i2 TUNISIK KT Tl'NISIENS
» Le iniiiislrre était d'autant plus intéressé à soutenir Mgr Lavigerie, (jue son inlluenee était désormais au-dessus de toute discussion. On en avait une preuve au moment même où se terminait l'expédition. Sfax avait résisté; il avait fallu homhanler la ville pour la réduire. Tout 1(; monde, plus ou moins, avait souffert du bombardement. L archevêque tint à visiter cette population si éprouvée. Il y fut reçu comme un prince. Un régiment de ligne formait la liaie; le canon tonnait; toute la population était sortie de ses demeures, dans l'attente d'un grand événement. Comme l'église avait, plus qu'aucun autre édifice, souffert dn bombardement, l'archevêque avait donné 10,000 francs pour la réparer, et, à l'occasion de sa venue, il avait fait distribuer aux habitants chrétiens, musulmans, israélites, sans distinction de croyance, d'abondantes aumônes.
» Ces bienfaits n'étaient encore qu'imparfaitement connus à son arrivée; mais la rumeur publique les divulgua rapidement, et la reconnaissance n'eut pas de bornes.
» Lorsqu'il sortit de l'église, tous les fidèles se précipitèrent sur lui pour embrasser ses mains, ses vêtements, le pressant jusqu'à l'étouffer, empêchant sa marche, le comblant de bénédictions et se livrant à toutes les démonstrations. A peine était-il rentré au presbytère que la place de l'église se trouva remplie de musulmans, demandant à voir Tarchevêque. Il était impossible de recevoir une pareille foule dans la maison du curé. Mgr Lavigerie demanda quel était l'objet précis de la démarche que l'on faisait près de lui. Les chefs répondirent qu'ils ne pourraient payer, le lendemain, l'indemnité de guerre dont ils avaient été frappés après le bombardement ;
qu'ils (H;u(Mit |)t;nliis, si le '^wuul ni.ir.ilxxil (I(îs rlin'li(;ns ne l(Mir viMiail ru aide.
» TiMianl il ( (' (|i|(' I V\|)li(alii)ii nil heu en |Hll»lir , cl iimi
(Icvaiil (III pclil iiomhrc de personnes, l'arrhevùqiic se rendit à ré;j;lis(! ; l(\s niusnlniaiis v entrèrent à s;i suite, dans raltilnde du respect et de la i oiislcruatiou. IjC ()relal n'avait |»as ene^ore (|uittê ses liahits pontilieaux. C'est avec l'appanil irnjiosant de sa haute dignité (|ue, tlehout sur les marches de rautel. \\ apparut à tous les regards.
» A mesure que les |)rincipau\ habitants de la ville exposaient leur reipiête, des soupirs, des sanglots, des plainles éclataient dans l'auditoire. L'archevêque rappela aux musulmans comhien grande avait été leur faute envers le Bey, leur souverain, dont ils avaient méconnu l'autorité; et, ce qui rendait la faute plus grave, cette révolte n'était pas la première : en d'autres circonstances, Sfax avait déjà donné des preuves de son esprit séditieux. Comme évêque, il était disposé à prêcher à tous la miséricorde ; mais la miséricorde sans le repentir était plutôt faiblesse que vertu.
>> — Vous repentez-vous? leur dit-il.
)) — Oui, nous nous repentons; nous avons agi comme des insensés : le Bey est notre maître, la France est forte et nous sommes faibles.
» — Mais, votre ancien chef, Ali-ben-Khalifa écrit dans le monde entier que vous lui promettez de vous révolter encore au printemps.
» — Il ment ; nous avons été ses victimes ; nous ne voulons pas nous révolter.
» — Mil hien, alors, juroz-inoi f|iio vous nr vdus révolterez plus jamais conln.' le Boy, (|iii est voire souverain I<'»^mliiiic, ni conlre la France, (|iii est son alliée et sa |)roleclrice.
» — Nous le jurons I Dieu le voil.
» — A celle condilion , je veux bien vous entendre el inlercéder pour vous. Diles-moi ce que vous voulez.
» Ils répondirenl à l'archevêque qu'ils voulaient du temps pour s'ac(|uiUer envers le Bey, parce que, dans le momenl, il leur était impossible de trouver de l'ar'.'ent. Leurs maisons, leurs terres, ils allaient tout l)y|)olliéquer pour se procurer le nécessaire; mais on ne pouvait faire celle opération en un jour.
» L'archevêque les tranquillisa, en leur disant que déjà, sur sa demande, le <,^ouvernemenl du Bey el le représentant de la France se montraient bienveillants à leur égard, mais qu'ils devaient être fidèles à payer celte dette sacrée le plus promptement possible. Ils le promirent. Les délais furent accordés, et l'indemnité fidèlement payée. Le soir, la ville s'illumina spontanément, et. dans rallé<(resse i^^énérale, les musulmans et les juifs se firent remarquer par la vivacité de leurs sentiments. Les trois rabbins vinrent au presbytère offrir leurs liommai^'es et leurs remerciements à l'archevêque. L'enthousiasme était encore si grand, le lendemain, que le gouverneur musulman ayant envoyé sa voilure pour reconduire le prélat, les Maltais la dételèrent et la traînèrent à bras , au milieu d'un concert étourdissant d'acclamations.
» La haute réputation de l'archevêque lui facilitait la tâche : avec lui, on ne doutait de rien. On était si accoutumé à lui
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voir faire de i^randes rlioscs, (|im'||(îs [Kiraissîiiciil iialiirellos de sa pari, ricoles |MMir Ic^ «Mifanis des <I(MIX so\(î.s, liôpi' 'Hx fuic les malades, hospices |Ktur los vieillards, éj^liscs parois.^iales, maisons reliliieuses, leluL^es même |Hiiir les femmes re|)(*nlanles, il eiilre|Mil loiil d un seid c(iii|), sans craindre d'être écrasé sons le fardean. I']l ces leuvres n'êlaienl pas (îxcinsivcmenl cal,lioli(|Mes el IVançais(»s; Ions les njend)r(?s de la Uê;^'ence, sans exceplion, y avaient droil : musnlmans, calli(ili(|ii('s. [unlestanls, israêliles, i^'rancais, llaliens, Mallais on Arabes y étaient êi^alemenl admis. Ainsi, à la fondation dn collè^^e d<; Saint-(iluirles connne depnis cette épocpie, cet élaldissement. dirigé par des prêtres français, compta heancon[) plus de musulmans, d'israêlites, de Grecs et de protestants que de catholiques, et trois fois plus (rétran,i(ers que de Français mêmes. Témoin de ce succès, l'agent italien, le célèbre Maccio, ne put s'empêcher de dire à ^archevêque :
» — Oh! Monseigneur, que vous faites de bien, mais que ce bien nous fait de mal !
» C'est qu'en se montrant si noble et si accessible à tous, l'archevêque se faisait aimer, et la France avec lui. »
Mgr Lavigerie savait d'ailleurs se faire aimer de tous. Au moment même où il avail plus que jamais besoin d'argent, il ordonna une quête dans son diocèse en faveur des populations du nord de l'Italie, victimes de Tinondation (1).
La famille royale italienne lui envoya le témoignage de sa gratitude.
Quelques semaines auparavant , il s'était uni aux Maltais,
(1) On était alors en 1852.
pour romcrcier Dion qu'il ail préserva la rcino Virloria do l'alhMilal (l(* Wimisor. Kl, après la CiMvmonic , signalant la fol ri le [)alrii)lisine dos Mallais, il (il Irùs dôlnalcnirnl Triode de la reine.
C'est an mois de juin 18(S1. (iuel(|ues jours après l'arrivée des troupes françaises du ,:(énéral Bréarl, que Mgr Lavigerie prit possession du siège de Tunis. Il a lui-même raconté comment il fui chargé du vicariat de la Tunisie.
« Le gouvernement français, intervint auprès du Saint-^iège et lui représenta qu'une situation nouvelle exigeait un clergé nouveau. Il demanda la nomination d'un prélat français, au lieu de celle d'un des religieux italiens dont les noms avaient été proposés. Le voisinage d'Alger et le fait que j'avais déjà fondé un établissement à Saint-Louis de Garthage , portèrent sur moi les vues du Saint-Siège. J'obéis au Vicaire de Jésus- Christ et aux désirs du gouvernement, et j'acceptai sans me faire illusion sur les embarras de cette charge nouvelle. La situation provisoire, créée par celte décision du Souverain Pontife, a duré trois années. »
Les populations catholiques de la Régence étaient presque sans secours religieux. En un demi-siècle, on avait trouvé le moyen de faire sept paroisses.
En deux années, le cardinal en a fondé neuf, qui sont celles de Sainl-Louis, à Carthage; de Saint-Vincent de Paul, à Tunis; de la Marsa, de Hammamet, de Gabès, de l'EnCda, de Tabarca, de Béja, de Néboul.