‹ Tunis et ses environsChapitre 2 sur 97 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

autre général carthaginois, Himilcon, tournait vers le nord en sortant des Colonnes d’Hercule, et explorait les côtes occidentales de la péninsule ibérique, les Gaules et les îles Britanniques.

Carthage devint la maîtresse des mers. Ses comptoirs couvraient les côtes de l’Afrique et de l’Europe occidentale ; mais elle n’avait en la belle île de Sicile, presque située sous sa vue, que quelques comptoirs importants. Les Carthaginois la voulaient tout entière. Plusieurs fois ils tentèrent de s’en emparer. Ils furent même sur le point de réussir, lorsque Agathocle conçut le hardi projet de les combattre en Afrique, sur leur propre territoire. Il i)rit Zaritos et Tunis, et vint les menacer jusque sous les murs de Carthage.

S’étant tirés de ce mauvais pas, les Carthaginois élevèrent de nouveau leurs prétentions sur les îles voisines de Sicile, de Corse et de Sardaigne, imposant à la marine romaine les plus humiliantes restrictions. Finalement les Romains, aussi voisins desdites îles que les Carthaginois eux-mêmes, se lassèrent.

De cette compétition résulta une série de guerres qin résumèrent tout ce que l’esprit humain peut imaginer d’atrocités et de mauvaise foi réciproques. A ce point, que le mot punique, sous lequel ces guerres sont connues, est passé dans le langage courant pour marquer l’absence de toute loyauté. Lorsqu’on dit : « foi punique », les commentaires sont superflus.

Dans cette lutte époirvantable entre Rome et Carthage, la possession des îles voisines fut le prétexte ; l’objectif véritable, l’enjeu réel était l’emjûre du monde ancien.

Malgré des alternatives de succès et de revers, la victoire définitive devait fatalement rester à Rome, Carthage n’aj'ant pour combattre que des armées composées de mercenaires, soldats sans patriotisme, sans cohésion et sans discipline , c’est-à-dire manquant de toutes les qualités qui distinguaient les légions romaines.

Au début du duel punique, le sort des armes fut contraire à Carthage. Portant la guerre en Afrique à l’exemple d’Agathocle, Régulus avait mis ses adversaires à toute extrémité, lorsque le Grec Xautippe prit le commandement des forces carthaginoises. Il attira Régulus dans les plaines voisines de Tunis et le défit. Chacun connaît la légende de la fin lamentable du général romain.

La victoire de Tunis rejeta les Romains hors de l’Afrique, et la guerre fut reportée en Sicile, où, pendant huit années, le sort des armes fut défavorable à Rome. Puis la chance tourna de nouveau, la révolte de ses mercenaires ayant totalement paralysé Carthage. La cupidité et la cruauté des Carthaginois amenèrent le soulèvement des populations qu’ils opprimaient. Elles se joignirent aux mercenaires. La révolte était générale et Carthage menacée, lorsque apparut le grand Hamilcar, qui commença par gagner les intrépides cavaliers de Numidie. Avec ces précieux alliés, il harcela et affama les mercenaires, qui furent impitoyablement massacrés dans le défilé de la Hache, non loin de la Montagne de plomb que les Arabes appellent aujourd’hui Djebel-Ressas. Dans Salammbô, un livre extrêmement curieux, Gustave Flaubert a raconté, en des pages à donner le frisson, la destruction de l’armée des rebelles. Cette guerre des mercenaires, guerre d’extermination et de mutilations en masse, dura trois ans et quatre mois !

Pendant que leurs rivaux étaient aux juises avec les mercenaires et qu’épuisés par la révolte ils étaient incapables de songer à l’olFensive, les Romains s’emparèrent de la Sardaigne et de la Corse. Carthage, impuissante contre Rome, tourna alors ses vues vers l’Occident, et dirigea ses vaisseaux et ses colons vers ce paj's qu’on pourrait appeler le Péroir de l’antiquité,... vers l’Espagne aux mines d’argent.

Aunibal, tout jeune, avait suivi en Espagne son père Hamilcar. Hamilcar étant mort, son fils reprit ses projets. Il entraîna à la suite de ses Numides et de ses Mauri-

Euines de la ville romaine de Sedjermès.

tanieus les Ibériens et les Gaulois, franchit les Alpes, entra eu Italie et mit Rome en échec.

Depuis quinze années Annibal traitait l’Italie en pays conquis, lorsque, reprenant l’objectif d’Agathocle et de Régulus, Scipion fit décréter par le Sénat que la guerre aurait l’Afrique pour théâtre. Les débuts de l’entreprise ne furent pas heureux. Scipion se fit battre sous Utique. Mais, grâce au concours du célèbre Massinissa, homme audacieux et fort expert dans toutes les ruses de la guerre africaine, il parvint à brûler les deux camps carthaginois dans une même nuit et à vaincre l’ennemi dans les grandes plaines.

Le jour même de la victoire, il entra dans Tunis, d’où il put infester Carthage. Avec Tunis comme base d’opération, il conquit le pays, mit Syphax en déroute, poussa jusqu’en Numidie et rendit à Massinissa ses Etats.

Serrés de près, les Carthaginois rappelèrent Annibal, qui, la mort dans l’âme, quitta l’Italie, sa conquête. Il débarqua en Tripolitaine, remonta jusqu’à Adrumète (Sousse) et vint camper à Zama.

Annibal et Scipion, les deux plus grands et plus experts généraux de l’antiquité,

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