CHAPITRE VIII
Le café et le bain {hammam) prennent une grande place dans la vie des Tunisiens. Il convient d’y ajouter la boutique du barbier.
Les cafés ont fait l’objet du précédent chapitre. Il sera question, dans celui-ci, des bains, des barbiers et aussi des médecins arabes.
On reconnaît les bâtiments affectés aux bains maures. Des koubbas, sans les boules et le croissant qui sont les ornements des coupoles sacrées, surmontent ces établissements. Autour des coupoles s’élèvent des piquets et des perches sur lesquels sont irrégulièrement tendues de grandes cordes, auxquelles sont attachées des serviettes et des Joutas (pièces d’étoffe rayée que l’on serre autour des reins) qui sèchent au soleil et s’agitent au vent.
Les portes des hammams sont bien reconnaissables, étant peinturlurées de rouge, de blanc et de bleu. La couleur verte est rarement employée dans la peinture qui enlumine les portes des hammams, le vert étant la couleur du Prophète et ne s’associant au rouge que pour marquer les lieux sacrés on les domaines dépendant des mosquées. La peinture des portes des bains est fort curieuse. Sur l’arcade, les claveaux sont figurés en bleu, en blanc et en rouge, avec des fieurs an milieu ; blanches sur les claveaux rouges et bleus, bleues ou rouges sur les claveaux blancs. Les pieds-droits sont peints eu rouge ou en bleu, avec des bouquets blancs au milieu des panneaux. Les
portes elles-mêmes sont rouges au milieu et bleues tout autour, ces deux couleurs étant séparées par nn liséré blanc qui finit en rinceau.
Tout cela est grossièrement peint au patron, criard, heurté... et harmonieux néanmoins, sous ce soleil magique qui met tout à l’unisson. Chez nous, de semblables portes feraient pousser des cris de paon ; là-bas, elles sont dans la gamme.
Si l’on franchit le seuil, on se trouve sous une sorte de porche où se tiennent des barbiers. Les rasoirs alignés et les vieilles glaces à cadre doré sont les enseignes du frater.
Une grande pièce de toile pendue au fond — souvent de vieille toile à sacs — indi(iue l’entrée du bain. Un couloir sombre mène dans la salle principale de l’établissement. Cette salle, assez vaste, se termine eu coupole. A côté de l’entrée se trouve le comptoir du caissier, peinturluré de bleu et de blanc. C’est là que les baigneurs payent le prix de la séance. Une des aquarelles de ce chapitre, celle de V Intérieur d’un hammam^ montre un de ces comifioirs pittoresques. Tout autour de la salle, sous les arcades aux claveaux noirs et blancs des bas-côtés, les baigneurs, enveloppés dans les draps et les foutas qui leur tiennent lieu de peignoir, sont couchés sur des lits de camp, assoupis pour la plupart. Ils se reposent et se sèchent après les épuisements de la sudation et les fiitigues du massage. Des garçons de bain nus jusqu’à la ceinture, le bas du corps serré dans une fouta, vont de l’un à l’autre et remplissent leurs offices divers.
Une porte basse conduit à la salle de sudation et de massage. Cette salle ressemble, en moins bien, aux salles des bains de vapeur que nous connaissons en France. Et comme toute trace de costumes a disparu dans cette partie surchauffée de l’établissement, toute description pittoresque s’arrête au seuil de l’étuve.
Le hammam de la rue des Libraires, dont on voit la porte dans ce chapitre-ci, est certainement fort cnrieux à visiter ; mais je préfère celui de la rue El-Mnar, hors la porte dite Bab-el-Muara (au bout du souk des selliers). C’est celui dont l’intérieur est figuré en tête de ce chai)itre. L’autre porte de hammam est celle du hammam de la rue des Teinturiers. Elle n’est pas moins curieuse que les autres. Il y eu a un très grand nombre à Tunis, mais généralement plus modestes que celles qui sont représentées ici.
Les devantures des boutiques de barbiers — elles sont innombrables à Tunis — sont toutes taillées sur le même patron : avec des boiseries plus ou moins sculptées, plus ou moins luxueusement peintes, selon l’importance de l’établissement. Ces devantures mesurent environ trois mètres de largeur et un peu plus de deux mètres et demi de hauteur.
La porte d’entrée est au milieu. Dans chacun des panneaux fixes, des deux côtés de la porte, se trouve une toute petite croisée, juste assez grande pour encadrer la tête d’un fils du Prophète. Dans la partie supérieure, il y a une série de petits panneaux, la plui)art sculptés à jour, dont les dessins, parfois très beaux, sont variés. Voir l’image qui termine ce chapitre.