‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 55 sur 124 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Ils couchent derrière le bas volet de leur boutique et, pendant la nuit, interpellent les passants pour demander quelle heure il est. Les loustics indigènes s’en amusent souvent.

L’amine des fetaria est Hassan-Khanchel. Il a sous sa surveillance soixante à soixante-cinq boutiquiers.

L’une des plus importantes corporations des vivres est celle des souliobia, qui compte près de deux cents boutiques. Ils tiennent le milieu entre l’épicier et le marchand de comestibles. On trouve chez eux de l’huile, des olives, du miel, du beurre et de la graisse fondue, du pain, de la salade, des câpres, des citrons, des piments, des œufs, des salaisons, des raisins secs, des figues sèches, du vinaigre, du poisson, etc., etc.

L’huile se vend au poids et d’une façon bien primitive. Pour peser ce liquide, le marchand le verse dans le plateau même de la balance, d’où il le reverse dans le récipient apporté par le client.

Ce commerce est exercé par des Djerbiens (de l’île de Djerba), qui passent pour de fins négociants.

Le souki couche dans sa boutique, et on ne le considère comme sérieusement installé que le jour oii il y a apporté son lit, c’est-à-dire son matelas.

L’amine est Hamda-el-Hattad, troisième du nom... une dynastie !

Il y a peu de bois de chauffage à proximité de Tunis. Il est même fort rare dans toute la Tunisie, en exceptant la Khroumirie. Je l’ai dit précédemment, ce dépouillement d’une terre jadis recouverte de forêts magnifiques est l’œuvre des peuples pasteurs, qui arrachent et brûlent tout ce qui échappe à la dent de leurs troupeaux.

Mais il reste la broussaille des pays de montagne, que l’Arabe convertit en charbon qu’il apporte en ville à dos de chameau. Le chargement se fait sur chaque chameau dans deux sacs très lourds, bouchés à leur partie supérieure par des branchages de lauriers-roses.

Les caravanes de charbonniers qui affluent à Tunis sont pittoresques. Un jour ou l’autre, quelque peintre nous montrera ce tableau curieux de l’énorme bête portant de chaque côté de sa bosse un buisson de lauriers, avec le chamelier trottinant à côté sur un âne minuscule.

Faute de bois, le commerce du charbon est de première importance. Il n'y a pas, à Tunis, moins de 265 marchands de charbon attitrés, soumis à un amine, l’amine el Fahama, qui se nomme Jounes-el-Hentati.

Très anciennement, le commerce du charbon était libre à Tunis. Vers le commencement de ce siècle, les Mozabites, tribu industrieuse d’Algérie, en ont acheté le monopole, que le ministre Kheir-Eddiu leur a enlevé ensuite.

Mais voyez la force de l’habitude en ce pays : les Mozabites ont, à peu de chose près, conservé de fait le monopole qui leur avait été enlevé par décret.

Toutes les caravanes apportant le charbon de l’intérieur du pays aboutissent au foudou/t el fahm (halle au charbon). Ce foudouk est une large cour carrée de la superficie d’un hectare environ, entourée de murs. C’est là que s’arrêtent, se couchent,

broutent, meugleut et braient les ânes et les chameaux des caravanes charbonnières. C’est là que s’opèrent les transactions et que se payent les droits. Le foudouk des charbons est situé au bout de la rue El-Djazira, sur la grande place, à gauche.

Des petits marchands détaillants achètent du charbon pour le colporter dans des brouettes et le vendre dans les quartiers les plus reculés de la ville en criant : « Carboun !... carboun !...» Ces colporteurs font une rude concurrence aux marchands mozabites.

La ville de Tunis est entourée au nord et à l’est de terrains bas qui reçoivent les canaux de déversion des immondices. Les égouts de la capitale n’ont pas d’autre issue

Marchand de figues.

que ces canaux qui se jettent dans le lac. Sur leur parcours, des norias élèvent les eaux sales et les répandent dans les jardins maraîchers où poussent des légumes d’une beauté incomparable.

Le commerce des fruits et des légumes s'appelle « commerce de ce qui est vert » (khadra).

11 y a à Tunis près de deux cents boutiques dans lesquelles on vend des légumes ; elles sont extrêmement pittoresques. Les boutiques de marchands de légumes regorgent de verdure pendant les mois d’hiver et au printemps. On y voit des céleris monstres, de très jolis navets au col d’améthyste, des piments aux cornes de corail, des tomates capitonnées, des bottes d’excellents artichauts ; la carotte jaune longue se détache sur ces masses vertes de tonalités si différentes.

Pendant presque toute l'année, le marchand de légumes de Tunis met à sa devan-

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