CHAPITRE VIII
L’intérieur de la boutique est en profondeur et ressemble à un large corridor. Un banc en bois ou en maçonnerie occupe tout un côté, avec nattes et tapis pour les clients. De l’autre côté, un râtelier où sont alignés de nombreux rasoirs. Dliaque client a le sien : ce qui dénote une propreté défiante. Des glaces à main, à cadre et à dos en marqueterie de nacre, des miroirs, des pipes, des images coloriées, des plats à barbe sont accrochés tout autour et donnent à cette muraille un aspect vraiment pittoresque.
Le client est assis le dos au mur, presque droit, et le barbier se place devant lui pour le raser.
Le barbier, coiffé du turban, est en bras de chemise, avec un gilet jaune ou rouge. Le bas du corps est entouré d’une fouta rayée de bleu et de rouge, retenue aux reins par une ceinture en cuir dont un large bout pend sur le devant, servant à repasser les rasoirs.
Les boutiques des barbiers, comme les mosquées et les cafés, ont à leur porte des vases avec de l’eau offerte aux imssants.
Dans les faubourgs, les boutiques de barbiers n’ont que bien rarement des devantures en bois sculpté. Un filet avec des balles de plomb, un épervier en un mot, pend devant la porte. Il empêche de voir à l’intérieur et gêne, })araît-il, les mouches indiscrètes qui menacent la quiétude des clients.
La boutique du barbier est un lieu de réunion, de causerie pour les désœuvrés. C’est là que, comme du temps des Domains, se révèlent, se transmettent et se cotent les nouvelles et les cancans du jour.
Le barbier cumule. Il est aussi chirurgien ; comme chez nous au bon vieux temps, c’est le frater. Ventouses, sangsues, saignées, fractures, coupures, il se charge de tout. Il est même circouciseur. Pour être tahar (chargé de la circoncision), il faut être barbier en titre. Cette opération, se ju-atiquant sur des enfants de huit à dix ans, pourrait être dangereuse si elle n’était eu des mains expérimentées. Aussi le Bey nomme-t-il un amine ettahara responsable des accidents et ayant seul le droit de délivrer des brevets de capacité. Les accidents sont extrêmement rares, grâce à ces précautions ; malgré la simplicité primitive des médicaments ai)pliqués au petit patient, tels, par exemple, que la raclure des peaux des tanneries et la poussière de pots brisés (il faut qu’ils aient servi), ou encore une pommade faite d’huile d’olive et de cire. L’amine actuel des circonciseurs se nomme Si-Ettahar-El-Besanieh, commandeur du Nicham ; il est aussi l’amine des barbiers. Le tahar reçoit un coq rouge et emporte le cierge allumé pendant l’opération. Quant aux honoraires en argent, ils varient de 10 piastres à 1,000. Ce dernier prix est celui que donnent les princes.
Les principaux barbiers, ayant la mission sacrée dont je viens de parler, sont donc des personnages d’imjjortance à Tunis, plus près aussi qu’on ne le pense du Figaro de notre comédie.
La médecine et la chirurgie ne sont jjoint des professions déterminées. Les médecins (thebibs), les m'’daoüi (guérisseurs), les barbiers, les marabouts et toute sorte de charlatans des deux sexes se chargent d’expédier le pauvre monde dans Tau-dela.
Tout guérisseur est véuéré et bien payé. C’est ce qui explique le uombré de
Eatrée du hammam de la rue des Teinturiers.
gens qui s’arrogent le droit de traiter les malades. Le médecin et le prêtre sont respectés quelles que soient leur religion ou leur nationalité.
ENTRÉE DU RAM II Air DE LA RUE DES LIBRAIRES.
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PUBLIC
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