‹ Tunis et ses environsChapitre 5 sur 97 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et que les archives du consulat de France à Tunis sont pleines de documents français remontant au xvi® siècle.

N’en déplaise à nos voisins d’au delà des Alpes, la France a toujours tenu la tête de l’importation et de l’exportation en Tunisie. Non pas seulement depuis que son drapeau protecteur flotte entre les lacs Bahira et Sedjoumi, mais longtemps avant.

En 1874, on a constaté vingt millions d’importations, et neuf millions d’exportations au seul port de la Goulettc, c’est-à-dire à Tunis. Dans ces chiffres, la France arrive pour plus de huit millions dans l’importation et pour trois millions dans l’exportation.

Je ne veux élever, dans ce volume, aucune discussion internationale. L’Italie convoitait la Tunisie, la convoitise est d’essence humaine. Seulement, notre voisine ouhlie que si elle tient le rang qu’elle occupe en Europe, sa naissance, comme nation, a été arrosée par du sang français ; elle ouhlie encore, elle si jalouse des capitulations, que si capitulations il y a eu, elles avaient leur origine dans l’histoire de France ; que pour mettre fln aux croisades, Philippe le Hardi signa un traité en faveur du commerce français dans le Levant, et que, en 1535, François I®” obtint du sultan une charte réglant les rapports des commerçants français avec leurs consuls et accordant à ceux-ci une juridiction privilégiée; que la France eut seule ce privilège à Tunis pendant de longues années ; que plus tard d’autres nations chrétiennes obtinrent des chartes analogues, et que l’Italie, nation depuis vingt ans à peine, a été la dernière venue dans l’obtention des capitulations.

Je lie lui ferai point son procès, n’ayant aucune animosité contre elle ; mais. Français, il ne m’est pas permis de passer sous silence les causes qui ont amené l’occupation, et je considère comme un devoir de rappeler ici la légitimité des droits de la France en Tunisie.

La contrebande des armes et de la poudre alimentait, iiar la Tunisie, les insurrections de l’Algérie. Les chargés d’affaires de France à Tunis signalèrent ce danger dès 1871, en 1873 également, et jusqu’en 1880. A cette époque, le bey Sadock, oublieux des relations si anciennes et si bonnes de la Régence et de la France, prit une attitude résolument hostile à nos intérêts. Il laissait faire la contrebande des armes et de la poudre, et il était du reste notoirement dans l’impossibilité d’exercer sa puissance sur les peuplades de Khroumirie, qui dévastaient à main armée, par bandes nombreuses, la partie du département de Constantine avoisinant la ville naissante et déjà florissante de Souk- Ahras. Il y avait donc là une question de sécurité pour notre grande colonie algérienne.

Par cette colonie, la France est bien plus voisine de la Tunisie que l’Italie. La Tunisie est la suite géographique de notre département de Constantine, auquel elle est soudée par 5ü0 kilomètres de frontières communes. Le Tell tunisien est le prolongement naturel du plateau de Constantine. Les cours d’eau, et notamment la plus grande rivière tunisienne, la Medjerdah, naissent en Algérie et traversent la Régence pour se jeter dans la mer.

Au point de vue des intérêts, c’est bien une autre affaire. Sur les cent vingt-cinq millions qui constituent la dette de la Tunisie, garantie par l’Etat français, près de cent millions se trouvent en des mains françaises.

Depuis plus de deux eeuts aus, la France a le privilège exclusif de la pêche du corail de Taharka à la Tripolitaiue, c’est-à-dire sur toute la côte tunisieuue.

La France y a créé, bien avant l’occupation par ses troupes, le service des postes et des télégraphes de Tunisie.

Les colons français y possèdent des propriétés que l’on évalue à plus de trente millions de francs, achetées à beaux deniers ; et tous les magnifiques vignobles de Tunisie ont été créés par nos compatriotes.

Une compagnie française, celle du Bône-Guelma, y a établi plus de deux cents kilomètres de voies ferrées.

Arc (le triomphe d’Aphrodisium.

Une autre compagnie française, la Société des Batignolles, a commencé les travaux du port de Tunis, qui dépasseront sans aucun doute le chiffre de douze millions.

Si Tunis, la Marsa et la Goulette sont abondamment pourvues d’eau exquise, l’eau du Zaghouan, cherchée à la distance de 100 kilomètres environ, elles le doivent à la réfection de l’ancien aqueduc de Carthage, oeuvre colossale accomplie sous la direction d’ingénieurs français, par des entrepreneurs français.

Quelle nation pourrait alléguer des titres aussi nombreux et faire valoir des intérêts aussi considérables, des sacrifices aussi grands en Tunisie?

C’est par ce résumé des droits et des sacrifices de la France que je termine la partie historique qui s’imposait en tête de ce livre. Libre de toute préoccu2)atiou à cet égard, j’aborde le côté pittoresque, qui est l’éclat de Tunis.

Le pout romain de Schemtou.

CHAPITEE II

Ceci dit, que je ne sortirai i)lns du cadre naturel d’un livre qui m’a été inspiré par nne ville pleine de couleur et de pittoresque : ville que tout voyageur intelligent et curieux doit admirer au moins nne fois pendant sa vie.

Ravi par les aspects si divers qui se sont offerts à mes regards, mon unique but est d’exposer et de communiquer mes impressions. Je m’en serais éloigné, et j’aurais fait infailliblement fausse route, si j’avais laissé envahir ces pages par les souvenirs et par la représentation des vestiges des grandes époques punique, romaine, byzantine et arabe.

Si, dès le début de mon livre, j’ai dû résister aux tentations de l’histoire, je ne dois pas succomber ici aux séductions non moins vives de l’archéologie. Cet entraînement me conduirait trop loin, car c’est par milliers que l’on rencontre des ruines sur le sol de la Régence. Et il en est de très belles et de très imposantes, comme celles de l’amphithéâtre d’El-Djem, que l’on peut placer, sans craindre d’être taxé d’exagération, entre le Colisée de Rome et les Arènes de Nimes, comme les arcs de triomphe de Tunga et d’Aphrodisium, etc., etc.

Désireux de ne pas sortir des limites que je me suis tracées, je me suis borné à reprodixire, dans le premier chapitre et dans le deuxième, quelques-unes de ces ruines si fréquentes en Tunisie oh, suivant un historien de l’antiquité, on pouvait, de son temps, faire plus de cent lieues à l’ombre des maisons et des jardins, dans un pays qui comptait, du temps des Romains et des Grecs de Byzance, plus de douze millions d’habitants.

Pour bien marquer le parti pris d’actualité, la première page du preiuier chapitre se compose d’uu fragmeut des belles faïences du palais Hussein, à Tunis, disposé en encadrement. Sous l’arcade arabe de cette tête de chapitre, on voit un petit cavalier tunisien dans sa tenue des jours de fantasia. Il rappelle que nous sommes dans le pays de ces indomptables cavaliers numides dont la valeur, l’audace et la ruse décidèrent de tant de victoires ; que nous sommes sur la terre de la grande Carthage, dont les armes portaient le cheval et le palmier , armes parlantes d’une rare éloquence ! le « cheval punique » et le palmier du Djérid !

Cette première image m’a paru l’équivalent d’une préface, étant un lien entre les temps passés et l’époque présente.

J’ai encore davantage affirmé ma hâte d’arriver à l’époque actuelle en plaçant hors texte, dans le premier chapitre, une vue de la ville que nous voyous aujourd’hui ; vue prise de la kasbah, c’est-à-dire du point le plus élevé de la colline sur laquelle s’élève la cité blanche, sur laquelle se dessine le « burnous du Prophète ».

Ou voit dans cette page hors texte, au premier plan, un bâtiment qui confine au Dar-el-Bey et à un cimetière. Au-dessus des terrasses de la ville, dans le ciel bleu, les dômes et les minarets des nombreuses mosquées. Les dômes sont, les uns recouverts en tuiles vertes de Nabeul, pareilles aux écailles d’uu monstre marin; les airtres, blancs comme neige, recouverts d’épaisses couches de lait de chaux, sous lesquelles disparaissent les détails d’architecture.

A la page 4 se trouve la vue des ruines d’une antique cité fertile de la Byzacène. On a découvert dans les ruines mêmes le nom de la ville morte, Sedjermès. Ce nom a une consonance berbère plutôt que romaine, ce qui ferait croire qu’elle remonte aux origines de l’immigration chanauéenne. Les Arabes l’appellent Enchir-Arrat , et, suivant la légende du pays il y avait encore là, il y a une soixantaine d’années, une population arabe.

L’ensemble des ruines de Sedjermès est imposant. Ici les restes d’un temple : colonnes, inscriptions, chapiteaux et frises magnifiquement sculptés, couchés sous les toirffes de lentisques, de romarins et de thuias, plantes aromatiques dont les parfums rappellent l’encens que l’on brûle au-dessus des morts ! Là le théâtre, le temple, les thermes. Voilà l’époque romaine !

Une basilique byzantine montre encore les pans de ses grandes murailles eu briques jaunes, qui sont d’or au soleil couchant, et un baptistaire à immersion ; ce sont les témoins de l’époque grecque.

Entre toutes ces ruines antiques, des ruines plus récentes attestent que les Arabes avaient gretfé sur ces écroulements successifs une ville qui fut ruinée et abandonnée à sou tour.

Aujourd’hui, quelques pâtres s’y abritent, pendant que leurs chèvres, cambrées sur les rinceaux des frises effondrées, sur les acanthes de chapiteaux à demi ensevelis, broutent les liserons et les mauves, dont les grandes fleurs roses éclatent au soleil comme des pierres précieuses, avec les modestes fleurs de violettes dii thym et du romarin et les blanches fleurs du ciste, qui ressemblent à celles des fraisiers. C’est un spectacle inoubliable que cette abondante et merveilleuse flore tunisienne cachant

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