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siens, c'est que je veux montrer combien ils sont intéressants, combien ils tint conservé encore leurs traditions malgré la difficulté oi^i ils sont de lutter avec l'industrie européenne. Ce n'est pas cejiendant pour qu'on croie devoir entreprendre une soi-disant régénération des arts et métiers à Tunis en introduisant dans l'enseignement professionnel, les méthodes françaises. Ce serait une erreur. On leur ferait perdre ce qui leur reste de traditions originales. Si je me rappelle en effet ce que j'ai vu à l'exposition de 1900, il ne me semble pas qu'en leur faisant faire (comme le prouvaient les œuvres des élèves de l'école professionnelle^ de la serrurerie européenne, ou des meubles Louis XIV ou Louis XV on leur rende un bien grand service. C'est leur apprendre une langue étrangère que leur apprendre nos styles, où d'ailleurs ils réussiront toujours moins que des artistes européens. Il suflirait de leur faire des commandes d'objets en style indigène, en leur conseillant de s'inspirer des nombreux modèles qui sont sous leurs j'eux, pour leur permettre de ne pas perdre leurs traditions et de gagner largement leur vie. S'ils sont tirés de la misère, ils formeront des élèves qui pourront demander à l'école des arts et métiers l'enseignement technique seul, mais pas l'enseignement artistique que Leurs maîtres indigènes connaissent mieux que les Eurcipéens. Que les menuisiers y apprennent à bien déJjiter les bois, à exécuter avec précision les assemblages, à acquérir la sûreté de main et la dextérité nécessaire, c'est tout ce cju'il leur faut.
L'administration des Hab(jus, sous la direction de 3L Roy, secrétaire général du gouvernement tunisien, a très sagement agi en donnant tous ses travaux à des indigènes, cela a sauvé la corporation du bâtiment de la décadence qui la menaçait. 31ais d'autres travaux pourraient être abordés, si à l'école des arts et métiers on fait comprendre aux apprentis l'usage des machines à ouvrer, la conception rapide des ouvrages, la nécessité de les exécuter en un temps donné et de se conformer exactement aux engagements pris; des entrepreneurs indigènes pourront alors concourir aux adjudications (ce qu'ils ne savent pas encore faire car ils ne savent pas s'exécuter en temps voulu;. 31ais qu'on ne touche pas à l'enseignement artistique traditionnel!
Marque des fabricants de chéchias.
LES SOUKS. — LES ARTISANS 83
Quant aux autres métiers d'art que faisaient vivre les beys et leur cour, je me demande pourquoi cette aristocratie indigène ne pourrait pas être encouragée à suivre cette tradition ; pourquoi la colonie française et italienne qui compte tant de gens de goût ne contribuerait pas aussi pour sa part à la renaissance de ces industries d'art. Il y a assez de grandes fortunes à Tunis pour qu'on puisse y faire faire de beaux meubles, de belles étoffes de tenture en soie, de beaux tapis. Les brodeurs arabes ont assez de goût pour que les belles toilettes des élégantes de Tunis leur empruntent une partie de leurs charmes, et je m'étonne vraiment qu'on n'ait jamais jusqu'ici cherché à tirer parti de toutes les ressources que l'industrie locale fournirait au luxe des habitations et des vêtements, si' on avait voulu réellement s'en préoccuper. Les traditions artistiques sont un capital qu'on aurait bien tort de laisser perdre. On commence déjà à s'en douter un peu, mais on devrait penser que leur conservation n'intéresse pas seulement un petit nombre d'amateurs ou d'archéologues. Elle est un élément de prospérité pour le pa3's, non seulement parce qu'elle y fait vivre un grand nombre d'indigènes, mais encore parce qu'elle fait partie de ce qui y attire et y retient les étrangers. Croit-on que les gens qui vont à Tunis }• viennent chercher la vie européenne, et songent à y acheter pour les rapporter en P'rance, des meubles Louis XV? non n'est-ce pas ? lit si les touristes y sont plus attirés c[u'à Alger, c'est qu'Alger leur paraît trop francisé. Qu'on fasse donc un effort pour conserver à Tunis ses artistes et ses artisans, et on aura augmenté encore l'attrait de cette charmante ville qu'on a su si judicieusement conserver aujourd'hui. en respectant la ville arabe, ses monuments et ses mosquées.
Marques des fabricants de chcchias.
Cli.-hc N.-ur.lein.
Environs de Tunis. — L'aqueduc de Cartilage.