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V. L'interprétation de Schlegel

Quoique Schlegel ait entrepris de rapporter les fonctions astronomiques ou astrologiques des astérismes chinois à une époque (16,000 ans avant J.-C.) où le pôle se trouvait à l’autre extrémité

de sa course, il a consenti quelques exceptions à ce système et les

1) Chalmers, fort bon astronome, n’aurait sans doute pas commis de pareilles erreurs s’il n’avait été influencé par les commentaires chinois, qu’il a eu le tort de ne pas contrôler.

Dans la théorie chinoise, le pôle est le centre du ciel comme la capitale est le centre du monde terrestre; aussi la division de l’horizon est-elle identique à celle de l'équateur, ce qui suggère aisément la confusion d’après laquelle la Grande Ourse indiquerait successivement tous les signes de l’horizon.

Lorsque cette confusion s’est établie, il devient inutile de considérer la direction des étoiles Piao; car si l’on admet que la Grande Ourse se présente successivement devant chaque point de l'horizon (fig. 23) la dernière étoile suffit comme index. C’est ce qui a amené les commentateurs cités par Chavannes à considérer Pigo comme désignant une seule étoile (ci-dessus, p. 368, note 1).

a groupées dans son Livre IV où il traite des «époques historiques et modernes». La Grande Ourse et les Cho-t’i se trouvent compris parmi ces astérismes des époques historiques: il eut été en effet difficile de soutenir que les indications de la Grande Ourse pointant vers les quatre points cardinaux, si manifestement conformes au firmament de la haute antiquité classique, se rapportaient à une époque où cette constellation se trouvait à 50° du pôle, bien au delà de la zone circompolaire.

Schlegel a bien compris, par ailleurs, le sens de l'expression Cho-t'i-ko:

«Le nom de Cho-fi ou Cho-f'i-ko est parfaitement traduisible. .. Le Yuanming-pao dit que les étoiles de l’astérisme Cho-fi on TÉ # tiennent la Grande Ourse TÉ 5e et conduisent Arcturus (par la main) JE fi ... etc. (Ur. p. 500).

Ce texte, on le voit, réunit les deux éléments de la règle des Cho-t’i: Arcturus et la Grande Ourse.

Mais Schlegel se livre à un véritable enfantillage lorsque, s'emparant d’un tableau imaginé par l’auteur du Tien yuan li li, il le reproduit en le donnant comme extrait du Tien kouan chou. Schlegel, qui connaît fort bien ce traité de Sseu-ma Ts'ien n’ignore

pas que le document en question n’y figure pas, et n’y peut figurer

puisqu'il suppose la connaissance de la loi de précession.

«(Ce tableau) des trois règnes et des quatre fixations, dit Siu fa, est tiré du T'ien-kouan de Long men; mais les hommes de l’époque actuelle ne l’entendent point et il a été erronément commenté par Ming k'ang». (Ur. p. 34,

L'expression <tiré de» iN HR n’affirme pas absolument que le tableau lui-même soit tiré des Che ki: mais Schiegel, toujours prêt à se leurrer lui-même lorsque sa fameuse théorie est en jeu, le spécifie à la page 31:

«Le célèbre historien Sseu-ma Ts'ien donne, dans son livre T’ien kouan,

le tableau ci-contre des époques chronologiques préservées par les antiques traditions » 1).

Le texte du traité des Gouverneurs du ciel où Siu fa et Schlegel ont cru voir de si belles choses est celui dont M. Chavannes a

donné la traduction suivante:

«Quand on fait usage de (l’observation à) six heures du soir, ce qui indique, c’est (l'étoile) Piao; Piao va de (la montagne) Hoa vers le sud-ouest. A minuit, ce qui indique, c’est (l’étoile) Heng: Heng est au milieu de la région du centre, dans le pays compris entre le (Houang-)ho et (la rivière) Tsi. A six heures du matin, ce qui indique, c’est (l'étoile) K’ouei. K'ouei va de la mer et de la montagne Tai vers le nord-est (p. 342).

Nous avons là un nouvel exemple de la tendance des commentateurs à transformer en procédé de détermination calendérique les propositions mystiques des astrologues qui voient, dans la forme et la position des constellations, des concordances et des finalités mystérieuses. Ce texte fait simplement allusion à la position du Boisseau qui pend, le manche en bas, à droite du pôle (au crépuscule du Za-tch'ouen), puis qui se trouve, six heures plus tard, placé horizontalement au dessus du pôle; puis encore, six heures plus tard, verticalement le manche en haut, à l’ouest du pôle. Dans la première position, l'alignement des étoiles Piao pointe vers l'horizon. Dans la deuxième position, l'étoile du milieu (eng) passe au méridien Hf FH, d'où son association <au milieu de la région du centre»; elle semble être, à ce moment, le pivot de la Balance #5 dont la constellation serait le fléau. Dans la troisième position, ce sont les deux dernières étoiles X’ouei qui sont dirigées vers l'horizon.

Ces formules astrologiques semblent être fort anciennes et en

1) Voy. la note de Chavannes, M. H. III, p. 339. Ce qui enchante Schlegel, c’est que le tableau de Siv-fa reporte l’origine de l'institution à l’an 17827 avant notre ère, alors que lui-même fixe l’origine de la quadrature du Yuo-fien à l'an 16916. «Cette diffé-

rence de 900 ans, remarque-t-il, est insignifiante dans un calcul aussi global».

rapport avec le rôle attribué à la Balance de Jade dans le CAouen-

tien *). Mais on n’en saurait tirer aucune indication précise.

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