‹ Tung pao. Toung paoChapitre 119 sur 261 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La XIe Dynastie 4139—1144 — La XIIe Dynastie 1149. — Suryavarman II,

roi des Khmers, au Cambodge. — Campagne de Jaya Indravarman IV au Cambodge, 1172. — Invasion Cambodgienne & division du Champa en deux royaumes. — Süryavarman rétablit l’unité. — Le Champa

province Khmère, 1203—1220. Jaya Parameçvaravarman II rétablit la XIIe dynastie sur le trône, 1220.

Le successeur de Harivarman IV, ou du moins celui que, jus- xIe Dynastie

qu'ici nous connaissons comme tel, Jaya Indravarman IIL, n’appar- Jaya Inärs-

varman III.

tenait pas à la famille règnante et n'avait probablement aucun droit 1139—1144. à la couronne: il adopte, en effet, dans ses panégyriques, la généalogie traditionnelle des souverains qui, n'ayant pas hérité le trône de leur père, tentent de justifier le sacre qui les fit rois en établissant leur lointaine descendance d'anciens rois dont toute postérité semblait éteinte *). «Il fut le roi Uroja, nous confient les deux seules «inscriptions signées de lui qui nous soient parvenues: il fut le <roi Bhadravarman; il fut Jaya Siñhavarman: trois fois il fut roi «jusqu'à ce roi; alors il fut Indravarman; ce furent ses quatre «naissances comme homme» *). Uroja est l'ancêtre mythique du clan du Cocotier, le fondateur légendaire de la royauté Chame, et Bha-

1) Voir T'’oung Pao, Mars 1910, pp. 125—136. Mai 19:0, pp. 165—220. Juillet 1910, pp. 319—350. Octobre 1910, pp. 489—526. Décembre 1910, pp. 547—566. Mars 1911, pp. 53—87. Mai 1911, pp. 236—258.

2) Cf. les généalogies établies par Harivarman III, Dông Du'ong 66 A XVII à XX et Jaya Harivarman I, Mi-Son 100 B XVIII tous deux fondateurs de dynasties.

3) Mi-So’n, Mon: B 3, 83, Pilier ext. Nord. S#£é. cA. dernière date 1062c = 1140 AD. Jaya Indravarman IIL A. Finor, IV, 952.

dravarman, le premier constructeur du temple de ce Bhadreçvara «qui sur le trône de Campapura, forme l'essence de la royauté et «de la perpétuité» !); aussi bien, ce sont incarnations toutes naturelles pour un mortel sur le front duquel le Souverain Seigneur a posé la couronne. La dernière naissance, en la personne de Jaya Siñhavarman n’a d'autre but que de rattacher la généalogie de Jaya Indravarman III à un roi plus récent, Jaya Sinhavarman II, probablement, qui mourut en 1044 sur le champ de bataille, et auquel le rattachaient peut-être de lointaines alliances ?).

Il naquit en 1106, reçut, en 1129, le titre de Devaraja, et en 1133, celui de Yuvaraja*), qui dans le protocole hindou, correspond à celui de prince héritier, et il est fort à penser que Harivarman ÎV, n'ayant pas de fils apte à lui succéder, avait adopté Jaya Indravarman en raison de ses qualités personnelles ou simplement de sa lointaine parenté avec une ancienne dynastie. À sa mort‘) Jaya Indravarman III lui succéda du consentement de tous et sans que l’ordre en fût troublé, 1139°). L'année suivante‘), il érige un (Criçanabhadreçvara; deux ans plus tard’), il donne au temple de Po Nagar un Civaliñga et un Griçana Visnu et, en

1143) fait une nouvelle donation à ce sanctuaire.

1) Dông Du’o’ng 66. A XVII.

2) Il n’y a donc pas lieu de voir en ces Bhadravarman et Jaya Siñharvarman, comme le font Aymonrer 36 & Kinor IV, 909, des souverains distincts prédécesseurs immédiats de Jaya Indravarman et dont il aurait légitimement hérité la couronne.

3) «Dans l’ère çaka, il naît en 1028 (AyMonter lit 1021 sur Po Nagar de Nhatrang 28); il devient devaraja en 1051, yuvaräja en 1055».

MiSo’n. 83. À — Po Nagar de Nhatrang, Khanh ho, 28, Linteau, cZ. 1065ç = 1143 AD. Jaya Indravarman III. BERGAIGNE 80—82 1. 2. BERGAIGNE, AYMONIER 36—37.

4) La dernière date que nous possédions du règne de Harivarman IV est 1129. En cette année il adresse le tribut à l'Empereur qui lui confère en retour une dignité appropriée au revenu de ses Ctats. Song Che XXV 45 COCÜLXXXIX 27a et infra.

5) «ll est roi en 1061ç». Mi-So’n. 83 A. Po Nagar de Nhatrang 28. 1. 2.

6) «En 1062ç» 1140. Mi-So’n. 83 A. Po Nagar de Nhatrang 28. 1. 2.

7) «ln 1064ç» 1142. Po Nagar de Nhatrang 28. I. 2.

8) «En 1065ç» 1143 AD. Ibid. 1. 3. En 1166ç, étant Yuvaräja, il avait fait des dona-

ee

En 1112 était monté sur le trône du Cambodge un prince belliqueux, Suryavarman IT, qui «voulut subjuguer les princes des «autres parties du monde» '). Les circonstances étaient propices à ses ambitions conquérantes: en Chine, toutes les forces vives des

Song étaient appliquées à la lutte contre les Kin*); au Pai-Viôt,

l'enfant”) qui avait succédé à Nho’n-Tôn était mort fou à vingt ans, et de 1138 à 1210, les règnes de son fils‘) et de son petit-

fils) n'avaient été que longues minorités livrées aux rivalités des

Grands et de la Cour.

Dès qu'il eut ceint la couronne, Suryavarman commença de harceler le Champa: en 1023, en 1024, en effet, le Pai-Viêt ne cesse

de donner asile à des bandes de Cambodgiens ou de Chams qui

tions au dieu Saddharma, — Mi-Son 83 A. Po Nagar de Nhatrang. 28 1. 2 —, et offert un Civaliñga à Po Nagar. Po Nagar de Nhatrang 28. 1. 3.

1) Ban That, Commissariat de Bassak, 364. Stèle XXXV. St. Süryavarman. KERN, Annales Extrême Orient I. 330. III 65 —76. MasPero, Empire Khmer 42—44.

2) Le caractère & Kin par lequel les Chinois désignent l’Empire fondé par A-Kou- Ta est la traduction du nom de la rivière Altchouk-An Tchou Hou LS Hi  en arabe Altoun «Rivière ne arrosait le pays d'origine de A Kou Ta nÿ (=) Tr}; Kan des Niu Tch’en x IX (Jou Tch’en ou Djourtchen) — ils occupaient les deux rives de l’Amour et les vallées de la Soungari — et celui-ci le prit en 1115 comme nom de sa dynastie. En 1124 les Kin ayant soumis les Leao De dont ils avaient été tributaires jusqu’en 1114, se trouvèrent en contact avec les Song. En 1126, ils franchissent le Fleuve Jaune, s'emparent, en 1127, de la capitale et de l’Empereur K’in Tsong R =,

passent, en 1129, le Fleuve Bleu et prennent Nanking; puis, franchissant le Tche Kiang, =, fixe sa capitale à Hang Tcheou (1125) et les Kin transfèrent la leur à Pékin (Tabing Fou) 1153. Enfin Hiao Tsong LA == (1163—1189), renonçant à la lutte, se contente du pays situé au Sud du Fleuve Bleu et reconnaît aux Kin toute la région du Nord, Son petit-fils Ning Tsong 5 = (1195—1224), fils de Kouang Tsong DK: EE (1190— 1194), recommença la lutte en 1206, mais il dut bientôt leur demander la paix, 1208.

3) Lÿ-Thân-Tôn 2 it EE neveu de Nho’n-Tôn; règna de 1127 à 1138. Fs/1III 1 à 34. Sk III. Te LI 27, 28a. Cm IV 18, 34a.

4) Ly-AnbTôn ZE À 2, fils du précédent; règna de 1138 à 1175. 752 II 3a à 105. 7 III 42a, IV la. Cm IV 348. V 184.

ils pillent Hang Tcheou. Incapable de reconquérir le Nord de son empire, Kao Tsong JF]

5) Lÿ-Cao-Tôn 2 JF] ER fils dn précédent; règna de 1175 à 1210. VsZ III 1la à 2928. Sk III. TZ. IIL Cm.

cherchaient refuge sur son territoire contre les poursuites de leur

ennemi !).

En 1128, il conduit 20.000 hommes contre le Dai-Viét. Chassé

du Nghé-An par Lÿ-công-Binh *), il envoie l’automne suivant une flotte de plus de 700 vaisseaux piller les côtes du Thanh-Hoù ‘), et, désormais, ne cesse plus d’assaillir cet empire, entraînant souvent avec lui le Champa, de gré ou de force“). C’est ainsi que ce royaume, qui, au début de 1131, envoyait le tribut à l'Empereur Thän Tôn°), envahissait le Nghé-An, l’année suivante, de concert avec les Khmers. Ils en furent bientôt chassés, d’ailleurs, par les garnisons de Nghé- An et Thanh-Hoà réunies sous le commandement de Du’o’ng-Anh-

Nhef). Jaya Indravarman III ne voulut point continuer l'aventure

1) «En quatrième année Thiên phà duê v6, au printemps, à la quatrième lune, jour & FH FH, cing Cambodgiens viennent demander asile. En cinquième année Thin «phù duê vô, à la première lune, Cu Ong H À : du Champa, et 30 hommes de sa

«suite viennent à la Cour; à la quatrième lune Kim dinh a phû & ü Frf 1È

«du Cambodge et quatre serviteurs viennent demander asile; au cinquième mois le Cham

\ \ «Ba tu’ bô dà la JÉ F] jf a SÉ, avec 30 hommes, vient demander asile». S#

IIL 296. T4 III 226.

2) Ly công binh ZE À pe :

3) Première année Thièn Thuan DR NE Vst III 14. Sk III 366, 39a. T7 III

30a, 32a. Cm IV 206, 23a.

4) Peut-être doit-on voir dans le fait qu’en 1133 (3° année Thièn Thuûn) Uñg Ma

HE Jp et Ung Cäu Ë 3] ; hommes da Champa, demandent asile à la Cour du

Dhai-viêt, la preuve qu’une lutte entre Cambodgiens et Chams eut lieu dans le courant de cette année. Vs III 24. Té III 156.

5) «Troisième année Thièn Thuân, douzième lune, l’Empereur (Thuâ-Tôn) va jouer «au volant au palais de Thièn An 5,8 a . Au moment où le Champa venait offrir le «tribut l’empereur jouait au volant au palais de Thiên An. 11 ordonna à l’ambassadeur de «le regarder» Sk III 454. Té LIT 164. Cm IV 275. En réalité, la troisième année Thièn Thuân correspond à 1130 AD., mais le 12° mois en appartient à l’année 1131.

6) Du’ong Anh Nhe À nee du titre de Dai Uy K il) . Vsl TIL 22: Sk III 47a. Tt III 374. Cm IV 29a. Ce sont probablement les Chams faits prisonniers durant cette campagne qui tentèrent de s’enfuir sur des jonques qu’ils s'étaient procurées, furent rejoints à Nhut Lé et ramenés à la capitale. 5% II1 458. Cm IV 276. Le T{ II 164, cependant, place cette tentative d'évasion à la septième lune, alors qu’il ne mentionne

l'incursion des Chams et Khmers au Nghé-An qu’au huitième mois.

et, en 1136’) s’acquitta de ses devoirs de vassalité envers Thän Tôn ; il ne prit aucune part à la nouvelle campagne que Süryavarman mena contre le PDai-Viét?). Le souverain Khmer, malheureux dans cette entreprise, reporta contre lui toute son ardeur conquérante, En 1145) il envahit le Champa, s'empare de Vijaya et se rend maître du royaume. Jaya Indravarman III*) disparut pendant la guerre, prisonnier du vainqueur ou mort sur le champ de bataille.

La couronne échut alors, dans des conditions que nous ignorons, Xle Dynastie

à Rudravarman IV qui fut «consacré» °) mais ne règna jamais: il ie Me L ranma-

Cut fuir à Pandurañga devant les armées Khmères avant d'avoir pu loka 1149.

faire acte de souverain ©). Il y «atteignit la fin des fruits et des œuvres;

1) «Troisième année Thiên chu’o’ng bao tu’ TE 2 4 fi , douzième lune. Sk IT 486. Te III 394. Cm IV 304. Le VsZ K. 8, p. 26, place cette ambassade en 1134. Il est à remarquer d’ailleurs, que les luttes de Süryavarman contre le Dai-Viét ne l'empèchent pas d’envoyer une ambassade en 1125 (mêmes références que ci devant),

2) Cinquième année «Thiên chu’o’ng bao tu’» S4 III 514. T2 III 404 Cm III 304, 314.

3) En 1067 caka. Batau Tablah, 17. BERGAIGNE 83. AYMoNIER 39.

4) Jaya Indravarman IIT forme à lui seul la X° Dynastie 1139 — 1145. Inventaire.

A. — I. MiSo’n. Mon‘ B 3. 83. Pilier ext. Nord. S#/ c. dernière date 1062e — 1140 AD. Jaya Indravarman III. A. Finor IV. 952xvin.

IT. Po Nagar de Nhatrang. Khänh-Hoù 28. Linteau c4. dernière date 1065ç = 1143 AD. Jaya Indravarman III. BERGAIGNE 80. AYMONIER 36.

III. Po Nagar de Nhatrang, Khänh-Hoà. 31. Piédroit Nord. A 3. Sk/, sans date ni nom. BERGAIGNE 82 l’attribne à Jaya Indravarman III. «Cette inscription ne porte aucun «nom de roi. Mais elle est certainement postérieure à la 2 de la même face, qui est «datée de 986, sous le règne de Rudravarman. C’est ce que prouve, mieux encore que sa «situation, l’usage de la forme nouvelle du ç. D'autre part, elle est tout entière en sanscrit. «ce qui ne permet guère de la faire descendre plus bas que le XIe siècle caka. Enfin tous «les rois dont nous avons des inscriptions depuis la fin du Xe siècle jusqu’à la fin du «XII ont fait graver des dédicaces sur les piliers d’entrée de la tour de gauche de Po &Nagar. Cri Jaya Indravarman II ferait seui exception. Je propose done de lui attribuer «provisoirement la troisième inscription de la face A du pilier de gauche». AyMONIER 37.

B. — Mi-So'n. Mont D 3. 91. Socle. C4 1962ç = 1140 AD. prince Dav Veni Laksmi Sinyan, de Rupañ-vijaya, fils du pu lyañ Çri Devaräja prince Sundaradeva. FINoT IV. 954x1x.

5) Jaya Harivarman I se dit «fils d’un roi consacré, diksitaksitibhrtsutah». Mi-So’n. Mon‘ G 6. 100. Stèle S%£ c4 1079ç = 1157 AD. Jaya Harivarman I, Finor IV 9551%x. Bix.

6) Ce qui explique que son fils Jaya Harivarman I, fondateur de dynastie, ait cru devoir justifier sa prise de possession du trône par la phraséologie habituelle des rois usur-

pateurs et se dire «Uroja quatre fois incarné. Mi-So’n 100 Bxvur.

«alors les gens de Pandurañga invitèrent le prince Civanandana, son «fils, à règner en ce royaume pour l'avantage et la fortune du royaume «de Champa, de même que dans les temps anciens; et il règna dans

«ce royaume, 1145» ‘).

Il n’est point de roi du Champa qui nous ait transmis de lui- Le :

même une biographie aussi précise. Il était, nous dit-il, petit-fils

de Rudraloka?) et fils de Rudravarman*) Brahmaloka ou Parabrah-

maloka de son nom posthume. Sa mère «membre de la caste des

«la reine Jiñnjyañ» *). Il se vante de son «origine ksatriyo-brahmanique»,

«Ksatriyas“) était la reine Paramasundart: devi autrement nommée de sa descendance de «(ri Paramabodhisatva, roi suprême» °) et nous

apprend «qu’il n'eut pas de frère cadet de haute race» 7). Il reçut à sa naissance le nom personnel de Ratnabhümivijaya) et portait,

avant son avènement, le titre de «Prince Civanandana» ?). 1) «En 1067ç» Batau Tablah (Da Né) Ninh Thuân. 17. Inscription sur roc. c# 1092c = 1160 AD. Jaya Harivarman I. BERGAIGNE 83. Aymonier 39. FiNoT LIL 634vur. 2) FINoT. IV. 905—909, attribue à Jaya Indravarman III le nom posthume de Rudraloka, l’assimilant ainsi au grand père de Jaya Harivarman I. C’est tout à fait impossible. Jaya Indravarman III, né en 1028c — 1106 AD, — Mi-So’n, 83 À, — avait en

1145, 39 ans. Or, en cette même année, Jaya Harivarman I n’était plus un enfant puis-

qu'il «avait longtemps subi heur et malheur dans les pays étrangers — Mi-So’n 100 Bu; il était même marié & nous connaissons son beau-frère Vañçaräja, — Mi-So’n. Mont G 1. 101. Stèle C4. Finor IV. 963xxr B 6. — C'était donc un homme de vingt cinq ans au moins, et né antérieurement à 1120; d’où impossibilité d’être le petit fils d’un homme

né en 1106. 3) Batau Tablah 17. AYMONIER, 38.

4) Mi-So’n 100 Bix.

5) Mi-So'n 101 A.B. 6) Ibid. A.

7) Mi-So’n 100 Bx.

8) Mi-So’n A. Batau Tablah. 17. AYMONIER 39. |

9) Mi-So'n 100 Arr. Bvir. Mi-So’n 101 A. Mi-So’n, Mont B 1. 84. Pilier ext. Sud. Skt Ch. Jaya Harivarman I. FINoT IV 966xx11. Batau Tablah 17. Le Song Che donne à

Jaya Harivarman I tantôt le nom de Teheou che lan pa #3 CCCCLXXXIX y Da jp H k

27a) tantôt celui de Tcheou che pa lan FD FF EL fi (XXXIII 308) nom que lui attribue également le Wex Hien Tong K'ao XXIV nn D 536. Méridionaux 564; les

textes annamites l’appellent Ché b ri bût il] La Be LS Vsl K. 3 p. Ta. Sk Tt K. / 4 p. 1046, Ila. Cm K. 5 p. Ga.

nan nee

Re 7

— ER ne ne nn

Les débuts de sa vie ne furent point heureux; sa qualité de descendant de Paramabodhisatva lui faisait, durant les rêgnes de Harivarman IV et Jaya Indravarman III, le séjour du Champa peu assuré. [1 connut l'exil. «D'abord il quitta sa patrie et longtemps «il subit heur et malheur dans les pays étrangers; puis il rentra «dans la terre de Champa').> Il aida son père à combattre pour le trône et, quand les armées cambodgiennes eurent occupé le Nord du Champa, il le suivit «dans la contrée du Sud» ?), au Panduranga, et reçut à sa mort la couronne des mains des gens de Pandurañga *).

Dès que le roi des Khmers Suüuryavarman en fut informé, il <commanda au senäpati Çañkara, qui était le premier d’entre tous «les senäpati, d'aller avec les troupes du pramäna de Sipakhya‘), «combattre dans la plaine de Räjapura». Jaya Indravarman I prend l'offensive, livre combat au «<senapati (ankara et à tous les senapati «cambodgiens (?) et à leurs troupes. Ils moururent» 11485). Alors, «le roi du Cambodge envoya une armée mille fois plus forte que «la première». Jaya Harivarmau I, qui «heureusement était doué d’un <héroïsme incomparable, les défit en un clin d'œil, dans la plaine «de Virapura, au champ Kayev» ‘).

Suryavarman, voyant la fortune des armes lui devenir contraire, sacre roi» du Champa «un Ksatriya, le prince Harideva, son beaucfrère, frère cadet de sa première femme», le fait reconnaître par les populations chames du Nord du royaume, et donne l'ordre à divers senäpati de veiller à sa sûreté à l’aide des troupes khmères «qu'il lui «laissait, jusqu’à ce qu'il fût roi dans la cité de Vijaya”).»

1) Mi-So’n 100 Bu.

2) Mi-So'n 84 A. 3) Batan Tablah 17.

4) Ce pramana devait se trouver daus le pays de Vijaya, car l'inscription de Batau Tablah 17. dit, en parlant de cette campagne et de la suivante, «les troupes du Cambodge «et les troupes de Vijaya».

5) 1070 çaka Batau Tablah 17 et non 1080 cç. Cf. infra p. 299, Note 8.

6) Batau Tablah 17 & Mi-So’n 101 A.

7) Mi-So’n 101 A.

Jaya Harivarman marche sur Vijaya. Harideva, à la tête de ses troupes, chames et khmères, s’avance pour l'arrêter. La rencontre eut lieu «dans la plaine de Mahiça à l'Est du (temple de) Guhecvara, «sur la rivière Yami, dans le voisinage du lieu ou elle s’en approche «et s’en éloigne‘). Jaya Harivarman baîtit et tua*) Harideva, con- «suma ce roi avec tous les senapati chams et cambodgiens et les «troupes chames et cambodgiennes . .. ils périrent tous» *). Il entre

dans Vijaya, «prend possession du trône» *), se fait ondoyer selon les «rites royaux*)> et règna comme «roi suprême depuis cette «époque» ‘), 11497).

Mais, l'étranger hors du territoire, il eut à conquérir son royaume sur ses propres sujets. Ce furent d’abord les sauvages des montagnes qu'il dut combattre, «Radês, Madas et autres barbares» ©) que les Chams désignaient par le terme générique de «Kiratas» *). Ils avaient envahi <la plaine»; Jaya Harivarmau les joint près du village de «Släy», leur livre combat et les met en déroute. Conscients de leur faiblesse, alors les «Rois des Kirätas>, pour avoir un chef qui sût les diriger, <proclamèrent roi le beau-frère de Jaya Harivarman, «Vañçaraja, frère de sa femme, dans la cité Madhyamagrama». Harivarman <eonduisit ses troupes, combattit Vañçaräja, prit les

«troupes des Kiratas, les battit toutes» !°). 1) Mi-So’n 101 A & Batau Tablah 17.

2) Mi-So’n 100 Bxir.

3) Mi-So’n 101 A.

4) Mi-So’n 100 Bxir.

5) Batau Tablah 17.

6) Mi-So’n 101 A. Cf. sur cette période Maspero, Empire Kmer 43. 7) 1071 caka, et non 1081. Cf. infra p. 299.

8) Po Nagar de Nhatrang 30. A—2. AYMONIER 41.

9) Kiräta désigne, dans l'Inde, un peuple de montagnards. Ce terme correspond ici à

celui de Moï chez les Annamites, de Pnong, chez les Cambodgiens, de Khas chez les

Laotiens.

10) Mi-So’n 101. B.

ne rene ee mn, à —

Vañçaraja') se réfugia au Pai-Viêt et se présenta devant l'Empereur au LOÈME mois 11502), «demandant qu'on l'aidât à s'emparer «du trôve du Champa». Thiên T6, par édit impérial, charge le Thu’o'ng Ch'ê Nyuyên Mông*) de réunir «cinq mille hommes des «troupes du Thanh Ho et du Nghô An» et d'aller établir sur le trône Vañçaraja qu'il proclame «Roi du Champa»'). Le roi des €Yavanas, dit une inscription‘), parce qu'il avait appris que le Roi «du Cambodge suscitait des obstacles à Jaya Harivarman, et recon- «naissant que ce souverain était doué d’un héroïsme incomparable, proclama roi un homme de Champa, Vañçaräja; il lui donna plu- «sieurs senäpati Yavanas, avec des troupes Yavanas très valeureuses, «au nombre de cent mille hommes, et mille. Elles s'avancèrent jusque «dans les plaines de Dalva et de Lavañ. Alors Jaya Harivarman «conduisit toutes les troupes de Vijaya. Les deux parties se livrèrent un terrible combat. Jaya Harivarman battit Vañçaraja. Les ‘troupes Yavanas moururent nombreuses» 6). Vañçaraja et Nauyên- Mông restèrent sur le carreau”). C'était pour Jaya Harivarman une

victoire complète (fin 1150 ou début 1151)°).

1) Les textes annamites le dén ent U’ng Minh Die Hu Vsl III G6, ) js ex nna s le dé es ng Min 1ep E EF PE 73 où Ung Minh Ta Dièp JE HA DE Fu. 4 7e IV 1040. Cm V. Ga.

2) «En onzième année Dai Din K ÎE en hiver, à la dixième lune» 157 III 64

3) Nguyén Mông Din Ed ou Lÿ Mông Ze E à , du grade de Thu’o’ng Ch’è “6 fil] :

4) Vs III 66. T4 IV 10c6. Cm NV 6a.

5) Mi-So’n 101 B.

6) Mi-So’n 101. B. — Batau Tablah 17.

7) TL IV l0aba. Cm V Ga.

8) BERGAIGNE, 84, publiant, pour la première fois, une transcription partielle de Vinseription de Batau Tablah 17, avait cru pouvoir déterminer comme suit les sept dates qui y sont données en chiffres et de lecture très douteuse: 1067 (lignes 2 & 6) 1080 (ligne 7) 1081 (ligne 9) 1083 (ligne 12) 1088 (ligne 13) 1092 (ligne 14). AyMmonter, 38, et Finor IV, 905 ont reproduit la série sans modification.

Un examen plus approfondi des inscriptions et leur comparaison avec les données annamites oblige d’abandonner cette lecture. Le tableau ci-dessous met en regard chacun des faits qui y sont relatés dans l’ordre de date ou, s’il n’en existe pas, dans l’ordre où

ils sont énoncés.

Vainqueur de l'étranger,

il eut à imposer sa suzeraineté aux

Batau Tablah. 17 PR FRE Textes annamites (Bergaigne-Aymonier Finot) nee RETENUE Vsl III 64. Ç |AD Ç |AD Jaya Harivar- TE MP Tes man, proclamé RASE ET roi, bat es [1067/1145 Ron AE sans date Khmers à pan. | re es durañga. rañga).

J. H. bat les Khmers à Vira- (1080/1158 pura.

J. H. bat, à J. H. bat et, Mahiça, “ee tue Re | J. H. bat et deva sacré roi proclame rol t 1 H t | -]l Kh par les Khmers, 10811159 and Atos sans date ire se sans date et se fait | FRE roi suprême res les depuis cette époyaux. que.

Ch’ê Bi ri bût (J. H.) bat les | J. H. bat Vañ- CORP AT J. H. bat! FR £ es envoyées ARLES = sans date era les( sans date nes PTS sans date pour soutenir le 1150 A S Cham proclamé | namites. à :

| roi par l’Empereur.

Evènement qui ne peutêtre clai- jross 1161 rement défini.

Révolte de Lu 1166 Panduranga.

J. H. réprime ” la rébellion. Pro0e 0 | | Il érige un | C = es A Criçanabhadrec- CRE Mont} sans date ärasurle Mosttsanssdate F | Vugvan. Il érige le dieu Harivar- (1079/1157 mecvara. | |

L'inscription Mi-So’n 101 n’est pas datée; mais elle paraît destinée à célébrer l’érection d’un Giva sur le Mont Vugvan, évènement que l'inscription Mi-So’n 100, datée de

1079 ç = 1157 AD, nous donne comme antérieur ou tout au plus concomitant; elle n’a

seigneurs Chams qui souffraient de reconnaître l'usurpateur. En 1151, c'est le pays d'Amaravati qu'il soumet !); puis, c'est Pandurañga qui «dans un mouvement d'orgueil abject> se soulève à son tour (1156). Il fallut une longue guerre pour le ramener à la raison et c'est en 1160 seulement que Jaya Harivarman put y imposer sa domination ®). Maître incontesté de tout le Champa, il pousse alors un cri de victoire <$S. M. Gri Jaya Harivarman, prince Civanandana, le Victocrieux, fils de S. M. Cri Jaya Rudravarman, a triomphé également «de tous ses ennemis: Khmers et Annamites; il a conquis le pays «d'Amaravati, les régions du Sud et Pandurañga; il a soumis aussi «les pays de l'Ouest, Radé, Mada et autres populations barbares. Ce «grand Roï fut continuellement victorieux» *). Il relève les ruines

de la guerre, répare les temples et leur offre partie du butin pris

donc pu être rédigée postérieurement à cette année 1079 c = 1157 AD. Or, — l’une et l’autre mentionnant les victoires sur les Khmers, le sacre de Jaya Harivarman, son établissement de fait comme roi suprême du Champa, et la défaite des troupes annamites, — il est impossible d'accepter la lecture de Bergaigne qui place la défaite de Harideva et le sacre de Jaya Harivarman en 1081 ç — 1159 AD et l’échec des armées annamites à une date plus rapprochée encore, c’est à dire postérieurement à ces deux inscriptions, D'autre part, la dernière date, si elle était lue 1092 c — 1170 AD, n’appartiendrait plus au règne de Jaya Harivarman I, mais bien à celui de Jaya Indravarman IV qui, d’après le Song Che CCCCLXXXIX 27a demanda l'investiture à la Chine en 1167.

Aussi bien faut-il chercher une autre lecture. C’est ici que les textes annamites nous sont dune grande utilité. Ils placent leur expédition au Champa dans les années 1150 — dixième année Dai Dinh. Vs! III 66 — et 1152 — treizième année Dai Dinh. S4 TL III 104 & 8. Cm V 64 — ce qui interdit d’attribuer aux dizaines un autre chiffre que 5, correspondant à un 7 de l'ère çaka. Aussi bien devons-nous, malgré Bergaigne, lire les dates de l'inscription de Batau Tablah comme suit: 1070 ç — 1148 AD (ligne 7) 1071 g= 1149 AD (ligne 9) 1073 ç = 1151 AD (ligne 12) 1078 ç = 1156 AD (ligne 13) et 1082 ç — 1160 AD (ligne 14). La défaite des Annamites, mentionnée sur l'inscription de Batau Tablah est citée entre les années 1071 ç = 1149 AD et 1073 c — 1151 AD. On peut accepter la date de 1150 fournie par le VsZ III 66, d'autant que le Fs2, écrit au XIV® siècle, doit être d’une chronologie plus exacte que le S#, le 7% et le Cm.

1) Po Nagar de Nhatrang 30 A2. AyMONIER 41. L'inscription de Batau Tablah, 17 ne mentionne pas le nom d’Amarävati, mais comme elle donne la date d’une campagne 1073 ç (1151) contre un pays dont le nom a disparu, il est fort à penser que ce nom était précisément Amarävati.

2) Batau Tablah, 17. 3) Po Nagar de Nhatrang, 30 A:

à l’ennemi'); il en érige de nouveaux: dans le Nord, à Mi-So'n, pour accomplir un vœu fait «à une époque antérieure au dieu «Gricanabhadreçvara en vue du succès»; il en élève «un sur le Mont «Vugvan, et y place des statues» ?); il en dédie un à son père Cri Paramabrahmaloka, et un autre à sa mère «la reine Jiñjyañ» et y dresse leur image‘). Il érige enfin un Harivarmecçvara et lui fait donation de «maisons et champs» 1157*). Dans le Sud, il présente de riches offrandes à la déesse Po Nagar 1160 °).

Sa domination assurée, il envoya un ambassadeur à la Cour de Chine demander qu'on lui conférât la même dignité qu’à ses prédécesseurs; ce qui lui fut accordé (1155)5). Il s’efforça d’autre part de vivre en bonne intelligence avec le Pai-Viêt, bien que des bandes Chames, concurremment avec des bandes Khmères, ne cessassent de commettre des actes de pirateries sur le territoire du Nhé-An’). En 1152 il offre des présents à Thiên T6); en 1154, comme les incursions de ses gens au Dai-Viêt devenaient plus répétées, et que la Cour poussait l'Empereur à conduire une armée au Champa, il

se hâta d'envoyer des femmes, que Thién Tô accepta ”). En 1155:

1) «Les troupes Yavanas, Annamites, moururent nombreuses. Jaya Harivarman prit «et donna du butin aux temples de Sadän et de Son, et il donna des serviteurs Chams». Mi-So’n 101 B.

2) Ibid.

3) Ibid.

4) En 1079 ç Mi-So'n 100 B.

5) Batau Tablah, 17. Po Nagar de Nhatrang, 30 A. La date de cette inscription — identique à la dernière de linseription précédente (Batau Tablah, 17)» (BERGAIGNE 86 n. 1) — doit être lue 1082 ç et non 1092 ç (Cf supra p. 299, note 8).

6) «En vingt cinquième année Chao Hing». Sorg Che CUCCLXXXIX 27a. Jaya Harivarman y est dit fils dun roi précédent Yang Po Ma tie (Harivarman IV) ce qui est faux. Cf, également sur cette ambassade le Wex Hien T'ong K'ao XXXIV nn Lin 53b 54. Méridionaux 554—555.

DIT ANT z;

8) «En treizième année Dai Dion, après la neuvième lune le roi Chê Bi ri bût «apporte le tribut». VsZ III Ta.

9) «Quinzième année Dai Dinb, en hiver, à la dixième lune». 74 IV 11a. Cm V Ta.

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