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CHAPITRE LI. Le Monde au XV° Siècle

Depuis le milieu du XIV® siècle, un voile épais séparait de l'Occident, le monde de l’Extrême Orient encore bouleversé par les chevauchées fantastiques et Les terribles hécatombes des hordes mongoles. La route de terre à travers l’Asie centrale qu’avaient suivie d'illustres voyageurs, moines ou commerçants, comme le cordelier GuiLLaume de RuBroucx et le Vénitien Marco Poro, était complétement fermée.

En 1227, à la mort de Teurnouiz KHan, cette région avait formé l'apanage de son second fils, DraGaraï, dont les possessions comprenaient le Mävarä-en-Nahr, ou Transoxiane, contrée entre le Syr Daria et l’Amou Daria, une partie du Kharezm, le pays au nord et au sud des T’ien chan, le Badakchan, Balk et la province de Ghazna jusqu'aux rives du Sind; la capitale de Djagataï était Al-Maliq, près du Kouldja actuel; il y mourut en 1241 la même

année qu'expirait à Karakoroum, son frère, le second Grand Khan,

1) Ce Mémoire forme la Première Partie d’une Histoire générale des Relations de

l'Empire Chinois avec les Puissances occidentales depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours.

La route d’Asie par terre.

Ocoraï. Vers 1321, l'empire de Djagataï avait été divisé en deux: le Mävarä-en-Nahr qui périclita jusqu’à ce que Timour eût mis fin à la branche principale de la famille du khan mongol à laquelle ce pays était resté, et le Mogolistan ou Jatah, contrée au nord des T'ien chan dont Touenrour Timour, fils d’Isän Bügha fut khan de 1347 à 1362.

À la faveur de la tolérance des successeurs de Djagataï, une mission franciscaine fut établie dans le territoire d’Ili, et son chef, RicHaro de Bourgogne, nommé évêque d’Ili-bäliq, avait avec lui les moines Pascaz de Victoria, François d'Alexandrie, Raymond Rurrr, et deux frères laïques: Pierre Marre, de Narbonne, et LaurenT d'Alexandrie. Elle disparut en 1342, dans la tourmente qui suivit le partage de l'empire de Djagataï et accompagna les progrès de l'Islam dans l'Asie centrale. Dès qu'il fut devenu khan, Toughlouk Timour, endoctriné par Mauläna Arshad-ed-din, embrassa lui-même la foi de Mahomet; il mourut au moment même où le victorieux Timour Lenk allait écraser les troupes de Jatah.

Cette route ne fut reprise qu’au commencement du XVIT® siècle, lorsque le jésuite Benorr de Gozs en 1602, se rendit d’Agra à la frontière de Chine, mourant en 1607, à Sou-tcheou, avant d’avoir

pénétré dans la terre promise, la Chine.

Un petit chef seldjoukide, Errocarouz ibn Soleiman, au milieu du XIII siècle, avait obtenu de son suzerain le sultan de Konieh, un territoire de médiocre étendue en Phrygie; le vassal arrondit ses terres et son successeur Osman se déclara indépendant; le troisième prince, OrkHAN, s’empara de Brousse et y établit sa capitale; le quatrième Mouran 1°", menaça les Chrétiens d'Europe et faillit renverser le trône grec. Enfin, le cinquième, Bazazer, aurait sans

aucun doute achevé l’œuvre de son prédécesseur, si dans les plai-

nes d’Ancyre (1402), Tamerlan en le dépouillant de sa puissance

et de sa liberté, n'avait arrêté sa marche victorieuse.

Soudain, en effet, au milieu du chaos de l'Asie, avait surgi un génie dévastateur qui, de Delhi à la Syrie, de la Perse à la frontière de Chine, brûlant, saccageant, massacrant, créera à Samarcande, au milieu d’une mer de sang et d'immenses collines de crânes, un empire aussi puissant qu'éphémère. Pour peu durable qu'ait été l'œuvre même de Tamerlan, descendant de Tehinguiz Khan, elle produisit néanmoins des effets considérables: en écrasant Bajazet Ilderim, Timour retardait d'un demi-siècle l'entrée des hordes ottomanes victorieuses dans la capitale de Constantin et en ébranlant les royaumes tartares de l'Oural et de la Volga, il en préparait la facile absorption par les Russes au XVI® siècle. Un peu plus d’un siècle après la mort du terrible conquérant (1405), son descendant BAger devait jeter sur les bords de la Djemnah, les fondations de l'empire du Grand Mogol. (Bataille de Pänipat, 1526).

La route de mer, plus longue mais plus sûre que celle de terre, avait été également fermée vers la même époque.

Au treizième siècle, les sultans mamelouks qui occupaient l'Egypte et qui par Suez, le Caire et Alexandrie, servaient d’intermédiaires entre les marchands musulmans qui leur apportaient les produits de l'Inde, de la Chine, de l’Archipel Indien et des Moluques, et les Vénitiens, les Gênois, les Catalans qui remportaient ces mêmes marchandises dans l'Europe et dans l'Asie mineure, voyaient à la suite de la prise de Bagdad (1258) par Houracou, petit-fils de Tchinguiz Khan, une grande partie du trafic leur échapper. La dynastie des Ilkhans mongols de l'Iran fondée sur les ruines du khalifat abbasside parut aussi libérale que les mamelouks se montraient exigeants. Bagdad avait singulièrement diminué d'importance,

et Tauris était devenu le principal entrepôt de l’Asie occidentale,

Tamerlan.

La Route d'Asie par mer.

En outre, la route de Perse abrégeait grandement le parcours en mer pour certaines épices délicates; ainsi d’un côté, la bonne volonté des khans mongols, d’un autre, une route plus courte, l’avantage d'échapper aux exigences des sultans mamelouks d'Egypte, enfin, les persécutions suscitées contre les Chrétiens par Melik en-Naçr Mohammed (1310—1341) qui éloignèrent les voyageurs et les pélerins de contrées ravagées dans lesquelles leur sécurité était sans cesse menacée par le fanatisme des musulmans, faisaient prendre de préférence aux voyageurs venant d'Europe et se rendant aux Indes et en Extrême-Orient, la grande route de Tauris, Sulthanyeh, Yezd, Ormouz où l'on s’embarquait '). Malheureusement à la mort de Sultan Ala ed-din Agou Saïo, fils de Sultan Mohammed KHoupaBENDÈR, le dernier Ilkhan mongol de la famille de Houlagou resté indépendant (1335), la Perse divisée entre cinq petites dynasties qui tenaient les Mongols ilkhaniens sous leur dépendance, tomba dans une période

d’anarchie que termina l’envahissement de cette contrée par Tamerlan.

La chute des mamelouks bordjites et la conquête de l'Egypte par les Osmanlis (1517) était un accroissement de puissance pour l'Islam qui étendait le drapeau triomphant du Prophète jusqu'aux limites extrêmes de l'Asie, où il détruisait en 1478 et 1530 le Madjapahit et le Padjadjaran, royaumes hindous de l’île de Java.

L'Islam dans L'Islam s'était établi en maître dans l'Océan Indien, où ses l’Océan Indien

forteresses ne tardèrent pas à hérisser le littoral. Dès le VIT® siècle,

le dernier gouverneur de l’'Yémen qui commande au sud la Mer Rouge, placé par les Sassanides, BapHan, s'était fait musulman et s'était séparé de la Perse; en 1173, le pays était passé sous la domination des Eyoubites qui le gardèrent jusqu’en 1239; sauf Sanaa,

l'Yémen fut entre les mains de la dynastie des Benou Resoul puis

1) Cf. Odoric de Pordenone, éd. H. Cordier, pp. XXITI—XXIV.

de celle des Benou Tahir à laquelle il fut arraché en 1517 par les Osmanlis, avec la forteresse d’Aden qui avait victorieusement résisté à l'assaut d’Albuquerque en 1518.

Ormouz, petit royaume vassal de la dynastie de Kirman, fondé vers 1060, par Mohammed Dirhem Kub, de l'Yemen, devint indépendant en 1249, et fut transféré vers 1300, de la terre ferme, dans l'île de Jeroun, près de l'entrée du Golfe Persique.

Diu, île au sud de la presqu'ile de Gouzerat, était depuis 1391, gouvernée par un prince musulman.

Calicut, sur la côte du Malabar, dont le Zamorin joua un si grand rôle dans la lutte contre les Portugais, avait été, suivant la légende, fondée au IX® siècle par Cheraman Perumäl, Seigneur de Malabar, qui se convertit à l'Islam et fit le pélerinage de la Mecque.

Enfin Malacca dont nous parlerons plus loin s'élevait au sud de la Péninsule malaise, gardien redoutable de l'entrée des mers d'Extrême Orient.

Quant à la côte orientale d'Afrique, tous ses ports, ses baies, ses îles, étaient visités par les Musulmans depuis le dixième siècle: leur plus ancien comptoir, Magadoxo, avait été créé vers 908; puis ils s’établirent à Kilwa vers 975 et dans les siècles suivants à

Melinde, Mombasa, etc.

Si l'expansion de l'Islam n'avait rendu presque impossible la navigation de l'Océan Indien aux vaisseaux étrangers, la surprise aurait été grande pour ceux qui seraient arrivés en Chine aux ports jadis célèbres décrits par Marco Polo ou Odoric de Pordenone, Sin Ki-lan, Zeitoûn, Quinsay. A la dynastie tolérante des Youen mongols, avait succédé la dynastie purement chinoise des Ming; en 1368, le descendant affaibli du grand K'oublaï avait dû disparaitre devant le bonze victorieux qui monta sur le trône du Fils du Ciel

sous le nom de Houng-wou. Le point le plus éloigné vers l’ouest

La Chine.

Le Portugal.

que les Chinois paraissent avoir visité au début de la nouvelle dynastie est Aden où en 1422, l’eunuque Li fut envoyé en ambassade par son maître Yong-lo, le troisième empereur Ming.

Aussi ne trouva-t-on au XV° siècle que de rares voyageurs européens dans les mers d'Asie, dont l’histoire ait préservé les noms de l'oubli: le Vénitien Nicolo de’ Conri, le russe Athanase NIKITINE,

de Tver, le génois Hieronimo di SANTO STEFANO.

Cependant que la France ralliée autour de l’étendard de Jeanne d'Arc et de Richemont, reprenait chaque pouce de son territoire envahi par l'Anglais et que l'Angleterre elle-même était ravagée par l’effroyable guerre civile des Deux Roses, l’Europe se débattait au milieu des luttes stériles du Grand Schisme et de la terrible rébellion des Hussites, et se défendait mal à l'Est contre le Turc

qui se préparait à y prendre pied définitivement en 1453.

Mais à l'extrême sud-ouest de l’Europe, au bord de l'immense océan qui allait devenir le champ de ses luttes et le théâtre de ses victoires, un petit peuple veillait, éclairé soudain d’un rayon de gloire, entretenait le feu sacré qui semblait éteint dans le reste du monde chrétien: des rives de la Lusitanie, devaient bientôt s’élancer à la conquête d’un vaste empire ses vaillants navigateurs dont un barde immortel en chantant la sublime épopée fixait définitivement

la langue de son pays.

J'ai nommé le Portugal et Camorñs.

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