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CHAPITRE XIX

On a laissé subsister la chapelle construite sous le règne de Louis-Philippe. Elle est de mauvaise traduction gothique et sans valeur artistique. Il paraît que la construction de ce pauvre édicule n’en coûta pas moins si cher, qu’un écrivain du temps se demandait s’il n’avait pas été bâti à l’aide d’un mortier fait avec du vin de Champagne.

Le jardin qui entoure la chapelle est fort beau et les murs de l’enclos sont remplis de débris antiques, qui y ont été insérés.

Le musée organisé par le P. Delattre, un archéologue passionné et distingué, s’enrichit chaque jour de trouvailles nouvelles. Il contient des mosaïques superbes ; des plombs dont les inscriptions avaient pour but de porter malheur dans les courses de chevaux et qui offrent le plus vif intérêt. On y voit des marbres, des terres cuites, des collections de lampes puniques, païennes et chrétiennes admirables, des poteries, des armes, des bijoux, des monnaies, des camées et une infinité d’objets curieux qui rappellent les deux Cartilages.

Que dire de la vue merveilleuse dont on jouit du haut de cette colline? Une plaine admirable à ses pieds, à côté du golfe de Tunis aux éclatants flots d’azur ou d’émeraude, sur lesquels dorment les gros steamers noirs. A l’horizon, le Bon- Gornein avec ses deux pointes, l’immense rocher du Djebel-Ressas, un siège de géant! et tout au fond, dans l’éther, l’imposante silhouette du Zaghouan, dont les eaux abondantes répandent la joie et la ])rospérité au loin. C’est un des panoramas les 2)lus grandioses et les idus attachants qu’il soit donné à l’homme d’admirer.

Et si vous avez la fortune de voir de cette hauteur le soleil se coucher, ce n’est devant vous que feu et sang du côté des lacs. Si vous tournez vos regards vers le nord, vous voyez Sidi-bou-Saïd tout rose, couché sur des falaises qui paraissent sculptées dans du cuivre rouge, se détachant d’un ciel d’un vert indéfinissable ! Grandes féeries de la nature, sur lesquelles, subitement, j^resque sans crépuscule, la nuit jette ensuite sou voile de velours, tout étincelant des diamants du ciel!

Au nord de Byrsa sont les remarquables citernes romaines qui viennent d’être restaurées par la Compagnie des eaux, et les ruines d’une vaste basilique chrétienne. A l’ouest, après avoir déi)assé la petite gare de Saiut-Louis-Malga, on rencontre un superbe cimetière d’affranchis romains récemment mis à découvert, oü se trouvent des tombes en stuc assez bien conservées et jiortant encore leurs peintures ornementales.

Ne vous arrêtez 2)as à la station de la Malga sans visiter le petit village qui la domine. Ce village, que l’on aperçoit à peine de la gare, est à de;ix pas, sur la hauteur. C’est là que s’élevait l’immense amphithéâtre de Carthage, qui avait plus de deux cents mètres de diamètre. 11 n’en reste que des débris informes; mais un auteur arabe nous ajiprend qu’il était encore debout au xi® siècle. Le village est un peu plus à gauche. C’est là que l’on avait construit les grandes citernes de Carthage, celles auxquelles aboutissait l’aqueduc colossal qui amenait les eaux du Zaghouan et du Djougar. Ces citernes, réservoirs voûtés immenses, sont encore en partie debout. Plusieurs sont habitées, d’autres servent d’écuries.

Vers le soir, lorsque les habitants sont de retour des chamjis et que l’heure du repos est arrivée, ce village offre des tableaux ravissants. Les enfants jouent, les 2)arcnts

devisent sur le pas des portes, et des nègres danseurs viennent les amuser tons. Je vous étonnerai sans doute en vous disant que l’instrument dont ces nègres accompagnent leurs danses est une véritable cornemuse en peau de bique au pelage noir, à laquelle pendent un petit fanion en étoffe bleue brodée et des rubans de couleurs vives.

De cette hauteur aussi les couchers de soleil sont merveilleux.

Artistes, mes frères, ne vous arrêtez jamais à la station de la Malga sans visiter le village des citernes habitées !... surtout vers le soir.

Le marabout de Sidi-Sala, voisin de la Résidence d’été.

Non loin de là sont épars les restes d’une grande basilique chrétienne, dont les débris dessinent visiblement le plan. C’est celle où prièrent, dit-on, saint Cyprien, sainte Perpétue et sainte Félicité.

Plus vers le nord, à la fin des terres, est Sidi-bou-Saïd. Il y a peu d’années encore l’accès de cette blanche et curieuse petite ville, séjour de plaisance des familles de l’aristocratie musulmane, était interdit aux roumis. On y arrive par une côte abrupte et néanmoins accessible aux voitures.

A droite et à gauche, des palais arabes, aux moucharabiés ventrus ; puis, à l’endroit où finit la pente, on se trouve sur une sorte de place entourée de boutiques. C’est le souk. Bien de plus agréable à la vue. En face, un escalier conduit à la mosquée et à un café très pittoresque.

La mosquée est celle qui a été élevée autour du tombeau de Sidi-bou-Saïd.

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