LE BARDO, ETC
chitecture, modèles réduits des temples de Dougga et de Sbeitla', des basiliques de Carthage, de la villa des Laberii à Oudena, etc., etc., lampes et statuettes en terre cuite, objets d'orfèvrerie parmi lesquels on remarque la célèbre patère de Bizerte, bijoux puniques trouvés à Carthage,
Pal.iis du B.irao. Iiscaiier ucs lions.
médailles etmonnaies, etc. Mais à mon avis, rien de toutcela ne présente l'intérêt capital de cette incomparable collection de mosaïques unique au monde qui fait la gloire de ce musée. Mosaïques de pavage, de revêtement, mosaïques tombales; mosaïques païennes, chrétiennes, b}^zan-
' Les modèles de Dougga et de Sbeitla ont été exécutés sous ma direction et sur mes dessins.
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tines, forment une série continue depuis roccupation romaine jusqu'à la veille de la conquête arabe.
Si Ion a pu dire avec raison que sans l'iconographie des manuscrits byzantins et des manuscrits français, anglais, espagnols, allemands et italiens du moyen âge, nous ne serions bien souvent que très peu renseignés sur cette époque, car les textes et les monuments de l'architecture sont insuffisants, on peut en dire autant des mosaïques au point de vue des études d'archéologie antique à l'époque romaine et byzantine. Costumes, usages, édifices, scènes de la vie privée et publique, faune, flore, agriculture même, la mosa'ique nous renseigne et nous renseignera sur bien des points que les textes ou les monuments ont laissés obscurs jusqu'ici.
Les mosaïques d'Oudena, nous montrent des scènes de chasse et de pèche, celles de Carthage des scènes de pêche et des oiseaux dans un verger. Celles de Tabarca et une de celles d'Oudena, des maisons de campagne, celle deGafsa, un cirque à l'époque byzantine. Celle de Sainte- Marie du Zid une église en construction ; celles d'El Alia des monuments divers de la Tunisie antique ; celles de iMedeina, des navires avec leurs agrès. Les tombes chrétiennes enfin nous donnent toute une série de costumes. Jenementionnepas toutes les mosaïques qui par des représentations de scènes m3'thologiques nous retracent d'une façon souvent très artistique les alléo-ories les plus gracieuses de l'antiquité païenne et dont l'énumération serait trop longue.
Cette collection de mosaïques commencée par La Blanchère qui fit apporter au Bardo la célèbre mosaïque trouvée à Sousse par les officiers du 4° bataillon de tirailleurs est, il ne faut pas l'oublier, surtout l'œuvre de M. Gauckler, un de ses successeurs qui, avec une activité infatigable a su, en quelques années, réunir ces nombreux monuments presque tous d'un intérêt capital. Je ne veux pas dire que tous aient été découverts par lui, mais il en a découvert une grande partie dans les fouilles qu'il a dirigées personnellement, ou qu'il a fait entreprendre par le service des antiquités, il a su. en préservant celles dont la découverte lui était annoncée, en les faisant transporter au Bardo et en les faisant consolider, les préserver d'une destruction fatale et former le noyau d'une collection incomparable; les fouilles qu'on a faites en Tunisie ne sont, en effet, que peu de chose en comparaison de celles qu'on pourra y faire pendant longtemps encore, et il n'en est pour ainsi dire pas une dans laquelle on ne trouve des mosaïques. Carthage, elle-même, pillée depuis treize cents ans pour construire la Goulette et Tunis, pour fournir des colonnes et des marbres
LES PALAIS EXTRA MUROS. — LE BARDO, ETC
antiques à d'innombrables monuments, à commencer ])ar la mosquée de Cordoue et la fameuse Medinet-el-Zahra, les mosquées de Tunis, celle de Sidi-Okba à Kairouan. pour finir par les monuments de Pise, n'a pas perdu ses mosaïques : on a bien démoli les murs des édifices pour en enlever les pierres, les portiques pour en enlever les bases, les colonnes et les chapiteaux, mais on laissait les mosaïques et à chaque instant, pour peu qu'on fouille un peu profondément le sol antique on y rencontre des
Palais du Barao. Salle du Trune.
mosaïques. Celles qui ne sont que de simples pavages ornementaux sont innombrables, et on ne se donne même plus la peine de les enlever.
En 1900, on a enfin songé à donner une place à l'art arabe dans le musée Alaoui. Ce musée a été installé dans une dépendance du Bardo qui est à elle seule un petit palais. Bien que de fondation récente, il contient déjà un grand nombre d'objets, de meubles, de faïences, de bijoux, notamment ceux de 3loknine et de Djerba, dus à des orfèvres Israélites et qui sont du plus grand intérêt. Un plafond arabe de toute beauté qui provient du Dar-el-Bey de Tunis y a été remonté et produit un excellent effet. Seulement, à mon avis le musée arabe du Bardo ne devrait contenir que des
objets anciens. En réunissant les objets modernes, ou relativement modernes, que l'on peut si aisément encore se procurera Tunis, on devrait former dans Tunis même un musée d'art décoratif, facilement accessible à tous et s'il était conçu méthodiquement et avec goût, complété par des explications dessinées ou écrites, il pourrait peut-être devenir un des éléments les plus utiles pour le relèvement des industries locales à Tunis. Je ne dois pas quitter le Bardo sans dire combien ce musée a été orga-
Clithe Xeunlein.
Palais du Bardo. Grande Salle de la mosaïque de Sûusse.
nisé avec soin et patience par son conservateur M. Pradère qui y est attaché depuis près de vingt ans et qui a été le plus précieux des collaborateurs pour les différents directeurs qui se sont succédé à la tète du service. C'est à lui notamment que sont dus les travaux des ateliers de mosaïque et de sculpture sur plâtre où sous sa direction ont été réparées ou consolidées les mosaïques, les sculptures sur plâtre, et exécutés les moulages du musée.
Les deux plus intéressantes salles du musée Alaoui au point de vue Arabe, sont d'abord la grande salle couverte d'un énorme dôme en charpente revêtu d'une véritable dentelle de bois doré et peint, dû comme je
LES PALAIS EXTRA MUKOS. — LE BARDO, ETC. 97
lai déjà dit aux célèbres menuisiers artistes Ilamda ben Otsmane et jMohamed el Gharbi; ensuite une petite salle octogonale qui faisait autrefois partie de l'appartement des femmes et sur laquelle débouchent quatre chambres d'égales dimensions destinées aux quatre favorites du bey. Cette petite salle a ses murs revêtus de fort belles faïences anciennes jusqu'à une hauteur de plus de quatre mètres. Dans les quatre salons qui forment les quatre bras de la croix entre lesquelles sont disposées les quatre chambres dont j'ai déjà parlé, des sculptures sur plâtre forment les tympans, les pendentifs et les voûtes.
Il en est de même des murs pleins situés au-dessus des portes, et des arcs qui les joignent deux à deux. Au-dessus d'une frise à arcatures de stalactites s'élèvent les huit faces d'une coupole à base octogonale, dont quatre sont percées de fenêtres ; elles sont toutes revêtues d'une véritable dentelle ajourée d'arabesques fouillées dans le plâtre avec une fécondité d'imagination remarquable.
Telles sont, tant à Tunis qu'aux environs, les nombreuses œuvres des artistes arabes anciens ou modernes qu'on peut encore admirer actuellement. Je ne suis pas le premier à les décrire en détail, bien que j'aie été un des premiers à pouvoir les étudier. Je m'estimerais heureux si, dans cette rapide description de Tunis, description qui ne peut avoir aucune prétention historique ou archéologique, j'axais réussi à faire apprécier comme il le mérite l'intérêt que présente l'étude de cette ville autrefois fameuse et qui a conservé tant de vestiges de sa grandeur passée. Je voudrais aussi avoir attiré sur les artisans et les artistes tunisiens non seulement l'attention de ceux de mes lecteurs qui visiteront un jour ou l'autre la capitale de la Régence mais encore celle de nos compatriotes fixés en Tunisie depuis plus ou moins longtemps. Je serais heureux d'avoir pu faire comprendre à ces derniers ce qu'ils voient tous les jours sans y prêter trop d'attention, de leur faire sentir que ces industries se meurent, non pas par impuissance ou par ignorance, mais par l'indifférence de ceux qui les entourent. Qu'on leur donne du travail et on les sauvera. C'est un souhait que j'ai formé depuis longtemps. Puisse ce petit livre contribuer à sa réalisation 1
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