CHAPITRE IX
tion, on fait encore de l’eau de rose avec le résidu de ces pétales. Il est un moyen bien simple employé par les Arabes pour vérifier l’état de pureté de l’essence. Ils mettent une goutte d’essence sur un morceau de papier blanc qu’ils approchent du
Les tailleurs. — Atelier de l’amine Si el Bechir.
feu. Si l’essence ne laisse aucune trace sur le papier après évaporation, elle est réputée pure. Mais s’il reste une tache, c’est le signe de la présence de quelque autre essence, celle de géranium, par exemple, qui est une essence de coupage par excellence.
C’est la rose rouge qui est communément em})]oyée pour fabriquer l’essence. Mais l’essence de rose exquise provient d’une rose blanche que les Arabes appellent
c< iiessery ». Rien de plus parfait comme parfum. Ou eu distille dans quelques maisons de riches Maures, pour l’usage de la famille.
L’essence de jasmin et celle des autres plantes tunisiennes sont tout aussi coûteuses que l’essence de rose, à cause de l’énorme volume de fleurs qu’il faut pour eu obtenir une quantité minime.
Ces essences précieuses sont fort recherchées par les Arabes, qui ont la passion des parfums, qui parfument tout ; l’eau, le café, les aliments et jusqu’au tabac qu’ils prisent. Plus le parfum est capiteux, plus ils restiment.
Plusieurs fois, j’avais vu des marchands maniant des fioles minuscules avec des précautions inouïes, et, devant leur boutique, un client, sa tabatière ouverte à la main. L’opération terminée, le marchand mettait quelque chose d’imperceptible dans la tabatière, et le client la portait à sou nez, la fermait, pa3’ait, et s’en allait d’un air content.
L’amine m’a expliqué l’opération. Les essences très pures et de grand j^rix se vendent à la goutte. Et pour qu’il n'y ait jias d’erreur, cette goirtte est le maximum de la capacité d’absorption d’nne petite boule d’ouate grosse comme un grain de blé. Pour m’en montrer la grosseur, l’amine a retiré le coton qui bouchait son oreille droite, et eu a séparé une petite quantité qu'il a roulée entre le pouce et l’index pour former la boulette de coton de la grosseur voulue.
Coût de la goutte absorbée par la boulette d’ouate : 2 piastres ou 1 fr. 20 pour les essences pures de première qualité. Les nomades qui viennent en ville achètent les qualités inférieures à raison de quelques caroubes (la caroube, 4 centimes) la goutte.
Les Arabes font une grande consommation de henné. Ils s’en colorent les mains, les pieds, les ongles, les cheveux. Ils eu marquent les chevaux, les moutons et d'autres animaux. Au demeurant, c’est un astringent qui tonifie l’épiderme dans ce pays de sudation où la peau se fatigue extrêmement. Du domaine de l’hygiène le henné est passé dans le domaine de la décoration. Les riches bourgeois n’en font presque pas usage, mais le peuple eu ratfole. Les amoureux se colorent la même phalange pour montrer que leurs cœurs sont kif-kif. Les cochers teignent en jaune d’or les pieds de leurs chevaux, l’extrémité de la queue et impriment sur la croupe des signes cabalistiques, entre autres la main de Fatma, afin de conjurer le mauvais œil et d’éviter les accidents.
Le henné est appliqué le soir comme une sorte de cataplasme sur la partie que l’on veut colorer ; et le lendemain c’est chose faite. La couleur ainsi appliquée est très persistante, elle imprègne jusqu’au derme. Appliqué à la chevelure noire des femmes âgées ou des enfants, il lui donne une couleur rouge carminée assez difficile à déterminer, d’un aspect étrange.
Le henné en feuilles vient de Gabès ; le henné en poudre, de Tripoli.
C’est, pour les Arabes, le mécbcament courant dans les cas de blessures, d’enflures ou de gerçures. On s’en sert avec succès dans les varices.
Les marchands de i^arfums sont groupés autour de la grande mosquée, car ils vendent des cierges , comme les marchands d’articles religieux autour des églises en Europe.
Les cierges ordinaires sont bariolés, teints, pailletés et dorés. Ils ressemblent, du