‹ Tunis et ses environsChapitre 6 sur 97 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

tant de ruines, comme pour montrer le triomphe de la nature, sans cesse renouvelé, sur les débris des œuvres périssables de l’homme. Les magnifiques fieurs d’Africa chantées par Virgile et par Horace, vantées par Pline et par Appien, que saint Augustin aimait tant, renaissent chaque jirintemps sous cet incomparable soleil, aussi belles, aussi éclatantes à nos yeux que furent leurs aïeules sous les yeux de ces poètes. Les vers et les écrits ont survécu, les fieurs revivent sans cesse ; mais que sont devenus les riches villas, les palais somptueux, les jardins magnifiques qui, de leur temps, couvraient ce sol fameux ?

On voit à la page 8 un petit édifice d’apparence modeste. Si je l’ai choisi plutôt que tout autre, c’est qu’il porte une inscription dont la lecture a été une véritable révélation. Ce petit monument est un tombeau élevé en l’honneur d’un citoyen d’une ville disparue, la Mediocera des Komaius, que les Arabes appellent Ain-M' Deher. Sur l’une des faces du tombeau se trouve une inscription qui nous apprend qu’il a été élevé par la piété filiale et qui donne les noms et fonctions ou professions de tous les fils du défunt.

. Le premier chapitre se termine par une aquarelle représentant un arc de triomphe tout doré par des siècles de soleil. Cette porte triomphale si gracieuse, debout au milieu de ruines éparses, fut témoin de la splendeur sans égale d’une ville de luxe et de plaisirs, quelque chose comme un Monaco ou un Etretat de cette époque reculée. Près de cette porte se trouvaient les jardins fameux dans lesquels Bélisaire, vainqueur des Vandales, donna du repos à ses soldats.

Aphrodisium {Sidi-Khalifa pour les Arabes) est dans un site admirable, à deux kilomètres environ de la mer. Sous quelles ruines dorment les llomains opulents, les Sybarites raffinés qui s’y promenaient couronnés de roses, ainsi qu’on les voit dans le grand tableau de Couture ?

Le plaisir n’était pas le seul objectif des riches Romains qui venaient vivre dans la fertile Byzacène ; ils y étaient attirés aussi parce qu’elle i)assait j)our la patrie des centenaires. Ils y venaient pour y vivre paisiblement et surtout longtemps, loin des tracas de la vie de Rome. Nombre d’épitaphes nous moutreut que, souvent, la vie atteignait dans ce fortüné pays des limites qui sont restées inconnues au vénérable M. Chevreul. Ou y lit que des gens ont atteint l’âge de cent quinze, cent vingt et même cent trente ans. Avis aux amateurs !

Le i)ays où l’on voit les ruines de Sedjermès, d’ Aphrodisium et de Médiocéra, porte aujourd’hui le nom d’Enfida : un nom intimement lié à l’histoire récente de la Tunisie.

Le nom d’Eufida est donné par les Arabes aux endroits où les eaux des torrents qui descendent de la montagne par les grandes pluies s’étalent dans la i)laiue et disparaissent, absorbées j^ar le sol. Ce nom seul est éloquent. L’Eufida est une des plus grandes propriétés foncières du monde. Sa longueur du nord au sud dépasse soixante kilomètres et sa largeur varie entre dix et quarante kilomètres. Sa superficie dépasse cent vingt mille hectares, celle d’un petit département. Elle renferme des montagnes et des vallées entières, des plaines immenses, des forêts, des lacs ; des rivières y prennent leur source et se jettent dans la mer sans quitter son territoire. Elle contient deux sta-

tions thermales. Que sais-je encore? Les Romains y avaient quinze on vingt villes de dix à quinze mille habitants, dont les mines sont visibles.

On comprend qne le sultan de Constantinople qui, bien platoniquement depuis un siècle et demi, se disait le suzerain de la Tunisie, qne l’Angleterre et l’Italie aient vn avec une certaine émotion une société française devenir propriétaire d’nn domaine dont le territoire se trouvait être une partie notable de cehri de la Tunisie elle-même. Anssi les efforts les plus grands furent-ils tentés pour troubler et même i)onr compromettre la paisible jouissance de ce domaine. Les débuts de l’entrée en possession par la Société

Ruines de Taqueduc romain, près de l'Oued-Miliane.

Franco- Africaine ont fait si grand brnit dans le monde, il y a sept ou huit ans, les épreuves qu’elle a dû traverser ont occupé si longtemps l’attention de l’Europe, qu’il a bien fallu eu dire quelques mots à cette place.

Schemtou : quelles étonnantes traces des éjjoques romaine et byzantine ! Il y a là des ruines d’une ville tout entière, avec théâtre, cirque, thermes, palais et temples. A certains endroits, des voies publiques sont encore visibles. Au milieu de ces ruines, un monticule tout perforé et bouleversé. Ce monticule, isolé dans les plaines de la Medjerdah, est tout entier formé de marbres rares. Il contient ce jaune antique dont les pins belles colonnes ont été emjiortées de Carthage et se voient encore dans les édifices de Rome. Il y a dans ces carrières des marbres de toutes couleurs, verts, rouges et gris, aussi bien que jaunes, exploités aujourd’hui par la Société française des carrières de Schemtou, dirigée par MM. Closson et Raymond Valensi, ingénieur civil.

Ces bouleversements, ces montagnes de débris amoncelés, qui les a faits ? Les prisonniers de guerre. Ceux que d’impitoyables vainqueurs envoyaient aux carrières! Qui sait? le sol de Schemtou a été arrosé par la sueur de Gaulois, nos pères ; et parmi

l’aqueduc espagnol, près du bardo.

BOSTON

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