L.; rue principale
dont ils se drapent dans leurs haïcks. La proximité de leur jiays en a fait les principaux clients de Kairouan, aussi une grande partie du faubourg occidental de cette ville en est-elle peuplée, c'est pour cette raison que ce faubourg est généralement appelé faubourg des Zlass.
L'industrie actuelle de Kairouan se borne à la fabrication d'ustensiles primitifs, d'outils pour l'agriculture, de grossiers objets de dinanderie, aiguières, jjlateaux, coupes, etc., exécutés en cuivre rouge; il est impossible d')^ retrouver la moindre survivance de l'art d'autrefois. Seule l'industrie des tapis est représentée par de rares spécimens dans lesquels malheureusement les laines teintes aux couleurs d'aniline sont juxtaposées aux laines teintes à l'aide des procédés traditionnels.
no KAIROUAX
Ces tapis ne diffèrent pas beaucoup de ceux qui sont faliriqués encore de nos jours dans presque toutes les tribus nomades de la Tunisie, mais ces derniers conservent des tonalités plus harmonieuses et des dessins mieux composés, d'abord parce que l'usage des teintures à l'aniline n'est pas entré dans la pratique de ces ouvrières primitives (ce sont toujours les femmesqui tissent les tapis'', ensuite parce que les traditions relatives à la composition des dessins se sont transmises sans mélange d'inspirations étrangères. Ces dessins se transmettent de mère en fille, par une sorte de tradition orale qui consiste à connaître par cœur le nombre et les couleurs différentes des points qui constituent une même rangée horizontale sur le métier. Cette tradition orale est le procédé de composition des dessins des tapis, généralement et de tout temps employé en Orient.
Une autre industrie locale, analogue, est celle qui consiste à broder de dessins géométriques en points de laine blanche, les couvertures de lit en laine à rayures de plusieurs couleurs. Ces couvertures ainsi brodées se nomment inargoiims, et je ne les ai trouvées en Tunisie qu'à Kairouan.
Enfin on y rencontre encore quelques ouvriers capables de sculpter la pierre, de faire en plâtre des découpures ornementales [nôiikchhadiilas) ou d'exécuter des vitraux à jour [chciiisas). Ces travaux sont loin d'égaler ceux des artistes tunisiens et sont d'une exécution médiocre. Ce n'est pas cependant que les bons exemples manquent à Kairouan. Dans les quelques édifices que je me propose de décrire ici, rien ne serait plus facile que de trouver d'excellents modèles, mais l'indifférence complète de la haute société musulmane à l'égard de son art national est ici, comme à Tunis, malheureusement générale.
L'édifice le plus remarquable de Kairouan est la célèlsre mosquée élevée autrefois par Sidi Okba dans la ville qu'il venait de fonder.
"Voici en quels termes l'auteur du Mcaliiii cl I inanc\ Ibn en Nadji, rappelle les paroles du Conquérant : « Je veux, dit-il à ses soldats, fonder ici une ville dont nous ferons notre réduit et notre place d'armes lOiiûïroi/nii). c[ui sera une gloire pour l'Islam jusqu'à la fin des temps. » Antérieurement, le chef-lieu du gouvernement était à Zaouïla et à Barca'. Fondée en 50 de l'hégire-, la \ille nouvelle était terminée cinq
' CauJc'l. Les iiiiuisions Lir.-.bcS, p. luu. - 070 de J.-C.
LES MOSQUÉES
LES MAISONS
LES CIMETIERES m
ans après. Abandonnée un moment par Okba, elle était réoccupée par lui en 62 de Thégire.
La conquête de la Tunisie actuelle avait été rapide, en 645 de notre ère le patrice Grégoire s'était rendu indépendant de l'empire bj-zantin et avait fait de Suffetula (actuellement Sbeitlai sa capitale. En 646, les Anibes envahissaient le pays sous la conduite d'Abdallah-ibn-Saad, tuaient Grégoire, pillaient Sbeitla et se retiraient en C}-rénaïque avec un Lutin considérable. Une seconde invasion venait ensuite sous la con-
Pian de la Mosquée de Sidi Okba par H. Saladin'..
duite de ^Moawia ibn el lladjaj. Son successeur Okba fondait Kairouan. En 683 (J.-C.) la révolte des Berbères établissait la royauté éphémère de Koceïla ; celle-ci au bout de cinq ans disparaissait, renversée par Zoheir ibn C'aïs chargé par le Khalife de venger le meurtre d'Okba. Après lui Hassan ben Xôman prenait Carthage, subjuguait définitivement les Berbères commandés par la Kahena et reconstruisait la mosquée de Sidi Okba, mais cette l'econstruction ne devait pas être la dernière. Voici, en effet, la liste des reconstructions ou des restaurations successives dont elle fut l'objet :
' (.'(■ plan fst extrait du rouvrajje de M. H. Saladin, La mosquée de Sidi Okha, paru dans I.cs Monitincnis arabes de la Tunisie, publiés par B. Roy et P. Gauckler. Paris. Leroux. 1903.
Telle qu'elle est, la mosquée actuelle remonte au règne de Ibrahim el Aglab sauf pour quelques restaurations partielles ou pour quelques adjonctions qui remontent au xliT siècle de notre ère '.
Les murs de Kairouan relevés par Ibn el Achath (en 146. H. — 763. J.-C.) avaient été détruits par les Ouferdjoumma (140. K. — 757 J.-C.) qui, non contents de massacrer les Koreïchites de Ivairouan avaient profané la grande mosquée en y logeant leurs troupeaux. Abou Ilatem
Cour et façade intérieure delà Mosquée de Sidi Oliba.
en 151 H., 768 J.-C. assiège la ville, en brûle les portes et démantèle les murailles, en 157 (773). Yézid ben el Hatem les restaure et en 185 (801) les Ouferdjoumma sont tous massacrés.
Après tous ces désastres, la nomination par le calife Haroun-al- Raschid, d'Ibrahim ibn el Aglab, de la tribu des Temmim. comme gouverneur de rifrik3'a la Tunisie actuelle), inaugure pour cette province et sa capitale Kairouan une ère de calme et de prospérité qui dure près de deux cents ans. Ibrahim el Aglab y rétablit la justice et gouverne avec une telle fermeté et une telle habileté que tout en restant le vassal du calife de Bagdad, il s'en rend virtuellement indépendant. Il
Cl. /.<;. mosquée de SiJi Okl\i, par H. Saladiii. Paris, Leroux, 1899.
fonde un empire qui ne s'effondra que sous Ziadet Allah I[ en 296. H.
(908-9 J.-C.j devant les années des hérétiques Ketama commandées par
Abou-Abdallah-el-.AIohteceb, un des compagnons du mahdi Obeïd Allah.
La splendeur de Kairouan a donc atteint son apogée sous les
Mosquée de SiJi Olcba. Porte latérale açade est, ou porte de Lella Rejana.
souverains Aglabites. A ce moment, par des agrandissements successifs, la ville avait atteint une importance considérable. J'en rappellerai succinctement ici l'histoire :
Sous Abou Ibrahim Ahmed ben ali el abbas Mohammed 1242, H. 856 J.-C. + 249. H. 862 J.-C.) avaient été construits le grand réservoir ou fesguia qui se voit encore près de la porte de Tunis, les citernes de la