‹ Tunis et KairouanChapitre 11 sur 17 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES PALAIS EXTRA MUROS. — LE BARDO. — LA MANOUBA LA BANLIEUE DE TUNIS. — SIDI BOU SAID

Des nombreux palais ou résidences princières élevées dans la banlieue de Tunis par les beys ou les membres de leur entourage depuis le XIII° siècle jusqu'à nos jours, il existe encore un certain nombre. Les palais des beys sont ceux de la Marsa, du Bardo, de Kassar Saïd; on les connaît puisqu'ils font partie du domaine de la Couronne. On connaît peu en revanche les résidences élevées par des ministres ou des membres de la famille be3'licale dans les environs de la capitale. Ces petits palais devaient être nombreux, car nos vieux voyageurs en ont parlé et nous les décrivent, en insistant sur le grand nombre de ces maisons de plaisance. Je ne citerai que ce qu'en dit Thévenot (L. II, p. 383. « Le terroir de Tunis, dit-il, est tout plein de ces métairies (ou maisons de plaisance) qui sont bâties comme les bastides du terroir de iMarseille. Celle de dom Philippo (fils d'Alined Dey, roi de Tunis) est à demi-lieue de la ville, elle est fort 1)elle et bastie en tour quarrée et est la plus haute qui soit à l'entour, il y a cent et onze degrez à monter de la salle

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au haut de la tour où l'on a fort belle vûë car on découvre de tous cotez à perte de vûë une belle campagne pleine d'oliviers ; il y a là haut une grande salle découverte par le haut ', }■ aiant tout à Tentour des galeries couvertes, dont le toit est soutenu de plusieurs colonnes ; au milieu de

Palais de la Manouba. Portique antérieur.

ce lieu découvert est un grand réservoir d'eau et il sert à faire plusieurs jets d'eau ; tout ce lieu est orné de marbre, comme aussi toutes les salles et chambres qui sont ornées d'or et d'azur, et de certains travaux de stuc fort admirables, et il y a partout des fontaines qui jouent quand on veut. «

' C'est le patio des maisons tunisiennes.

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De ces petits palais, un des plus intéressants est celui de la Manouba, actuellement converti en caserne de cavalerie, mais le palais proprement dit ne sert que de logement aux officiers et l'on en a respecté toutes les dispositions principales en le consolidant le mieux qu'on a pu. D'autres résidences, telles que l'ancien palais de Khereddine et quelques villas se trouvent aussi à la Manouba; je ne décrirai ici que le palais dont je viens de parler et que j'ai pu visiter à plusieurs reprises.

Il présente une façade élevée d'un étage sur un rez-de-chaussée ; on

Palais de la Manouba. Pendentif de la rotonde.

monte au premier qui forme l'étage véritable du palais par un grand escalier droit, et par lequel on pénètre au milieu du portique qui précède les bâtiments proprement dits. Ce portique formé d'arcades en plein cintre soutenues par des colonnes en marbre d'ordre dorique et par conséquent d'origine italienne, a ses voûtes d'arête décorées de plâtres sculptés à jour d'un travail exquis. Les portes et les fenêtres en marbre, d'un style rococo italien tout à fait réjouissant, ne jurent pas trop avec les arabesques dont je viens de parler. Au-dessus de la porte d'entrée, la voûte est une coupole sur pendentifs reposant sur un tambour à base octogonale percé de quatre baies décorées de vitraux en plâtre ajouré. A droite et à gauche sont de grandes salles longues dont l'une, celle de

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droite, décorée de colonnes en marbre, de plâtres ajourés et de faïences, sert actuellement de bibliothèque aux officiers. Au fond de la salle se trouve une sorte de niche en marbres de couleur, toujours de ce Louis XV italien si singulièrement exubérant.

La cour dans laquelle on pénètre ensuite est un grand patio à portiques d'arcades en plein cintre sur colonnes doriques très élancées ; les façades sont bien délabrées, car la décoration en plâtre ajouré et les

Palais de la NLinouba. PlalunJ Je la bibliollicquc

voussoirs de marbre des arcades ont disparu presque partout, mais la bordure en tuiles vertes des terrasses, la corniche de marbre, avec ses frises en faïence existent encore, en partie du moins ; les voûtes en plâtre ajouré sont à peu près intactes et sur les murs il y a encore une partie des panneaux décoratifs en faïence qui les tapissaient autrefois en entier. C'est autour de cette cour que se trouvaient tous les bâtiments d'habitation. Tout au fond, une grande salle carrée qui, par une disposition ingénieuse d'angles voûtés soutient par de larges pendentifs une coupole sur tambour percé de huit fenêtres à vitraux ajourés, servait probablement de sakm principal; son plan est fort ingénieux car il permet des

vues dans tous les sens sur Ui campagne, et la décoration en plâtre ajouré des pendentifs du tambour et de la coupole est encore intacte et d'un goût très pur. Seuls, les encadrements des baies en marbre, les colonnes de marbre et les faïences presque toutes de fabrication italienne détonnent un peu et paraissent disparates au milieu de ces éléments purement tunisiens. Il n'}- a d'étage qu'à gauche de la façade principale et une seule pièce le constitue. Déjà on jieut voir dans l'escalier qui 5' conduit des plafonds en bois sculpté, qui tombent en ruine mais qui sont d'un goût absolument exquis Ijien que leur ornementation soit en réalité trop fine de détails. La grande pièce où l'on arrive alors réserve une surprise au visiteur qui a eu la patience d'insister pour qu'on la lui montre. Les murs sont tapissés de faïences assez simples ; au-dessus des encadrements des fenêtres que surmonte un triple rang d'ornement également de faïences se déroule autour de la pièce une magnifique frise en plâtre sculpté d'un dessin et dune exécution admirables. Une seconde frise en bois peint sert de support immédiat à un plafond constitué par deux encorbellements successifs creusés d'alvéoles dorées ou d'entrelacs géométriques qui soutiennent le plafond proprement dit décoré des plus belles dispositions de réseaux géométriques qu'on puisse imaginer. Tout cela est peint d'arabesques d'une harmonie de couleur ravissante, avec des parties dorées dans les creux qui donnent à tout cet ensemble une richesse d'aspect absolument remarquable.

Bien que tous les tons employés aient certainement présenté, dès l'origine, une harmonie générale incontestable, il n'en est pas moins vrai que le temps a mis sur tout cela une patine discrète, qui donne à tout cet ensemble un éclat chaud et assourdi qui rappelle absolument l'aspect des vieux cachemires des Indes ou des anciens tapis persans les plus beaux qu'on connaisse.

Il y avait autrefois dans les dépendances de ce palais un petit kiosque délicieux, composé d'une salle carrée £ivec abside, recouvert d'une toiture en ruines d'où émergeaient quatre petites coupoles et une centrale, plus grande et côtelée. Trois de ses faces murées en partie quand je l'ai vu pour la première fois étaient autrefois garnies de vitraux et de fenêtres s'ouvrant sur la campagne. On a pu en voir à l'Exposition de igoo une reproduction exacte exécutée d'après mes dessins et avec des moulages faits par le service des antiquités et des arts ' de Tunisie.

Ce charmant petit monument brodé des plus délicieuses arabesques

' Quelques fragments de ces moulages sont au musée du Trocadéro.

LES PALAIS EXTRA MUROS. - LE BARDO, ETC

sculptées sur plâtre tombait en ruine : le Gouvernement tunisien en fît l'acquisition, le fit démonter avec le plus grand soin et remonter dans le jardin du belvédère par M. Lefèvre, architecte de la ville de Tunis, et maintenant consolidé et reconstruit, orné de vitraux dont j'avais tracé le projet et qui furent exécutés par les sculpteurs Ali es Sakka et Mustafa Tordjeman dans les ateliers du Bardo, il forme actuellement un des plus beaux ornements du ])arc municipal de la ville de Tunis. — Je citerai encore parmi ces jolies hal)itations suburbaines le château de

Cli.llfNiUidein.

Kiosque de la Manouba.

Bir Kassa près de Tunis, qui appartient à M. Savignon, et la villa de Mornakia avec son grand bassin où se mirent ses portiques, souvenir des grands bassins des palais du Maroc et des miroirs d'eau des palais persans.

Dans ce pittoresque village de Sidi bou .Saïd dont j'ai parlé au début de ce livre, village exclusivement halîité par des arabes, se trouvent de nombreuses maisons pittoresques blotties au fond de délicieux jardins clos de murs élevés. L'une d'elles, possède un porche surélevé qui est du meilleur effet, quoiqu'il ne soit pas d'une date bien reculée.

J'ai nommé parmi les palais beylicaux des environs de Tunis, le

Bardo, le palais de la Marsa et celui de Kassar-Saïd. Seul, le Bardo présente un intérêt architectural.

Thévenot que j"ai cité plus haut, dit à ce proi)os qu" « il faut encore \(iir les Bardes (le Bardo) qui sont trois maisons que le Bey a fait liàtir ]iour ses trois enfants, à une lieue de Tunis... On voit à ces maisons quantité de fontaines avec de beaux bassins d'une seule pièce de marbre, venant de Gènes et. comme à celle de Dom Philippe, une salle

Kiosque de la Manouba.

découverte avec un grand réservoir au milieu et des allées tout à l'entour dont la couverture est soutenue de plusieurs colonnes, le tout pavé de marbre noir et blanc, comme aussi toutes les chambres qui sont couvertes d'or et d'azur et de ces travaux de stuc ; il y a aussi plusieurs beaux appartements et toutes les maisons ont de beaux jardins pleins d'orangers et plusieurs autres arbres fruitiers mais fort bien rangés comme en chrétienté et plusieurs beaux berceaux au bout des allées, aussi tout cela est fait par des esclaves chrétiens. Ces maisons se nomment bardes, du mot lîerd qui veut dire en moresque, froid, à cause que ces lieux sont frais. »

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