CHAPITRE IV
Malacca.
Lodovico de Varrnema, de Bologne, dont la relation fut publiée en 1510‘), se rendit du Pegou à Sumatra en passant par Malacca
et nous a laissé un tableau peu flatteur des gens de ce dernier pays:
«Quant nous fusmes arrivez à ladicte cité de Melacqua, nous fusmes incontinent menez chez le Souldan, lequel est More et aussi tout son royaulme. Ladicte cité est en terre ferme et est tributaire au Roy de Ciny à cause que ledict Roy de Ciny la feist ediffier, il y a environ quatre-vingtz ans pour ce qu'il y a ung bon port. Et c’est le meilleur port qui soit en la mer Occeane. Et je croy fermement qu’il arrive plus de navires audict port que en ville qui soit au monde, mesmement toutes les espiceries abordent audict lieu, et plusieurs autres marchandises. Ladicte province n’est pas fertille de biens. Neantmoins, il y croist du blé, il y a des chairs et peu de boys. Il y a des oyseaulx en la sorte de Calicut, excepté que les papegaulx y sont beaucoup meilleurs. Il y a grand quantité de sandal et d’estaing, des elephans, chevaulx, brebis, vaches, buffles, leopardz, pans, et de tout grant habondance. Il y a peu de fruictz. On n’y vend que des espiceries et drapz de soye qui sont ceulx du Caire. Ilz ont large visaige, l’oeil rond et sont camus. Il ne fault pas aller de nuyt par la ville, car ilz se tuent comme chiens. Et tous les marchans qui arrivent audict lieu couchent dedans leurs navires. Tous les habitans dudict lieu sont de la nation de Giavay. Le Roy y tient un gouverneur pour faire justice aux estrangiers; mais pour ceulx du lieu, ilz font justice entre eulx mesmes. C’est la pire generacion qui soit au monde. Et quant le Roy y veult mectre pollice, ilz lui disent qu’ilz habandonneront la cité. I1z sont gens de mer. L'air y est bien attrempé. Les dessusdictz Crestiens dirent à mon compaignon: il ne faict pas bon faire ici longue demeure, car ilz sont tresmaulvaises gens; ainsi, nous prinsmes ung bateau et nous en allasmes en cinq jours à la dessus
dicte ysle de Sumattre..….» ?) «Malaca, nous dit Gopinno de Erepra ‘), est un mot qui veut
dire Mirobolan où Monbain, fruit d’un arbre croissant le long de
l’Aerlele, ruisseau qui descend du côteau de Buquet-China vers la
1) Itinerario... Stampato in Roma... Nel Anno M. D. X. adi VI. de Decembrio, in-4. 2) Les Voyages de Ludovico di Varthema.... par Ch. ScHErER, pages 230—232. 8) Malaca l'Inde méridionale et le Cathay, p. 1.
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mer, sur la côte de Viontana. C’est au bord de ce ruisseau, dans la direction du Sud-Est, que Permicuri, premier monarque des Malais, fonda la ville de Malaca, aujourd’hui si connue dans le monde. Elle est située à 2° 12° de latitude septentrionale au croisement du Méridien et du Vertical, sous la zône torride, en avant du premier climat: le plus long jour est de 12 heures 6 minutes. Ptolémée ne fait pas mention de ce nom de Malaca, qui est moderne et fut donné par le susdit monarque fondateur de la ville, au temps du poutificat de Jean XXIIII, en l’an 1411, alors que le roi Jean IT
régnait en Castille et le roi Jean 1% en Portugal».
«Je dirai [Godinho de Eredia]') quelques mots des rois de Malaca depuis le premier roi Permicuri jusqu’à Alaudin de Batusavar. De Permicuri, qui était un Javanais, de Palimbam dans Samatta ou la Chersonèse d'Or, et qui s’allia aux souverains d’origine Malaise de Patane et de Pam, descendirent les rois Malais suivants: Xeque Darxa, Sultan Medafarsa, Sultan Marsuse, Sultan Alaudin et enfin Sultan Mahameth. Ce dernier fut défait et renversé. par l'invincible capitaine Alphonse d’Albuquerque qui conquit et soumit Malaca et les états de
Mahameth, le 15 août 1511».
L'honneur d’avoir créé le premier établissement portugais à Sequeira à
Malacca (1509) Malacca revient à Diogo Lopes de Sequerra. Par ordre du roi D. Manoel, Sequeira avait quitté Lisbonne le 5 ou le 8 avril 1508?) avec quatre navires; il arrivait le 4 août à l’île St. Laurent qu'il côtoyait dans sa partie méridionale, passa à Cochin où Almeida qui était encore vice-roi ajouta à sa flotille un navire monté par soixante hommes, se rendit à Sumatra, où il visita le roi de Pedir
avec lequel il conclut un traité d'alliance, puis à Pacem et enfin
jeta l’ancre à Malacca le 11 septembre 1509.
«Malacca, écrit Osorio, 3) est en la Chersonese d’or, assize sur la bouche d’une petite rivière. Cette ville avoit alors le plus renommé trafic de tout l'Orient et contenoit quatre mille pas de longueur, fort peu de largeur,
1) Malaca l'Inde méridionale et le Cathay, p. 53. 2) Mr. D. Ferguson dit le 13 avril. 3) Osorio, f. 192 recto.
riche d’arbres et de divers fruits: mais on luy ameine d’ailleurs les graines et autres vivres. La rivière partit la ville en deux, en telle sorte que les deux parts s’entretiennent par le moyen d’un pont. Les maisons et murailles estoyent proprement et magnifiquement basties. Le peuple est de couleur bazanée, au reste assez ciuil et doux en sa conversation. Quant au langage il est estimé si beau que tous ceux des regions et isles circonvoisins, qui trafiquent en Malaca, pensent estre beaucoup plus honnestes et gentils s’ils peuvent aprendre ce langage. Ce peuple prend plaisir aussi à se vestir et a coustrer proprement, ayma la musique: est neantmoins vaillant en guerre, et ne fait difficulté de perdre la vie pour conserver et acquerir honneur. La ville dependoit jadis du grand et riche royaume de Siam, et le Prince de Malaca estoit tributaire du Roy de Siam. Mais quand ce Prince se vid riche à cause des grands deniers qu’il tiroit des ports et peage, il s’asseura tellement en ses moyens qu’il se retira de l’obeissance de l’autre, et depuis maintint sa liberté tant par armes, resistant bravement à ceux qui luy couroyent sus, que par presens qu'il faisait
aux conseillers du Roy de Siam pour le destourner de la guerre».
Le sultan Manmoun CHân qui régnait à Malacca depuis 1477 envoya les officiers du port s'enquérir de ce que venaient faire ces étrangers. Sequeira répondit: «Qu'un Roy fort renommé l’avoit envoyé d’un des bouts de l'Occident, afin de traïcter alliance avec le Roy de Malaca, de la grandeur duquel il avoit ouy parler bien amplement: qu’il s’asseuroit que telle alliance servirait à l’un et à l’autre.» !)
Bien accueilli par le sultan, Sequeira débarque; se rend dans la ville, conclut un traité d'alliance, et obtient l'établissement d’une factorerie dont prendra charge Ruy d’ArauJo À).
Cependant les Portugais, pleins de confiance, se répandent dans la ville, alors que les marchands de l'Inde et de Java excitent contre eux les soupçons du sultan; malgré les conseils des Chinois qui leur sont favorables et les engagent à se méfier, Sequira et ses compagnons sont sur le point de tomber dans un guet-apens qu'ont
préparé les musulmans: $Sequeira doit être empoisonné dans un
1) Osorio, f. 192 verso.
2) «Feitor, alcaide mér e justiça mr de Malaca»,
banquet, mais prévenu à temps, il ne se rend pas à l'invitation. Il réussit encore à échapper à bord des navires portugais au massacre qu'avait ordonné le sultan, se retire au Cap Comorin et en arrivant aux Indes, apprenant qu'Almeida est remplacé comme viceroi par Albuquerque dont il est l'ennemi, il reprend la route du
Portugal.
On a vu que les Chinois avaient prévenu Sequeira du danger qu'il courait, ce qui semble montrer que les Portugais avaient essayé d'exécuter les ordres du Roi; en effet parmi les instructions de D. Manoel à Sequeira, il y en à une qui concerne particulièrement
les Chinois:
«ltem. — Vous vous enquerrerez des Chinois (Ghïjns) et de quel pays ils viennent, et de quelie distance, et à quelles époques ils viennent à Mallaca, ou aux endroits où ils commercent, et les marchandises qu'ils apportent, et combien de leurs navires viennent chaque année, et touchant les usages de leurs navires, et s'ils s’en retournent dans l’année dans laquelle ils viennent, et s'ils ont des facteurs ou des maisons à Mallaca ou dans d’autres pays, et s’ils sont des marchands riches, et s'ils sont des hommes faibles ou des guerriers, et s'ils ont des armes ou de l'artillerie, et quels vêtements ils portent, et s’ils sont des hommes de grande taille, et tout autre information les concernant, et s'ils sont chrétiens ou païens, ou si leur pays est grand, et si parmi eux demeurent des Maures ou d’autres gens qui ne partagent ni leur foi ni leur loi, et, s'ils ne sont pas Chrétiens, ce ‘qu'ils croient ou ce qu’ils adorent, et quelles coutumes ils observent, et dans quelle direction s'étend leur contrée, et avec qui sont-ilf
limitrophes.» 1)
Albuquerque se préparait à faire voile de Goa pour la Mer Rouge, lorsque les vents contraires lui firent modifier ses plans, le décidèrent à changer sa route en sens contraire et à se diriger vers Malacca: aussi bien avait-il à tirer vengeance du guet-apens tendu à Sequeira; peut-être voulut-il également tirer profit des renseigne-
ments que, suivant quelques auteurs, lui aurait donnés le voyageur
1) Cité par D. Ferguson, p. 1, d’après A/quns Documentos do Archivo Nacional, etc., Lisboa, 1892, pp. 194/5.
Prise de Malacca par Albuquerque.
(Août 1511).
italien Varthema que nous avons cité plus haut; dans tous les cas, la possession de Malacca lui était indispensable tant pour assurer sa domination sur l'Islam dans l'Océan Indien que pour s'ouvrir une route vers l’Extrême-Orient.
Il se dirigea vers Sumatra, fit relâche à Pedir, puis se rendit à Pacem où s'était réfugié NaopaBeGua, l’un de ceux qui avaient pris part à l'attaque des Portugais à Malacca; Naodabegua qui cherchait à s'enfuir pour porter à Malacca la nouvelle de l'arrivée d'Albuquerque fut tué après un combat acharné sur le bateau qui le portait; Albuquerque emmena sous sa protection Zarnar, sultan détroné de Pacem qu'il promit de rétablir dans ses possessions s’il se reconnaissait vassal de Don Manoel, et enfin il jeta l’ancre près d'une petite île du port de Malacca où mouillaient plusieurs bâteaux chinois le 1° juillet 1511.
Immédiatement les Chinois vinrent offrir leurs services à Albuquerque qui, le lendemain de son arrivée, recevait les envoyés de Mahmoud Châh chargés de le saluer; le sultan de Malacca essayait de se disculper des mauvais traitements infligés aux Portugais en rejetant la faute sur un subordonné. Avant toute discussion, Albuquerque réclama la mise en liberté des Portugais retenus prisonniers, la permission pour eux de venir le trouver, et la restitution de leurs biens qui avaient été pillés.
Avec 9000 canons de fer et de fonte, un nombre considérable de soldats et des munitions en abondance, en réalité Mahmoud Châh ne cherchait qu'à gagner du temps pour permettre à une flotte attendue depuis quelque temps d'arriver à son secours; le sultan de Pacem, attribuant à la crainte, le retard apporté par Albuquerque à l'attaque de la ville, s'était enfui à Malacca. Cependant le viceroi des Indes se décida à incendier les faubourgs de la ville, créant ainsi une véritable panique chez les habitants; le sultan effrayé
envoya AmauJo qui avait été retenu prisonnier, à la suite de l’expé-
dition de Sequeira, auprès d'Albuquerque; loin de presser son chef et ami de cesser les hostilités, Araujo exposa la mauvaise foi du sultan et l’engagea à agir vigoureusement, quoiqu'il put advenir de lui et de ses compagnons, avant l’arrivée des renforts attendus; Albuquerque déclara qu’il ne traiterait que dans la ville et dans un endroit où il serait libre de construire une citadelle pour se mettre à l'abri des mauvais desseins du sultan. À la suite de nouveaux délais, Albuquerque se décida à attaquer Malacca; après une lutte acharnée dans laquelle se distinguèreut Fernäo et Simäo de AnDRADE et fut en danger Albuquerque lui-même, le sultan fut blessé et une partie de la ville brûlée: les Portugais avaient eu treize hommes tués et soixante-dix blessés. Cependant le sultan se fortifiait; il faisait semer des pointes d'acier empoissonnées espérant qu’elles blesseraient mortellement les assaillants qui marcheraient dessus; mais Albuquerque prévenu, déjoua la ruse. Enfin un dernier et sangland assaut, dans lequel la lutte se poursuivit de rue en rue, de maison en maison, les Portugais se rendirent maîtres de la ville qui fut mise au pillage. Le sultan s'enfuit. Environ quatre-vingts Portugais avaient été tués. !) Après sa première attaque contre Malacca, Albuquerque reçut Relations ave
le Siam.
1) L'histoire chinoise des Ming raconte ainsi la prise de Malacca: «Après les Francs (Portugais) vinrent avec des soldats et conquirent le pays; le roi Sultan Mamat s'enfuit et expédia des envoyés pour informer le gouvernement impérial de ce désastre. A cette époque l'Empereur Che-tsoung était assis sur le trône; il publia un décret grondant les Frances, leur dit de retourner dans leur propre pays et ordonna aux rois de Siam et des autres contrées d’aider leur voisin; aucun de ceux-ci n’obéirent toutefois et le royaume de Malacca fut ainsi détruit.
«Peu de temps après les Francs envoyèrent aussi des envoyés à la Cour pour apporter le tribut et demander l'investiture. Quand ils arrivèrent à Canton le Gouverneur emprisonna les envoyés, car leur pays n'avait pas été auparavant compté parmi les royaumes tributaires, et demanda les ordres du Gouvernement. L'Empereur ordonna de leur donner
le prix de leurs marchandises et de les renvoyer.» !)
1) W. P. Groeneveldt, Malay Archipelago, pp. 133/4.
Lettre de D. Manoel au Pape.
la visite des capitaines des navires chinois venus pour le féliciter de son succès et pour demander l’autorisation de remettre à la voile pour leur pays en faisant escale au Siam dont le roi était alors Phra Borom Raxa; ce prince descendait de Phaja-Uthong qui fonda Ajuthia et prit le titre de Phra Râm4 Thibodi (712 de l'ère siamoise: 1350 de notre ère); Malacca avait fait partie des possessions siamoises et le souverain d'Ajuthia ne pouvait que se réjouir du désastre des usurpateurs musulmans.
Albuquerque vit là une excellente occasion pour entrer en rapport avec le roi de Siam et profitant du départ des Chinois, il dépêcha vers ce prince Duarte FERNANDES, compagnon d’Araujo, qui parlait le malais; Fernandes devait porter à Phra Borom Raxa de la part d'Albuquerque une épée à la poignée et au pommeau d'or finement ciselé ainsi qu'une ceinture du même métal.
Duarte FErNanDEs revint de Siam après la prise de Malacca avec un ambassadeur siamois porteur des félicitations de son roi, ainsi que d’une coupe d’or, d'une épée au fourreau d'or et d'un anneau garni d’une pierre de très grand prix. Pour sceller les bonnes relations avec le Siam, Albuquerque envoya à la capitale Hodia (Ajuthia) Antonio de Miraxpa de Azeveno et Duarte Coszno avec de riches présents. Quelque temps après arrivait à Malacca une
nouvelle ambassade siamoise avec des tapisseries représentant les
exploits guerriers du souverain et des tambourins d’airain.
Dans une lettre de Lisbonne du 6 juin 1513, D. Manoel annonce au Pape comme chef de la Chrétienté ses succès aux Indes; <après beaucoup de combats acharnés et de sang versé, son général, Affonso de Albuquerque, pour réparer les pertes des années précédentes, a fait voile pour la Chersonèse d'Or, appelée Malacca par les indigènes, entre le Sinus Magnus et l'estuaire du Grange, ville d'une immense étendue, supposée renfermer 25.000 maisons, et ayant en abondance
des épices, de l'or, des perles et des pierres précieuses. Après deux
engagements et un massacre considérable de Maures, la place fut prise, mise à sac et brûlée. Le Roi, qui combattait sur un éléphant, fut grièvement blessé et s'enfuit; on fit beaucoup de prisonniers, et beaucoup de butin fut enlevé, y compris sept éléphants de guerre, avec leurs tours et leurs harnachements de soie et d’or, et 2000 canons de bronze du plus beau travail. Albuquerque fit construire une forteresse à l'embouchure de la rivière qui coule à travers la ville, avec des murs de quinze pieds d'épaisseur, avec les pierres tirées des ruines des mosquées. Il y avait alors à Malacca des marchands étrangers de Sumatra, du Pegou, de Java, de Gores, et de l'extrême est de la Chine, qui ayant obtenu d’Albuquerque la liberté de commercer, transportèrent leurs habitations près de la citadelle, et promirent obéissance au Portugal et de prendre sa monnaie courante. Les gens de Malacca souscrivirent pour 1000 catholici de monnaie d’or et 100.000 d'argent (auream catholicos mille scilicet nummorum argenteam centum valore Malachenses inscripsere). En apprenant ceci le Roi de Ansiam (Siam), le roi le plus puissant d'Orient, auquel Malacca avait été arraché par les Maures, envoya une coupe d’or avec une escarboucle et une épée incrustée d'or comme gage d'amitié. En réponse Albuquerque lui envoya quelques-uns de ses hommes les plus habiles, avec des présents,
pour explorer le pays, ce qui sans aucun doute développera la foi». !)
1) Calendar of State Papers, Colonial Series, East Indies, China and Japan, 1513— 1516, p. 1.
Voici le texte même de la lettre de D. Manoel au Pape d’après la pnblication suivante :
Corpo diplomatico Portuguez contendo os Actos e Relaçôes politicas e diplomaticas de Portugal com as diversas Potencias do Mundo desde o seculo XVI até os nossos dias publicado de Ordem da Academia Real das Sciencias de Lisboa.... I, 1862, pp. 196/9, in-4.
«Sanctissimo in christo patri ac beatissimo Domino, Domino Leoni S. addictissimus filius Emmanuel, Dei gratia rex Portugaliae, et Algarbiorum citra ultraque mare in Africa, dominus Guineae et Conquistae, nauigationis ac commercii Æthiopiae, Arabiae, et Persiae, atque Indiae, humillima beatorum pedum oscula.
«Quantum Deo Optimo Maximo, quantum et tibi gratulari debeamus, beatissime pater,
vel ex nuncio, quod nostra Indica classis proxime attulit, satis apparet. Quod enim te
510 RENRI CORDIER.
Outre son ambassade à Siam, Albuquerque envoya d’autres
Pontif. Max. et S. Rom. ecclesiae et christiano orbi praesidente, tam admiranda in Dei laudem et gloriam gesta tam ex voto successerint, tua certe laus, tua gloria censeri debet. Jure ïitaque visum, quae in India Dei suffragio, ad ipsius cultum spectantia, nostris armis modo facta sint, ad tuam Sanctitatem summatim perscribere, etc. Igitur pacata post plures dubii martis victorias, non sine labore et sanguine partas, India, relictis in ea opportunis praesidiis, Alphonsus de Albicher [Albuquerque] protocapitaneus noster, vt jacturam, quam superioribus annis nostri fecerant, iniuriamque vleiscerentur, auream Chersonnesum (Malacam accolae appellant) contendit, Ea est inter sinum magnum et Gangeticum sita, vrbs mirae magnitudinis vt quae viginti quinque millium et amplius larinm censeatur; terra ipsa foecundissima, ac nobilissimarum quas fert India mercium feracissima, etc.
«Huc ïtaque cum instructa classe applicuisset Alphonsus, vrbem oppugnare destinat. Quod praesentientes Sarraceni bello se et armis praeparant, sed frustra. Nam commisso bis praelio nostri tandem Dei auxilio superiores plurimis ex hostibus caesis vrbem vi intrant, occupant, data praedae libertate diripiunt, incendunt. Rex ipse qui ex elephanto pugnabat, grauiter vulneratus cum superstitibus Mauris fuga sibi consuluit. In ea pugna magnus hostium nnmerus exiguo nostrorum damno interiit; capti plures; magna etiam ablata spolia, in quibus et septem ipsius regis bello assueti elephantes, suis turribus, sericis atque auro intextis ephippiis, illius prouinciae more, muniti, ac aeneorum omnis generis tormentorum ad duo millia summa arte fabricata. Capta sic vrbe, hostibusque profligatis, etc. Erant eo tempore Malachae plures extranei, ac diuersarum nationum mercatores, scilicet Zantri, Pegus, Ianaes, Gores, et ab extremo Oriente atque vltima Sinarum regione Chines, aliique gentiles qui vrbem commercii gratia frequentantes multis divitiis auro et argento, margaritis, et pretiosis lapillis, serico etiam vellere, ac multifariis aromatibus et odoribus affatim replent. Hi cum multis quoque finitimis, ab Alphonso foedus et amicitiam ultro flagitantes, ab ipso et benigne et fauorabiliter sunt accepti, ete.
«Haec cum cognouisset rex de Ansiam, et gente et solo Orientem versus potentissimus, ad quem fama erat jure Malacham spectare, et à Mauris olim vsurpatam; legato ad praefetum nostrum destinato, qui se suosque nostro manciparet obsequio, aureum simul craterem cum precioso magnaeque aestimationis carbunculo, ensemque aureum adfabre elaburatum, in signum videlicet recognitionis, ac verae perpetuaeque futurae amicitiae misit: ad quem praefectus aliquos è nostris expertos vafrosque viros, intina regionis scrutaturos, cum multis etiam muneribus remisit. Vnde maximum Dei obsequium et catholicae fidei augmentum fore non dubitamus, rebus sic apud Malacham compositis, ete.
&Alphonsus in Indiam reuertens. Goae vrbis praecipuam arcem, quam ipse superioribus annis magno nostrorum periculo, sed maiore hostium strage occupauerat, nostraeque ditioni et imperio adiunxerat, à Mauris obsessam reperit, et strueta etiam alia iuxta firmissima arce, unde raminum Thurcorum quia sex millia numero nostros coutinue infestabant. Quos cum adoriretur praefectus, plurimis jam trucidatis, desperata salute, pacta tantummodo corporum incolumitate, se tandem et reliqui nostri dedidere, partisque, et ibi machinarum, equorum, armorum, et huiusmodi haud contemnendis spoliis, quibusdam ‘etiam qui inter Mauros reperti sunt, apostatis qui à fide nostra desciuerant, debito afllictis supplicio, vrbem pristinae
quieti restituit: Appulerat interea Dabuli vrbi, haud procul à Goa presbyteri loannis po-
L ARRIVEE DES PORTUGAIS EN CHINE. b11
missions aux Moluques, au Pegou, à Java et à la Chine. Il expédia aux Moluques (Iles des Epices) trois navires montés par cent vingt hommes commandés par Antonio de ABREU, commodore Capitäomér da armada sur la Santa Catarina, Francisco SERRAo, et Simäo
AFFONso, et une jonque pilotée par un musulman de Malacca qui connaissait la route; l’un des navires se perdit en voyage, mais les autres arrivèrent à Banda où ils passèrent quatre mois, puis ils retournèrent à Malacca; au cours de cette expédition, en 1512,
Abreu découvrit Amboine et Francisco Serräo poussa jusqu’à Ternate.
tentissimi Christicolarum domini ad praefectum nostrum legatus, qui eius nomine vt Christiani Christiano omnem opem, omnia ad bellum contra catholicae fidei hostes opportuna, militum exercitus, armorum ac commeatus praesidia, vltro offerat, praesertim si mare rubrum suo coniunctum dominio nostra classis traïiciat, vbi commodissime vtriusque vires iungi possent, etc. Aderant tune ad nostrum praefectum à Narsinguae rege legati, rege gentili adeo potentissimo, vt mille et quingentos belligeros elephantes, armatorum equitum quadraginta millia, praeter innumerum peditum numerum, suo arbitrio in aciem paruo negotio proferre, tantumque agri possidere perhibeatnr, quantum semestri itinere vix emetiri possit. Huic plures reges ac satrapes parent, quorum nonnulli, maritimis oris proximi, nobis sunt tributarii. Apud Alphonsum Cambayae regis legatus, terra marique potentissimi, atque inter Mauros maximi; item a Zabayo Goe quondam domino, atque à Rege Grosopa, aliique complures regum, satrapumque legati, à nostro praefecto foedus, pacemque vltro exorantes, ac sua munera singuli afferentes, etc.
«Inter hos successus pater beatissime, diuino suffragante numine, per universam Indiam plurimi Spiritus Sancti gratia igneque afllati, depositisque gentilitiis erroribus in dies, ad nostram religionem conuersi, veram Dei fidem agnoscunt. Ob quae Deo Opt. Max. saummae gratiae sunt merito referendae, quod tam procul a nostra vrbe in tam remotis regionibus, quo ne fama quidem sui sanctissimi penetrauerat nominis, nostra nune sedula opera suam veram fidem cultumque celebrari, publicari, ac propagari dignatus sit. Vnde procul dubio, diuina fauente clementia, sperandum est, cum nune praefectus noster ad mare rubrum, vt eius ostio occupato Sarracenis earum partium commercia interdicat, relictis in India opportunis praesidiis, ingenti classe properat, vt ibi, conjunctis sub crucis vexillo presbyteri Joannis nostris viribus, maximum Dei obsequium, et Mahumeticae sectae detrimentum et lenominia sequatur: extremaque Orientis ora, quo et sacras Apostolorum voces intonuisse compertum est, Occidentali nostrae propediem iungatur, et ad veri Dei cultum, ipsius suffragante uumine, traducatur; S. Sedi Apostolicae, ac tuae Sanctitati, vt optimo patri postorique Christiani gregis more, debitum obsequium et obedientiam oblaturi. Bene valeat beatitudo tua, quam pientissimus. Deus diu ac felicissime conseruare et augere ad votum dignetur.
«Datum in vrbe nostra vlysippona, VIII Idus Ilunias anno Domini MDXIIL.»
Bulle de Léon
Au Pégou, à l'embouchure de l’Iraouadi, dès 1511, on envoyait Ruy Nunez d'Acuna; les Portugais arrivèrent à Chittagong, dans le royaume d’Arakan, dès 1517, avec Joäo de SiLveIRA, quoique les annales indigènes ne mentionnent leur présence qu’en 1532.
D'un autre côté, Albuquerque recevait des ambassades d’un roi de Java, d’un roi de Sumatra et d’autres princes orientaux.
Le 3 novembre 1514, la bulle !) de Léon X Praecelsae Devotionis
X, 3nov.1514,
confirmait et reproduisait les bulles de Nicolas V, Janvier 1454, et de Sixte IV, Juillet 1481, relatives à l'investiture des terres conquises et à conquérir; le Pape augmentait même les priviléges accordés par ses prédécesseurs au Roi de Portugal qu'il avait déjà
félicité de ses victoires dans l'Inde.