‹ Tung pao. Toung paoChapitre 89 sur 261 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Préparatifs d’Intervention en Cochinchine.

Il est certain que dans l'esprit de l'Empereur, une intervention en Cochinchine était décidée et qu’elle aurait eu lieu quelle que fût la décision de la Commission spéciale.

Le 28 novembre 1857, le Ministre des Affaires étrangères

annonçait à son collègue de la Marine qu'il avait reçu de M. de

+ Bourboulon, une dépêche annonçant l'exécution de Mgr. Diaz, mais

déjà on avait pris les dispositions pour intervenir en Cochinchine: l’Amiral Ricauir de GENOUILEY commandant les forces navales opérant en ce moment même contre la Chine devait prendre la direction des affaires en Cochinchine, mais seulement lorsque le baron (Gros, notre ambassadeur extraordinaire dans l'Empire du Milieu, aurait jugé que l'action militaire était terminée contre le

souverain de Pe-king.

Paris, le 25 Novembre 1857.

Monsieur l’Amiral et cher collégue, «L'Empereur ayant décidé que M. le Commandant en chef de la station navale de S. M. en Chine serait chargé de pourvoir, au moyen des forces dont

il dispose, au redressement de nos griefs contre la Cochinchine et à l’établisse-

1) Voir T’oung pao, 1909, Mars, Mai, Juillet et Décembre. — 1910, Juillet, Octobre et Décembre, — 1911, Mars.

Lettre du Ministre des Affaires étrangères au Ministre de Ja Marine et des Colonies.

Instructions premières,

Minute.

ment des rapports qu’il nous importe de nouer avec ce Royaume, je viens vous faire part des dispositions que cet Officier-général devra prendre pour atteindre ce double résultat, en ce qui concerne mon Département.

«M. le Contre-Amiral RIGAULT de GENOUILLY sait de quelle nature sont les griefs que nous avons à reprocher au Gouvernement annamite et connait les intérèts religieux, politiques et commerciaux qui, en nous en conférant le droit, nous imposent également le devoir de mettre fin aux dispositions hostiles que nous n'avons cessé de rencontrer à la Cour de Hué.

«Comme vous le verrez, d’ailleurs, par la note cçi-jointe, le Gouvernement cochinchinois, malgré l’appui que la France lui a prèté en vertu d’un traité, méconnaissant les engagements que de son côté, il avait contractés envers nous, a successivement renouvelé les persécutions qu’il a dirigées contre nos Missionnaires dont plusieurs ont été mis à mort et a constamment refusé d’entrer avec la France en relations d'amitié et de commerce.

«L'Empereur à jugé que nous ne saurions tarder plus longtemps, sans préjudice pour notre considération, à prendre, vis-à-vis du royaume annamite, une position propre à garantir nos intérêts et les droits de la civilisation.

«Une commission, vous le savez, composée de fonctionnaires appartenant à nos deux Départements, a fait, de cette éventualité, l’objet d’un examen particulier. J'ai l'honneur de joindre ici copie de son rapport dont les développements et les conclusions pourront ètre utilement consultés par M. le Contre- Amiral Rigault de Genouilly.

«Ainsi que la Commission l’a fort bien établi, nous nous exposerions à un

échec certain en recommandant à M. le Commandant en Chef des forces nava-

les de S. M. I. en Chine de recourir à la voie des négociations pour ouvrir des rapports avec la Cour de Hué; les vains efforts que nous avons tentés dans ce sens à plusieurs reprises, ont démontré qu'il est indispensable d'inviter M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly à donner la préférence à des moyens d’une efficacité plus prompte et plus certaine. Pour s'acquitter de la mission que l'Empereur a confiée à son expérience et à son habileté, cet officier général devra, en arrivant, sur les côtes du royaume annamite, occuper la baie et le territoire de Tourane. Maitre de cette position, il aura à examiner en s’éclairant sur les lieux de tous les renseignements désirables et en prenant en considération d’un côté l’importance des résultats à obtenir et de l’autre les sacrifices probables et les chances à courir pour les atteindre, si ses efforts doivent tendre à réaliser l'établissement du protectorat de la France sur la Cochinchine ou s'ils doivent se borner à la conclusion d’un traité d'amitié, de commerce et de navigation, en stipulant des réparations convenables pour les persécutions exercées contre nos missionnaires dont la sécurité future devra faire l’objet d’une stipulation formelle. L'Empereur entend s’en remettre entièrement sur le choix entre ces deux alternatives, à la sagacité de M. Rigault de Genouilly

qui, sans cesser de se préoccuper du soin d'obtenir l’un ou l’autre de ces

tee

résultats, aura nécessairement à proportionner l'étendue de son entreprise à ses moyens d'action.

«Si une fois en possession de Tourane, M. le Commandant en Chef des forces navales de S. M. I. en Chine juge qu’il peut, avec toutes les chances de succès, entreprendre de faire consacrer par un pacte régulier et solennel, le protectorat de la France, il ne devra pas perdre de vue que le protectorat implique nécessairement la direction des rapports que l'Etat protégé peut ouvrir ultérieurement avec les puissances étrangères, — le traitement national pour les commerçants et les navigateurs de l’Etat protecteur, — la juridiction exclusive des Agents du Protecteur sur tous ses propres sujets indistinctement et en toute matière. Ces effets primordiaux du protectorat entrainent des conséquences qui varient selon les circonstances et la forme du gouvernement protégé; M. Rigault de Genouilly, auquel l'Empereur désire laisser la plus complète latitude, saura les déduire et en préciser le sens de manière à les faire tourner à la consolidation de lautorité que la France serait appelée à exercer en Cochinchine.

«Si, renonçant à cette combinaison, M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly pensait devoir se borner à négocier et à conclure un traité, il emploiera tous les efforts pour que cet acte soit conforme au projet que vous trouverez ci-joint en copie et qui semble réunir tous les avantages que nous pourrions attendre d'un pareil arrangement. Il pourra toutefois en modifier les dispositions qui lui paraïitraient pouvoir être conçues plus avantageusement pour nos intérêts et même en atténuer la portée s’il y était contraint par les circonstances sans faire toutefois le sacrifice des clauses indispensables au développement de notre commerce et à la sécurité de nos missionnaires.

«Du reste, dans l’une et l’autre hypothèses, qu’il obtienne la reconnaissance du protectorat de la France ou qu’il signe simplement un traité, M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly doit conserver la possession de Tourane comme gage de l'entière exécution des engagements pris par le Gouvernement annamite. Il vous appartient, M. l'Amiral et cher collégue, de lui donner à ce sujet ainsi que pour tout ce qui concerne les opérations navales où militaires les instructions que vous jugerez convenables.

«Comme vous le savez, M. l’Amiral et cher collégue, l'Empereur désire que M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly puisse se conformer à ses intentions aussi promptement que possible, mais vous savez également que S. M. n'entend nullement modifier ou suspendre le concours que cet officier général doit à la mission de M. le Baron Gros. En lui transmettant les ordres de l'Empereur, vous jugerez sans doute nécessaire de l’inviter à prendre ses dispositions de manière à ce que l'expédition qu'il fera en Cochinchine ne puisse, dans aucun cas, entraver les opérations à poursuivre en Chine de concert avec les forces navales de S. M. B.»

Mathieu Le 25 novembre 1857, le même jour, le Ministre des Affaires

Ministre des , 4 SE .

Affaires étran- étrangères écrivait confidentiellement au Baron Gros. notre ambas-

gèresau Baron

Gros, 25 Nov. sadeur en Chine:

«L'Empereur ayant décidé que M. le Commandant en chef de la Division

navale française en Chine, serait chargé de pourvoir au moyen des forces dont il dispose au redressement des griefs contre la Cochinchine et à l'établissement des rapports qu’il nous importe de nouer avec ce Royaume, j'ai, en exécution des intentions de S. M. adressé à M. le Ministre de la Marine la lettre dont vous trouverez çi-joint copie. Elle vous fera connaître le but que M. le Contre- Amiral RiGAULT de GENOUILLY a mission de s’efforcer d’atteindre. J’ai jugé utile de vous en donner confidentiellement connaissance. Comme vous le remarquerez, d’ailleurs, le concours que M. l’Amiral Rigault doit vous prêter pendant le cours de vos négaciations n’en reste pas moins entier et l’expédition qu’il est appelé à faire en Cochinchine ne pourra, en aucun cas, entraver les opérations qu'il y aurait lieu de poursuivre en Chine de concert avec les forces navales

britanniques».

D'autre part, la dernière victime des Annamites étant espagnole, la courtoisie nous dictait de faire au gouvernement de Madrid des

offres de coopération dans la répression: la plainte du consul d'Espagne

à notre Ministre en Chine, la mission confiée au Comte Kleczkowski à la suite de la demande de ce fonctionnaire, nous faisaient même un devoir de prévenir la Cour espagnole de nos intentions; nous n’y manquâmes pas, et dès le 1% décembre, le Ministre des Affaires étrangères adressait la dépêche suivante à notre ambassadeur à Madrid:

Lettre du Paris, le 1er décembre 1857.

Ministre des Monsieur le Marquis, Affaires étran-

gères au Mar- «La triste nouvelle de la mort de Mgr. Draz, vicaire apostolique du Tongquis de Tur- . RER s gotl),Ambas- king central, doit être actuellement parvenue au Gouvernement Espagnol. Dès

Hi à Ma- que M. le Consul Général d’Espagne à Macao avait été informé de l’arrestation

1) Louis, Marquis de TurGoT, ancien pair de France; ministre des Affaires étrangères du 26 oct. 1851, au 28 juillet; il avait remplacé le général Aupick comme ambassadeur en Espagne le 12 mars 1853; il eut lui-même comme successeur dans ce poste le 24 août 1858 M. Adolphe Barrot. M. de T. est { le 1° oct. 1866.

et de l’emprisonnement de ce missionnaire suivis bientôt de sa condamnation au dernier supplice, il s'était adressé au Ministre de S. M. en Chine pour qu'il voulut bien, attendu l'absence, en ce moment, de tout bâtiment de guerre espagnol, envoyer un navire de la Marine Impériale sur les côtes du Tong-king pour y réclamer la délivrance de Mgr. Diaz. M. de Bourboulon, certain de se conformer aux sentiments du Gouvernement Impérial, en accédant à cette demande, s’empressa de s'entendre avec le Commandant en Chef de nos forces navales en Chine pour qu'un des bâtiments de sa division fut expédié dans le golfe du Tong-king vers les parages les plus rapprochés de l'endroit où l’Evêque espagnol avait été emprisonné afin de le ramener s’il était possible, à Macao. Le Catinat ayant été désigné dans ce but, M. de Bourboulon confia au Comte Kleczkowski, secrétaire de sa Légation, la mission d’aller, avec cette corvette, réclamer la mise en liberté de Mgr. Diaz. Avec quelque promptitude qu’aient été prises toutes ces mesures, M. Kleczkowski n’a pu cependant arriver assez à temps pour sauver le respectable prélat qui, le 20 juillet, c’est à dire depuis trois semaines déjà, avait été exécuté à Nam-Ting, chef-lieu de la province où il résidait. Le Catinat a dû, en conséquence, après avoir acquis la certitude de ce douloureux évènement, revenir à Macao, mais non sans que M. Kleczkowski eût rédigé une protestation que le vicaire apostolique du Tong-king occidental s’est chargé de faire parvenir entre les mains du Gouverneur de cette province. Le Gouvernement de l'Empereur, qui a donné son approbation à la détermination que M. de Bourboulon n’avait pas hésité à prendre, a résolu d'envoyer au Commandant en Chef de ses forces navales en Chine l'ordre de se rendre sur les côtes de l'Empire Annamite afin d'obtenir une prompte satisfaction et d'amener la cour d’Hué à un arrangement propre à prévenir le retour de catastrophes semblables à celle que nous déplorons. Vous voudrez bien, M. le Mis, demander au Gouvernement de S. M. Catholique s’il est disposé à réunir, dans cette tirconstance, ses efforts à ceux du Gouvernement de l'Empereur. M. jAmiral Rigault de Genouilly aura, d’ailleurs, à se conformer sans retard à ses instructions. Il est autorisé, toutefois, à tenir compte pour leur exécution du moment qu’il jugera le plus opportun.

«ll serait possible que cet officier général eut besoin de mille ou de deux mille hommes de troupes de terre pour obtenir de cette expédition les résultats qu’elle a pour objet d’atteindre et il nous importerait de savoir, dans le cas où le Cabinet de Madrid voudrait faire coopérer ses forces avec les nôtres, s’il est en mesure de distraire du contingent qu'il entretient aux iles Philippines l'effectif de troupes de débarquement dont M. lAmiral Rigault de Genouilly pourait avoir éventuellement besoin d’après nos prévisions. S'il en était ains le Gouvernement de la Reine pourrait dès lors transmettre à M. le Gouverneur des Philippines les ordres convenables pour qu'il tint ses soldats prêts à être embarqués afin que leur coopération se trouvât assurée à notre station de

Chine, selon les vues des deux Gouvernements. Celui de l'Empereur s’empres-

serait d’adresser de son côté des instructions, pour cette éventualité, à M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly qui aurait à pourvoir à tous les moyens de transport exigés par les circonstances.

«Je vous prie, M. le Marquis, d'entretenir sans retard et confidentiellement de cette affaire M. Martinez de la Rosa et de me faire connaître le résultat de votre démarche».

Le cabinet espagnol acceptait avec empressement notre offre et notre ambassadeur pouvait en prévenir immédiatement notre Ministre des Affaires étrangères qui communiquait le 3 décembre

la nouvelle au Ministre de la Marine:

«M. le Marquis TurGoT m’apprend, par la lettre dont j'ai l'honneur de joindre ici la copie que le Cabinet de Madrid a accueilli cette communication avec empressement, mais qu'avant de prendre une détermination définitive il désirerait être fixé sur l’époque et le lieu où M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly aurait à opérer, ainsi que sur l'importance des forces que nous comptions employer dans cette circonstance.

«Comme vous le verrez par une réponse également çi-annexée en copie’ jai dû me borner à rappeler à l'Ambassadeur de $. M. Impériale que M. le Commandant en chef des forces navales de l'Empereur dans l'Indo-Chine pouvant être retenu par les exigences de la mission confiée à M. le Bon Gros, nous avions dû laisser, sur tous ces points, la plus entière latitude à cet officier général et qu’il nous était impossible, dès lors, de satisfaire au desir exprimé par le Cabinet de Madrid.

«Je présume, d’ailleurs, que le Gouvernement de la Reine, en définitive, se décidera volontiers à se joindre à nous dans cette circonstance; mais vous penserez peut-être avec moi qu’il ne saurait être superflu d'informer, sans plus de retard M. le Contre-Amiral Rigault de Genouilly de la démarche que M. le Mis Turgot a été chargé de faire auprès du Cabinet de Madrid, et c’est à cet effet que je m'empresse de vous faire part des premières informations qui me parviennent à ce sujet.

«M. le Commandant en Chef des forces navales de S. M. I. dans l’Indo- Chine aura, au surplus, à apprécier l'opportunité du concours que le Gouverneur des Iles Philippines sera en mesure de lui prêter. Mais dans toutes les hypothèses il devra, bien entendu, exiger du Gouvernement annamite des réparations non moins satisfaisantes pour les réclamations du Gouvernement Espagnol que pour celles du Gouvernement de l'Empereur, ainsi que M. le Marquis Turgot a été chargé de l’annoncer au Cabinet de Madrid, comme vous le verrez par les annexes çi-jointes».

Les pièces suivantes donnent la confirmation officielle de l’accep-

tation de l'Espagne de coopérer à l’action de la France en Annam.

Madrid, le 4 janvier 1858. Dépêche de M.

Monsieur le Comte, ee

«J'ai l’honneur de transmettre ci-joint à V. E. pour faire suite à ma de S. M. en Espagne.

dépèche télégraphique d'hier la traduction et la copie de la dépêche que m'a adressée M. Martinez de la Rosa pour me faire connaître la décision prise par le Gouvernement de S. M. Catholique de coopérer avec le Gouvernement de l'Empereur à l'expédition qui pourrait avoir lieu contre la Cochinchine». Veuillez agreér, etc.

Sig. TURGOT.

Palais, le 1er Janvier 1858. NL Mate

de la Rosa, Min. des Af.

ét. de S. M.

le 24 du mois dernier, en me transmettant celle du Cte Walewski relative aux Catholique à M. le M de Turgot Am- «Dans cette dépêche, le Ministre indique les raisons qui empêchent le Gou- bassadeur de

: Fr à M vernement de l'Empereur de donner au Gouvernement de $. M. Catholique les di 0

Monsieur l'Ambassadeur,

«J'ai reçu la note confidentielle que V. E. m'a fait l'honneur de m'adresser,

Affaires de Cochinchine.

renseignements précis sur l'expédition dans le cas où elle aurait lieu. Le Gou- ds vernement de S. M. s’en remet à la promesse, qui lui est faite dans cette même com- | munication, d’être mis au courant des informations, à mesure qu'elles seront reçues.

«Cela est absolument indispensable afin que l'accord indispensable existe des deux côtés et qu’on obtienne tous les résultats désirables de cette communauté d'efforts. Déjà le Gouvernement de S. M. a donné au Capitaine général des Philippines les ordres et les instructions nécessaires pour qu’il se mette en rapport avec l’Amiral Rigault de Genouilly si l’état de ces îles ne s’y oppose pas ou si quelque évènement imprévu ne se présente pas (évènement impossible à calculer à de si longues distances) pour qu'il convienne avec l’Amiral de mettre à sa disposition, le cas échéant, 1400 hommes d'infanterie et une batterie ainsi qu’un ou deux bâtiments de guerre à vapeur parmi ceux qui se trouvent en station dans ces parages.

«A cet eflet, les ordres nécessaires ont été transmis au Capitaine général par les Ministres de la Guerre et de la Marine et, en ce qui me concerne, je lui ai envoyé des instructions pour le cas où se réaliserait l'expédition projetée,

«S. M. a donné l’ordre de porter cette décision à la connaissance de son Auguste Allié l'Empereur des Français comme un témoignage nouveau des relations d'amitié qui existent entre les deux pays et du desir qui l’anime de concourir à un but si important sous tous les points de vue.

«Agréez ,.,.»

(sig.) MARTINEZ de la Rosa, !)

Le Ministre des Affaires

étrangères au Baron Gros, 4 déc. 1857.

Le Ministre des Affaires étrangères au Baron Gros, 25 déc. 1857.

Le 2 décembre 1857, le Ministre de la Marine avisait son Collègue des Affaires étrangères que le capitaine de première classe du génie Victor Eugène Maximilien LaBBe, appelé à commander le détachement de sapeurs qui allait être mis à la disposition de l’Amiral Rigault de Genouilly devait partir de Paris le 7 et de Marseille; faute de place, Labbe ne put s’embarquer par le paquebot du 12; il ne partit que le 28, muni d’une lettre de recommandation

près de nos agents en Chine, mais sans la dépêche suivante:

Le 4 décembre 1857, le Ministre des Affaires étrangères écrivait

au Baron Gros:

«Je confie ce pli à un officier du génie qui va rejoindre M. le Contre- Amiral Rigault de Genouilly et qui lui remettra les pleins pouvoirs dont il y a lieu de le munir pour l’accomplissement de sa mission en Cochinchine dont je vous ai entretenu par une dépèche confidentielle du 25 nov. M. l’Amiral Rigault reçoit en outre des instructions qui lui prescrivent d’envoyer à Bangkok, lorsque les nécessités du service le lui permettront un navire de sa division à l'effet de prendre conformément aux intentions de l'Empereur une ambassade que la Cour de Siam désire envoyer à S. M. Ce navire devra la transporter jusqu’à Suez et un autre bâtiment sera envoyé à Alexandrie pour la conduire de ce point à Marseille. J’en informe M. HEURTIER, gérant du Consulat de France à Bangkok qui aura à se mettre en rapport avec M. le Commandant en Chef de notre division navale en Chine pour que les envoyés siamois soient en mesure de s’embarquer à l’époque où le navire de guerre expédié par M. l’'Amiral viendra les chercher.

«P. S. Le départ de l'officier du génie auquel cette dépêche devait être

confiée se trouvant retardé, je vous l’adresse par la voie ordinaire».

Enfin le 25 décembre 1857, le Ministre des Affaires étrangères faisait

connaître au Baron Gros les démarches faites auprès de l'Espagne:

«Je vous aijinstruit confidentiellement de la mission que M. le contre-amiral Rigault de Genouilly aura à remplir en Cochinchine, en la subordonnant toutefois au concours qu’il est appelé à vous prêter pendant la durée de vos négociations. Le Gouvernement de l'Empereur a pensé qu’il y avait lieu de faire connaître au Cabinet de Madrid sa résolution d’obtenir le redressement des

1) Francisco MARTINEZ de la Rosa, né à Grenade le 10 mars 1789; + à Madrid le 7 février 1862.

griefs que la France est fondée à reprocher au gouvernement annamite afin que le gouvernement espagnol qui a, de son côté, à réclamer une réparation éclatante du meurtre de Mgr. Diaz, püt nous prèter sa coopération, s’il le désirait et en tant que les circonstances nous détermineraient à y recourir. Je vous communique en conséquence, çi-joint, pour faire suite à nos informations précédentes, et également à titre confidentiel, copie de la Jettre que j’ai adressée à ce sujet à M. le Ministre de la Marine». !)

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