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CHAPITRE III

Les Portugais dans l’Océan indien.

Vasco da Gama avait toutefois été devancé dans l'Océan Indien par un de ses compatriotes qui avait pris la route de terre. En effet, le roi Joûo II, désireux de connaître la situation exacte de l'empire du fameux souverain connu sous le nom de Prêtre Jean, avait, le 7 mai 1487, envoyé à sa découverte deux de ses gentilshommes Pero de Covirnam et Affonso de Payva qui se rendirent par Venise, en Turquie, à Alexandrie et au Caire, puis passèrent à Aden où ils se séparèrent: Payva allant à Souakim, Covilham, sur un boutre arabe, traversa l'Océan indien, arriva à Cananor sur la côte de Malabar, visita Calicut et Goa, se trouvant être ainsi le premier Portugais qui ait parcouru ces mers ‘); il passe à Sofala,

examine les mines d’or, entend parler de l’île de la Lune (Madagas-

1) Correa, Lendas da India, 1, 1858, p. 6, donne une relation différente de celle de Major qui est tirée de Castanheda et de Barros: «Os quais ambos em companhia tomaräo o caminho de Veneza, e nas galés dos peregrinos, em trajos desconhecidos, passaräo à Turquia, e se foräo a Alexandria em modo de mercadores, em cuja companhia se meteräo, seruindo-os por soldada, com os quais nas cafilas passaräo a Meca, perguntando sempre, € tomando informacäo do que cumpria; onde entäo se aconselharäo ambos, e se apartaräo: e o Gonçalo de Pavia fez seu caminho pera a India, e foy ter em Calecut, e correo toda a costa até Cambaya em companhia de hum Judeu mercador, com quem tomou tanta amizade que Jhe coutou todo seu trabalho: com o qual Judeu se tornou na volta d’Ormu?’ onde faleceu, de que o Judeu ouve muito pezar, prometendo-lhe que trabalharia por hir a Portugal dar conta a El Rey das cousas que queria saber, que por isso lhe faria muita mercé, e por certeza de verdade Ihe levaria a chapa que trazia. O que o Judeu assi o fez, mas passou primeiro muito tempo, que näo foy a Portugal senäo sendo jä partidas as naos, que foräo descobrir a India.

«Pero de Couilhä de Meca tomou o caminho do Egipto pola fralda do mar, correndo por muitos lugares foy ter âs terras do Preste, e foy onde elle estaua, e he falon, e deu razäo de seu caminho e o ir buscar, de que o Preste ouve grande prazer, lendo as letras da chapa que eräo en Caldeu sua propria lingoa, a que deu muito credito, porque elle e os seus antepassados tinhäo a propria informaçäo d’ouvida dos grandes Reys que auia na

Christandade, e lho diziäo alguns dos seus, que âs vezes mandava visitar Jerusalem, e 0

Covilbam et Payva.

car), puis retourne au Caire où il apprend la mort de Payva. Avant que l'on ait eu connaissance du Cap de Bonne Espérance, Covilham parait s'être rendu compte de la forme de l'Afrique, car il écrit au Roi son maître que les navires qui navigueraient le long de la côte de Guinée seraient certains d'atteindre l’extrêmité du continent en continuant vers le sud, et quand ils seraient arrivés à l'Océan oriental, la meilleure chose qu'ils pourraient faire serait de demander Sofala et l’île de la Lune. !)

Alvarez Cabral Le 9 mars 1500, Pedro Alvarez CaBrar, à la tête de treize navires, quittait Lisbonne, chargé d'une mission à Calicut où il devait établir des relations commerciales avec le Rajah; le 22 avril, il aperçut une côte qu'il nomma Vera Cruz, baptisée depuis Santa Cruz, qui n'était autre que le Brésil où Pinzon avait déjà découvert le Cap St. Augustin le 20 janvier de la même année. Au large du Cap de Bonne Espérance, la flotte portugaise essuya une violente tempête dans laquelle périt le célèbre Bartolomeu Dias embarqué avec Cabral. Celui-çi arriva le 13 septembre 1500 à Calicut où il obtint l'autorisation d'établir une factorerie à la tête de laquelle :l plaça Ayres Correa qui fut d’ailleurs peu après massacré avec cinquante Chrétiens par les Musulmans. Cabral rentra à Lisbonne le 23 juillet 1501.

Joäo da Nova. Sans attendre le retour de Cabral, D. Manoel envoyait aux Indes

le 5 mars 1501, Joño da Nova qui en cours de route découvrit une île qu'il nomma Concepçäo depuis Ascension; Joäo da Nova se rendit à Cananor, détruisit une partie de la flotte du Rajah de Calicuë et arriva à Cochin. Il était de retour au Portugal le 11 septembre 1502. Antonio de C'est en 1508 qu'Antonio de SarnanHa découvrit la baie qui

Saldanha. | fut nommée Agoada do Saldanha au fond de laquelle devait s'élever |

au XVII siècle la ville du Cap; en 1601, l'amiral hollandais Joris

1) Henry Major, Prince Henry, pp. 213/4.

van SPILBERGEN donna le nom de baie de la Tage qu'elle a conservé jusqu'à nos jours à l’Agoada do Saldanha; cette même année 1503, deux expéditions furent envoyées sous le commandement de Francisco et d’Affonso de ArBuquerQue. Francisco de Albuquerque rétablit sur son trône le roi de Cochin chassé de ses états par le rajah de Calicut et construisit à Cochin le premier fort que les Portugais possédèrent aux Indes et qui fut confié à la bravoure de Duarte Pacaeco P£RErRA.

C'est la première fois que nous rencontrons le nom d’Arronso Fo de ALBUQUERQUE; ce grand homme était né en 1453 à Villa dis d'Alhandra, près de Lisbonne, de Gonçalo de Albuquerque, seigneur de Villaverde, par lequel il descendait du roi Diniz et de Leonor de Menzzes; élevé à la cour des rois Affonso V et Joûo II dont il fut grand écuyer, il avait reçu une éducation extrêmement soignée: dans cette année 1503, après avoir touché au Brésil, Affonso arriva à Quilon, sur la côte de Travancore et y établit une factorerie.

Cependant les intrigues de la République de Venise avec le F.de Almeida. Soudan d'Egypte et ses alliés, les rois de Calicut et de Cambaye, inquiétant les Portugais, Dom Manoel se décida à envoyer aux Indes une grande expédition: celle-ci commandée par Francisco de Ame1DA avec le titre de vice-roi des Indes, mit à la voile le 15 mars 1505; cette flotte comprenait 22 navires et 15000 hommes et devait débarasser le commerce portugais des entraves que lui mettaient les musulmans, et explorer la mer Rouge. Almeida s’empara de Quilon (22 juillet 1505) dont il remplaça le roi hostile aux Portugais, par un prince à sa dévotion, Après avoir fait relâche à Melinde, il bâtit des forts à Anchedhiva et à Cananor, puis il couronna solennellement le roi Ce Cochin. Quelques princes hindous, et parmi eux le roi de Narsingne, s'’empressèrent de lui envoyer des ambassadeurs et de faire avec lui des traités de paix et d'amitié. Almeida, arrivé

au comble de la puissance, envoya à Dom Manoel une flotte de

Tristan da Cunbha.

Ormouz.

Victoire de Diu (1509).

huit navires chargés d'épices sous le commandement de Fernam Soares. C'est dans ce voyage de retour que, le 1% février 1506, Les Portugais découvrirent la côte orientale de Madagascar tandis que l'était la côte occidentale de cette même île par Joäo Gomez d’ABreu, le 10 août 1506, jour de St. Laurent dont le nom fut donné à ce nouveau pays.

Le 6 avril 1506, Trisran da CunNHa qu’une maladie d’yeux avait empêché de prendre le commandement de l'expédition confiée à Almeïida, fut envoyé avec une flotte de 16 navires et 1300 hommes pour consolider la puissance portugaise en Afrique et en Asie, et répandre la gloire du nom chrétien dans les pays lointains; au cours de ce voyage, il découvrit les trois îles qui portent son nom. Affonso de Albuquerque faisait partie de l'expédition. Après avoir exploré les côtes de Saint Laurent (Madagascar), sous prétexte que les Chrétiens étaient persécutés dans l’île de Socotora, les Portugais s'en emparèrent et y construisirent une forteresse. Tristan da Cunha, après cet exploit, prit la route des Indes, puis revint en Portugal, laissant à Albuquerque, avec le commandement de sa flotte, le soin de courir le long de la côte d'Arabie et de continuer son œuvre.

Ormouz, construit dans une île, à l'entrée du golfe Persique, excita la convoitise d'Albuquerque. En conséquence, Le 20 août 1507, il fit voile de Socotora avec 470 soldats, commandés par six de ses meilleurs officiers. Après un combat naval, le souverain d'Ormouz fut obligé de se reconnaître tributaire du roi de Portugal et de permettre à Albuquerque de construire une forteresse sur son territoire. Malheureusement, la défection de quelques capitaines portugais permit au roi d'Ormouz de secouer le joug et Albuquerque, obligé de renoncer à son entreprise contre cette île, reprit la route des Indes où il arriva le 3 novembre 1508.

À cette époque, Francisco de Almeida, premier vice-roi des Indes, reçut des lettres par lesquelles le roi de Portugal le rappelait, avec

ordre de laisser son commandement à Albuquerque. Almeïda se refusa

à reconnaître celui-çi comme gouverneur des Indes et le fit même jeter en prison à Cananor. La situation des Portugais était d'ailleurs difficile en présence de la coalition des puissances musulmanes. Almeida porta un coup terrible à l'Islam et à son commerce dans l'Inde en écrasant le 3 février 1509, devant Diu, les flottes combinées du Soudan d'Egypte et des rajahs de Calicut et de Cambaye. Après cette victoire décisive, le grand vice-roi dégouté de l'ingratitude des siens, abandonna la partie et reprit la route de l'Europe qu'il ne devait pas revoir: ayant malheureusement fait relâche, près du Cap de Bonne-Espérance, dans la baie de Saldanha, cet illustre capitaine périt misérablement le 1% mars 1510, avec soixante-cinq de ses compagnons dans une lutte contre les indigènes. La flotte portugaise privée de son chef, reprit la route de Lisbonne après que le corps de Almeida eut été enfoui dans le sable. D'un tempérament impétueux et d'un indomptable orgueil, d'aspect grave et de manières courtoises, Almeida était de la race des guerriers et non de celle des politiques. IL était conquérant, nullement administrateur; capable de férir un bon coup d'épée, mais ignorant les finesses de la diplomatie s'il en avait même la compréhension; terrassant ses adversaires sans les convaincre; sachant prendre, mais n'aurait point conservé. Mais il fut vraiment l’homme de la situation qu’il avait trouvée en Asie; il fallait un soldat qui eut la claire conception de la politique à suivre; Almeiïda avait compris que l'Islam était le véritable ennemi et il l’écrasa; pour protéger le commerce, il fallait être maître de la mer, et il le devint. Son œuvre fut heureusement complétée et consolidée par son successeur: Albuquerque à son tour sentit la nécessité d'assurer sur terre la puissance acquise sur mer: Ormouz, Goa, Malacca, furent les points d'appui de son empire, commandant le golfe Persique, l'Océan Indien

et les mers d'Extrême-Orient.

Varthema.

Godinho de Eredia.

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