‹ Tunis et KairouanChapitre 14 sur 17 · SI · texte numérisé non relu

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Vue générale prise du sud de la ville.

LES MOSQ.UEES. — LES MAISONS.

LES CIMETIÈRES

L'histoire de Kairouan commence aux premiers temps de la conquête. Okl^a ben Nâfi qui avait envahi la Tunisie en venant de la Cyrénaïque avait été justement frappé jiar l'inconvénient que présentait, pour en faire sa capitale, le choix d'une ville située soit sur la côte, comme Carthage, soit à une certaine proximité de la mer, comme Tunis, où des armées débarquées par les flottes byzantines auraient pu facilement en quelques jours mettre en déroute ses troupes peu habituées à la tactique des armées impériales.

L'emplacement qu'il choisit pour Kairouan au contraire, était séparé de la mer par une grande étendue de terres arides et ne pouvait être

LES MAISONS

LES CIMETIERES

attaqué que par une armée s'appu^-ant sur une flotte ancrée en rade de Sousse, port étroit et peu sur. La ville était relativement facile à défendre puisqu'en très peu de temps toutes les petites armées arabes répandues dans l'intérieur de la Tunisie pouvaient très rapidement être rassemblées contre l'ennemi. La région privée de grands centres, sans cours d'eau régulier se prêtait admirablement aux combats de cavalerie et aux razzias auxquels les populations indigènes et les tribus arabes s'étaient de tout temps montrées si habiles.

La légende vient ici, comme dans tous les récits des premiers temps

Vue générale de la Mosquée de Sidi Okba prise du suJ-est.

de l'hégire, commenter les événements et en rendre pour ainsi dire le souvenir plus pénétrant en les entourant de faits miraculeux. L'emplacement de la ville, une fois choisi, au milieu de marécages et de buissons pleins d'animaux sauvages et de liètes venimeuses, Sidi Okba proféra les malédictions les plus graves contre ces hôtes malfaisants et aussitôt le pays en fut débarrassé.

On disait aussi qu'une voix m3'stérieuse avait arrêté le conquérant à l'emplacement précis que devait occuper le mihrab de la mosquée de sa future capitale.

Quoi qu'il en soit de ces récits merveilleux, la première ville de Kairouan se forma par le groupement de nomljreuses maisons et de quelques palais autour de la grande mosquée. Près de cette dernière s'était élevée aussi une mosquée de l'olivier, Djama Zitouna qu'un des Ansar.s.

— compagnons du prophète, — Rouifa ben Tsabit avait fondée dès que la ville avait commencé à s'élever.

Enfin, dans la banlieue de la ville une petite mosquée avait été construite sur le tombeau du Barbier du Prophète, la mosquée de Si Sahab, bientôt entourée d'une zaouïa. dune école, dont les bâtiments fréquemment reconstruits forment aujourd'hui un ensemble pittoresque. C'est encore un but de pèlerinage pour les dévots musulmans.

L'établissement des Arabes n'était cependant pas alors constitué d'une manière définitive ou stable. Les Berbères sous le commandement de Koceila profitant de ce que les troupes d'Okba s'étaient enfoncées dans le Magreb, chassaient les Arabes de Kairouan et y établissaient un royaume éphémère. Okba revenant à grandes journées vers l'Est était surpris par ses ennemis aux environs de Biskra, et succombait après une défense héroïque à l'endroit même où s'élève actuellement son tombeau. Ses compagnons voyant que la victoire était impossible, avaient brisé les fourreaux de leurs épées et avaient chèrement vendu leur vie.

L'importance de la position de Kairouan n'échappa jamais aux successeurs d'Okba, gouverneurs comme lui, pour le compte des khalifes d'Orient, de la province d'Afrique. Plusieurs d'entre eux comme Yezid ben el Hatem, Hassan ben en Xôman, Plicham ibn Abd el Melek eurent à cœur de l'embellir et de la fortifier. La restauration, l'agrandissement, l'embellissement de la mosquée d'Okba furent aussi l'objet de leurs soins. C'est vraisemblablement par Hassan ben en Nôman, le conquérant de Cartilage que furent apportées la plupart des colonnes byzantines que l'on peut encore admirer dans l'antique sanctuaire.

La période vraiment florissante de Kairouan est celle pendant laquelle elle fut la capitale de la première d\nastie indépendante qui s'établit dans l'Ifrikya, la Tunisie actuelle.

L'émir Ibrahim el Aglab, de la tribu de Temmim. s'était rendu indépendant de fait, sinon de droit, du khalifat d'Orient auquel ne, le rattachaient plus que des liens de vassalité assez lâches. Ces obligations consistaient à payer au khalife un léger tribut annuel et à faire prononcer « la khotba » dans la grande mosquée au nom du commandeur des croyants. .Ses descendants régnèrent paisiblement jusqu'au x° siècle: ils embellirent à l'envi Kairouan et ses environs jusqu'au jour où Ziadet Allah II fit bâtir un palais à Tunis et s'y fixa avec sa cour.

Non seulement Kairouan s'était accru de grands faubourgs dont le plus considérable, nommé Sabra, formait à lui seul une petite

ville, mais aux environs de la capitale, d'autres petites villes s'étaient élevées autour des palais " et des châteaux des souverains Aglabites, Raccada, iMansouriah. Abba^iâ, etc. Raccada, « la dormeuse » jouissait il'un climat si agréable que Ibrahim cl Aglab s'y était fait bâtir un

Cour de la Grande Alosquée. T)mpan d'arcades au portique ouest.

palais splendide; il y demeurait constamment, car c'est là seulement qu'il avait pu goûter le repos 'd'où son nom Raccada, la dormeuse, ou plutôt celle où l'on dort\

Ibrahim el Aglab, — dont le chroniqueur raconte qu'il avait accueilli l'ambassadeur de Charlemagne, au château du Fossé, dans un décor merveilleux de luxe, de soldats, de costumes, — a été nommé, non sans exagération peut-être, le Louis XIV de la Tunisie. Son luxe, son amour

LES MOSQUÉES. — l.KS MAISONS. — LES CIMETIERES 103

des édifices splendides sont restés vivants dans les traditions locales ; c'est lui qui avait creusé au nord de la ville cet énorme réservoir circulaire double, qui existe encore de nos jours et qu'on appelle les citernes des Aglabites. Ces réservoirs sont constitués par deux citernes circulaires découvertes, épaulées par de puissants contreforts cylindriques et communiquant entre elles par une série de voûtes en plein-cintre. Les eaux de l'oued j\lerg-el-lil lorsqu'elles déliordaient, étaient recueillies par

Cour et jNIinaret de la grande Mosquée.

la plus petite où elles séjournaient assez longtemps pour que les impuretés qu'elles contiennent se déposassent. Ensuite elles se rendaient dans la plus grande d'où très probablement elles étaient conduites par des canaux souterrains jusque dans la ville même. Aujourd'hui ces réservoirs servent de trop-plein à l'aqueduc souterrain (|ui amène à Kairouan depuis quelques années l'eau de Cherichira. Au milieu de ce dernier réservoir s'élevait un kiosque sur plan carré, surmonté d'une coupole, et si élevé que c'est à peine si un archer vigoureux posté sur le bord de ce réservoir réussissait à atteindre de ses flèches le sommet de cette tour.

Les palais, la petite ville qui entouraient ces réservoirs ont disparu.

AIROL'AN

Nous ne les connaissons que par les récits des historiens, mais bien que leur distance de Kairouan et leur orientation par rapport à cette ville soient connues, leurs ruines ont été tellement bouleversées qu'on n'a pas encore su en indiquer jusqu'ici l'emplacement exact.

Cliché Neurde

Une des portes de la façade occidentale de la grande Mosquée.

Le réservoir des Aglabites, la citerne carrée que Ziadet Allah avait fait construire près de la porte de Tunis, la grande mosquée existent encore, et témoignent de la splendeur des règnes de ces petits souverains.

Lorsque le Mehdi Obe'id Allah eut détruit la puissance des Aglabites et transporté la capitale de son empire dans la ville de JMahdia qu'il venait de fonder, sur le cap Africa, Kairouan fut cependant encore

LES CIMETIERES lo^

embellie par les Zirides. Un de ceux-ci. Abou Temmin el .^loez, cliercha même un moment à enrichir encore la grande mosquée ; c"est à lui, comme nous le verrons plus loin qu'est due la belle clôture en bois

Vue prise du haut de la porte de la Kasba.

ajouré, ou Maksoi/ra, qui se trouve à droite du Mihrab. iMais Kairouan n'était plus la capitale.

Quand el Moezz eut envoj'é à la conquête de l'Egypte son général Djohar, l'affranchi sicilien, et eut constaté la riches.se extraordinaire de son nouveau royaume, il se décida à abandonner l'Ifrikia, et après avoir chargé sur de nombreux mulets tous les trésors que ses prédécesseurs

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avaient entassés à 31ahdia. il établit di'-finitivement la d}'nastie fatimite en Egypte où. à côté de la ville d'Amrou et de celle des Toulounides. il fit construire sa nouvelle capitale El Kahira que ses successeurs devaient embellir par tant d'œuvres d'art et qui est le Caire actuel.

La Tunisie gouvernée par son lieutenant Bologguin ibn Ziri et par ses successeurs n'était plus qu'une province de l'empire fatimite jusqu'au jour où Abou Temmin el Moezz voulant se rendre indépendant du calife

Clichc Sal.ldm-

Deux petites mendiantes.

fatimite du Caire, Mostancer, se déclara vassal des Abbassides de Bagdad,- en arbora le drapeau noir, reçut l'investiture et fit prononcer en leur nom la khotlia dans la grande mosquée.

Mostancer, furieux de cette défection trouva rapidement le moyen de l'en punir. Deux tribus arabes de l'Yémen, les Béni liillal et les Béni Soleim, pillards incorrigibles, dévastaient par leurs razzias une partie des provinces les plus riches de l'Egypte. Je vous donne, leur dit ^lostancer, le Magreb, je vous le livre avec toutes ses richesses. Pour accentuer encore ses promesses, il fit donner à chaque guerrier qui passait la frontière occidentale de l'Egypte un dinar et un vêtement d'honneur.

C'était livrer Tlfrikia au pillage et à la ruine. En vain le Ziride s'allia avec les sultans hammadites de la Kalaa des Béni Ilammad. Les envahisseurs arabes balayèrent tout sur leur passage; Kairouan fut enlevée et pillée; la Kalaa fut abandonnée par En Nacer qui fit de Bougie sa capitale.

Maison dans le quartier des Chortas.

Celle-ci, grâce à la position très forte de la ville put résister aux Arabes, les campagnes furent dévastées, les villages brûlés et la plus grande partie de l'Afrique musulmane fut réduite à ne plus être, au moins dans l'intérieur, qu'une vaste solitude, terrain de parcours pour les pasteurs des tribus nomades.

La décadence de Kairouan était donc irrémédiable. On retrouve bien

loS KAIKOTAN

dans certaines inscriptions de la grande moscjuée la mention de travaux exécutés par les Hafsides, comme celles que j'ai citées dans ma monographie de Sidi Okba et dont je rapporte ici la suivante :

An nom de Dicti cit-mcut et niist-ncordicnx, que Dieu rèpaiulc ses bèju'dictions sur notre seigneur Molianied et sur sa famille et q/i'il leu/- ûceo/^de le salut.

A ordo)iiiè la eonst/intion de cette porte notre seigneur et maître, le Calife, le pontife cl Mostanccr Billah le fortifié de Dieu, le prince des croyants Abon Hafs fils des princes orthodoxes.

Que J}ie// éternise leur autorité et qu'il accroisse leur triomphe, qu'il double leur récompense et leur salaire et qu'il fasse que les œuvres vertueuses constituent leur trésor: et cela en l'année 60;'.

(Trad. de O. Houdas;.

On voit bien aussi en examinant les nombreuses petites mosquées ou zaouïas de la ville sainte, cjue la plupart d'entre elles ont été fondées ou restaurées par les souverains de la d^'nastie husseïnite, dynastie encore régnante. Bien qu'un certain nombre de ces édifices ne manquent pas d'intérêt, il est impossible de voir dans la période de prospérité relative pendant laquelle ils ont été construits, une période comparable à l'époque des Aglabites.

Aujourd'hui une petite ville française s'est développée à côté de la ville arabe. Des maisons confortables, des hôtels, des magasins, une gare, un contrôle, le tout sans grand caractère, accusent cependant une renaissance économique qui peut faire prévoir pour plus tard une Kairouan nouvelle, riche et prospère.

La ville arabe a été religieusement respectée, mais assainie. Dans son enceinte de murailles crénelées, avec ses tours imposantes, ses portes massives, les nombreux dômes de ses zaouïas et de ses mosquées, que domine la majestueuse silhouette de l'énorme minaret de la grande mosquée, elle paraît encore intacte et a gardé plus que Tunis encore son caractère d'originalité pittoresque.

Plus qu'à Tunis la famille arabe y est close et renfermée, les femmes y sont voilées et souvent drapées de noir, tandis que les Tunisiennes ont soit des voiles blancs, soit ces énormes aja/-s. voiles de soie tissés de dekssins blancs ou bleus sur fond rouge, qui sont d'un effet si somptueux.

' 1293 de l'ère chrétienne.

LES CIMETIERES

Les Souks y sont pittoresques bien que beaucoup moins importants que ceux de Tunis; les Arabes de l'intérieur qui viennent ou vendre leurs denrées dans la ville, ou y acheter les objets dont ils ont besoin coudoient en rangs pressés les Kairouanais dont le costume est à peu de chose près le même que celui des Tunisiens.

Les Zlass, tribu nomade, dont les douars s'étendent au nord-ouest de Kairouan se distinguent au milieu de cette foule par la façon magistrale

liuiic Xcurdeia.

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