. Paramecvaravarman IIL C. II 270. 275. BERGAIGNE 79. AYMONIER 29—31.
11. Po Klaun garai, Ninh Thuân 119 sur roc. Sk%t ch 9726 = 1050 A. D. Parameçvaravarman III. Finor IX 205.
B.—I. Po Klaurñ Garai. Ninh Thuän. 13. Inscription sur roc. sk ck. 972c = 1050 À D. Yuvaräja Senäpati, neveu de Parameçvaravarman 111. Finor III 634vr 643—646. III. Po Klauñ Garai, Ninh-Thuân, 120 sur roc, sk£ ch. 9726 =1050 A D. Cri Devaräja mähasenäpati, neveu de Parameçvaravarman III. Finot IX 205. IV Po Nagar de Nhatrang. Tour Nord. Khanh-Hoà 31. Piédroit Nord. A. ske. 86çc = 1064. Rudravarman III. C. 11 275—279. BERGAIGNE 79. AYMONIER 32. 3) Sixième année Kia Yeou neuvième mois (le Champa) à nouveau offre des éléphants
domestiques”. Sorg Che XII 37 CCCCXXXIX 27a.
4) Po Nagar de Nhatrang. 31 Che li Lu t’ou p’an mo tchang yang pou D H
f# F Re it #5 À 8, (Qri Rudravarman sam yañ po) et Yang pou Che li Lu to p’an mo ti po h P F F] FE 152 Fe FE re VE (Yan Pu Çri
\ Rudravarmadeva). Les Annamites l’appellent De Cu 56 FB, Vs£ II 176 18a. ou Chè Cu fi] ÆB 5 111 68.
5) En septième année Kia Yeou, à la première lune, le Commissaire Impérial du ,Kouang Si dit: Le Champa et le Cambodge n’exercent pas, d'ordinaire, leurs soldats; »aussi, leur voisin, le Giao Chi, les envahit-il et pille-t-il continuellement. Le Champa, “lui, recommence à préparer ses forces militaires pour résister au Giao Chi et envoie, par
nes routes du Kouang Tong, son tribut à la capitale. 11 faudrait le traiter avec bienveillance” Song Che CCCCLXXXIX 27a.
effectif de la Chine, il envoie une ambassade à l'Empereur Jeu Tsong lui présenter le tribut et annoncer ses préparatifs; il demandait en même temps l'octroi d’un cheval blanc qui lui fut accordé (1062)').
Cependant, ne S’estimant pas encore assez fort pour rompre ouvertement, et n'ayant pas obtenu l'effectif qu’il espérait, il envoie, l'année suivante, à Lÿ Thänh Tôn, le tribut règlementaire?), et le renouvelle en 1065“) et en 1068*).
En même temps, et pour s’attirer la protection du ciel, il fait des dons magnifiques à la déesse Yan Pu nagara «pour lui montrer «sa dévotion»: vase en trois pièces), vases d'argent massifs et solides, une cruche en argent du Cambodge, un parasol d’or (1064)°).
Mais il continuait ses préparatifs’) et du consentement de Chen Tsong, achetait des mulets dans le Kouang Tcheou; enfin, l’année
n’était pas écoulée, qu’il ouvrait les hostilités sur la frontière‘).
1) Septième année Kia Yeou, à la cinquième lune, l'ambassadeur Touen P’a Ni
ME a Æ vient apporter en tribut des produits du pays. À la sixième lune, il est fait don gracieux au roi Che li Lu t’ou p’an mo tchang yang pou d’un cheval blanc & I g yanz p
suivant le désir qu'il en avait exprimé” Sony Che XII 378. CCCCLXXXIX 27a.
2) »Cinquième année Chu’o’ng thâänh gia khänh (1063), à la cinquième lune, le Champa vient apporter le tribut”. VsZ II 156.
3) "Septième année Chu’o’ng thânh gia khänh, en hiver, à la douzième lune, le Champa
“vient offrir, en tribut, un rhinocéros blanc” WsZ II 16. 4) »Première année Thièn hu’ông bao tu’o'ng R LU Fi R (portée par le 74
à la troisième année Long chu’o’ng thièn tu) HE LR K ET) le Champa fait cadeau “d’un éléphant blanc”. 74 III 46.
5) Le vase, le couvercle et le plateau.
6) »En l’année désignée par les goûts, le chiffre huit et les ouvertures”. Po Nagar de Nhatrang, 31, 11, III.
7) En première année Hi Ning WE F5 à la sixième lune, au jour Ting Wei
sis [a
Ÿ À, le roi Yang Pou Che li Lu t’o p’an mo ti p’o envoie une ambassade offrir en
ntribut des produits du pays et demander à acheter des mulets et des chevaux. L'Empereur donne l’ordre de lui faire présent d’un cheval blanc et l'autorise à acheter des mulets
dans le Kouang Tcheou” Song Che XIV 404 CCCCLXXXIX 274. L'Empereur était Chen — ee . .
Tsong Ji ZIK » 1068—1085, fils et successeur de Chou IE, empereur Ying Tsong