LE BAR DO. ETC
Mais ces trois maisons dont se composait le Bardo furent bientôt insuffisantes, les palais se multiplièrent avec leurs dépendances et quand je le visitai pour la première fois à la fin de 1882, tous ces divers bâtiments avec leurs jardins et toutes leurs dépendances couvraient plusieurs hectares entourés de fortifications. Une ancienne ])hotogTaphie fait voir quel aspect confus présentaient tous ces bâtiments disparates.
Comme un grand nombre de parties de ces constructions menaçaient ruine et faute d'entretien ne pouvaient que causer plus tard des éboule-
Palais du BarJo. Pendentif d'un salon démoli.
ments et peut-être des accidents, on fit un choix des parties les plus intéressantes; un budget fixe fut alloué pour leur restauration et leur consolidation; le reste fut détruit, après que la direction des antiquités et des arts en eût fait enlever les faïences et les sculptures sur plâtre les plus remarquables. Les décombres provenant de ces démolitions servirent à combler certaines parties des rives les plus basses du lac de Tunis.
De ce qu'on en a conservé, on a fait deux parts. 1 une consacrée aux appartements beylicaux n'est accessible qu'aux visiteurs porteurs d'une autorisation spéciale. On a' entre par le trop fameux escalier des Lions dont les lions de marbre sont du plus mauvais style italien cju on puisse voir, mais qui possède un portique orné de sculptures en plâtre très délicates. Ce vestibule donne entrée dans une grande cour entourée de portiques dont la restauration a fait le plus grand honneur à feu M. Dupertu)''s
architecte du gouvernement tunisien, artiste de talent à qui 1 on doit la restauration et l'achèvement du palais de la Résidence à Tunis et du palais de France à la Marsa. Dans les appartements qui entourent cette cour on remarque plusieurs belles salles : l'une d'elles possède un beau plafond de style tunisien à ornements géométriques séparés par des glaces, une autre est ornée de marbres italiens et de beaux panneaux de faïences tunisiennes, plusieurs autres salles enfin sont plus ou moins heureusement décorées. Auprès d'une de celles-ci se trouve un petit salon dans lequel un des meilleurs sculpteurs tunisiens a dans les dernières années du xix^ siècle produit une des plus riches décorations en plâtre sculpté qu'on puisse imaginer ; malheureusement ce petit chef-d'œuvre n'a pas été photographié et je ne puis, à mon grand regret, en donner une idée ici.
L'autre partie du Barde se compose du musée Alaouï, d'une petite mosquée et d'un bain Maure; on a détruit, malheureusement pour les amateurs de pittoresque, ces curieuses rues à moitié couvertes, ces bâtiments à portes ornées de clous et de heurtoirs énormes, ces souks en miniature où se vendait tout ce qui pouvait être utile à la population bariolée qui vivait du palais et à son ombre. Mais on a su tracer autour de ces bâtiments un jardin qui commence déjà à prendre tournure; ses massifs, ses arbustes sont en pleine vigueur et dans peu d'années d ici c'est sur une oasis de verdure que se détachera ce qui reste des vieux bâtiments du Bardo.
Le musée Alaoui, fondé par Ali bey, successeur du bey Sadock, a été installé dans les plus belles salles de l'ancien palais, par les soins du service des Antiquités et des Arts, fondé dès les premiers temps du protectorat sous la forme d'une mission archéologique permanente. Ce service qui a dans ses attributions la surveillance et l'exécution des fouilles et des recherches archéologiques en Tunisie a été dirigé à l'origine par Ducoudray la Blanchère, puis par MM. Doublet et P. Gauckler; actuellement son directeur est M. Alfred Merlin.
On ne peut qu'admirer l'œuvre réalisée avec des ressources relativement minimes, par les directeurs de ce service; les collections du musée Alaoui sont le résumé et en même temps la matérialisation tangible de leurs travaux ; si en effet, les comptes rendus d'un grand nombre de ces fouilles et découvertes, si les rapports des missions archéologiques qui se sont succédé en Tunisie depuis plus de vingt ans, ne sont guère connus que par les érudits et sont dispersés dans un grand nombre de publications qu'il serait trop long de mentionner ici, le résultat des fouilles est exposé là au public. On y trouve statues, inscriptions, moulages, fragments d'ar-