CHAPITRE XVII
tantôt une escrime entre un cavalier et un fantassin ; tantôt la représentation de l’enlèvement d’un blessé par un ami. Et comme les chevaux étaient mis à ces exercices !
Puis c’était une sorte de haute école, pendant laquelle l’écuyer tenait majestueusement un bâton à la main, à la façon dont les maréchaux du xviii® siècle tiennent le bâton de commandement sur les grands portraits que l’on a d’eux ; ou encore l’exercice du cavalier debout sirr sa selle, comme au cirque.
Voici également un travail très goûté par les Tunisiens : sous les pieds du cheval roule un homme vêtu d’une large gandoura. Il faut que le cheval, tombant à genoux, saisisse sous ses genoux le vêtement de l’homme qui roule devant ses pieds.
Je vous fais grâce des chevaux qui font les blessés ou les morts, et des autres pantomimes équestres représentées dans ces fantasias.
Le spectacle offert par M. Alata nous a ramenés au carrousel du moyen âge, merveilleux, coloré, intéressant, savant presque, et en champ clos.
Comme tout cela s’éloigne des fantasias del’Algérie, auxquelles je n’entends cependant rien enlever de leur valeur et de leur splendeur ! Seulement, je tiens à distinguer. Les fantasias d’Algérie sont affaire de tempérament d’une race guerrière. Celles de Tunisie sont de tradition, plus orientées vers la civilisation.
J’ai assisté à une troisième fantasia à Nabeul. Je ne parlerai que pour mémoire de la partie équestre, inévitable en Tunisie, qui a été exécutée sur l’une des places de la ville.
M. Saai’, contrôleur civil de Nabeul (le Neapolis des Romains) a eu le bon goût d’offrir au résident un spectacle tout nouveau , propre aux populations qui descendent des Maures d’Espagne et que l’on qualifie encore « d’andalouses » en Tunisie : c’est la fantasia à pied, solennelle, réglée et ordonnée comme une cuadrilla de toreros.
Elle a défilé devant les balcons du contrôle civil, sur lesquels nous nous trouvions. En tête, tout un cortège de corporations religieuses, avec une multitude de drapeaux de toutes couleurs d’une hauteur extraordinaire, et des lanternes sacrées se balançant au bout de certains drapeaux. Puis arrivaient, le jarret tendu, au pas lent, cadencé sur les sons de la derbouka et des flûtes arabes, les tromblonniers : une colonne d’une centaine d’hommes, par quatre. Pas de vêtements flottants :1e turban blanc, vert ou rouge, la veste serrée au corps, les courroies ou les cordons des cartouchières croisés sur la poitrine, la taille prise dans une large ceinture, les pantalons très étroits arrêtés aux genoux, et les jambes nues.
Ils marchaient, le trombîon dans la main droite, appuyé sur la hanche, le bras gauche ballant.
Lorsqu’ils passaient devant le résident, les tromblonniers tiraient une salve. Quel tapage font ces tromblons! Et cela a duré une heure.
Cette jolie ville de Nabeul, entourée de jardins dont la valeur va jusqu’aii prix de 8 à 10,000 francs par hectare, était jadis la première rançonnée par les favoris des beys. Aussi a-t-elle tenu à exprimer sa joie au résident.
Chose inouïe en pays musulman : les femmes ont manifesté d’une façon extraordinaire. Je n’oublierai jamais le tableau. Sur les terrasses, les femmes étaient par mil-
liers, les unes eu liaïk blanc, d’autres dissimulées sous d’énormes couvertures brunes qui les font ressembler de loin à des capucins ; enfin les juives, aux vêtements de couleurs brillantes et aux bonnets pointus dorés. De plus, une multitude d’enfants richement vêtus. Les terrasses en étaient littéralement couvertes. Et, comme pour
Cavalier en tenue de fantasia.
com])léter ce riant spectacle, de nombreuses guirlandes de piments pendaient sous forme de guirlandes de corail sur les murs blancs des maisons, contre lesquels ou fait sécher ce condiment.
Lorsque le résident eut reçu les caïds, les khalifats et les scheiks du contrôle, le plus âgé de ces fonctionnaires musulmans lui dit :
«. Tu as pu voir que les bienfaits du protectorat français sont reconnus et appré-