‹ Tunis et ses environsChapitre 54 sur 97 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

particulier, Si-Junes-el-May, subordonné lui-même à l’amine des tailleurs. Chaque solde a ses crieurs particuliers, et le souk Ettrouk en compte à lui seul plus de soixante. Il y en a quinze pour le souk El-Asser, où les ventes se font l’après-midi, à l’heure de la prière (3 h. 1/2); dix à Halfaouine, où les ventes ont également lieu l’après-midi, et quinze à Bab-Benat, le souk le plus important après le souk Ettrouk.

On ne peut être accrédité comme crieur que par une autorisation spéciale du scheik El-Medina, qui demande que le candidat présente la caution d’un individu jouissant d’une certaine notoriété, constatée par acte notarié.

Les vêtements et les meubles transportables, vendus par suite de décès, sont soumis à des droits adjugés à un fermier d’impôts. Celui-ci les perçoit en exigeant des crieurs un droit fixe de 6 caroubes (24 centimes) par mois. Les meubles qu’on ne peut transporter à la main, comme les armoires, les commodes, les lits, etc., payent un droit de 4 pour 100, dont un tiers au crieur et deux tiers au fermier. Cette ferme rapporte environ 8,000 francs. Au seul souk Ettrouk, presque tous les crieurs sont musulmans. On n’en compte que six ou sept du culte Israélite.

La défroque des gens morts sans laisser d’héritiers connus est vendue au Bitel-Mal, à la Chambre des finances. Les chaouchs du Bit-el-Mal sont aussi ses crieurs spéciaux. Ces ventes ont lieu le matin, irrégulièrement, étant subordonnées aux décès des gens sans héritiers.

Les immeubles ont leurs crieur.s, tout comme les objets mobiliers. Les crieurs pour les ventes de maisons sont au nombre de huit ou dix.

Le propriétaire qui a l’intention de vendre une maison mande un crieur et il lui remet la clef de l’immeuble, afin qu’il puisse le faire visiter par les amateurs.

Pour faire savoir au public que tel immeuble est à vendre, le crieur s’en va, le vendredi, se poster à la porte d’une des principales mosquées, et il attend la .sortie des fidèles. Les mosquées qu’ils préfèrent sont la Djamma-Zitouna, la Djamma- Bey-el-Mohammed et la Djamma-Bab-el-Djazira.

Lorsque les croyants sortent de la mosquée, ils crient à haute voix les noms , la situation et les prix offerts. Les crieurs d’immeubles sont réputés pour leur prodigieuse mémoire. On en cite qui crient, l’une après l’autre, sans se tromper, sans rien confondre et sans se servir de notes écrites, les désignations de plus de cent immeubles différents.

Les personnes qiii ont envie d’acheter un immeuble ainsi crié se rangent à côté du crieur; et lorsque la foule des fidèles est écoulée, les amateurs restent seuls près de lui. Porteur de la clef, le crieur se dirige alors avec son cortège d’amateurs vers l’immeuble en question, qu’il fait visiter et dont il fait le boniment.

Le crieur d’immeubles remplace les annonces légales de nos journaux. C’est une quatrième page vivante.

Les marchands de limonade et .d’eau appartiennent à la série des types de la rue dans Tunis. Les premiers sont tous israélites. Les seconds sont presque tous de petits musulmans qui vont porter de l’eau pure et fraîche aux marchands ou aux colporteurs qui, retenus dans la cohue des marchés, ne peuvent facilement quitter leurs ânes chargés de légumes ou de fruits pour aller se rafraîchir à la fontaine. Les petits

marchands d’eau portent sur le dos une grande cruche dans laquelle le clapotetement est arrêté par quelque bouquet de feuilles de leutisque, de fenouil ou de menthe, qui a aussi l'avantage de donner à l’eau un léger parfum. Une tasse en terre ou un gobelet en fer-blanc pour débiter l’eau aux clients, et uue sacoche pour mettre la recette et la provision de pain ou de fruits pour la journée, complètent l’équipement du petit vendeur d’eau.

Le ramasseur de bouts de cigarettes tunisien rôde autour des cafés de l’avenue de France, tout comme sou collègue de Paris rôde autour des cafés des boulevards. Et l’industrie ne paraît pas mauvaise.

Si ceux de Paris ont leur marché sur la place Haubert, ceux de Tunis tiennent leurs assises à l’entrée de la rue El- Djazira, à gauche. C’est là qu’ils défont les

bouts de cigarettes, qu’ils étalent, trient et font sécher le tabac. Les Arabes nomades achètent à vil prix ce tabacrenaissance.

J’ai placé dans ce chapitre l’intérieur d’une maison habitée par de riches Israélites.

Je conseillerais volontiers aux touristes de pénétrer dans ces maisons. On y est généralement reçu avec alfabilité et plusieurs sont extrêmement pittoresques, avec leurs voûtes aux claveaux noirs et blancs, leurs murs ornés de faïences et l’arbre traditionnel planté au milieu de la cour.

L’intérieur représenté dans ce chapitre fait partie de tout un groupe d’intérieurs extrêmement curieux donnant tous sur uue allée commune, dont les grandes arcades et les colonnades ont une certaine allure. Cette allée est à gauche, en montant la rue de la Kasbah, un peu avant le point où cette rue est rencontrée par le souk des cuivres. L’endroit est marqué par une arche qui est placée eu travers de la rue et par le fragment d’un énorme fût de colonne romaine*

Si l’on pénètre dans cette allée, on a à gauche une porte qui conduit dans la cour ouverte, ou patio, représentée dans ce chapitre. L’arbre, qui est planté au milieu d'un

Petit marchand d’eau.

Marchand de couvertures de Djerba.

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