III. — Substantifs
16. — Les noms abstraits sont inconnus en lolo. Ainsi il n’y a aucun mot pour exprimer la bonté de l’homme: on rendra l’idée en disant #s’ou°-tcha?, homme bon.
17. — Les substantifs relatifs au pays, à la religion, à la profession, etc., se forment, en A-hi, en ajoutant au substantif, à l’adjectit ou verbe, indiquant ces choses, l’un des mots; p’o*, individu, homme, signe du masculin; écheu”, esclave, servir; {s’ou°, homme en général. Ex.:
Dji-do-heu* ts’ou*, homme de Dji‘-do-heu*. !)
Mou* sa*-p'o* ts’ou*, chrétien, m. à m. (du) Ciel (du) Seigneur homme.
Neu* mo° ts’ou?, mercenaire, m. à m. travail faire homme.
A'-leu-m'* tcheu*, palefrenier, m. à m. (du) cheval esclave.
K'-n0® djeu?-p'o, cordonnier, m. à m. souliers coudre homme.
TsoŸ mo* p'o*, cuisinier, m. à m. riz (— nourriture) faire homme.
Heu da* p'o*, forgeron, m. à m. fer battre homme.
1) Nom lo-lo du village appelé en chinois ZLan-gni-tsin HES JE SE; m. à m.
bêtes-se noyer-étang
18. — Les substantifs relatifs aux monuments, habitations, demeures, etc., sont presque tous formés par l'addition du mot 44°, demeure. Ex. :
Beu'-20* ké*, pagode, m. à m. idole maison.
Dzeu*-mou* hé*, prétoire, m. à m. mandarin maison.
19. — Un très grand nombre de substantifs sont formés par l'addition de la particule {0° que je traduirais volontiers par instrument, chose, objet, avec un sens très-large; laquelle particule sert du reste à former le gérondif. Ex.:
Bou’-is'é* leu'-lo’, moustiquaire, m. à m. moustiques intercepter instrument.
Dea'-to*, ciseau, m. à m. à-couper instrument.
No'-bo* seu' 10°, mouchoir, m. à m. nez essuyer instrument,
Deo*-to*, vivres, m. à m. à-manger choses.
Ffi'-o*, vètements, m. à m. à-vêtir choses.
20. — Nombre de substantifs peuvent avoir un diminutif formé par l'addition de z0*, fils, enfant, petit. Ex.:
mo*, cheval: #0%-z0*, poulain ;
yé*, poule: yé-20*, poussin ;
lou'-mo°, pierre: /ou'-m0°-20*, petite pierre, caillou.
Rem. — Pour les choses inanimées cependant, au lieu de la particule z0*, on se sert en général d’un adjectif. Ex. :
lou'-mo°, pierre: lou'-m0% al-tseu\-yé?, petite pierre.
21. — Du genre. — Grammaticalement parlant, il n’y a pas de genre en lo-lo. Cependant, lorsqu'on veut désigner le sexe des personnes, on ajoute au substantif p'o* pour le masculin et #0° pour le féminin. Ainsi on dira 4!-#4i!-p'ot, un A-hi, 4'-4il-m0%, une A-hi: tcheu”-p'o*, un esclave, écheu*-mo*, une esclave; — ouo-mou-p'o, le roi, ouo°-mou'-mo", la reine. On dira indifféremment go A'-kil-p'ot ngeu”, je suis un A-hi, m. à m. moi A-hi homme être, ou go® A!-4i! ngeu*.
22. — Pour les animaux, mâle se dit 2!-po! (i!-p'ou° s'il s’agit de volatiles), et femelle se dit 2!-»0°, Po! et 0° servent de suffixes. Ex. :
mo*-po', cheval; #0*-m0°, jument ;
yé*-p'ou*, coq; yé*-mo*, poule.
Remarque. — Le bœuf en général se dit »it; la vache, nit-mo?, — Le taureau à un nom spécial /o-4é; le taureau châtré /o-beu!.
23. — Du pluriel. — Dans différents dialectes lo-lo, le pluriel
est généralement indiqué par le contexte, et même s’il existe un signe spécial pour le pluriel, ce signe n’est employé qu’ exceptionnellement. En a-hi cependant, la particule #4*, signe distinctif du pluriel, est en usage constant; et, bien qu’elle puisse être omise sans nuire à la clarté de la phrase, les A-hi préfèrent en général l’employer. Ex.:
ts’ou?-hi* byé* (ou ts’ou* byé*), des hommes disent.
Djit-do-heu* ts'ou’-hi* ngeu* (ou Dji-do-heu* ts’ou ngeu”), ce sont des hommes de Dji-do-heu (Lan gni tsin).
94. — Comme on le voit, la particule #i* se place toujours après le substantif. Si le substantif est suivi lui-même d’un adjectif qualificatif, la particule est plaçée après l'adjectif. Ex.:
ts’ou® tcha? ki, des hommes bons; — és’ou* mi'-k’yé?-mo hi, des hommes méchants.
25. — Cette particule peut également se placer à la suite d’une énumération. Ex.:
il-ba* i'-mo$ hi, père et mère.
26. — La particule 4i* rejetée à la fin de la proposition après le verbe prend le sens du pronom relatif ceux qui. Ex.:
ts0% dzo* a* heu! hi, k’a-zeu* 40° ngoa'? — que doivent faire ceux qui ne peuvent manger!, m. à m. nourriture manger ne-pas pouvoir ceux-qui, comment faire falloir.
Mou* sa#-p'o* ny’, neu* mo° hi, Mi-sa! a* no! if, ka*-mi! tsou! beu? — quelle faute commettent ceux qui, le Dimanche, travaillent et n’entendent pas la messe?, m. à m. (du) Ciel (du) Seigneur (le) jour, travail faire ceux-qui, messe ne-pas entendre ceux-qui, quelle faute avoir.
On dirait tout aussi bien sans nuire à la clarté: Mou* sa*-p’o* nyi, neu* mo, Mi-sa' a* nô', ka*-mi' ésou' beu°?, m. à m. (du) Uiel (du) Seigneur jour, travail faire, messe ne-pas entendre, quelle faute avoir.
27. — Il n’est pas inutile de faire remarquer qu’en a-hi la particule 4 a aussi le sens de chose. Ex.:
Hit nga* hi, hit 4ché%-mo? hi, tout-o'-tchou !) di? ; hi a'-tseu'-
1) Tou‘-tchou* est le chinois Hf SU tou-tcheou; 0! est une particule euphonique
sans signification propre (cf. $ 113).
2041) hf, hit af dché* hi, a* dù?, — Pour des choses sérieuses et pour des choses vraies, on peut faire serment; pour des futilités et
our des choses fausses, on ne le peut pas; m.à m.: choses orandes P
— marque du pluriel —, choses vraies — marque du pluriel — jurer pouvoir; choses petites-très — marque du pluriel —, choses non vraies — marque du pluriel —, ne-pas pouvoir.
27. — On peut encore exprimer le pluriel par des tournures spéciales. Ex. :
Go° EE ni seu’-leu* va” ko. — J'ai acheté des chèvres, m. à m. moi chèvres deux trois-numérale — acheter — signe du parfait.
On pourrait dire plus simplement: go? #2? va? 4o?,
88. — Régime du substantif. — Dans tous les dialectes lolo, le régime du substantif peut s'exprimer sans aucun signe particulier, simplement par la position des mots dans la phrase: le nom-régime se place alors avant le substantif dont il dépend, Ex. :
Go° ba* a'-leu-m'#, le cheval de mon père, m. à. m. (de) moi (du) père (le) cheval.
Mou* sa-p'o* lchoŸ-ma*, la doctrine de Dieu, m. à m. (du) Ciel (du) seigneur (la) route.
89. — Néanmoins, tous les dialectes lo-lo possèdent au moins une particule spéciale indiquant le cas régime. La plus commune, à ma connaissance, est dyi*: elle existe, en particulier, en a-hi.
30. — L’a-hi possède encore deux autres particules marquant le génitif, dew', il, lui, elle, et w*: elles se placent également après le nom régime.
1° Keu' ne s'emploie guère que pour indiquer la parenté, la descendance. Ex.: Swt-z4!-na° feu! ba*, le père de Suzanne, m. à m. Suzanne (d’)elle (le) père; Suzanne son père.
Lou’-yi-za' keu' vi, la sœur aînée de Louise, m. à m. Louise (d’)elle (la) sœur-aînée,
Il serait également correct, mais moins élégant, de dire: Su“-za!na° bat; ou Lou-yit-za! vi?
31. — 2° Dans les autres cas on emploie de préférence vi? ou dyi*, Ex..:
1) Jointe à un mot exprimant la petitesse, cette particule diminutive zo* (cf. $ 20)
prend un sens superlatif.
Mout sa*-p'o* vi tcho%-ma, o%-seu’-leu* byé? — Ou: Mout sa!p'o* dyi* icho*-ma*, a“-seu°-leu* byé*? — Qui a prèché la religion? m. à m. (du) Ciel Seigneur du (la) voie, qui dire ?.
Il serait moins bien reçu, mais non pas absolument incorrect, d'employer #£eu!' dans cette phrase, au lieu de vi? ou de dyi*; et l’on pourrait sans inconvénient, supprimer toute particule.