LE CLERGÉ FRANÇAIS EN TUNISIE
Le Clergé français dans la Régence de Tunis.
Depuis plus (Je six siècles, la France s'est montrée en Tunisie la véritable protectrice des catholiques.
En 1270, le fils de saint Louis passe, avec le roi de Tunis, un traité qui accordait la liberté de conscience aux catholiques et l'autorisation de bâtir des édilices pour célébrer leur culte.
En 1535, dans les États du Sultan, c'est la France qui est reconnue comme protectrice des églises chrétiennes. Eu 1539, François P' reçut de Soliman le titre de « Pacificateur et médiateur de tous les actes et gestes de la nation des Nazaréens. » .
En 15G9, les capitulations passées avec les sultans, suzerains , les beys de Tunisie , reconnaissaient à la France le privilège d'accorder son pavillon aux navires étrangers.
Celles de 1581 donnent aux diplomates et agents consulaires de la France la préséance sur tous ceux des autres pays chrétiens.
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Au xvii" siôdo, les Ijfizfiristra fondas par saint Vincent do
Paul s'(HaI)liss(»ni dans la UngiMiro.
JjOs ca|Hl(ilali(His (I(î 1(17.'! (I ) accordent nnc grand(î Idjerlê aux év(M|ues et aux reli;^ieux.
Dans Tarlicle 17 du Irailê passé av(îc I(î Hey, le '10 août IGSf), il est écril :
« Les Pères capucins et autres religieux missioiuiaires h Tunis, de (piehpie nation ipiils puissent être, seront désormais traités et tenus comme [)n)pres sujets de l'empereur de France.... »
Dans les capitulations de 1740, on lit :
« Les évéïiues dépendant de la France et les autres religieux qui professent la religion franque, de quelque nation ou espèce qu'ils soient, lorsqu'ils se tiendront dans les bornes de leur état, ne seront point troublés dans l'exercice de leurs fonctions , dans les endroits de notre empire où ils sont depuis longtemps (2). »
Du reste, au xvn^ et au xvni^ siècles, des traités furent passés directement par les ministres de Louis XIV et de Louis XV avec les beys de Tunis.
Rappelons que, le 8 août 1830, M. Mathieu de Lesseps signait au Bardo un traité avec le bey de Tunis.
L'article 7 de ce traité conGrmait « les capitulations faites entre la France et la Porte, de même que les anciens traités et conventions passés entre la France et la Régence de Tunis. »
(1) Voir le Mémoire du comte de Saint-Priest sur l'ambassade de France près la Porte ottomane, avec introduction de Schefer.
(2) 28 mai 1740.
Un autre arlicl(3 du Irailr ronlOTiail rabolition rlo Tesclava<,^c (Ij: ((Tous l(;s esclaves chrétiens i|ui |>euveiil y exister (en Tunisie) seront mis en liberté, et le Bcy se cliarL^ira d'en indeniniser les propriétaires. Si, à l'avenir, le l]ey avait la ^Hierrc avec un autre état, les soldats, négociants, passagers, ou tous sujets quelconques de cet élat (jui tomberaient en son pouvoir, seront traités comme prisonniers de guerre et d'après les usages des nations européennes. »
Par un article additionnel, secret à ce traité de 1830, le Bey accordait l'autorisation d'élever une église française à la mémoire du saint roi Louis (2j.
(( Nous cédons à perpétuité k Sa Majesté le roi de France, un emplacement dans le Maalkla , suffisant pour ériger un monument religieux en l'honneur de Louis IX, à l'endroit où ce prince est mort. Nous vous engageons à respecter et à faire respecter ce monument (3). »
C'est en 1C48 que fut fondée la préfecture apostolique de Tunisie, confiée au Lazaristes (4), grâce à saint Vincent de Paul.
(1) Article 2.
(2) Depuis longtemps déjà les Heys se montraient fort tolérants. Ils avaient permis aux Trinitaires d'avoir un hôpital, et aux Capucins d'acheter une maison qui devint éslise en 1735.
De son côté, Chateaubriand écrivait :
« On peut assurer (jue le sort des esclaves en Tunisie est généralement fort doux, plusieurs y restaient ou y revenaient après avoir été rachetés; quelques-uns obtiennent leur liberté à la mort de leur maître ou de son vivant. » (Itinéraire de Paris à Jérusalem.)
(3) Dans son livre sur Les Faînilles de Cart/tage (1861, page 17), M. Beulé dit que saint Louis était vénéré par les musulmans, et que beaucoup d'entre eux aidèrent, par zèle désintéressé, à monter sur la colline les pierres destinées au grand marabout chrétien.
(4) En 1024, le pape Crbain VIII avait déjà envoyé à Tunis des Capucins; d'autres capucins s'établirent à l'ile Tabarka, en 1636.
i.l. (.I.KIK.I. lUAN^AlS §45
fjO premier tihilaiiv lui .Imii le Varlur (i). Kn Uili?. h. son (I(''|>;mI, JiMii coiili.i 1,1 llllv^|lHl ;i deux (•;i|)iiciiis. llcjMiib celle é|)()(|iio, ce fiireiil d iilleiirs des (Lipiirins (|iii diripçèreiil la prêfeeliire Ji|)osloli(|iie. Ils s'él.ihlinîiil ii Tiii)i> aii ca|» Nèirre, ;i Hi/erle, à (l.'ipo-Hosso (t2), ii Porlo-KaniKi.
Ml) I7(i!), mie p;iroiss(î fut fomlée ii la (ioulclle, et on établit des hospices daii^ les divers hai^iies (3).
Va\ I(S.'{0, les Ca[)acins étaient les seuls missionnaires résidant en Tunisie. Kn \SXi, le Hey leur donna, à litre j,'racieux , riiôpital des Trinilaires (i), situé rue Sidi-Moudjani. On y établit le couvent, et l'église Sainte-Croix y fut construite en 1835. En 1830, l'église de la Goulettc fut bâtie.
G'esl en 1840, ([ue l'abbé Bourgade créa le collège français de Saint-Louis.
Voyant l'importance des œuvres catholiques dans la Régence, le pape Grégoire XVI éleva, le 21 mars 1843, par un bref, la préfecture apostolique de Tunis à la dignité de Vicariat apostolique, et il revêtit du titre de Vicaire le préfet de la mission, le R. P. Fidèle Sutter, ancien provincial des Capucins de Bologne (5).
La même année, les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, ordre fondé par la baronne de Vialat (Sœur Emilie), vinrent seconder l'abbé Bourgade. Elles établirent une maison dans le quartier européen, créèrent un asile et une école.
(1) « Illustre à jamais, dit M. de Sainte-Marie, par le supplice inusité que les Algériens lui firent subir en 1683. (La Tunisie chrétienne).
(2) La station de Capo-Rosso fat abandonnée en 1742.
(3) En 1652, une chapelle avait été bénie dans le bagne de Sainte-Croix.
(4) Les Trinitaires avaient construit cet hôpital en 1710 et l'avaient abandonné en 1815 . (o) Le 25 septembre 1845, le R. P. Sutter fut nommé évêque de Bosalia in parlibus.
Mgr Sutter se dévoua beaucoup. Il érigea en paroisse, en lS47,Gerba; eu 1848, Mahedia; en 1851, Bizerte; en 1853, Porto-Farina; en 1862, Monastir.
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Eli lcSl.*{, elles loiulènMil aussi un dispensaire potn' cin<|iianle personnes cl une école ii Sonsse , où partirent trnis d'entre elles, l^e «^iHiverncincnl Iciii accorda un secours ainuiel de 1,000 francs.
Oncl(|nes années après, en {(SfiO, pendant le clioléra, on |iul voir liMil le dévoueiiKMil de ces hoinies Sœurs.
« La supi'rieure des Sœurs de Sousse, sœur Joséphine, écrivait M. Victor Guérin, est très respectée des musulmans eux-mêmes, qui ont appris à connaître son dévouement et son courage, |)rincipalemcnt à l'époque du dernier clioléra. Médecin et même chirurgien au besoin , elle prodigue tous les jours aux malades qui viennent la voir, ses soins, ses conseils et ses médicaments. Elle a su, en effet, par de véritables miiacles d'économie, et avec des ressources extrêmement limitées, fonder une petite pharmacie à l'usage des pauvres. »
Les Sœurs fondèrent une école à Sfax, en 1854, et une autre à la Goulette, en 1855.
La Sœur Emilie mourut en 185C.
La lettre écrite le 12 juin 1858 à Tabbé Bourgade, par la nouvelle supérieure, sœur Emilie Julien, montre jusqu'où allait le dévouement des Sœurs en Tunisie.
« Tout manque à nos maisons, écrivait-elle, pour étendre leurs bienfaits , jusque-là que ma Sœur Rosalie, supérieure à la Goulette, m'écrivait dernièrement qu'elle s'était vue dans la nécessité de cctidre sa inonlre [>oin' couvrir les plus pressants besoins. Je bénis toutefois la Providence qui soutient, par une grâce toute particulière, le dévouement, le zèle et l'abnégation
M. (I.hlU.h I UA^^^^A1^ t47
^\^' n'> |>;iii\n's ('mI.imI^. Ii' \ni> Itifii i\i'^ >;niilTr:inc(»s cl j(» iiViilcnds point <!(' iiiiii iniiics
l*;ii hST)'!, Ml^i- SiiUcr (Icin.iiul.i tirs Vivws des Kniles (llnvlicniics. Les picinicis lui linciil t'iiNoyrs I(î il orlnhn» IH."»."». Ils (Mii'cnl un i^Tiind siiccrs <>l linMil aussi Ih>.'iii('<hi[) dn Iikmj. lin lS(i!l, l(» j'ivn^ Aiii^'d o\|>li(|ii;iil ainsi le siircrs des Frùrns :
<r Uno picmirrc raison tient à l'cludc de la langue française (|ne l'on apprécie comme elh; I(î mi-rile, et dans laqindle les jeunes TunisiiMis ont si hien réussi , (pje tout ce; cpi'il y a d'actif et trinlelligenl aujourd'hui, |)arini les jr'uncs gens de Tunis, sait [)arler français, ce qui n'existait [las il y a une quinzaine d'atniées. Une autre raison, c'est que les personnes de religion diiïérenlc savent très bien que, du moment que nous acceptons leurs enfants dans nos classes, nous tenons à honneur que nos élèves catholiques ne fassent nullement souffrir leurs compagnons d'étude pour des motifs de religion. Si nous sommes arrivés à un pareil résultat, cela n'a pas été sans diflîculté. »
La même année, grâce au consul français M. de Botmiliar, les Sœurs purent transférer leurs écoles dans une vaste maison et agrandir leur hôpital dans l'ancienne école.
En 1874, le Bey Gt cadeau d'une maison aux Frères.
Aujourd'hui le succès des bons Frères est considérable.
En 1882, le frère Angel Pierre écrivait :
« Les classes gratuites sont toujours tellement remplies que nous sommes obligés de refuser les enfants qu'on nous présente. Heureusement que le gouvernement français nous a fait remettre cette année un secours qui nous est arrivé fort
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à propos. Pour rr|)oii(lrc nu ddsw du goiivcriiemcnl. nous avons introduit l'étude de notre langue dans nos classes gratuites. Nous n'avions pas fait cela jusqu'à présent, parce (pie les enfants (pii fréquentent ces classes n'y restent pas assez longtemps pour apprendre; deux laiigues; de plus, leur pauvreté ne leur |)ermettait pas d'acheter les livres nécessaires; maintenant, avec le secours ol)tenu, nous pouvons leur fournir des livres, et nous espérons que les parents leur laisseront un temps suffisant pour en profiter.... »
La môme année, un journal républicain ile Parlement) (Ij publiait dans ses colonnes :
« Depuis un an , une tendance nouvelle se fait sentir en Tunisie; un personnel plus instruit et plus nombreux est appelé de France. Pour que nous soyons à même de lutter victorieusement contre la concurrence italienne, il reste beaucoup à faire. Si le gouvernement se décide à donner plus d'extension à ce qui existe déjà, qu'd se garde surtout de laïciser les écoles. Rien ne serait plus préjudiciable à notre pays. N'oublions pas que la majorité de la population européenne qui nous est sympathique est maltaise d'origine et catholique de convictions, et que les musulmans eux-mêmes ont un respect instinctif pour le caractère sacré de nos religieux. »
En 1880, M. Paul Leroy-Beaulieu écrivait : « Le gouvernement ne doit négliger aucun moyen d'influence sur la population italienne en Tunisie. Or, au moment où nous écrivons, la Commission du budget vient de réduire les crédits pour l'entretien du clergé français dans nos possessions françaises
(1) 19 novembre 1882.
U: r.l.KncF. FKANCAIS M
il All'i(|iir. Un iii' peut n/miitmi dr j/liis (iiiitjmLi tuliiim- inrjjln-. Le r.uialisiiM' (le L(Hiis \IV riii|MVli;i les pn^trsl.irils franr.n^ (le 8(^ \u)\'Wv vors nos colfniics «1* Anii''rii|ii(». Le faîialisfrii» loiit aussi sfM'laiic cl licaiicuin) inom^ cxcusahh; de ii()> «i«-()iiir'S coiiipnmiel la pn'|Mui(h'Taiirr fraiiraisc; dans nos colonies africaiiHvs. Si nous voidoiis cl c'rst pour Fions une (jncslion de C(Hi>cr\ali(in nous assnndcr les colons espagnoLs un Algc^nc et les colons ilaliiMis en Tunisie, il faut enirelenir, dans ces deux conirées, un clerKc français nond»rcii\ cl actif. »
N'ouMions pas (|u inic ([ucslion |)alrioti»|ue s'inif)os(3 à protéger le clergé français en Tunisie, car le jour où l'irdluern-e du clergé français serait alTaihIie, ([ui sait ce (|ue deviendrait cette nouvelle colonie.
Nous devrions tous en France, nous (|ui sommes soucieux de l'honneur du drapeau français, garder dans nos mémoires cet éloquent appel que le cardinal Lavigerie adressait aux députés de France :
« Sentinelle avancée, j'ai voulu, dans la nuit qui déjà nous entoure, faire entendre le cri d'alarme avant que la place ne soit tombée.
» Ce cri douloureux de mon patriotisme, je voudrais qu'il fût entendu par ceux-là mêmes qui ont voté des mesures si funestes (1). Ils ne l'ont fait, sans aucun doute, que par erreur. Ils ont cru frapper l'Église seule dans nos personnes; mais en réalité ils ont surtout frappé la France. Chez nous, il n'est question, dans ces querelles, ni de Concordat, ni de
(1) A propos du rejet des fonds demandés pour le recrutement du clergé d'Algérie et de Tunisie.