‹ Tunisie et TunisiensChapitre 19 sur 48 · A \A VÉCUE ET A LA CHASSE · texte numérisé non relu

A \A VÉCUE ET A LA CHASSE

A la pêche.

P.irlout 011 nous allions, quand nous ne nous trouvions pas, lùon rnlcndu. à une distance trop grande des côtes, nous étions sûr de trouver du poisson à manger, et non pas seulement une seule espèce, mais une grande variété. Un soir que nous dinions dans une hôtellerie de Bizerte, laide d'aspect, mais où la cuisine était délicieuse et les mets servis, contre riial»itude, avec une grande propreté, nous entamâmes une conversation avec l'hôtelier et l'hôtesse, une gigantesque cuisinière pesant au moins 125 kilos (et son mari presque autant). Il faut dire que le poids de leur corps n'empêchait nullement leur langue d'être déliée, et qu'ayant été chercher dans ma valise une houleille de vieux Champagne je parvins à les faire causer, et j'obtins d'eux des renseignements précieux sur les pêches tunisiennes.

Bien que l'on pêche sur tous les points du littoral de la Tunisie, c'est spécialement dans le lac de Balina (entre Tunis, la rade et la Goulelte), dans le golfe de Tunis, dans les rivières de Miliana et de Medjerdah, dans les grands lacs de Bizerte,

i.\ l'M.iii. Il i\ (.iiAxM, rrj

sur l:i cnlc (le Sl.ix. :iiitt)iir (les llos de l)i«»rl):ili r\ »li' K'«Tki'nîiili.

tjlK' >(' liHlt !(•> pCcllUS les [illis |»nnlucU\t'^ , les |)lll.s liïnm

(laiih's.

Oiini(|ii(' l;i piVlir ;iil liiMi liti m.us ilr» rnrii an mnis ilr (ItTciiilnr , c est |Miihi|»al(Mii('iil [u'iulaiiL l«'.> iiioi.^ <|i' iiiai, <l«* juin, (le S(»|)l(Mnlirr cl dOrlcihn; (lu'nii la praliqiu» Ir |»liis.

JViniii les (li\t'r.so>; pspprps <l<' poissoiis (pic Inn pf^clu». les piiiicipalos sont :

Lp roiiurl i^imillus), le serran (senanns), ran;.'iiille (an;;nilla), In (lonulc ichrvsopliorvs aiirala), le iniilct OFiii'jil). la sole (^solea vuliians), la moule (iVulli di niarej, l(^ loup dalirax lupus), le UKMlan (gadus puntassu), le thon (ihynnus vulgaris), Torphie (helone-acus) , rai,mulle (sygnallius) , le bonite ou pêlanùle (lliynnus pelaniis), la raie (raja), le denté idenlex vulgaris), le pagean ou pagre (pagrus).

Sur presque tous les points de la cùte, on trouve des es[)adons et des squales (1).

Près de Sfax on rencontre aussi des tortues dont les plus grosses pèsent parfois jusqu'à 35 et 40 kilos.

On ne trouve, sur les côtes de la Tunisie, ni huîtres, ni perles, mais pas mal de corail, que l'on pèche surtout entre Bizerte et Tabarca ; les quantités de ce corail s'élèvent jusqu à :25 quintaux métriques et le prix en varie de 85 à 90 francs le kilo. Ce produit est exporté à Torre del Greco et à Livourne. Le droit de faire cette pèche est seul concédé à la France (^).

(1) Ces poissons ne sont jamais exportés.

(2) Malgré cela, ce sont principalement des bateaux italiens et des Grecs qui le font-

Presque Ions les produits des pêches liinisiennes passent à la consominalion locale; on ne peut guère en excepter que le llion, lès œufs de mulet et les polypes. On exporte ces denrées il Livourne et en Grèce. Le thon est exporté en hoites et en hnrils à Naples, à Livourne et à Malte, après avoir été salé oii mariné dans l'huile.

On se sert en Europe, pour le graissage des machines et la tannerie, du liiiuide huileux fourni par les parties grasses et les arêtes du thon qui sont cuites dans l'eau de mer.

La pêche des éponges et des polypes est faite principalement autour des îles Djerhah et Kerkennah, sur les cotes de Zerges, de Gahès et de Sfax. Cette pêche appartient à l'Etat. On se sert pour la faire du harpon à trois branches.

On distingue dans le commerce trois différentes espèces d'épongés provenant des côtes tunisiennes : i° Téponge de Sfax; 2"^ l'éponge de Bengasi; 3"^ l'éponge de Barbarie.

On pêche tous les ans environ de 100,000 h 125,000 kilos d'cponges dont la valeur est de 050,000 à 750,000 francs, et environ de 65,000 à 75,000 kilos de polypes dont le prix est de 200 francs les 100 kilos.

Le produit de la pêche est adjugé pour trois années aux enchères publiques. Le gouvernement tunisien prélève un impôt de 25 0/0 sur la pêche du poisson frais; cet impôt est acquitté par les pêcheurs; de plus, il reçoit tous les ans un droit de concession de 10,000 francs pour la pêche du thon (1).

La pêche des grands lacs de Bizerte, du lac de Bahira et

(1) La pêche du thon commence le 3 mai et unit le 30 juin.

..A l'K.CIIK KT I.A CIIASSK fOl

• lu ^M)lf(; (le Tunis rapporte tous les ans de 30,000 à :{."iJ)(HI li.ifi.x.

\ OUI appro.Miiialncninil la ([(laiililé <le poissons prise anoiiciltMiMMil :

1" l,r)00 loniKis pour le golfe, le lac cl la rade de Tunis ;

tî'^ :{00,000 à :h20,000 poissons pour la pêche des lacs de Ui/.erle;

3' 37)0,000 à 300,000 poissons pour les autres points (le la ccMe.

On pèche tous les ans près de 10,000 liions (pii fournissent environ 70,000 à 72,000 kilos d'œufs el de 3i>,000 à 35,000 kilos d'huile.

Le prix du thon varie de 80 à 00 francs les 100 kilos.

La pt'che des mulets donne de 33,000 à 30,000 paires d'œufs ou boutargues dont le prix varie entre 70 el 80 centimes la paire (1).

On peut dire que le revenu annuel de la pêche à la Goulelte, à Tunis et à Bizerte est de 230,000 à 250,000 francs et que celui de la C(jte sud-est et est jusqu'à la frontière de Tripoli est de 200,000 francs.

Le revenu de la pèche à Gabès el à Sfax est de 180,000 francs.

Ou peut évaluer le nombre des pêcheries sur les C(Jtes tunisiennes de 600 à 700 et donner les chiffres de 1,200 à 1,500 pour les petits bateaux monlés par trois ou quatre hommes d'équipages, occupés au transport des éponges et des poissons.

Dans le golfe de Tunis et dans la rade, on pèche avec cinq

(1) On en vend environ 20,000 sur place pour le commerce local; le reste est exporté à Livourne.

i'dJ TUNISIE ET TUNISIENS

OU six halcaiix ii voile de douze tonneaux de dê|»la(einent nionh'S |)ar sept on huit hommes.

Dans le lac de Uahira la \\èc\ui est faite avec une trentaine de lianjues montées jiar (|iialie hommes.

A la (îoulette, il y a une l)ar(|ue de deux tonneaux avec <|innze hommes, qui liaient de terre des filets ayant une espèce de sac.

Pendant le mois de septemhre, on |)êche aussi le taserfjelt (lemnodon saltator), poisson qui pèse généralement de six a huit et une bonne moyenne de sept livres anglaises. Il a une chair de haut goût, apte à tout genre de cuisine. Au commencement de septembre, on le rencontre en quantités croissantes et parfois mêlées de dauphins. Pendant tout le jour les bateliers en prennent de grandes quantités par la méthode indigène, qui consiste à placer une amorce (bande de la peau bleuâtre et dure du tasergelt lui-même ou morceau de chiffon blanc) sur un énorme hameçon, souvent sans boules, fixé à un fort fil de métal et à un bambou solide et court. Avec cet engin, on bat l'eau pendant que le Ijateau file à toutes rames, les pêcheurs criant et chantant. Les poissons voraces sont rapidement enlevés dans le bateau et l'hameçon dégagé, quoique les ruptures soient fré(|uentes. En se servant des engins européens, cette pêche ressemble à la pêche en mer du saumon.

Après octobre, les bancs de surface disparaissent en majeure partie.

Autour des îles Djerbah et de Kerkennah, le long des côtes sud-est et est de Tunisie, la pèche se pratique au moyen de

l.A li.illK M l.\ rliASSE S03

viviers (Ml aljilia nu en lir;uirli(»s <l»' p.ilinicr. (j'Il*» (mVIic (*^{

Slirinill |M';i(i(|ll)'-(' (I.IIIS |r> r||i||-nil>, Mil, I niniiH- ,i dal"

Sfax, les marées se font s(îiilir.

fja (1(1 :('((<' de duloyiu' ' I i jlonfuî sur celle pêrhe un arliclc curieux rempli de n^nscigiifuicnl^ :

« La pèche, dil ce n'cit de voyage, est 1res l)i/.arre. Les poissons de mer les meilleurs el les plus îiond»reux soîil d'oxcellenls saulems, ri i|iiand ils llairenl un dan;;iji , il.> cherclienl à rt'viler, non |)as en s'enl'uyanl, mais en faisant d(\^ bonds vij^oureux |)ar-dessus la surface de Teau. Hn muI ainsi de gros poissons de dix à (pnnze [)ieds de lon^^ 'pn décrivent des arcs étendus dans les airs. C'est sur cette |)ropriélé (\ih' le pécheur hàtit ses plans. Il [)lantc dans une haie fermée des barrières en roseaux ou en feuilles de palmier ([ui viennent converger en formant un angle. Le sommet de Tangle reste ouvert, et on y installe une grande nasse, non pas dans Teau même, mais deux ou trois pieds au-dessus. On chasse les poissons vers le sommet de l'angle; mais là, comme le chemin se rétrécit pour eux, ils ont vent du danger, veulent l'esquiver en sautant par-dessus et se trouvent pris au piège. En pleine mer, on installe, au lieu de barrières, des filets, non pas verticalement comme partout ailleurs, mais horizontalement, de telle sorte que le filet flotte sur l'eau comme un radeau large de huit pieds, en formant un demi-cercle. On y refoule les poissons en faisant du bruit et en jetant des pierres ; dès que ceux-ci arrivent près du filet, ils font un bond, et ceux qui n'ont pas pris leur élan, tombent au milieu du filet : mais en

(1) Numéro du jeudi 30 octobre 1879.

i»04 TUNISIE ET TUNISIENS

général plus d'un tiers des poissons arrivent à voler de l'autre côté; les poissons forment ninsi notoirement une transition aux poissons volants , (|u Dn rencontre d'ailleurs également sur les eûtes. »

Un riche commerçant, Maliamed-AUi, punr If^pu»! un abbé de Marseille nous avait remis une lettre de recommandation après nous avoir reçu bien cordialement avec une véritable hospitalité orientale, nous emmena un jour avec lui pour assister à la curieuse pêche du corail , sur les côtes , non loin du golfe de Gabès. C'était un honneur qu il nous faisait, car c'est une gracieuseté honorifique que d'inviter un étranger à assister à une pèche du corail.

Voici comment se pratiijue cette pèche (1) sur les côtes. On a remarqué que les bancs de corail exposés au midi fournissaient des coraux beaucoup plus éclatants que les autres. Pour faire cette pêche, on se sert de chevaux de bois auxquels on attache du chanvre pour y accrocher des coraux ; audessous sont situés des filets chargés de plomb qui les forcent à rester au fond de l'eau. Cet appareil est maintenu ])ar des cordes au bateau; on jette les filets, et, lorsqu'on sent qu'ils sont retenus, on secoue vivement pour enlever les polypes.

Les bateaux sont ordinairement montés par des pêcheurs qui sont en même temps plongeurs, et qui vont chercher au fond de l'eau ce que l'appareil a arraché et n'a pas pu remonter.

(1) On sait que le corail rose ou rouge est uq polype à substance dure, compacte, solide, qui se présente au pêcheur sous forme d'un arbrisseau avec des ramilications sans feuilles, dont la hauteur est ordinairement de 3 à 5 décimètres pour une grosseur de 2 à 3 centimètres. La mer Méditerranée est remplie de coraux.

Page 1