‹ Tung pao. Toung paoChapitre 188 sur 261 · MiSo’n 84. B. supra · texte numérisé non relu

MiSo’n 84. B. supra

B. — 1. Po Nagar de Nhatrang. Tour Nord. 31. Piédroit Nord. À I. CZ 11786 = 1256 A.D. Dame Pulyañ Ratnavali, princesse Süryadevi, personne Manah vijaya, fille de S. M. Jaya Indravarmadeva (VI). BHRGAIGNE 93. AYMONIER 53. 2. Phanrang, 6, supra.

3. Chôk Yang. Ninh Thuân. 26. Stèle S4 CA. 1185c — 1263 A.D. C IL, 291xxxv. BERGAIGNE 99. AyMonIER 55. Finot III, 635xur. 3) Yuan Che XX, 55a. Indravarman VI relate lui-même le fait en un euphémisme tout protocolaire. Il dit qu’il «exigea la royauté» Batau Tablah, Da Né, Ninh Thuän. 18. Inscription sur roc. CA. 1199ç = 1277 A.D. B£RGAIGNE 96. AYMONIER 57.

4) Pao t’o t’ou houa ei LA 7È 14 frère cadet de Jaya Paramecçvaravarman 11

et de Jaya Indravarman VI est dit É .oncle maternel, du prince Harideva qui s’empara ainsi violemment du trône. Yuan Che XX 55e Voici d’ailleurs le tableau généalogique de cette famille tel qu’il peut être établi d’après les données des Inscriptions et du Yuan Che.

Jaya Harivarman I.

Jaya Harivarman IL.

Jaya Paramecvara- Jaya Indra- Pao t'o fille X varman II varman VI t’ouo houa | |

Indravar- Gaurendralaksmi man VI. Paramapura

| El Jaya Siñnhavarman.

Nous ignorons le nom de son père, mais son nom de Prince Harideva nous porte à croire que celui-ci descendait du Harivarman qui, en 1022 ç = 1170 A.D. fit tracer sur le rocher de Batau Tablah une inscription à la suite de laquelle il en a lui-même fait graver une autre.

5) En ç 1181 (1259) lorsqu'il portait ce nom, il »vint à Panrang,. Il y fit trois expéditions, en 1209, 1265 & 1277. Batau Tablah 18. Aymonter 57, 58. Finor III, 640.

Ce prince maître ainsi du pouvoir voulut enlever à celui de ses oncles qui survivait tout moyen de parvenir au trône par le même procédé et lui fit couper le grand doigt de chacune des deux mains ’) Aussitôt sur le trône, il s’octroie le nom royal ?) de Jaya Sinhavarman, mais attendit pour se faire ondoyer l’année 1277. IL prit alors le nom d’'Indravarman (VI)*), qui est celui sous lequel il convient de le désigner.

Il était, lorsqu'il prit la couronne, d’un âge avancé, puisque Marco Polo, qui lui attribue le nom d’Accambale ‘), le dépeint comme un «homme très âgé» en 1278 °).

- Guéri des ambitions guerrières et désireux d'éviter à son pays l'hostilité annamite, il se hâta d'envoyer une ambassade à l'Empereur du Dai-Viét), dès le début de l’année 1266 7). Il se conforme au même devoir l’année suivante *). En 1269 il lui offre un éléphant blanc *) et présente à nouveau le tribut en 1270 0).

Il ne put éviter la guerre cependant. Mais elle vint d’un ennemi

1) Yuan Che ibid.

2) Drin rajanama. Batau Tablah 18.

3) 1199 çaka Batau Tablak 18. 11 paraît bien en effet que les inscriptions postérieures à 1277 le désignent sous le nom d’Indravarman. Il est à remarquer cependant que les textes chinois, quand ils le citent par son nom, l’appellent Jaya Sinhavarman.

4) The Book of Ser Marco-Polo the Venetian concerning the Kingdoms and Marvels of the East translated and edited, with Notes, by Colonel Sir HENRY YuLe. Third edition, revised throughout in the light of recent discoveries by Henri Cordier, in two volumes. London, John Murray, 1903, II, 267.

5) Now (in the year of Christ 1275) the King (whose name was Accambale) was a very aged Man. Marco Poro ibid. ch. V. ,On the great country called Chamba, p. 267. Cf. plus loin les raisons qui semblent autoriser à lire cette date 1282.

6) À ei Nho'n Hoàng. Fils aîné et successeur de Trân Thäi Tôn qui abdiqua en sa faveur en 1258. Il règna sous le nom de Trân Thânh Tôn Ph En = de 1258 à 1278. T# V 24a, VII 378. Cm VI 45a, V1I 204, Chronologie 95.

7) »Neuvième année Thién long, au printemps, à la première lune,. Elle était composée de Bô Tinh fj ÆL et Bô Dôt ff ZE. 7e V 302.

8) »Dixième année Thiên long, printemps, deuxième lune,. 24 V 308.

9) »Douzième année Thièn long, printemps, deuxième lune,. 74 V 326.

10) ,Treizième année Thièn long, été, quatrième lune. 74 V 33a.

Indravarman VIS 12771=%

qu'il n’attendait pas, des Mongols qui lentement faisaient la conquête de Ja Chine. Leur «Grand Khan», K’oubilaï !) petit fils de Gengis, depuis son élévation au trône des Mongols (1260) continuait la conquête de l'Empire des Song. Il cherchait en même temps à se faire prêter serment de vassalité par tous les états étrangers qui reconnaissaient les empereurs de cette dynastie comme leurs suzerains ?). En 1260 il avait annoncé à Thanh Tôn qu'il lui octroyait sa protection *) et l’invitait à venir présenter ses devoirs de vasselage. En 1267, 1275 et 1278 il rappela les termes de cet édit, qui n'avait pas été observé, mais sans plus de succès ‘).

Le roi du Champa ne pouvait manquer d’être appelé, lui aussi,

aux mêmes devoirs °).

1) Hou pi lie LA DA FA, né en 1216, à la huitième lune. Fils de Toului, quatrième fils de Gengis Khan. Il suceèda à son frère aîné Mangou KR à Li (alias Hien Song a == 7 ) mort en 1249.

2) Du vivant de son frère Mangou, K’oubilaï, ayant occupé le royaume de Ta li

K FH (Yun-nan) (1252) et le pays des T’ou fan nt LA (Thibétains) chargea son

lieutenant Wou leang ho tai ax Ngût lu’ong hiêp ngao JL É en fE, de la soumission des populations De Y (les populations étrangères situées aux frontières de la Chine). Cette soumission effectuée, il descend le cours du Song Rai, envahit le Pai-Viet et entre dans la capitale, mais ne réussit pas à s’emparer de l'Empereur. Il reprend alors la direction du Nord, 1257.

3) Edit daté du troisième jour de le douzième lune de la première année FH À Tehong T’ong, 1260.

Il est adressé à Bit H ME Trân Nhwt TeAl II, lab. Sainson 99—101.

4) »Edit de la quatrième année Tche Yuan, septième lune, 1267 A.D. Tezl IL 14,

2a b. Sainson 101—104.

»Edit de la douzième année Tche Yuan, huitième lune, 1275 A.D. Tel IT 26 3a. Sainson 104—105.

»Ædit de la quinzième année Tche Yuan, huitième lune, 1278 A.D. Il est adressé à

\ — Trân Nhut Bi H AE héritier présomptif. Te4l 3a b.

5) Auparavant déjà, Ma tch’eng Wang Æ 157 HE, Siuan wei che À Li} fE,

Ambassadeur extraordinaire, des provinces orientales du Kouang Nan fr F4 D] Ne] ,

avait, à plusieurs reprises, demandé 3000 soldats et 300 chevaux pour aller soumettre le Champa. Yuan Che COX 554.

JU

Aussi bien, dès cette année 1278, Sagatou !), Lieutenant Général de Gauche?) qui venait de contribuer puissamment à la conquête du Kouang Tong, envoyait-il au Champa un de ses hommes qui lui rapporta qu’ [Indravarman VI) était tout disposé à faire sa soumission. K’oubilaï, instruit du fait, accorde au roi le titre de «Prince du Second Rang ‘)» et, comme des ambassadeurs Chams se présentaient à la Cour au 6° mois de l’année suivante 5), leur fit distribuer de l'argent, des sapèques, des effets d'habillement et de la soie, des selles, arbalètes et chèvres ainsi que de quoi acheter des chèvres et des chevaux. Mais il exigeait des rois feudabaires qu'ils vinssent à la Cour prêter en personne le serment de vasselage, et, de même qu’en 1267) il en avait donné l’ordre à l'Empereur du Dai-Viêt, il expédia au Champa dans les premiers jours de 12807) une ambassade dont faisait partie Sagatou *) et chargée d'inviter Indravarman VI à venir en personne à la

Cour ?). L'acte de soumission que celui-ci lui adressa en Mai !),

1) So Tou ne #T . Les histoires dynastiques, qui reproduisent l’orthographe réformée

de K’ien long, écrivent EAN & So To. Cf. PecrioT, B.EF.E.O, IT, 140. C’est le Sagatou de Marco Polo (ibid. II 267) qui en fait »a Baron of the great Khaan,. Cf. Sa biographie dans le Yuan Che CXXIX, 20 34. Cf. également Cm VII 356.

2) Tso Tch’eng Æ 7k :

3) Le texte Chinois lui donne le nom de Cri Jaya Sinhavarmadeva Che li Tcha ya San ho pa la Nuo tie wa 2e Lu P À 4 y DAN pal BA LE Hi. Yuan Che CCX 55a.

4) Kiun wang ED F. Titre que portaient les princes mandchous du deuxième rang. Yuan Che ibid.

5) »Seizième année Tehe Yuan” Fuaxn Che X 34a.

6) An Il 14 Sainson 102.

7) »Seizième année Tche Yuan, douzième lune, Yuan Ché X 344.

F4 File comprenait, outre Ne : » Vice Président du département de la guerre

» KE FT 4% AP Kia Tan Ta, 52 LE: FE DE: le Gouverneur Général A tes Meng ,Suan Yuan Æ É JT JU: le Wan hou, Chef de dix mille hommes pi F : Souen »Cheng Fou FR ES k ». Yuan Che CCX 56.

9) Fuan Che X 345 CCX 55a.

10) ,Dix septième année Tche Yuan, deuxième lune, 1280 A.D. Far Che CCX 55a.

ne le contenta point, et il signa, le 1% Juillet ‘), un nouvel édit enjoignant au roi récalcitrant de se présenter lui-même; puis comme le 5 Septembre ?) des diguitaires Chams lui présentaient des éléphants dressés, il expédie à nouveau, le 26 Décembre ‘) en qualité d'«ambassadeur extraordinaire» Meng Suan Yuan, — qui avait déjà fait partie de l'ambassade de Sagatou, — avec instruction d’enjoindre à Indravarman VI d'envoyer à la Cour un de ses jeunes fils et quelques dignitaires. Celui-ci adresse alors ambassade sur ambassade: la première se présente au grand Khan le 13 Août 1281 “), la seconde deux mois plus tard °) si bien que K’oubilaï se décide enfin à lui concéder les insignes de «Prince impérial du «Second Rang 5)».

Sagatou venait de partir pour le Champa7) accompagné de

Indravarman VI est désigné ici d’un titre protocolaire, dans la transcription duquel on

peut reconnaître les mots: ,Pu poñ tana raja....Campädhiräja..?, Pao pao Tan na Lo

K’iong nan tcheng pa to lo k’iong À I H. 2e RÉ ER Ff EX on JU Hh RE HN

1) ,Dix septième année Tche Yuan, deuxième lune, jour Jen Chen + FH o Yuan Che XI 354. Le signe cyclique de cette année était A Ex :

2) ,Ibid. huitième lune, jour Wou Yin JW TH . Fuun Che XI 356.

3) »Ibid. onzième lune, jour Ting Mao E DPI] n Yuan Che XI 364. Siuan wei Che =) El ÊE , Ambassadeur extraordinaire”.

4) ,Dix huitième année Tche Yuan, septième lune, jour Sin Yeou DÉ pq » Yuan Cle XI 37a.

5) ,Dix huitième année Tche Yuan, neuvième lune, jour Jen Chen + Le e Yuan Che XI 374.

6) Ibid. dixième lune, ibid. Indravarman est appelé ici: Che li tcha ya sin ho pa ma ho tie wa 2 H FH À f5 Æ: VAN Dpt , LE FE A vrai dire, il est assez difficile d'établir la date exacte de l’octroi de ce titre. Au dire de la notice sur le Champa, Yuan Che COX 55a, ce fut en 1278; les Annales principales, Fuzr Che XI 376, disent au contraire dix huitième année. Cela tient sans doute à ce que si le titre fut bien décerné en 1278, on attendait sa venue pour lui en remettre les insigues; voyant qu'il ne s’y décidait pas et ne voulant pas cependant s’aliéner les bonnes dispositions dont il faisait preuve en présentant acte de soumission, on se décida, de guerre lasse, à lui en envoyer les insignes en 1281.

ES 7) »Septième lune, jour Sin Yeou = » Yuan Che XI 3Ta.

Lieou Cheng‘). Ils étaient chargés de diviser le Royaume en circonscriptions et d'y maintenir la tranquillité ?): c'était en somme deux vice-rois qui avaient charge d’administrer le pays en nom et lieu du Roi. Celui-ci, vieux et faible, se soumit à cette humiliation, mais son fils, le prince Harïit, que les textes chinois dénomment Pou Ti‘), ne put s’y résigner. L'état de peuple tributaire était, à cette époque, loin d’être une sinécure: on exigeait de lui hommes, argent et vivres‘). Le mécontentement de la population, excité sous main par la Cour, devint tel que les Commissaires Chinois, ne se sentant plus en sûreté, regagnèrent leur pays ). L'Empereur, immédiatement, décide une expédition, fait lever 5.000 hommes dans le Houai Si, le Fou Kien et le Hou Kouang, réquisitionne ceut jonques de mer, 250 jonques de guerre et désigne Sagatou pour en prendre la direction; 16 Juillet 12825). Avant même que cette armée eût quitté le port, le Champa donnait au «Grand Khan» une nouvelle raison pour en hâter le départ: des ambas-

sadeurs envoyés par lui au Siam et au Ma’abar 7) étaient arrêtés,

1) Ils reçurent, Sagatou le titre de Yeou Teh’eng À 7k : Ministre de droite, et Lieou Chen 4] ES celui de Tso Tch’eng À 7k Ministre d'Etat de gauche, Vice président du département de la guerre. Yuan Che XI 370.

2) Yuan Che CCX 554

3) Pou Ti pal F] - Yuan Che CCX »Quant au fils du roi, dont le nom, sous la nforme Pou-Ti, ne peut guère représenter un nom sanscrit..... à moins que ce ne soit le mot fils lui-même, putra.....», BERGAIGNE 40.

4) Fuan Che XI 374.

5) Les textes ne le disent pas explicitement. Mais les Annales principales, Yuan Che XI 37a, nous montrent Sagatou partant pour le Champa en 1281, et, en 1282 sans nous avoir annoncé son retour; elles nous disent, XII 394, qu’il reçoit le commandement de l’expédition chargée d’aller châtier le Champa; ce que nous confirme la notice sur ce pays COX 554.

6) .Dix neuvième année Tche Yuan, à la sixième lune, jour Wou Siu JK Jk 2 Yuan Che XII 394. Tchl [= 17a db. IV 14. Sainson 47, 184°

7) Sien quo JE El le Siam. Ma pa eul Æ Ad EU Ma’abar. C£. les notices

que donne sur ces contrées le Yuan Che COX 556 et 568. L'ambassade au Siam, qui avait reçu ses lettres le 17 Juillet 1282 (sixième lune, jour Ki hai [l, %Z, Yuan Che XII 39a) était composée du Wan hou pe F »Chef de dix mille hommes,, Ho tseu tche Arf

faits prisonniers en vue des côtes du royaume. Cependant, toujours diplomate, le Grand Khan fait appeler un ambassadeur Cham qui se trouvait à la Cour, lui donne des vêtements et le charge de dire au vieux roi qu'il n’a rien à craindre, que son fils, seul fautif, sera seul puni; on s’attachera seulement à s'assurer de sa personne et à le mettre hors d'état de nuire; personne ne sera inquiété (19 Novembre 1282)'). Enfin, à la onzième lune, Sagatou qui porte désormais le titre de «Gouverneur de la province de Champa» ?) s'étant vu refuser le passage sur le territoire d’Annam *) embarque ses troupes à Kouang Châu sur mille jonques *), traverse la mer, arrive au chenal de Champa®) opère le débarquement et installe son camp sur le bord de la mer.

L'armée Chame gardait les quatre flancs de la citadelle de Mou

Teheng ‘). Sur plus de deux lieues *) elle avait élevé une palissade

+ x et du Ts’ien hou F F5 »Chef de mille hommes, Houang fou kie LE

H RE, et celle du Ma’abar du Siuan wei che À 7K EE FF ES Yeou young

hien yi lan. Yuan Che CCX 554 Cf. Pecrior, Iinéraires 241. La notice sur le Champa ajoute: »C’est pourquoi on envoya des troupes pour le châtier,. Or l’ordre de former l'expédition fut donné la veille du jour où les lettres furent remises à Ho tseu che. Yuan Che XII 394. Il aurait mieux valu dire: »C’est pourquoi on hâta l'expédition contre le Champa, qui ne partit en effet qu’au onzième mois.

1) C’est ainsi du moins que je crois pouvoir expliquer la phrase du Yuan Che XIX 395 col. 12, en la rapprochant de celle de la Notice sur le Champa. Fwan Che CCX 55a col. 6.

2) Tcheng Teh’eng Chou hing kouan un D ÂT A É Yuan Che COX 554 et sq. Au dire de la Biographie de Sagatou, Yuan Che OXXIX 3a, son titre de Lieutenant Général de Gauche, lui aurait été changé en celui de ,Gouverneur de Champa” en la dix huitième année Tche Yuan 1281. Les Yuan’ avaient divisé l’empire en cheng À. La tchoung chou cheng jeu + F était la province de la capitale. Les autres étaient

désignées du nom de Tehoung chou hing cheng qu] EE ÂT x. ou plus simplement — ?

Hing cheng {3 F 3) An PT 1746. Sainson 48. Tt NI 116 424. Om VII 2640 Ma b. 4) Yuan Che CXXIX 34.

5) Tch’eng cheng Kiang Hé D %

6) Mou tch'eng À JR. Fuan Che COX 55a.

7) »plus de vingt lis. Yuan Che COX 554.

à tourelles, et construit des baraquements à trois étages bien protégés. A une lieue ‘) à l’ouest de Mou Tcheng le fils d'Indrayvarman VI, le prince Harÿit ?) réunissait une armée de secours.

Avant d'entreprendre la lutte, Sagatou voulut user de conciliation. Il fit faire aux Chams, par deux de ses officiers *), sept sommations, mais n’obtint aucune réponse. Soleyman *), qui était chargé de notifier un ordre impérial au Cambodge, offrit de renouveler la tentative avec Li Tien You et Kou Fou. Il obtint une lettre des Chams, disant que la citadelle de Mou Tcheng venait d'être réparée, que les soldats y étaient nombreux et demandant qu'on leur fixât un jour pour le combat (Janvier 1283) °).

Sagatou alors prend ses dispositions de combat, et annonce à ses soldats l'attaque pour le quinzième jour du premier mois, à minuit (1283)5). À l'heure fixée, Tch'en tchong Ta, Lieou Kin et Li ts’iuan”) partant en remontant le fleuve avec 1600 hommes pour surprendre Mou Tch'eng par le flanc Nord‘), Tchang Pin et

Tchao Ta *) conduisent 300 hommes à l’assaut du front Est, enfin

1) à dix li, ibid.

2) Le texte l'appelle ici Pei You Pou Ts’eu Teho Wou E FA pal À] & Æ . ibid.

3) Le capitaine #T IH FINE (Tchou tcheng fou), Li Tien You 2 K DA et le

centenier All in (Tsong pa) Kou Fou = H : Ibid. 4) La notice sur le Champa, Yan Che CCX 55a écrit ti Ff ER Sô lu mo

qui est l'orthographe réformée de K’ien long. L'ancienne orthographe était ji fs #5

5) . Dix neuvième année Tche Yuan, douzième mois». Yuan Che CCX 55a. Cf. également PéLLIoT, {linéraires 240—41. Dans la Biographie de Sagatou il est dit que les Chams »vinrent à sa rencontre, CXXIX 34.

6) , Vingtième année Tche Yuan,. Yuan Che COX 55a. 7) Tch’en Tchong Ta Pit {ii ea était Ngan fou che re FINE GE de K’iong es tcheou Fi A: Lieou Kin 4] & était Tsong kouan Al tes Gouverneur et Li ts’iuan D'i 2 tsong pa Al ul centenier. Yuan Che ibid.

8) Lorsque les jonques eurent débarqué les équipages, elles furent surprises à l’aurore,

par un coup de vent, et dix-sept à dix-huit d’entre elles coulèrent. Fax Che ibid.

9) Ils étaient: Tchang Pin DE Mt centenier et Tchao Ta HAE JÉ Pe Hou 1

F , c’est-à-dire également ,centeniers,.

les 3.000 hommes du Cha Tsouei cheng kouan !), divisés en trois corps assaïllent le front Sud.

Les Chams, au nombre de 10.000 hommes environ ?) sortirent par la porte méridionale, drapeaux déployés, au son des tam-tam, escortés d’une dizaine d'éléphants et divisés, eux aussi, en trois corps; ils soutinrent, six heures durant, une lutte acharnée, mais vers midi, commencèrent de battre en retraite. Les Chinois pénétrèrent dans la citadelle, y rejoignirent ceux des leurs qui avaient été chargés de l'attaque des fronts Est & Nord et tuèrent ou noyèrent uu millier de personnes *). Indravarman VI, après avoir mis à mort Yong hien yi lan et mis le feu aux magasins, abandonna son palais et se retira avec ses troupes dans la montagne ).

Le surlendemain, les Chinois commençaient leurs préparatifs pour l'investissement de la province de la capitale *). Au troisième jour se présente un envoyé d’Indravarmau, annonçant sa soumission; le lendemain‘) Sagatou qui avait atteint la limite Sud Est de la province, donne congé à l'ambassadeur et le charge de dire à son maître qu'il était pardonné, mais devait venir se présenter en personne. Le jour suivant”), il pénètre dans la province, et Indravarman dépêche un envoyé annoncer qu’il viendrait incessamment; Sagatou fit camper ses hommes en dehors de la capitale.

Mais le roi Cham n'avait jamais conçu la pensée de se rendre en personne auprès du Général Mongol; il chercha à temporiser.

Cependant craignant de s’attirer la colère du vainqueur il désigne,

1) Gouverneur de Cha Tsouei tp A A FE . Yuan Che CCX 554.

2) La biographie de Sagatou dit 200.000 h. Yen Che CXXIX 534.

3) »Plus de 50.000 h., dit cette même Biographie qui tend décidément à l’exagération des chiffres. Ibid.

4) Yuan Che COX 55a.

5) DAT PI Le Grand Châu. Je suppose que le Yuax Che veut parler ici de la Province métropolitaine.

6) ,Le vingtième jour». Yuan Che CCX 554.

, 7) Le vingt et unième jour». Ibid.

le lendemain, son oncle maternel Pao t’o tou houo ‘) pour aller présenter le tribut de soumission: deux cents pièces d’étoffe, trois gros lingots d'argent et cinquante petits, une cruche pleine d'argent en poudre, une branche à neuf nœuds et feuilles d’or, et dire: «Le «roi voulait venir lui-même; la maladie l'en a empêché. Aussi «bien m'envoie-t-1l vous présenter cette branche en gage de sa sin- «cérité. Son fils aîné Pou Ti sollicite un délai de trois jours pour «se prosterner devant vous» Sagatou, furieux, voulut refuser les présents, mais l’ambassadeur lui ayant représenté que ce serait mettre son Roi en grand embarras, il coïsentit à les garder provisoirement et en référa à l'Empereur. Pao t'o t'ou houo revint près d’Indravarman VI.

Le prince Héritier, pas plus que son père, n’avait cure d’approcher Sagatou; il se fit remplacer par deux de ses frères ?), qui se rendirent au camp Mongol; ils déclarèrent au Général en Chef que si le Roi du Champa avait accepté le combat, c'est qu'il possédait dix mille hommes, aujourd hui dispersés par tout le royaume. Ils prétendirent avoir appris par des soldats en fuite que Pou Ti, leur frère aîné était mort de ses blessures et ajoutèrent que le Roi, leur père, ayant reçu une flèche au menton se portait mieux, mais qu’incapable de se présenter en personne il chargeait deux de ses enfants de venir le représenter. Sagatou, devinant l’artifice, ne voulut rien entendre; il douta même que les envoyés fussent réellement les fils d’'Indravarman et les renvoya en leur enjoignant de transmettre à celui-ci l’ordre de venir se présenter au Camp. Eux partis il donne

l'ordre à trois de ses officiers *) d’aller s’enquérir en personne de la

1) Pao T’o T’ou Houo FF Ré FQ Âk, Bhadradeva (?). Fan Che COX 55a.

2) Le quatrième et le einquième fils d’Indravarman VI: Li che ma pa tou pa tô la

AA AE JA AS AA EH 26 he in 1 A] HE I A Ar

Che COX 55a.

3) C’étaient le Ts’ien Hou Lam Tseu Ts’iuan A + Æ, le Tsong Pa Li Tsiuan La 2 et Li To Kien Æ pi EX

santé du Roi. Ils n’y réussirent point: parvenus à deux étapes de la montagne, ils furent arrêtés par l'oncle d'Indravarman qui leur déclara qu'ils ne seraient point reçus et durent regagner le Camp.

Or Pao t'o tou houo avait conçu le projet de s'emparer de la personne de son neveu, de le livrer aux Mongols et, probablement, de se faire reconnaître par eux roi légitime du Champa. Il n’était pas d'ailleurs sans quelque motif de se plaindre de son neveu qui l'avait mutilé pour l’éloigner du trône‘), et avait, croyait-il, décidé sa mort. Déjà, il avait laissé entendre à Tseu Ts’iuan qu’ Indravarman jamais ne viendrait faire acte de soumission et avait manifesté sa crainte d'être mis à mort sur son ordre. Le huitième jour de la deuxième lune, il vint offrir à Sagatou de lui livrer Indravarman et son fils aîné. Il demandait en récompense qu’on lui donnât la robe de couleur de grand de première classe ?). Sagatou accèda à son désir et l’engagea vivement à tenir sa promesse.

Quelques jours après *), une bande de Chinois établis au Champa étant venus chercher refuge au camp, déclarèrent que le Souverain Cham s'était refugié au Nord Ouest de la province dans la montagne Ya Heou ‘), qu'il y avait réuni plus de 3.000 soldats, mobilisé ceux des autres provinces et n’attendait que leur arrivée pour recommencer la lutte; qu’enfin, craignant l’indiscrétion des Chinois il en avait fait tuer plus de cent, parmi lesquels Ho tseu che et Houang fou kie. Eux-mêmes n'avaient eu que le temps de prendre la fuite. Ces renseignements ne concordaient guère avec ce qu'avait dit Pao t'o t’ou houo, qui représentait son neveu en situa-

tion très précaire et mirent le Général en Chef en défiance; comme

1) C£. supra p. 455.

2) K JG HR (LE Fur Che COX 558.

3) Le treizième jour». Ibid.

4) Ya Heou chan *É ÂÆ LI . Yuan Che COX 55a.

le prince revenait au camp le surlendemain, suivi de quatre dignitaires, pour faire soumission, Sagatou le confronta avec les Chinois. Pao t'o t'ou houo, après les avoir interrogés, les déclara des imposteurs et demanda qu’on les incarcérât. Il renouvela ses assertions, montra les soldats d'Indravarman en fuite et lui même très éloigné de vouloir recommencer la guerre. Il déclara qu’il suffirait d'envoyer uu homme dans chacune des douze provinces non encore soumises pour se les attacher; qu’enfin, en ce qui concernait la Province de la Capitale, il priait Sagatou d'autoriser Tch'en Tchong Ta et luimême à envoyer chacun un homme en parcourir en bateau le réseau fluvial, pour soumettre de gré ou de force les populations riveraines, tandis que Sagatou et Tch'en Tchong Ta, en personne, conduiraient l’armée par voie de terre s'emparer d’Indravarman et de son fils et réduire la Capitale.

Sagatou, convaincu par tant d'assurance, envoie 1000 hommes camper à la Tour) de Pan Chan. Puis il charge Tseu Ts'iuan et Tô Kien de prendre cent hommes de troupes et d'aller, avec Pao t’o tou houo soumettre la province de la capitale, leur recommandaut, en cas de résistance, d'en avertir l’armée de Pan Chan. Mais lorsque Tseu Ts’ian et les siens arrivèrent à l'Ouest de la capitale, Pao t’o tou houo, violant les conventions, y entre subrepticement par La porte Nord, monte sur un éléphant, et s'enfuit dans la montagne. Sa conduite, en cette circonstance, est assez incompréhensible, et l’on voit mal si le guet-apens était prémédité, ou si, au contraire, décidé à trahir, il craignit au dernier moment de se compromettre sans profit certain.

L'armée chinoise apprit, par des espions, que le Roi se trouvait

bien dans la montagne de Ya Heou, qu'il y avait établi des retran-

1) Pan Chan T’a À LI Æ . Fuan Che COX 558. 2 T’a est une tour élevée

en l'honneur du Bouddha, ou ces tombes en forme de tour qu’on élève sur la tombe des

bonzes. C’est aussi une pagode Bouddhique.

chements et rassemblé plus de 20.000 hommes, qu'il en attendait d’autres encore, et avait envoyé des ambassadeurs au Pai-Viêt, au Cambouge, à Java‘) pour y demander des soldats. Le 16, le Wan

Hou Tchang Yong’) sur l'ordre de Sagatou se met en route et atteint le 19 les ouvrages avancés qui défendaient Mou-Tcheng *). Ses hommes s'ouvrent au couteau un chemin parmi les abattis d'arbres, franchissent les fossés, attaquent vigoureusement Îles Chams, en tuent plus de 2.000 et les poursuivent jusquà Mou-Tcheng. Mais, parvenus aux défilés, ils furent arrêtés par une épaisse forêt. Les Chams, profitant de leur situation, font irruption de tous côtés, leur interceptent le chemin du retour et c’est à grand peine, au prix d’un nombre considérable de morts qu'ils purent regagner le camp. Sagatou les y rassemble, les remet en ordre, fait provision de riz, répare Mou Teheng et en confie la garde au Tsong Pa Lieou Kin et aux Ts’ien-Hou Lieou K’iuan et Yo Yang‘).

Un convoi de jonques escorté de troupes lui ayant apporté quantité de vivres 5) il reprit l'offensive et, le 14 Juin 1283°),

conduisant lui-même les opérations, battit les armées Chames au

Tou Po 4 VE. Yuan Che COX 558.

2) Tchang Yong m HA . Sur le titre de Wan Hou.

3) #20 lis exactement 9 kilomètres. Je comprends très mal les mouvements de cette

armée; une seule chose parait claire, c’est que les troupes Mongoles tombèrent en somme dans une sorte de guet-apens dont elles eurent toutes les peines du monde à se tirer.

4) Lieou Kin 3a] & Lieou K’iuan ZA] = Yo Yong Le 2 . Yuan Che COX

5) “Vingtième année (1283), deuxième lune, jour Ci EF Yi Sseu, l'Empereur or- “donne à l’Inspecteur de Loung Hing d’envoyer des troupes escorter les jonques de vivres “pour le Champa“. Yuan Che XIT 406. Loung Hing Æ DER qui s'appelait Nan Tch’ang F4 Fi sous les T’ang méridionaux, fut appelé Hong Tü fou dE #T Kf par les Ming qui lui restituèrent ensuite le nom de Nan Teh’ang fou.

6) » Vingtième année, cinquième lune, jour 2 À Sin Wei». Yuan Che XII 4la.

La vingtième année Tehe Yuan correspond à l’année cyclique.

canal de Ta Lang); il leur fit subir de grandes pertes ?).

Le roi Indravarman se retira à nouveau dans la montagne et le Général Mongol en fut réduit une fois de plus, à l'inviter, par lettre à venir faire soumission *). En attendant la réponse, il palissada son camp en façon de forteresse, fit labourer les rizières abandonnées, soumit le Ô Li, le Viêt L1*) et les nombreuses peuplades sauvages qui en occupaient les régions montagneuses.

Cependant toutes ces victoires étaient sans résultat, ces occupations incertaines: le roi restait toujours aussi inaccessible dans sa montagne et reformait sans cesse ses armées; et la situation de Sagatou, malgré ses succès, demeurait toujours aussi précaire. La

campagne coûtait cher à K’oubilai en hommes, en vivres et en jonques. Sagatou avait amené avec lui 5.000 hommes de troupes sur 250 jonques de guerre et 100 jonques de mer”); en 1283, à

la cinquième lune, on lui avait expédié 15.000 soldats, empruntés

à l’armée d’Ali-hai-ya °). A la deuxième lune de cette même année, il avait fallu donner une forte escorte de troupes aux jonques qui lui portaient des vivres 7); dans le courant de la cinquième lune

on lui avait fait envoi de quantité d’arcs, de flèches, de robes de

1) K NE : La notice sur le Champa du Yuan Che COX 554, qui saute brusquement de la deuxième lune 1283 à la troisième lune 1284, ne parle point de cette bataille. La partie principale qui en fait mention, Yuan Che XIT 4la, n'indique pas le lieu où elle se déroula; mais la Biographie de Sagatou Yuan Che CXXIX 34 mentionnant, après la bataille de Mou-Tcheng, une victoire au canal de Ta Lang, j'ai cru pouvoir comprendre que c’était le lieu où les armées se rencontrèrent en ce jour.

2) La Biographie de Sagatou, Yuan Che CXXIX 34, dans son exagération apologétique, évalue ces pertes à 60.000 hommes.

3) Yuan Che XII 4la. Le roi est désigné ici sous le nom de Pou Ti pal JÉ :

4) Ô Li 4 Niao Li EL H. Viêt Li c4 Yue Li no LE Fuan Che CXXIX 3a.

5) Yuan Che XIL 39.

6) Yuan Che XII 414. A li hai ya Fry H #È 7 Cf. sa biographie Fuan Ce CXXVIII 6146 624.

7) Yuan Cle XII 404.

combat et d'armes offensives de tous genres ‘). Enfin elle était si peu en faveur parmi les militaires qu'on y expédiait les officiers par mesure disciplinaire ?) et que, pour former les corps expéditionnaires on enrôlait les prisonniers et les pires assassins, parricides ou autres qui eussent mérité la peine capitale *). Les désertions étaient nombreuses, non seulement parmi les soldats, qu’on faisait décapiter une fois repris ‘), mais parmi les officiers supérieurs °).

Aussi bien, comme au début de 1284, la situation était la même, K'oubilaï donne l’ordre à À T'a Haï°) de mettre en campagne 15.000 hommes, et puisqu'il ne fallait pas songer à la voie de terre ?), de les embarquer sur deux cents navires qui feraient voile sur le Champa pour porter secours à l’armée qui s’y trouvait. Mais les navires étant en nombre insuffisant, on dut envoyer au Kiang Si l'ordre d'en fournir (17 Mars 1284)°), et une partie des troupes se dispersa °). L'autre, commandée par Hou Tou Hou et Omar 1) s'embarque sur les navires disponibles. Mais la première division,

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