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CHAPITRE XIV

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l^our ces fleurs dont nous autres Européeus, nous disons qu’elles « entêtent ». La rose (oiianl) est néanmoins en honneur parmi eux, et l’œillet (kronfel) aussi.

L’œillet est cultivé dans des pots. Mais le jasmin d’Arabie et les fleurs ultraodorantes sont préférées.

A côté des fleurs employées à l’état naturel, sur les tiges qui les ont vues éclore, il y a les

composées. La chose est à peine croyable. Le fleuriste dispose au bout d’une

Je viens de parler des fleurs telles que nous les aimons et les concevons ; mais je n’oublie jias les quelques ligues que je dois ici aux fleurs des Arabes.

Vos oreilles se dressent à ces mots les (( fleurs des Arabes » . Les Arabes ont donc des fleurs particulières?

Assurément. Ils ont d’abord une préférence marquée pour toutes les fleurs à odeur violente et pénétrante,

Petit marchand de journau.x.

mince petite baguette une espèce de bouton ou même de petite fleur eu papier doré, un centre artificiel autour duquel il attache des fleurs de toutes sortes, des fleurs d’oranger ou de jasmin surtout. Ces petits bouquets montés sur baguettes sont glissés horizontalement à côté de l’oreille, sous le turban, de façon que les fleurs se trouvent pour ainsi dire dans l’alignement du nez, qui aspire leurs parfums sans que le porteur ait la peine de remuer un bras. Toujours l’économie des mouvements.

Il y a mieux encore : à l’époque où fleiirissent les œillets, le bouquetier défait la fleur en arrachant les pétales de leur tige. Puis il reprend ces pétales un à un et les attache en spirale autour de la baguette que termine le bouton doré ou argenté décrit plus haut. Il confectionne ainsi avec des pétales naturels une fleur artificielle, dont l’usage est également d’être fichée à côté de l’oreille, sous le turban, pour qu’elle soit à la portée des organes olfactifs.

Ces bouquets arabes ont parfois des dispositions très curieuses et très jolies, toujours très régulières. Ils ne coûtent pas cher, puisque les Tunisiens les achètent pour quelques caroubes.

Dans la rue se promènent aussi les marchands d’oranges, de citrons, rie figues de Barbarie, de figues, de raisins, de grenades, d’abricots, de pommes, de dattes et de toutes sortes d’autres fruits selon la saison. Le dos d’un âne minuscule leur sert d’éventaire. Le petit animal disparaît presque entre les deux vastes poches en alfa tressé, pleines de fruits, qui pendent de chaque côté. Souvent le dessus du bât est couronné par un iianier rond et plat sur lequel s’élève un cône de fruits. Une balance est à côté de ce panier, sur le devant du bât. Ces ânes chargés de fruits colorés forment d’innombrables motifs pittoresques, comme on en voit sur l’image de Bab-Souïka, placée en tête de ce chapitre.

On peut joindre à la liste les ânes chargés de poteries de Nabeul, ou de piment rouge provenant également des jardins merveilleusement irrigués de la rive orientale du cap Bon.

Comme vous en pouvez juger par tous ces petits métiers d’un pittoresque incroyable, je ne saurais être taxé d’exagération pour avoir écrit dans le spécimen de ce livre les lignes suivantes :

« Et les musulmanes qui se promènent comme des fantômes blancs au milieu de cette foule colorée, mystérieuses, le visage caché sous un masque noir ! Et les négresses aux vêtements bariolés, vendant des friandises ou du pain, ou conduisant les j)etits enfants à l’école ! Et les innombrables marchands ambulants, vendant des gâteaux, des pains sucrés, des légumes, du lait, de l’eau, des oranges, des citrons, des piments, du charbon , des poteries , de la limonade , des graines de courge , des pistaches , criant à tue-tête ou chantant leur marchandise, à travers une cohue d’Arabes de la campagne coiffés d’immenses chapeaux et montés sur des bourriquets si petits que leurs babouches balayent le pavé, de cavaliers, d’Arabes, de mules bâtées ! Planant sur ce grouillement bruyant et multicolore, apparaît la tête impassible de l’impassible

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