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A TRAVERS LES VILLES DE TUNISIE

A Kairouan, la Cité Sainte.

Le plus ancien historien des invasions de TAfrique du Nord, Abd-er-Rabman-Ibu-Abd-el-IIakem, raconte ainsi la fondation de Kairouan, celle capitale religieuse de la Tunisie :

« Okba-ben-Nafé niarcba sur Kafsa qu'il prit , ainsi que Kastiba, puis se dirigea vers Kairouan. Cette ville, fondée par son prédécesseur, Moaouïa-Ibn-Hodeidj, ne lui plut nullement, et, remontant à cheval, il conduisit tout son monde à l'endroit que la ville actuelle du même nom devait occuper, (l'était une grande vallée, remplie d'arbustes el de plantes rampantes, qui servait de repaire aux bêtes féroces et aux hiboux. Arrivé là, il cria à haute voix :

« — Habitants de cette vallée, éloignez-vous, et que Dieu vous fasse miséricorde! Nous allons nous fixer ici. »

Il fit cette proclamation trois jours de suite, et toutes les bêtes sauvages et tous les hiboux évacuèrent la place. Il ordonna alors de déblayer le terrain et de le partager en lots; puis, y ayant transporté le peuple, il abandonna la ville bâtie

\ IKAVKIIS I.F:> VII.I.RS î)K MNISIK 103

par Uni lliMlfidj. Al(»r>. |il.intaiit sa laiire <»n Uîrrc, il .s'<rria :

<i \'(Mci N(tln' Kairoiiaii (\ ). <»

I II aiilic lii>lini<'ii, .\(j\\(Mri, rafoiih* encore ceci :

« Okha Irara l(»s fondations (I<î l'Iiôlel du piuvernemcnl cl (II' I.L i^r.iMilf iikkiiih'P. \,:ï coilSlructiun de rrl|c-ci n'f'lait [)as encore (■oiiimi'inMT (|iiaud il y fil relrhrtT la pruTc.

» A celle occasion, un certain inoiivetnent se manifesta parmi le pciiplr , .m siijcl ili' l.i KiM.i iiM. nkha sT'tant adressé au Dieu lout-puissanl. il vil [)endaiil >oii souiiueil une n;;ure (jui vinl à lui et prononça ces paroles :

» — Favori du Mailie de l'iinivfM-^ . (|ii:ind le jour se lèvera, prends (ou étendard et niels-le sur ton e[)aule; tu entendras alors devant toi les cris d'Allali-Akbar (3j, et nul autre ne les entendra; à l'endroit où ces cris cesseront, là tu placeras la kilda et le mihrab (l) de ta mosquée.

» Le jour commençait à poindre , (|uand le cri d'AlIali- Akhar! retentit aux oreilles d'Okba. Ayant demandé aux personnes qui l'entouraient si elles entendaient quelque chose, elles répondirent que non.

^> — C'est donc l'ordre de Dieu tout-puissant! s'écria-t-il.

» Prenant alors l'étendard sur son épaule, il suivit la voix qui continua à se faire entendre , et , arrivé au lieu où le mihrah devait être placé, le cri cessa. Fichant alors son étendard dans la terre , Okba leur dit :

^) — Voici votre mihrab. »

(1) C'est-à-dire stations de caravanes.

(2) Côté de riiorizon qui est dans la direction de la .Mecque.

(3) C'est-à-dire Dieu est grand!

(4) Nicbe indiquant la direction de la Kibla.

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l"^l-B(*kri, <lans srv description de rAfri(|ue seplciilrionale, nicoiile le fait suivant :

« Pondant la domination hvzanline , il v avait dans l'éslise do (lliikka-Henaria nn ol»jol hion curieux , un miroir dans lequrl tout homme qui soupçonnait la fidôlité de sa femme n'avait qu'à regarder pour voir la figure du séducteur. A cette épo(|ue, les Berbères professaient le christianisme, et un homme de cette race ayant montré beaucoup de zèle pour la religion était devenu diacre. Un latin, jaloux de sa femme, alla consulter le miroir, et voilà qu'il y distingua les traits du diacre berbère. Le roi fit chercher le Berbère et le condamna à avoir le nez coupé et à être promené à travers la ville; puis il le chassa de l'église. Les parents de cet homme allèrent de nuit briser le miroir; pour les punir, le roi fit saccager leur campement. »

La plaine de Kairouan rappelle l'Egypte : « Elle est formée, dit M. Gabriel Charmes, d'une couche d'alluvion déposée par de nombreux cours d'eau, qui se perdent au milieu de ses sables, mais après y avoir déposé une terre capable de porter les plus belles moissons. C'est une sorte de delta qui ne touche pas à la mer et qui, par conséquent, manque d'issue. Aussi, dans les hivers pluvieux, forme-t-elle un gigantesque marais; puis la sécheresse arrive; elle est alors brûlée comme un désert. Mais dans l'intervalle, les indigènes trouvent le moyen d'y faire une abondante récolte. Ils sèment à fleur de terre, n'ayant que d'insignifiantes charrues ; la fécondité du sol supplée au manque de culture. Au reste, l'industrie pastorale qui domine dans tout le centre de la Tunisie, donne et surtout

A TKAVF.US I.KS MI.I.KS DR TL'NISIK i06

|)(Uiir;ul (loniiri do b'\> rc.siiliai.s , «ju elli* nimpcnscrail 1 iiUMit riiisiillisaïK'n dos .lulros indtislrio

KciinuiaiK la inviiiiôn; ôta|)(3 des Arabes cii Tunisie, fondée par Sidi-Okha, l«Mir {^'«Mirral, la ^yi)'^ aiitiée de riii*;^ire (iHY.) de Père chréli(Mine), d(''lriiite, rehâlio, ravai'i'o , nïisr ii feu cl a sang un notnlirr inral('id:ilt|(' do foi.- , t garde à traver-^ }o< siècles son puissant |mosI|l(o. II y a des royaiilés, inonie dôcliuos, (|no lion ne peul alloindro.

C'est la oa|)ilal(* rolij^iouso de la Tunisie (I).

Elle possède '{0,000 lialiitanls et est le cliof-lieu d'un cercle mililaii'o.

Los rois de Tiniis uni \uiiUi y être enterrés.

L'opinion générale des musulmans est (|ue le |)ropiièle aime plus particulièrement les âmes de ceux (jui reposent dans la cité sainte, o( (|u'il les conduit directement au paradis. Anssi les personnages riches ou de distinction font -ils tout leur possible pour y avoir leur toml»eau. On y voit des fidèles se déchausser avant d'entrer dans la ville , ne voulant fouler le sol sacré que de leurs pieds nus.

Partout les tombeaux des anciens dignitaires fatimites, aglabites ou hafsites y sont entourés pieusement de monuments expiatoires, que les fervents aiment à décorer de beaux et riches ornements ou de draperies aux couleurs éclatantes (2).

Partout , on rencontre des chapelles élevées avec des matériaux antiques. Des colonnes romaines ou byzantines sou-

ci) A la Zaouîa de Sidi-Sabalu, il y a deux chaires de théologie et de droit. (i) Au dehors de l'euceinte, on voit aussi de uombreux cimetières.

liriiiiciil «les arcades iiiaiii('S(|ius, des has-relicfs arahcs coudoient <les cliairilaux corinlhiens.

La ville est peuplée de faiiali(jiies, et nous ne sorli(nis jamais >ai)S être armés.

Avant l'occupation franraise, la cité sainte était inteniile aux juifs. Quand un juif se présentait aux portes de la ville, on le conduisait en un endroit nommé Dard- Aman, maison de la sécurité, situé à une demi-lieue du nord-ouest. Les Européens non Israélites étaient ])arfois autorisés à visiter la ville. Aujourd'hui (|uc la ville leur est toute grande ouverte, ils doivent encore user de la plus grande prudence avec cette population fanatiipie, qui, malgré le Coran, boit souvent outre mesure.

La ville, par elle-même, n'a réellement aucun caractère architectural. Les maisons paraissent pauvres, les grands murs blancs y tenant beaucoup de place.

Pour les musulmans, Kairouan est toujours une ville de pèlerinage; sept visites à la cité sainte confèrent le titre de Hadji et équivalent à un pèlerinage à la Mecque.

Les infidèles qui veulent pénétrer dans les mosquées ne sont pas encore regardés d'un très bon œil (1).

Kairouan possède de nombreuses mosquées.

La place est défendue par un mur denceinte flanqué de tourelles et de tours rondes, mais fort délabré dans ses parties ouest et nord-ouest. On pénètre par cinq portes en bois,

(1) En 1S82, rentrée des mosquées était même absolument interdite. — Kairouan était autrefois bien plus étendue qu'aujourd'hui. La tradition a gardé les noms des quartiers aujourd'hui disparus. — Derb-es-Mesmar, le quartier des marchands de clous, qui, à lui seul, pouvait mettre en ligne jusqu'à 80,000 combattants. — Drâa-el-Gatrania. la colline des marchands de goudron. — Dràa-cl-Temmar, la colline des marchands de dattes. — Drda-el-Kerrouïa, la colline des marchands d'épices. — Drda-el-Ouiba, la colline des mesureurs de blé.

\ THAVrilS IIS VIf.I.RS IlK TINISIK 107

hanlrcs dr Icr, iloiil I iiih'. Iluli cl-l^yllmlin (1), C»l doiiMi*.

An IkmiI (le rli.'iniiic , une iii>cri|)linri aralw fait rorniailn* la (laie de sa (:(Hislrii('Unn (Hi do h;i rcftlamaliun. luulc^ ivnioiihMit ;i la dynastie des llalsiles. A C(Ué de Ilah-rl-l))»| ladin, niic iiclilc |k>I»'iik', lonjoin- niivcrlr. [irniirl :iii\ liahilanls de coinninnitiner, jour v{ iniiL a\i'i- les laniJULir;;5 e\terienrs. Les portes [)riiK'i[)ales sont ferinéos après le coueher du soleil.

La i^M'ande inos(|uêe de Ivairouan, Inndee par Sidi-Ukha Ini-niènie, dondiie la ville et la rainpa^Mie an loin, (l'e.^l bien le joyau de la cité sainte et faroui'lie, cette Djanm-Shli- Okha. La cour grandiose est entourée de porliipics ; au loinJ, vis-à-vis des portes de la nios(|uée, s'élève 1(; minaret où le muezzin, agitant son drapeau rouge, ap[)elle les fidèles h la prière. Des fleurs parfumées croissent entre les dalles du sol, et le soleil dore les briques rougissantes du minaret. La grande salle de la prière renferme une quantité innombrable de colonnes belles et variées, en marbres précieux, en onyx, jaspe, porphyre, granit rose ou gris, de tous les styles, byzantin, romain, arabe.

Les boiseries des grandes portes de la cour, celles de la chaire, sont d'un goût superbe, d'un exquis travail d incrustation.

Les autres principales mosquées à Tintérieur de Kairouan souih Djama-TIctii-Biban ou des Ti ois-Portes, au sud de la ville, et Djama-Barouta . Djnma-el-Be\j, Djama-Abd-el-Melek. Ce sont des mosquées très ordinaires.

(1) Porte des Peaussiers.

Dans le faiiboiir;^ des llass, on trouve encore la mosquée Kmii-el'Ahddd, (|ui est surnionlée de six coupoles, et celle de Y (Il nier, Djin/ni-XtUnind (1).

Il ne faut pas oublier la célèbre zaouïa de Sidi-Sahel- Eniiabi (2). On va à la tombe par une magnifujue galerie (louL les murs sont cuuverls de vieilles faïences persanes d'un merveilleux coloris et d'un dessin très original. Le plafond est garni de panneaux agrémentés de ciselures fines, variées et dini cliarmc inoubliable.

L'aspect de la tombe est vraiment grandiose. Le sarcophage en bois se trouve sous un dôme élevé. Il est recouvert d'un drap de velours vert, orné de broderies d'argent et entouré d'un treillis auquel des fidèles ont attaché des petites pierres apportées de la Mecque ou des œufs d'autruche. Ce sont leurs ex-voto à eux. Le sol est couvert de riches draperies, et les murs ornés de faïences persanes. Des drapeaux d'élofles précieuses flottent fièrement et ajoutent à la grandeur de la scène.

Les autres principales zaouïas sont Za(Juia-eI-Tidjani (3), qui possède une belle cour entourée d'un cloître qui est supporté par des colonnes romaines. La salle carrée est surmontée d'une koubba cannelée et éclairée de vingt fenêtres à vitraux de couleur.

(1) a La Yisile complète de tous les édiOces religieux de Kairouan, mosquées, zaouias, koubahs, cimetières, demauderait uoe semaine, et cent descriptions, tout un volume. i>

(Victor Cambo.n.)

(2) Sidi-Sahel-Ennabi élait le barbier et l'ami fidèle du prophète. La tradition raconte que trois poils de la sainte barbe de Mahomet reposent sur la poitrine du cadavre du barbier, renfermés dans un sachet de velours vert.

On appelle Zaouïa, une petite mosquée unie à une Koubah (tombeau d'un marabout). Parfois la zaouïa comprend aussi une école et un cours de haut enseignement pour les mulsuhnaus lettrés.

(3) £lle est le quartier général de la conférence de Tidjani.

A lIlANhU.s 1.1^ \ M. 1.1. S DR H MMh 109

/nntttd (le Siatlid rl-Ki'HWjuni . <|Mi r<'iifiTfiM' la tornlip fl«' eu iii.ii.iIkmiI (iiioil m SOT) dp riic;;jrc; ri «Ir .>rs iliîijnîiiclaiib. L.'i |Mirl(' dViilivp ;i iiiic liaiilo arcule en fer ii rluival , on marbre noii" d jauni*, sii(>|huI('m» p.ir *|ps colnnnfs <'ii rn.irlir.» hianc. (^csi un elIVl très pillorcsque. IJIe [lo.^snle (lcu\ cours a\TC cloilro «i un pavage en inaihre.

La ville de Ivairoiian esl très lielie. L'râce aux nnrnhretiv pèlerins cpii y arrivent eliaipie année. l'Jie (.'^l nMiuuiuiee |)oi;r ses fabriipies de lapis (I).

(les lapis son( 1res renommés par la richesse, la variélé, la solidité des coulem-s, la finesse et la i^^randc [)urehi de la laine.

Ce sont les Arabes qui les rabri([uent eux-mêmes avec la la laine de leurs moutons et le suc des plantes tinctoriales ((|ui croissent sur les côtes et aux environs), qu'ils savent exprimer savamment.

Il existe aussi quebpies tanneries assez importantes où l'on fabriipic des maroquins rouges et jaunes, ayant une certaine réputation.

Près de Kairouan, entre le Djebel-Djoukar et le Djebel- Zarouan, se trouve un délilé appelé Foum-el-Karrouha, endroit très pittoresque et dont parle l'historien Ibn-Khaldoun dans le récit historique suivant :

« Il y avait à Touzem nn nommé Ahmed, qui exerçait la profession de tailleur. C'était l'arrière-petit-fils d'Abou-Debbous, dernier Khalife de la famille d'Abd-el-Mouman. Les Arabes, ayant appris le secret de sa naissance, lui remirent les cm-

(1) On en exporte plus en Angleterre qu'en France.

liu TUNISIE l'ï TUNISIENS

Mi'ines de la souveraineté, vu l'assiiranl (|u'ils le (lêfcndraieiil iiis((ii'à la inorl. Le siilt;m Almiri-Hassan (|uilla Tunis à la Iclc <l une armée cl ni.nclia coiilre les insurgés. Arrivé au lenia ou col qui se trouve en deçà de Kairouan, il les mit en fuile el les poursuivit jusqu'à cette ville ; mais il fut fnrré à son Inur de s'enfermer dans Kairouan, et n'aurait pu gagner Tunis, si la désunion ne s'était mise dans les rangs des

insurges. j>

Sfax.

SffLc (1) est la seconde ville de la Régence. C'est une place forte de 3,000 habitants, située à 350 kilomètres de Tunis.

On est obligé de jeter l'ancre à près d'une lieue de la ville.

a Le flux et le reflux, dit M. Victor Guérin, sont très sensibles sur ces parages, el la différence entre les hautes et les basses eaux est d'environ un mètre et demi. A l'époque des équinoxes , cette différence est beaucoup plus considérable encore : elle serait de deux mètres soixante. Ce phénomène, assez rare dans la Méditerranée, est ici très remarquable et aussi réglé mais moins fort que dans l'Océan. Faute de le connaître, les navigateurs pourraient se trouver dans le plus grand embarras sur cette cùte, semée d'ailleurs de bas-fonds, et (jui. depuis le Ras-Kapoudia, entre Monaslir el Sfakès, fait partie de la petite Syrie, tant redoutée des anciens. »

(1) L'aDcienne Tapluira ou Taparura des Romains.

A TIUVKUS |.|:s MI.I.KS HK TLNISIE «H

Sfa\ est |(» siè^M' diin rnnirnlr civil. KHi- |)0SHÙ()r uii<* faliri»|ii(' d'jHolïrs (!<' rohm. lilli* f.ul un ;irainl roinmfrn» «l'riMMi-îrs, (l'hiiilc (.!.' JS.mHI,(IOI) à iiO, ()()(), (100 (|<> liires) cl d'allMS.

Son nom de Sfax on Slakès virnl du mol sfuLntts, nmcomhirs, daul In nllr pitssi'dc imc iiniinlf tjumitdî', (I).

A pK^pos de Slax, rappelons une pci;^c curieuse écnlL- par M. (jal)riel (Iharnies :

« A Sfax, disail-il, le l>alayage des rues êlail exéculé, avant roccu[>alion iVanraise, d'une nianiêro ori^/inalc On lâchait à travers la ville des tmupccuw de cochons, ijui se eliargcaienl d'enlever les innnondiees. Par uiallieur, les cochons ont él(' tués durant le siège. Il a donc fallu clierclier un autre moyen d'entretenir la voicrie en bon état. D'ahord, les consuls s'y sont assez bien prêtés. On a cru un instant qu'ils consentiraient à laisser percevoir une taxe de balayage.

» Bientôt, cependant, ils se sont ravisés. La plupart d'entre eux habitent la campagne et ne viennent en ville (jue pour des affaires. Dès lors, pourquoi craindraient-ils les dangers de l'infection? Ces miasmes ne risquent pas de dépasser les murs d'enceinte, et s'ils produisent un effet délétère dans l'intérieur de ces murs, ce sont les soldats français qui en souffriront. Peu importe aux consuls étrangers que les soldats français meurent de la fièvre ou de la peste! Il n'y a pas eu moyen de les convertir à la taxe du balayage. »

Cette page est à méditer pour l'avenir de notre colonie,

(1) « Un des légumes que l'on cultive le plus dans les jardins de Sfakès est le concombre ou fakouSy d'après Sham, Sfakès serait la k cité des Concombres. •> (E. Reclus).

il-i TUMSIL 1.1 ILMSltNS

cl ne prouve-l-elle pas la nécessité de la sii[)[)ression (les cainliilalions?

Bizerte.

lUzcrtc (Ij, c'est la Venise (ifricainr. Elle a an aspect vraiment charmant et poélijpic avec ses quais l)orJês de petites maisons qui se mirent dans les eaux calmes, tranijuilles cl transparentes de son golfe. Et (|uaii(J, le soir, h lune se lève et éclaire ses grandes portes golliicpies, on croirait voir une antique et lielle cité du Moyen-Age.

Comme tous les principaux ports algériens , Bizerte est placée sur la rive occidentale d'un golfe en forme d'arc de cercle, au pied de hauteurs qui l'abritent très heureusement contre les vents du nord-ouest, et sur les bords d'un canal qui fait communi(|ucr avec la mer le lac de Bizerte ('2), réceptacle d'un bassin assez étendu (3).

Le commerce de "Bizerte est aUmenté par les fruits , les raisins blancs très renommés, les céréales, et surtout par les poissons.

(1) Elle occupe Tancieii emplacement à'IIippone-Zaryte^ fondée par une colonie phénicienne, et qu'ÂgalhocIe, vainqueur des Carthaginois, entoura de fortiDcations.

(2) Ce lac d'estuaire, écrit M. Duveyrier, profond de 9 à 11 mètres, forme le seul grand port naturel de la Tunisie et de l'Algérie.

(3) « Non aussi déchue que Porto-Farina, Bizerte a même un assez grand aspect avec sa muraille flanquée de tours et sa kasbati qiiadrangulaire qui s'élève à l'entrée même du chenal; si ses ambitions se réalisent un jour, elle deviendra cité considérable, comme le grand port militaire des possessions françaises «n Afrique. Après le détroit de Messine, nul havre ne serait mieux situé que ce lac pour abriter les flottes de guerre et pour surveiller la route du commerce la plus fréquentée de la mer Intérieure; des promontoires voisins de Bizerte , c'est en véritables convois que l'on voit souvent passer les navires. „

(Elisée Reclus),

A TUAVKIIS I.KS VILLKS DE TUNISIK Hli

(l'rtaioiil (le |M'lits l».il(;.'ui\ i|iii v(Miai(Mit aulrefoiii jnscprii ni/.(Ml(' (•licrcInM* le unisson ri r.ip|MMlor sur les rives d»* France Mais inaiiilciiaiit (|tir les (ra[isalhii(i(|iios ioiichi'nl à ct^ \H\\'{, ils n'v virniKMii plus ri soiil nippljM^s dans leur sorvi('(» avec avanlaj^c par des pa(|iielM»ls (|iii ne niellrnl guère plus de iHMilr ln'ures pour aller m Traiice.

La pèche a lieu LrèiK'raleiiienl Inus fois par semaine. (Ihacpie jour de pèche rapporte environ 'iJMMI kilos de poissons. Une partie est expédiée à Tunis à dos de chameaux. Le reste est gelé au moyen d ini appareil n'friL'éranl hase sur l'évaporalion d'un sel ammoniacal, et conservé jusiprâ ce que les demandes nécessitent son expédition par les pa(|uebols.

Bizerte dépend du cercle militaire de Tunis.

I^lle est le chef-lieu d'un Caïdat et possède deux écoles : une école franco-arabe et laïque de garçons el une école de filles tenue par les Dames de Saint- Joseph.

En face de la Kasba se trouve une forteresse appelée Ksiba (petite Ivasba) ou Bordj-Sidi-Hina) ; parce qu'elle renferme un sanctuaire qui a été autrefois consacré au marabout de ce nom.

On rappelle aussi parfois Bonlj-es-Sensela (de la chaîne), parce que c'est de là que, dans les temps passés, partait la chaîne destinée à fermer le port.

Au nord de Bizerte se trouve un quartier appelé le Quartier des Andalous.

Il y a, à Bizerte, une petite maison qui nous a frappé par son aspect propre et de bonne tenue. Elle est entourée

r ni Tl'MSIE KT TUNISIENS

(rail (hannaiil jardin. C'est l'école tenue par les Sœurs de Sainl-Joscph; elle a été fondée le 1"*' décembre IHH^.

Sousse.

La ville de Sousse (1) a été fré(|uemment décrite car, après Tunis, c'est la ville qui a été le plus visitée par les voyageurs (2). Et cela à cause de la facilité avec laquelle on peut s'y rendre.

En prenant le paquebot à la Goulette au coucher du soleil, on arrive en vue de la ville à son lever.

Sousse descend en ampliilhéâlre vers la mer. L'aspect en est tout séduisant. Une ceinture d'oliviers vert sombre l'entoure. Ce ne sont partout que terrasses au-dessus desquelles se montrent quelques coupoles et minarets.

Tout en haut, la Kasba se montre avec ses larges murailles et sa grande tour.

L'ancienne enceinte fortifiée de Sousse, qui est encore intacte, enserre la ville d'une ligne crénelée blanche dont la monotonie est diminuée de temps en temps par des tourelles carrées.

(1) L'ancienne Hadrumète des Romains.

(2) Voici d'après une légende indigène d'où viendrait le nom de Sousse :

Après Hadrumète, Sousse se serait appelée Djohéra (pierre précieuse). Un des gouverneurs de la cité, ayant fait suspendre une perle ou une pierre précieuse par un lil, au-dessus de Bal-El-Bahar, il arriva qu'une nuit ce fil fut coupé. Le lendemain matin, un habitant qui se rendait aux champs, ayant vu la chose, s'écria : « Tiens! ce fil a donc été mangé par un ver (le mot ver se dit en arabe Sous$t) ; un deuxième , un troisième, un quatrième, un cinquième dirent de même. .Tous les habitants de la ville vinrent voir la chose, et le mot Sousse passa par toutes les bouches. Le mot resta à la ville comme un sobriquet.

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