CHAPITRE IX
Au-dessus des nombreux amines se trouve l’amine des ainines, le président de la municipalité (sclieicb el Médina), qui peut rendre les sentences exécutoires. Si l’on remonte jusqn’à sa juridiction, les parties et l’amine en caiise comparaissent devant lui, et l’affaire est discutée à nouveau devant le sclieicli el Médina, assisté des notables les plus âgés de la profession des plaideurs.
Le président actuel de la municipalité (sclieicb el Médina), amine des amines de Tunis, est le général Mobammed el Asfouri. Le général El Asfouri est un des types les pins purs de la race bispauo-mauresque. Tète régulière, grands yeux noirs, expression tout à la fois énergique et calme, teint mat. Il ne peut renier ses ancêtres, les grands Maures d’Espagne, qui furent la gloire de l’islam.
Il est de ceux qui ont fait dire à l’nn des ministres du roi Alphonse XII, que j’ai rencontré un soir dans Tbospitalière maison de M. Manggiavaccbi, à TEnfida : « Lorsque je me promène à Tunis, je vois sous les turbans tant de têtes espagnoles que je me crois à Séville ou à Grenade, dans mon jiays. »
Comme tous les Maures de Tunis, le général El Asfouri est un bomme d’une exquise urbanité. Son obligeance n’a pas de bornes. Je lui dois d’avoir pu entendre presque tous les amines de Tunis convoqués par lui, interrogés par lui avec une grande opportunité et une réelle finesse d’appréciation. Je tiens à lui en rendre ici le sincère témoignage.
Ceci dit, je reviens aux amines. Leur rôle est d’intervenir soit entre marchands soit entre les marchands et les acheteurs. Lorsque l’amine a estimé la pièce sur le prix de laquelle la contestation s’est élevée, le marché se conclut d’après cette nouvelle appréciation.
L’amine ap2)elé à mettre d’accord deux adversaires a droit à une vacation de 2 pour 100 de la valeur de l’objet du litige. C’est toujours le commerçant qui paye ces 2 pour 100.
L’islam, aussi bien que le christianisme, a tiré les professions manuelles de l’état d’infériorité dans lequel elles étaient tenues dans l’antiquité. Saint Joseph était charpentier; les apôtres étaient de pauvres pêcheurs. Mahomet et ses disciples n’ont pas cru déroger en cousant des habits, en raccommodant leurs chaussures ou en lavant leur linge.
A Tunis, certains commerces et certaines professions manuelles sont en grand honneur. Il en est qni sont exercés par des notables et dans lesquels les fils des meilleures familles tiennent à honneur d’entrer.
Le fils d un notable et riche capitaliste de Tunis embrasse le jdus souvent l’une des professions on l’un des commerces réputés honorables ; il devient sellier (sarrâdji), parfumeur fabricant do checliias (cliQurichi) , ou tisserand (^herari).
Lorsque 1 Européen franchit la j'orte de’ France (Bab el Beher), proprement : la porte de la mer, qui est censée sé])arer la ville arabe de la ville franque, il se trouve sur la place de la Bourse ; et il peut, pour pénétrer dans les quartiers arabes, prendre à gauche la rue de l’Église ou à droite la rue de la Kasbah.
Pour ai’river au centre des souks, c’est la rue de l’Eglise qu’il faut suivre. Au
commencement, cette rue étroite est bordée de magasins européens, italiens pour la plupart. Puis ce sont de nombreux ferblantiers et quelques orfèvres juifs. Mais l’aspect cliauge du tout au tout dès que l’on s’engage sous la voûte, sorte de tunnel, qui fait suite à la rue de l’Église. Ici déjà tous les marcliauds, sans exception, sont Tunisiens.
îj’entvée de la grande mosquée 2itouna ; les parfumeurs et les marchands de saron.
Ce sont des épiciers et des fabricants de kassâa, grandes gamelles en bois pour le couscoussou.
Au sortir du tunnel, on se trouve devant l’entrée principale de la grande mosquée de Tunis, la mosquée de l’Olivier {Bjamâa ez zitoun). ün escalier mène à un vaste parvis dont la colonnade est fort élégante.
On tourne brusquement à droite pour arriver à la rue des Parfums (souk des parfumeurs). Mais, avant de dépasser l'escalier de la mosquée, les amateurs de curiosités
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