CHAPITRE PREMIER
que trois mille ménages. Pour le surplus, la ville nouvelle fut repeuplée jiar les iudigèiies. Eu moins de cinquante années, elle redevint la ville la plus peuplée de la Libye et son éclat nouveau devait durer près de sept siècles.
Les Romains eurent d’abord à subir de terribles insurrections, surtout celle de Tacfarinas, qui dura huit ans, de l’an 17 à l’an 25. Après quoi le nord de l’Afrique étant à peu près pacifié, la noblesse romaine adoj)ta la mode d’aller passer l’hiver sous ce délicieux climat. Ce ne furent autour de Carthage, de Tunis et d’Utique, que palais, villas et jardins merveilleux. Pendant les iP, iiP et iv“ siècles, Carthage fut, après Rome
et Alexandrie, la ville la plus peuplée et la plus importante de l’empire romain, et le christianisme y fit de rapides progrès : témoins Apulée, Tertullieu, saint Cyprien, Arnobe et saint Augustin, qui l’illustrèrent.
Mais lorsque sonna pour l’empire romain l’heure de la décadence, de nouvelles révoltes ensanglantèrent le i)ays que nous appelons aujourd’hui Tunisie. Les Vandales y arrivèrent au commencement du v° siècle, après avoir traversé les Gaules et l’Espagne. Eu 533, Bélisaire battit les Vandales dans ces mêmes plaines qui s’étendent derrière Tunis, où s’illustrèrent jadis Agathocle, Régulus et Capélieu.La Tunisie passa de l’empire d’Occidentà l’empire d’Orient sous Justinien ; c’est l’époque byzantine.
EuG47,les Arabes entrèrent en Afrique, et ils firent la conquête de la Tunisie en G70. La forteresse de Byrsa leur tint tête jusipi’en G93. C’est en cette année-là que s’accomplit la seconde ruine de Carthage, qui avait vécu sept siècles comme ville punique et sept autres siècles comme ville romaine.
Okbah, le chef musulman qui conquit la Tunisie, fonda Kairouan, la capitale du pays après la ruine définitive de Carthage. Sou éclat dura lougtemj)s. Son déclin arriva au commencement du xiii® siècle. Et ce fut Tunis qui devint capitale.
Tuuis a été souvent citée par les anciens. Polybe et Tite-Live en déterminent la situation.
Les mines des deux Carthage profitèrent à Tunis qui, après avoir supplanté Kairouan en 1260, est restée la capitale du pays.
Lorsque, du xni® au xvii® siècle, les Maures furent successivement chassés d’Es- I)agne et de Sicile, ils prirent la direction de la Tunisie, qui était leur centre politique et religieux. On les accueillit à hras ouverts à Tunis, où se réfugia la tribu des Abencérages célébrée par Chateaubriand. L’éclat de Tuuis fut tel, au xiv® siècle, que des chevaliers chrétiens, Toscans, Allemands et Espagnols, prenaient du service auprès de ses souverains.
Saint Louis entreprit une croisade pour « cbrétienner le roi de Thunes et son peuple »; mais il mourut de la peste pendant qu’il assiégeait Tuuis. L’épidémie seule mit fin à cette croisade victorieuse.
Eu 1391, les Génois, en querelle avec le roi de Tuuis, se mirent sous la protection de Charles VI, roi de France, dont la flotte força le roi à ju-endre l’engagement de ne rien faire contre lesdits Génois. Ce fut le signal du déclin de la Tunisie arabe.
Le fameux pirate Khérédine, dit Barberousse, maître d’Alger, s’empara de Tunis et de Bizerte et chassa le roi de Tunis, Mouley-Hassan.
Cliarles-Quiut, voyant ses possessions africaines menacées, arma une flotte considérable et débarqua à Porto-Farina en 1535. Il attaqua Barberousse dans le fort.de la Goulette, le battit et replaça Mouley-Hassan sur son trône. Ce roi reconnut la suprématie de l’empereur, et une garnison espagnole occupa la Goulette.
Eu 1574, les Turcs s’emparèrent de Tunis, qui reçut des pachas. Mais, à partir du XVII® siècle, la suzeraineté du sultan fut purement nominale. En 1649, le dey Mahmoud prit tout simplement le titre de bey et rétablit la monarchie héréditaire, sans rompre immédiatement avec la Porte. Les beys de Tuuis se disaient encore les vassaux du sultan ; mais ils cessèrent de lui payer tribut. Le siütan n’eut plus, depuis lors, qu’un droit d’investiture qu’il exerça jusqu’à l’avènement du bey actuel.
Pendant de longs siècles, ce pays n’a cessé d’être l’objectif des envahisseurs et des conquérants. Les Chananéens, les Phéniciens’ les Carthaginois, les Eomains, les Vandales, les Grecs de Byzance, les Arabes, les Maures d’Es^iagne, les Esiiaguols, les Turcs ottomans l’occupèrent tour à tour. Et lorsque l’on regarde de près sa population actuelle, on doit reconnaître que ces races diverses y ont toutes fait souche.
Dès la plus haute antiquité, Carthage et Marseille, situées l’une en face de l’autre sur la Méditerranée, étaient les lieux d’échange des produits de l’Afrique et de la Gaule.
« 11 y eut dans les premiers temps, dit Montesquieu, de grandes guerres entre Carthage et Marseille. Après la paix, elles firent concurremment le commerce des colonies. »
Carthage disparue, Marseille s’empara du commerce méditerranéen et exploita les productions de la Tunisie, qu’elle transportait en Gaule et en Italie. Plus tard, elle dut partager ce commerce avec les autres villes du littoral des Gaules et de la Catalogne. ]\Iarseille ne cessa pour ainsi dire jamais ses relations commerciales avec Tunis. Elles acquirent même une telle importance que Chares IX y accrédita un consul dès 1564,