‹ Tunis et ses environsChapitre 46 sur 97 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de mule, on mettait alors dans le harnacliement un luxe qui tend à disparaître. Je dirai même que l’industrie des selliers aurait perdu la moitié de sou importance, faute d’emploi suffisant du clieval et de la mule, si les touristes européens ne lui donnaient pas un petit regain de débouchés.

Ce qui distingue ce magnifique souk des selliers, c’est la présence d’une tombe au milieu de la voie i)ublique. Cette tombe est celle d’un marabout vénéré, sur laquelle, chaque vendredi, les marchands du souk arborent deux drapeaux, allument des cierges et brûlent pieusement de l’encens. Une aquarelle représentant cette tombe et le souk des selliers figure dans un précédent chapitre où il est question des mosquées et des marabouts.

La vue de cette tombe peinte en rouge et eu vert, ornée de dessins blancs, n’a rien d’attristant. Elle est, avec ses couleurs vives, dans la note des choses brillantes et réjouissantes qui l’entourent. Elle s’adapte ou ne peut mieux à l’ensemble, et on se surprend à songer que si elle n’y était pas, il faudrait l’y placer.

Le souk des selliers débouche sur une sorte de place triangulaire ou, pour mieux dire, de carrefour. Eu sortant, on voit à gauche la porte Menara et devant soi toute la rangée des boutiques de la grande rue des Selliers. A droite, un petit tombeau de marabout, une petite école et deux grandes et belles boutiques, le tout à l’ombre d’un vieux mûrier, arbre sacré aux branches touffues. Autour de son tronc peint en ronge viennent s’asseoir les passants qui sont las, ou les oisifs qui, pour se distraire, restent à bavarder avec les boutiquiers.

Les bradaïa (de berda — selle pour les ânes) sont ordinairement installés dans les faubourgs, à Bab-Souïka et dans la rue El-Meuara, non loin des forgerons et des charrons, à portée des agriculteurs qui viennent' en ville. Cependant, il y en a un certain nombre dans les boutiques qui fout suite au souk des selliers. Les selles pour mules se nomment rakkabia (de rekheb — monter).

A vrai dire, les bradaïa représentent nos bourreliers. Ils rembourrent les selles des mules, mais ce sont les sarrajine qui les ornent et qui terminent le harnachement. Comme nos bourreliers, ils font des colliers rembourrés de paille. Ils font aussi les petites berdas sur lesquelles sont assujettis les fardeaux que portent les chameaux. Cette profession compte 40 patrons musulmans et 8 patrons juifs, qui travaillent chacun avec un ou deux apprentis.

L’amine des bradaïa est Si Mohammed-ben-Lamiue. Sa famille compte quatre générations d’amines.

Les sacs, les bissacs, les entraves en poil de chèvre, les licous et les musettes sont faits i)ar les fabricants de schaar, — tout ce qui est fait avec du i)oil et du crin.

Il y en a un certain nombre dans la rue ou souk des Sacs, (pii fait en quelque sorte le prolongement du souk des selliers, au delà de la porte intérieure Bab- Menara (porte de la lanterne, du feu ou du fanal, — de nar, feu). Le mot minaret a la même racine, les minarets portant des feux aux époques des fêtes musulmanes : fêtes dn Ramadan et du Moutou).

Il n’y a que sept ou huit fabricants de schaar, mais ils ont d’importants ateliers. Leur amine est Si Ahmed-ben-el-Hadj-Mohammed.

Les nejara el ba^oudia sont les menuisiers en bois blanc qui font ces jolis ouvrages que les peintres dorent et enluminent, et qui sont si recbercbés par les amateurs européens.

Qui ne connaît ces jolies tables polygonales, ornées de j^etites galeries formées

par des multitudes de minuscules fuseaux, et dont les pieds courbes aiîectent la forme élégante des jjieds de nos anciens meubles Boulle ? et les étagères gracieuses , aux panneaux à arabesques à jour sur fond de glaces, et les lits, et les bancs, et les divans, et les coffres de mariage, et vingt autres meubles de fantaisie dorés sur toutes les coutures?

Le menuisier se borne à les bâtir , à les assembler et à en exécuter les parties plates.

Il fait faire les arabesques à jour par des sculpteurs habiles et les j^etites galeries à fuseaux par des tourneurs. Ce n’est pas non plus le menuisier qui dore et qui peint les meubles.

Mais le menuisier est le constructeur , l’architecte du meuble à faire. Et, souvent, son esprit inventif met au jour quelque combinaison nouvelle. C’est ainsi que l’un d’eux a imaginé de faire un casier à musique d’après un meuble européen : et il a i)arfaitement réussi dans cette traduction.

Le menuisier de Tunis pourrait prendre la qualité d’ébéuiste sans qu’il y eût à y contredire, tant son travail est parfois élégant et délicat.

L’amine des menuisiers-ébénistes a sous son contrôle près de cent patrons ayant boutique sur rue. Il se nomme Si el Hadj-Mobammed-Essabidi.

Le plus grand nombre d’entre eux est groupé dans la rue Souk-el-Belat et dans la rue Sidi-Mabrez, tout jrrès de la mosquée. Leurs magasins sont fort beaux et bien fournis.

Les bons ouvriers menuisiers gagnent environ cinq francs par jour. En cas de contestation entre le patron et l’ouvrier, l’amine estime le travail à raison d’une moyenne de quatre francs par jour de travail.

L’entrée du souk des parfums.

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