‹ Tunis et ses environsChapitre 3 sur 97 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

donnèrent en cette journée mémorable le spectacle d’un duel homérique. Annibal succomba.

C’est de Tunis que Scipion dicta aux vaincus les dures conditions de la paix. La première guerre punique avait coûté la Sicile aux Carthaginois ; ils avaient perdu la Corse et la Sardaigne pendant leur lutte avec les mercenaires rebelles. Ils perdirent l’Espagne à la suite de la deuxième guerre punique.

Et quelle paix fut celle qu’ils obtinrent? Une paix sans cesse troublée par l’implacable Massinissa, qui, pour leur malheur, vécut jusqu’à quatre-vingt-onze ans, âge auquel il faisait encore tous les exercices d’un jeune homme. C’est Massinissa qui civilisa la Numidie dans une certaine mesure.

Massinissa était l’allié des Eomains, et un article du traité défendait à ces malheureux Carthaginois de faire la guerre aux alliés de Rome. Carthage eut beau se plaindre des méfaits du Numide, on l’éconduisit. Caton, envoyé à Carthage, se montra partial et vindicatif.

De retour à Rome, il fit un émouvant tableau des richesses d’un ennemi qui pouvait se relever d’un jour à l’autre. A la fin de son discours au Sénat, il laissa tomber de sa robe des figues de Libye. Comme chacun en admirait la fraîcheur : « Eh bien, dit-il, il n’y a que trois jours qu’elles ont été cueillies en Afrique, tant l’ennemi est près de nous. Il faut détruire Carthage. »

L’argument fut irrésistible. Carthage dut sa ruine aux figues de Caton. Le Sénat, par une délibération secrète, vota la troisième guerre punique : mais il fallait un prétexte pour la déclarer.

Un des fils de Massinissa ayant été maltraité à Carthage, celui-ci attaqua les Carthaginois, qui ripostèrent malgré les clauses du traité.

Battus par Massinissa, ils perdirent soixante mille hommes et furent affamés. Sur quoi, Rome déclara la guerre avec la plus odieuse mauvaise foi. Les Carthaginois demandèrent merci.

« Oui, leur dit-on, si vous livrez des otages. »

Ils livrèrent les otages.

« Il nous faut vos armes. »

Ils livrèrent deux mille machines et deux cent mille armures complètes.

C’est alors que le consul leur apprit que l’arrêt du Sénat était ainsi conçu :

Les habitants de Carthage iront habiter à plus de trois lieues de la mer, et leur ville sera rasée.

C’en était trop. Une pareille exigence exaspéra les Carthaginois. Ils appelèrent les esclaves à la liberté et fabriquèrent des armes. Les femmes coupèrent leurs cheveux pour faire des cordages aux machines de guerre. La troisième guerre punique commença et dura trois ans. Lirtte acharnée, terrible, implacable, qui débuta mal pour les Romains, dont l’armée courut par trois fois le risque d’être exterminée. Elle dut la victoire au jeune Scipion Émilien, fils de Paul-Émile, petit-fils du premier Scipion l’Africain. Il parvint à isoler Carthage du continent par une muraille et de la mer par une digue, et finit par s’en rendre maître après un combat qui dura six jours, de maison à maison. Ce fut un épouvantable carnage. A peine cinquante mille hommes.

femmes et enfants réfugiés dans la citadelle, eurent la vie sauve. Tout le reste fut égorgé.

La ville fut rasée.

La Tunisie entra alors dans la période de la possession romaine.

Les successeurs immédiats de Massinissa laissèrent les Romains en repos ; mais il n’en fut pas de même lorsque arriva le règne du terrible Jugurtba, un vrai Numide celui-là! Il eut le dessus, tantôt par les armes, tantôt en s’adressant à la vénalité romaine. Chacun connaît sa fameuse exclamation : « O Rome, ô ville vénale, il ne te manque qu’un acheteur ! »

Mais il finit par trouver dans Cécilius Métellus un général aussi incorruptible que

Tombeau romain de Médiocéra, prés du Zagbouan.

capable. La guerre devint une guerre d’extermination, une implacable tuerie. Ce fut Mariusqui la termina,poursuivaut Jugurtba jusque dans le désert et le battant. Bocchus, beau-père de Jugurtba, le livra aux Romains dans le seul but de ne point partager sa ruine. Jugurtba fut conduit à Rome et perdit la raison pendant que Marins le traînait derrière son char triomphal, au milieu des buées d’une lâche populace. 11 mourut de faim dans un cachot.

Mais ce n’était pas encore assez de sang répandu dans la contrée qui entoure Tunis. Elle de^fint le champ de bataille de César et des Pompéiens réunis en Afrique sous Scipion. César fut vainqueur à Thapsus (46 avant Jésus-Christ). Juba, l’allié de Scipion, se donna la mort, et Caton en fit autant à Utique.

L'tique hérita de Carthage et devint la capitale de la province romaine d’Afrique.

César avait conçu le projet de relever Carthage; mais ce fut Octave, son fils adoptif, qui mit ce projet à exécution. Carthage fut rebâtie. Auguste n’y avait envoyé

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