‹ Tunis et ses environsChapitre 58 sur 97 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

abseuce. II alla droit au coffre et eu souleva le couvercle. L’amaut y était blotti au milieu des robes. Il le referma et mit la clef dans sa poclie. Puis il enferma sa femme dans un cabinet voisin eu s’en fut porter plainte au bey, non cependant sans avoir raconté sommairement la chose à la veuve, sa maîtresse, laquelle ne se sentit pas de joie.

Sa femme sut mettre le temps à profit. Une petite fenêtre, donnant du cabinet où

Costumes de femmes musulmanes.

elle était dans la chambre où son amant était coffré, c’est le cas de le dire, lui permit de se servir d’une double clef, d’ouvrir la cage et de donner la liberté au cher oiseau de son cœur. Elle referma le coffre et rentra dans son cabinet.

Elle y était à peine revenue lorstpr’elle entendit monter la veuve. La traîtresse voulait savourer son triomphe eu jouissant de la terreur de sa rivale. Elle ouvrit la jiorte du cabinet et, avec une feinte comjiassion, elle lui demanda si le mari n’avait pas trouvé l’amant caché dans la maison.

— Mais non, répondit la femme avec une quiétude qui déconcerta la veuve.

Comment aurais-je pu le caclier, alors qu’il n’y a pas la moindre cachette dans ce logis ?

— Mais ce coffre ? dit la veuve.

— ^ Un homme ne pourrait s’y tenir.

— ■ Pourquoi pas?

— Impossible !

— Comment, impossible? Je m’y cacherais facilement en repliant les jambes.

— Essayez, dit la femme en tendant la double clef à sa rivale.

Celle-ci, certaine du fait, le mari ayant vu l’amoureux dans la boîte, n’hésita jxas. Elle fit jouer le cadenas et ouvrit le couvercle. La femme la poussa vivement, la jeta dans le coffre et le referma. Puis elle retourna dans le cabinet.

A ce moment le mari revenait, accompagné d’officiers du bey, de janissaires et de portefaix (hammal). Voyant toutes choses dans l’état oh il les avait laissées, il fit enlever le coffre jw les portefaix. Puis, escorté par les gens de Son Altesse, il reprit le chemin du palais beylical. Il avait ouvert le cabinet et forcé sa femme à marcher derrière le coffre.

Le mari ayant exposé ses doléances, le bey donna l’ordre d’ouvrir le coffre ; mais le couvercle était à peine entr’ouvert qu’il s’en échappa une femme affolée. Le mari ahuri reconnut sa maîtresse, la veuve.

Le bey ne put s’empêcher de rire aux éclats en voyant cette femme se sauver, poursuivie par les huées du public, et le mari accusateur confondu, atterré, bouche bée devant le prétoire.

Au lieu de le prendre au tragique et de frapper le mari de quelque lourde peine afflictive, le bey lui dit :

— Je te pardonne de t’être ainsi moqué de moi, et je t’en tiens quitte pour une forte amende. Pour cette fois, ton aventure m’a amusé et tu en bénéficies; mais ne recommence pas.

Le Maure s’en fut tout déconfit, mais convaincu néanmoins de la culpabilité de sa femme, ayant vu, ce qui s’appelle de ses yeux vu, l’amant dans le coffre.

L’amour est aveugle : d’où ses imprudences. A quelque temps de là, la femme et son amoureux se firent prendre de nouveau ; et, cette fois, il n’y avait pas à nier. Les coupables furent traduits devant le bey. Il y allait de la mort : l’un pouvait être étranglé, et l’autre noyée dans le lac.

Mais le bey fut clément.

— Tuas bénéficié de mon iudulgence, dit-il au mari plaignant, parce que ta première histoire m’avait beaucoup réjoui. Il est donc juste que les acteurs de l’aventure qui m’a tant fait rire en bénéficient à leur tour.

L’amant en fut quitte pour cinq cents coups de bâton sur la plante des pieds et pour une forte amende. La femme fut transportée aux îles Kerkenah.

Cette histoire prouve que si le Français, né malin, inventa le vaudeville, les ficelles de ce genre de comédie légère ne sont pas ignorées en Tunisie.

Les îles Kerkenah, situées vis-à-vis de Sfax sur la côte orientale de la Eégence,

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