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CHAPITRE XIII

Les tourneurs sont les auxiliaires des menuisiers. Ils tournent les petits fuseaux et composent les galeries dont sont agrémentés les meubles de fantaisie.

On s’intéresse vivement, en passant dans les souks, à ces habiles tourneurs qui se servent d’un de leurs pieds comme d’une troisième main, pour retenir la pièce à tourner. Ils mettent cette pièce en mouvement au moyen d’une sorte d’archet de violon, la corde étant enroulée autour.

Lorsque le meuble sort des mains du tourneur et du menuisier, il est blanc, naturellement. Il s’agit alors de le décorer selon la mode tunisienne.

Boutiques des faubourgs.

Le peintre le cotrvre d’abord de feuilles d’or ; puis, cette dorure fixée, il peint sur ce fond des fieurs, des fruits, des oiseaux et des poissons, le tout avec des couleurs crues , criardes , posées à plat. Il fait cela avec une habitude toute calligraphique , selon les formules delà tradition. Et cela est si vrai, qu’il pourrait exécuter de ces dessins les yeux fermés , sans qu’ils y perdissent rien.

Les formes des objets représentés sont primitives, simples, enfantines même. Une rose est faite d’une tache rouge ronde, avec un point blanc au milieu et quelques courbes concentriques de même couleur pour exprimer les pétales. Cela ressemble aux dessins naïfs que l’on voit sur certains meubles de nos paysans, du siècle dernier. Lorsque ces images rudimentaires ne sont pas peintes sur fond d’or, elles le sont sur fond vert clair.

Les peintres sont estimés à Tunis comme des artistes. On les nomme ed dahana, et leur amine est Si Mahmoud bou Eatebiue.

Il y a tout au plus une quinzaine de peintres sérieux, réputés artistes par les gens de Tunis. On en compte, en tout, cent environ, dont moitié musulmans et moitié juifs. Ceux qui ont leur atelier dans la ruelle allant de la place de la KasbaE à la rue Sidi-Ziad sont les plus recherchés.

Le salaire des peintres varie de 4 à 5 francs par jour.

Dans l’angle formé par la rue Sidi-ben-Ziad, presque entièrement occupée par des peintres vers la place de la Kasbah, se troirve une sorte de cul-de-sac des plus pittoresques, dans lequel se développe capricieusement un cep de vigne séculaire croissant près de deux tombeaux, à côté de la toute petite mosquée de Sidi-ben-Ziad.

Sidi ben Ziad était un jurisconsulte renommé contemporain des Maures d’Espagne. De son vivant, il était consulté et écouté par les gens de tout le pays de Tunis. Réputé saint après sa mort, il est encore vénéré à l’heure présente.

Les saints musulmans, tout comme les saints chrétiens, ont parfois leur côté utilitaire. Tel bienheureux guérit une maladie, tel autre assure la fidélité de l’épouse ou procure la fortune. Sidi ben Ziad fait pénétrer dans l’esprit de ceux qui lui adressent des prières les arguments heureux qui peuvent amener le gain de quelque procès pendant. Les croyants qui se trouvent dans des cas embarrassants, quelle qu’en soit la nature, ont également recours à ses lumières, qu’il fait passer du haut du ciel, sa demeure actuelle, dans la cervelle de s.es adeptes.

C’est ainsi qu’un bon Maure, qui eut un jour l’imprudence de promettre le don d’un mouton avec une queue ayant sept fois la longueur de la main s’il lui advenait un enfant du sexe masculin, se trouva fort embarrassé le jour où ce fils, objet de tous ses vœux, vint au monde. Où trouver le mouton-phénomène ? Comment tenir la promesse faite, avec Allah pris à témoin ?

L’imprudent père en était à redouter les malheurs d’un père heureux ; il ne dormait plus. Cependant il s’endormit un jour de lassitude, là où est la petite mosquée. Pendant son sommeil, Sidi ben Ziad lui apparut et lui dit :

« Malgré l’imprudence que tu as commise en faisant un vœu irréalisable, je te pardonne, parce que tu es un fidèle serviteur d’Allah et que tu vénères Mohammed, son prophète. Mais ne t’avise plus jamais de promettre l’impossible. A promettre l’impossible on perd tout crédit. J’ai pitié de toi, continua le bienheureux, et je vais te tirer d’embarras. Ton vœu si étoiTrdi laisse une échappatoire. En promettant un mouton avec une queue longue de sept mains, tu as omis de dire de quelle main tu entendais parler.

«Ton fils est âgé de sejDt jours. Va ! mesure sept fois la longueur de sa petite main et cherche un mouton dont la queue aura cette dimension. Cherche, et tu trouveras. »

Après ces paroles, la vision de Sidi ben Ziad disparut, et l’imprudent père s’éveilla tout joyeux. Il courut aussitôt à la maison, mesura sept fois la longueur de la menotte du bébé. Une heure plus tard, le mouton à queue voulue fut trouvé et le vœu se trouva accompli.

Cette légende montre qu’il est des accommodements avec le paradis de Mahomet, aussi bien qu’avec le ciel des chrétiens.

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