I.KS ADMI.MSTUATIONS t9i
ruTWo]
(ii'l iiii|M)l vA jKijahhî (Ml iialiirc , mais |)ciit être fourni m espèces ;
4** lj\irli(nn' ifiiifahli' m ndtuvr, sniis forme dp flimr» prn tu» sur Ip lili' cl l'ori^p ;
S"* \j\lrli()tir pai/dhlc ni urucnl , nMiiplaraiit dans certaines localilês l'Aclioiir [)a)al)le en ii.ilun-
(V' Les Mnidjas^ impôt en niimcrain.' , frappant les terrains (le t'iilliire de rOulhan-lvahli et certaines plantations d'oliviers dans les environs de Sfax.
Les rontrihuiiuns indirectes com[)rennefit :
l*" Les douanes :
Droits d'importation et d'exportation, droits maritimes et de port, fermages divers de la p(}clie (notamment celle des poulpes et des éponges).
Droits de pèche du corail :
2° Les monopoles : /^"
Timbre. [ -O A
Droit de caroube sur les loyers et les ventes dtmmeubles.
Droits de portes et de marchés, sortes de droits d'octroi perçus dans certaines localités.
Fondouk des huiles.
Marché au charbon.
Monopole du sel.
Régie des tabacs.
Fondouk-el-Glmlla ou marché aux légumes (droit d'octroi à l'entrée à Tunis).
Mahsoulats ou droits de marché perçus en général sur les objets divers qui y sont apportés ou vendus.
rui<mE
502 TUItTSlE ET TUNISIENS
Khodors , droits perçus sur les pnxiiiils eiilranl à Djerba. Dislilhilion des figues sèches à Sfax et à Maleur. Foulons de Chéchias.
La Famille régnante de Tunisie.
S. A. Sioi-Ali, né en 1817. Élu le 18 octobre 1882,
Héritier présomptif du trône:
S1D1-M011A.MED Taieb, né en 1821.
Garde des sceaux :
Si-Haïdau, général de division.
ClieT de la Cliancellerie :
Le général de division Valensi.
L'Oukil.
En parlant de la colonisation en Tunisie , il est intéressant de dire quelques mots d'une institution peu connue (jui
LKS ADMIMSTIi^TlONS t93
(l(H)iir ;iii coliMi liiiiisicii dr grandes f;l(•ilil>•^ pour f;iire valoir sa |)r(»|)rirt(i.
Nous voulons parler «le ÏOnLil.
\j'(hiLil, (|ni , |>:ir hicii dr. c ilc- , i.ippdle l«* <:olon |)arliair(' des Koiiiaiiis, n'est autnî cliosiî (urun vérilahle cstdave de la (erre.
Le colon achète nn OtiLil poin- nnc somme variant ;^'énéral(Mn(MU de T)!)!) à |,'200 francs. Ouln; cette sonnne une fois payée, le colon lui fournit une hahitation , un fonds, des inslruuKMits de culture, (H une certaine «piantité de semences: il lui doit, d(* plus, aide et protection. f;0///.//, en retour, est tenu de verser au colon les 3/5 de sa récolte; de plus, il ne peut (|uittcr le fonds qui lui a été assigné qu'après avoir remboursé la somme a lui payée.
Si VOukil ne travaille pas, il peut, sur la simple réquisition de son maître, être condamné à l'emprisonnement, jusqu'à ce qu'il se soit décidé à remplir les conditions du contrat.
/ Les Caïds.
Les Ca'ids font partie de l'administration locale.
Chaque tribu est dirigée par un Ca'id. Les Caïds remplissent le rôle de répartiteurs et de percepteurs d'impôts. Ils ont aussi des attributions judiciaires.
Ils doivent tenir un livre journalier de tous leurs actes. Sous leurs ordres sont placés les KhaUfas ou lieutenants.
29i TUNISIE KT TUNISIENS
Les Cauls sont surveillés |):ir des conlrôleurs civils (jui ont droit de prendre connaissance de toute la correspondance d'arrivée et de di'part. Ils ont le droit de haute police et la gendarmerie indigène est placée sous leurs ordres directs. Cette gendarmerie porte le nom (YOadjak, Elle a remplacé les spahis, ou cavaliers attachés à la personne des Cauls.
L'Enseignement indigène.
On compte à Tunis 108 Kouttab ou écoles primaires, qui reçoivent environ 2,400 enfants. Le nombre des mêmes écoles dans le reste de la Régence est de 853, fréquentées par près de 15,000 élèves.
L'enseignement comprend presque exclusivement la lecture et la récitation du Koran, l'écriture, et, dans quelques écoles, les éléments de la grammaire et du droit.
Un enseignement plus étendu est donné dans les diverses mosquées des principales villes de la Régence ou dans les zaouias, mais surtout à la grande mosquée de Tunis (Djama- Zilouna).
La Galle et la Compagnie des concessions d'Afrique.
Une Française, M™^ de Voisins, qui a voyagé dans l'intérieur de la Régence de Tunis avant Tannexion, nous a
LES ADMINISTHATIONS W5
hiissr (1rs soiivciiirs do ce voyaj^'cî sous I»' litre : l'rumrtKidcs liimr Friuiniisr. nous v\\ oxlravoiis C(î curieux cl inléressanl passage :
« fj'hisloire ruricuso cl luen iiilêrossaîile de la Cumpdfjnir des ('oucessinus d'Afrlijur est à écrire, et je m'ôloune (|u'elle n'ail poinl cMicore tonh' (luehinc riiidil. Mlle se rattache élroileinent .'i celles des deux régences d'Alger et de Tunis, et serait également celle de deux points de la cùte nord africaiiH^ où ont en lieu des faits d'armes glorieux |)our la France, et dont le passé mérite mieux (pie l'oubli.
» Des événements récents viennent de mettre en lumière ces deux points : Tabarka et La Calle. Tabarka, Taban|ae, et plus anciennement « Tliabraka, » qui signifie branchu. Ce nom a été donné à la contrée en raison de l'importance de ses forêts, dont Juvénal fait mention dans sa dixième satire où se trouve ce vers :
Quales nmbriferos ubi pandit Trabaca saltus.
» Galle, en arabe Kalla, est l'équivalent de mouillage sûr, endroit abrité, couvert. Il doit être aussi une extension ou une corruption du mol qaar, fond. En Tunisie et en Algérie, il désigne diverses localités : Kala-Kebira, Kala-Sghira, La Calle, et Kala dans la province d'Oran.
» La Compagnie des Concessions d'Afrique, qui prit en 1741, le nom de Compagnie royale d'Afrique, fut fondée dès Tannée 1520, dans laquelle des négociants provençaux traitèrent avec les tribus de la Mazoula pour le monopole de
la pêche du corail de Hône i\ Taharka. Une première convcnlioii fut signée par Charles iX el rrmir Ml-M )iiinonin Séhm Ilf , — c'est-à-dire le prince des croyants. — «jau, dans l'ignorance où Ton était alors de la langue arahe, on désignait, dans les actes et les |>apiers de chancellerie, sous le titre bizarre et incompréhensible de « Miramolin. » Par ce traité Sélim cédait à la France le commerce des places, ports et havres de Malcafarel , Cullo, la Calle, du (':{\^ Rose et de Bône.
» En 15i0, un neveu de l'amiral André Doria. Jennetin Doria, commandant un vaisseau de la marine génoise, avait capturé, sur les côtes de la Corse, le corsaire Dragut, frère du célèbre Baba-Arroudji dit Barberousse ; après des négociations épineuses conduites par un noble Génois, Lomellini, Dragut fut rendu à son frère, et, en récompense, la famille Lomellini obtint en toute propriété la cession de l'ile de Tabarka avec le droit de pèche du corail et celui d'exportation des céréales, laines, cuirs, chevaux et bestiaux.
» L'établissement génois de Tabarka devint promptement très florissant; son commerce avec les tribus khroumiresfut pour lui une source de prospérités que jalousa la Compagnie française des Concessions d'Afrique, séparée d'ailleurs de son comptoir du cap Nègre, par l'île de Tabarka dont elle souhaitait la possession. En 1738, M. de Lomellini fut sur le point de céder sa petite souveraineté à la Compagnie; mais, l'afTaire s'étant ébruitée par les indiscrétions d'un nommé Fougace, négociant de Marseille, chargé de traiter, Ali- Pacha, bey de Tunis, alors en hostilité avec la France, ne
ATlO^f:
LKS AUMIMSTIUT10?fS «97
voiilaiil [loiiit ([Uiî T.'ihark.i, ilt;\inl l.i |)r(>|»rn*li* »Il*> Franrais, r('|iril possessior) (h; l'ilo, donl les lialiiUiiLs fureiil, le» uns e\|Mils«'s, les autres massacrés, Ic.^ fortifications démanlelées, ré;^Hiso et les habitations détruites. Avec les déhris de celles-ci Oounarès-He\ , lils »lii pacha et c(niinianilaiit des troupes tunisiennes, lit élahlir une jetée» pinn* nlier Taharka au conlinenl, et un fort sur celui-ci pour connnander l'ile.
» Kn 17)00, le llaslion de France, édifié par la Coinpa^^nie frani^'aise, et silui' à ciini lieues nord-est de l'endjouchure de la MalTra^j;, avail été achevé; mais les fièvres paludéenries, causées |)ar les émanations des marais environnants, conlrai- ,unirent la Com[>agnie à abandonner ce poste et à se retirer dans une petite baie , à trois lieues plus à Test , où « ces messieurs, « d'après le voyageur Shaw, « avaient encore, en » 1743, une belle maison et de beaux jardins, trois clmUs » pêcheurs de corail, une compagnie d'infanterie, plusieurs » pièces de canon et une place d'armes. » Les bonnes relations existant entre Henri IV et les sultans de Gonstantinople confirmèrent, en IGO'i-, la ratification des concessions déjà octroyées. Pendant les agitations des Guise, elles furent en péril, puis se relevèrent sous l'impulsion puissante de Richelieu. En 16iî4, Amurat IV cédait en toute propriété à la France Bùne, le cap Rose, le cap Nègre, le Bastion et La Galle ; mais, dès 1626, à la mort du pacha d'Alger Sisaref, et sous son successeur Hussein, les corsaires barbaresques se livrèrent à la course sur les navires de la Gompagnie, et, après des vicissitudes diverses, un nouveau traité, dont la "Tiégociation coûta 272,435 livres, fut signé. Le Bastion ruiné
se ivliiltlil, (îl, pour celle concession aléatoire, — car les Al|j[ériens continiièreiit leurs courses, — l:i France s'enga^^ea il payer au pacha 10,000 (loul)lcs pour la milice et 10,000 pour le trésor de la kashali.
« Outre la pêche du corail, dit Shaw, la Compagnie fait )i aussi seule le commerce du bl<*, de la laine, des cuirs et » de la cire. Pour jouir de ce privilège, elle paie tous les » ans, au gouvernement d'Alger, au kaïd de Bùne et aux y> chefs arabes du voisinage, 30,000 écus. »
» Il ne restait du Bastion de France, à l'époque où je le visitai, (pie les murs extérieurs d'une construction massive, percée d'embrasures de défense, située sur un coteau verdoyant au bord de la mer. Des beaux jardms de la Compagnie il n'existait d'autres traces que les vestiges d'un vaste bassin et quelques arbres fruitiers redevenus sauvages faute de culture. Des buissons de lentisques, des arbousiers, des aloès, quehjues maigres oliviers croissaient parmi les ruines, tout imprégnées, sous le soleil ardent, de cette mélancolie austère et grandiose, d'un caractère si frappant dans les sites africains.
» De quelles scènes de désespoir et de carnage furent témoins ces vieilles murailles quand les hordes arabes, s'unissant aux corsaires turcs de l'odjack pour chasser les chrétiens, se ruaient contre les établissements de la Compagnie, assiégée par terre et par mer, sans espoir de secours extérieurs, et succombant sous le nombre en dépit de sa vaillance !
» Que de poignants épisodes ont eu lieu dans ces étroits espaces concédés aux Français ! Que de traits de courage et d'héroïsmes obscurs resteront ensevelis, à jamais ignorés et
KKS ADMIMSTIUllo.N.s «W
|M>nliis pour riiislnir<*, sur r<>s rives où la liaiiH! de race à race, h; conihiil |kuii la forliim', surexcités |>ar le fanalisrixî reli|^ieii\, oui fait lanl de vicliiiies ! On v S()n;^e en présence (le celle iinimiahle, iiiipassIMe et sauva;^^^ naUire, devant l'irnnieusilr du ciel, de la Icrre cl d(;s cau\, el l'on est envahi par les va;^Mies Irislesses, les désolaules rêveries, doul les poèmes hiMIipies demcurenl la plus haule expression. Oue de fois elles m'ont assaillii» dans ce<> solitud(îS où seul le hruil monotone du pas de mon cheval répondait aux clameurs de la mer el aux rugissements des «^M*ands fauves!
» J'ignore la dale [)récisc de la création de la nouvelle Galle, celle (pie nous habitions ; mais son nom indiipie que cet établissement fut postérieur à celui du « Bastion, » ou vieille Calle. En tant que sécurité, l'endroit était bien choisi, d'ailleurs. Au fond d'un entonnoir en demi-cercle formé par des ramifications de l'Atlas, dont deux contreforts assez rapprochés aboutissent au rivage, est une vallée étroite que termine un récif élevé, avançant sur la mer et relié au continent, à l'est, par une déclivité du roc même et par une langue de sable de quelques centaines de mètres. C'est sur cette presqu'île, moins large que longue, et courant de l'est-est-sud à l'ouest, que la Compagnie établit son comptoir. Le récif fut entouré d'une haule muradle se continuant sur la terre ferme, emprisonnant une vasle plage, pour se relier à une colline parallèle à la presqu'de. Une véritable citadelle couronna le faîte du plateau, menaçant de ses canons les campagnes environnantes, et défendant le port, petit havre naturel, ouvert au nord-ouest, entre la colline et la presqu'île qu'il séparait, et
aOO TUNISIE ET TUNISIENS
(Iniil les caiix, l('.> hiii^naiit toutes deux, iillaieul iiioiuir sur les sables de la plai^^e.
» Tout le doniaiïic do la Compa^înie se Irouvail ainsi gardé par S(îs ouvrai^M.'S de défense. Sur le récif, en regard «lu port, ou hâlit un château, précédé «l'une cour fortifiée elle-même, résidence des din^cleurs et employés, et (|ui, après la concpiête de 1830, lors de la reprise de possession de La Calle par les troupes françaises, devint l'habitation du commandant supérieur et celle de l'élat-major de la place.
» En i8r)3, à la suite d'une agression des Khroumirs, (jui, de même ([u'aujourd'hui , se livraient alors à des incursions sur notre territoire, le commandant supérieur du cercle, muni de pouvoirs discrétionnaires, fil trancher la tête à quarante prisonniers khroumirs ; elles demeurèrent exposées plusieurs jours sur le mur du pavillon, en dépit de la chaleur, et elles n en disparurent que sur les plaintes réitérées des habitants.
» Dès l'occupation par la Compagnie, la presqu'île se couvrit promptement de constructions , hôpital , église , magasins et entrepôts. De la plate-forme sur laquelle s'ouvrait le château, on creusa dans le roc une rampe de descente au quai du port. Un phare s'éleva à la pointe du récif, juste à l'entrée du havre, sur une esplanade hérissée de canons où j ai vu un vieux mortier, aux armes de la ville de Marseille, laissé là comme souvenir du passé. Par surcroît de prudence, un fortin, servant de prison, commandait la plage à l'autre extrémité de la presqu'île, fermée par une porte bardée de fer, avec fossé et pont-levis.
)) La Calle était donc admirablement défendue pour l'époque,
MIMSTHATlffN!
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à r.ilni «le loiilo siir|>ris(' ; l.i pl;i^«' isoli'e p.-ir son mur «l M<*n ^'.inln», ainsi (|ii(' !•• |»'Hi, par l(»s canons «If la rila«l<*||r ci ctnix (lu iTcif. Il falliil, |M)iir la «Irlniiro cl vainrm la poi^MH'Ci (l'hoininos qui riialMl.iiriii, les efforts coinhino, t-n 1827, des pirates ali^'ériciis (ruant la mer, et <les trihus cnvironiianh'>, Kiiroiiniirs, Oiilad-Dial) cl autres, lui donnant Tassant sur la terre ferme.
» Le roeher de I^a (lalle offre une parlieularilé romar- (juahle : il n'est ratlaclié au sol sous-înnrin (]ur par fies pilotis naturels 1res espaces, laissant aux eaux de la mer un lihrc accès, tandis (jue, sur la |)res([uo totalité de la surface, il est percé de trous cylindriques réguliers et aussi rapprochés (pie les alvéoles d'une ruche d'abeilles. Par les gros temps les vagues, s'engouffranl en dessous dans ces siphons gigantes(pies, s'élèvent en colonnes d'un effet superbe au-dessus de leur orifice, et retombent sur le roc nu, qu'elles couvrent d'une écume nacrée et de pluie de perles.
)> 11 n'y a jamais eu et il n'y a encore ni soun^e ni eau potable sur la presqu'île, où l'on est, en raison de la nature du sol, dans l'impossibilité absolue de creuser des citernes, dont le produit serait d'ailleurs insuffisant : il ne pleut presque jamais dans ces parages. L'hostilité permanente des Arabes ne permettait point à la Compagnie de pratiquer des travaux sur le continent ou, à supposer qu'elle obtint l'autorisation moyennant finance, d'établir des aqueducs : ils eussent été à la merci des caprices fanatiques des tribus du voisinage. Elle fit donc forer sur la plage, à deux cents mètres au plus du rivage, un immense puits où l'eau saumàtre arrivait, après un
30i TUNISIE ET TUNISIENS
lillni«;c l'Irinentairo «luns le sable, conservant une saveur des moins a;îréal)Ies. A r(''[)0(|ue où je me trouvais à l.a dalle, ce |)iiils servait encore aux hesoins (l<»s hahifanls. Lo< <l<'ii\ ou trois cents bateaux corailleurs, montés chacun par huit homnies (ré(|ui|)age, et (|ui ont remplacé la (Compagnie marseillaise, venant faire leur eau au n'-servoir (Je la plage, le laissaient à sec, et, pendant plusieurs jours, les habitants se désaltéraient d'une mixtion é[)aisse et salée ou faisaient prendre sur le continent, à une source éloignée, l'eau nécessaire à leur consommation quotidienne.
» Faute d'humus, de terre végétale, il ne croit pas un brin d'herbe sur le sol salin de la presqu'île. Je n'y ai jamais vu l'ombre de végétation, si ce n'est un grand palmier femelle, d'un aspect désolé, poussé par hasard, auprès et en dehors de la porte, et protégé contre le terrible vent du nord par le mur d'enceinte auquel il s'appuyait.
» J'eus, un jour, la fantaisie de tenter la plantation d'un arbre dans la cour de notre maison; on gratta le sol, et le malheureux arbre alla s'engloutir dans la mer j)ar un des siphons de l'alvéole.
» A la reprise de possession, en 1836, on s'empressa de relever les ruines faites par les Arabes; les constructions réparées redevinrent habitables, et les premiers occupants furent des Maltais; ces insulaires si industrieux, si intelligents, si actifs et tant calomniés, (jui, à peu près sur toute la côte de notre province de l'Est , furent les pionniers et les avantgardes de la civilisation.
» Une forte garnison occupa dès lors la ville et la citadelle,
LES ADMIMSIlUilOîSS ÎÏOR
(|ui pril \o nom de forl du Moulin, de ro (|iie la (!nfn|)ri^iiie V avait inslall»'. pour S(v^ hcsfun^. de> mniilins à vrMil. dont il siibsislail (MU'ore des vesligcs.
)» I)es maisons pailiculiêres s'êievèrrnl i^nr la limile nord d(* la pirs(|irîl(\ \i'< \y^ù\)^nu\< niililaires, l<Mir> d<'[)ef]danrps riiôpilal, l(*s anciens oiivrag(.>s de fortilicalinn et la rampe dd quai oecupanl loiil \r boni sud.
» On conslnnsil mie caserne, un pénitencier militaire, el, plus lard, la pèche du corail étant reprise par d(;s Italiens cpii, en vertu des anciens traités, paient ii ÏVAni une prestation pour le droit de pèclie, l'entrepôt de leurs provisions el de leurs |)roduits, de vastes magasins furent affectés à la douane, et les propriétaires armateurs d(îs halancelles corailleuses, dont quelques-uns se fixèrent à La Calle, bâtirent à leur tour. Dans la partie la plus spacieuse de la presqu'île, de nouvelles maisons formèrent une séparation entre les rives du récif, qui eut ainsi deux artères longitudinales. Un large espace fut ménagé à peu près au centre et sur le bord nord du rocher, dominant en cet endroit la mer par une altitude d'une vingtaine de mètres ; c'était le lieu le plus agréable de la ville : on y fit une place qui devint bientôt le but de promenade des habitants. Par les plus fortes chaleurs, les brises marines y apportent de délicieuses fraiclieurs et le bon et salutaire parfum des algues et des varechs. Saturé d'iode, l'air de La Calle est d'une exceptionnelle pureté, el lorsque des épidémies désolent le continent, la presqu'île n'en est jamais atteinte.
» Une des façades du commissariat civil donnait sur celte
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place : (h rno*^ fenêlres, je pouvais conleinpler à l'aiso la liaiile inor, ses aspects si divers, si variés, son inouvaiil miroir, cl, il une viii;^^laiiie de lieues au lar^'e, l'ile de la Galille, ses elïels de iiiira'.'C supcrposanl des pics fanlaslicjues aux falles de ses moulagnes nalurelles. J'apercevais, dans d'éclalanls lointains, des vaisseaux lilaiit sous le vent, à la voile, à la vapeur, et, au-dessus d eux, leur propre image la (juille en l'air, comme soudés ensemble par la pointe des vergues et naviguant d'une éirale vitesse. Pendant les nuits brûlanlcs des mois de juillet et d'août, tandis (jue le siroco end)rasait ralmos|)hère, accoudée à ma fenêtre, oubliant les heures, j'admirais, dans une extali(jue rêverie, le calme et fluide azur des flots, pailleté des tremblantes clartés de la lune, les balancelles coradleuses, se rendant processionnellement à la pêche, mollement balancées dans un lumineux sillage, et les voiles latines, [)i(piant de leurs longs triangles blancs les profondeurs sombres de l'horizon. Pour tromper l'ennui, les marins italiens chantaient en chœur d'un bateau à l'autre ; leurs voix puissantes et belles s'accompagnaient du bruit régulier et cadencé des longues rames frappant l'eau, en faisant jaillir des ondes phosphorescentes. Parfois une plainte douce et triste leur répondait ; c'était celle du lamantin mélancolique (|ui hante le rivage, sur le(jucl le flot, avant de s'éteindre dans un imperceptible muinmre, accrochait des franges nacrées.
))'Ces tableaux, ces chants me causaient une impression profonde, renouvelée presque chaque soir, dont je ne me lassais jamais et (jui, quels (jue fussent les orages, les sourdes