LES KOUO-CHE, DANS LE BOUDDHISME CHINOIS
de kÆouo-che, «maître du royaume», apparut en Chine dès l’époque des Ts'i septentrionaux (550—577), qui le conférèrent à *£ Fa-tang.
Ce titre était-il purement chinois, ou les Chinois l’ont-ils calqué sur un original hindou? La question peut se poser. En effet, les sources mentionnées par le Fo kiao tseu tien lui ont fourni l’indication suivante: Dans les pays occidentaux, il y eut jadis un nirgranthaputra ) qui avait étudié et pénétré les trois corbeilles et possédait les cinq sciences. ?) Tout le royaume lui rendait hommage; il illustra ainsi cette appellation». ?)
Je n'ai pas souvenir d’avoir encore rencontré le passage qui a servi ici aux sources du #0 iao tseu tien, mais je crois pouvoir confirmer par quelques textes l'existence du titre de «maître du royaume» antérieurement aux 75 septentrionaux et en dehors de la Chine propre.
Le moine {8 jf; Seng-yeou*) avait composé vers l'an 500 un RE VE Z, FA #4 K 1£ Sa p'o to pou siang tch'eng tchouan en 5 ch., histoire de la succession des patriarches selon l’école des
Sarvastivadin, ouvrage aujourd'hui perdu‘), mais dont Seng-yeou
uan; l’ouvrage est en réalité de J Wei-tsing, sur lequel cf. le ch. 12 du y 8 g q IH.
7 + Ek ff il Tche tchai chou lou kiai li; Æ ht À 1 Kouang ts'ing
leang tchouan, ch. H , 1°. 3 v°.; Nanjio, Cafaloque, App II, n°. 163, et Watters, Essays on the Chinese language, p. 63, où le nom est faussement écrit 4 et Siangtsing). Le Seng che lio doit également être réimprimé dans le Supplément du Tripitaka de Kyoto; je l’ai souvent manié dans une édition japonaise moderne, mais que je n’ai pas actuellement à ma disposition.
1) C'est-à-dire un Jaina.
2) Ce sont les cinq vidya (cabda, ete) des textes hindous.
3) D Be 2 #0 JE AT 6 SE = JE AE I ON Ed Hi 1 73 52 HUj 2.
4) Sur Seng-yeou, cf. Nanjio, Catalogue, App. II, n°. 6.
5) L’ouvrage est encore porté au ch. 33 du Souei chou; il ne s’est dont pas perdu avant les Tang. Cf. aussi, sur cette liste, S. Lévi, Agvaghosa, dans J. A., juillet—août 1908, p. 93.
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lui-même nous a conservé la table, extrêmement intéressante, au ch. 12 de son Hi — Drg SL #6 Tch'ou san tsang ki tsi'). Toutefois, dans cette histoire des patriarches, Seng-yeou avait omis la biographie de 5] fi] SX Æ£ Ho-li-pa-mo (Harivarman), et pour combler cette lacune de son premier ouvrage, il inséra la biographie de ce patriarche au ch. 11 du Tck'ou san tsang ki tsi?): c’est à cette circonstance que nous devons de la posséder encore. Harivarman, né 900 ans après le nirvana du Buddha, était le fils d’un brahmane de l'Inde centrale: il s’éprit de la doctrine des Sarvastivadin. Passant au Sud du Gange, il se rendit dans le Magadha; mais le roi de ce pays ne le goûtait pas et promit que, si quelqu'un pouvait battre Harivarman dans la discussion, il élèverait ce vainqueur à la dignité de «maître du royaume». Le titre de «maître du royaume» existait donc dans l’ancien Magadha. Nous savons en outre, par la
Vie de Vasubandhu écrite par Paramärtha, que le père de Vasubandhu et d’Asañga, un brahmane de la famille Kaucçika, portait, dans son pays natal de Purusapura(Peishawer), le titre de «maître du royaume» *). Et voilà le titre de «maitre du royaume» attesté pour l'Inde du Nord-Ouest.
De l'Inde, ce titre ne paraît pas avoir passé seulement en Chine.
En effet deux curieuses notices nous apprennent qu’en 382 le roi
1) Nanjio, Catalogue, n° 1476, date cet ouvrage de «environ 520 A. D.». M. H. Maspero (qui écrit par inadvertance peu ki au lieu de EU ki dans ce titre) a fait remarquer (B.Z.F. £.-0., X, 113—114) que Sexg-yeou était mort dès 518, et a cru pouvoir déterminer que l'ouvrage avait été publié entre 506 et 512. En réalité, la question est plus compliquée qu’il ne l’a pensé, et méritera d’être étudiée en détail; il semble bien que Seng-yeou ait remanié son œuvre partiellement à diverses reprises.
2) Dans le Tripitaka de Kyoto, la liste des patriarches selon l’école des Sarvastivadin se trouve dans le #40 27, fase. 10, ff. 671—672, et la biographie de Harivarman, #bid., ff. 662—663.
3) Cf. J. Takakusu, The Life of Vasu-bandhu, by Paramärtha (4. D. 499—569), dans Z'oung Pao, 1, V, 2172. M. Takakusu rend #owo-che par «court-priest», ce qui n'est,
comme il le reconnaît lui-même, qu’un pis-aller.