‹ Tunisie et TunisiensChapitre 39 sur 48 · I.KS AhMIMSTnATlONS .W · texte numérisé non relu

I.KS AhMIMSTnATlONS .W

rûvollos i^Toiidaiil n\ moi, les a|»ais;iil lonjours. J'.ii vu, depuis, \)\e\\ (les féeries, «le snrnpliHMix décors d'oiMTa, mais ils ne m'ont point laissé le souvenir radieux de la s|ik'ndeur des nuits africaines.

» La péelie du corail est une source de prospérités pour la connnune de [ja (]all(î, la plus riche d(» rAI;/«''rie el la seule, si j(» ne me trompe, ipii, se suffisant lar;^emenl, nllnî un honi an Trésor, el cela en vertu de conventions internationales dont la première remonte à l'an 1^20.

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y> Du mois d'octobre au mois de mai. la presqu'île de La Galle est triste et désolée : les vagues la frappent sans relâche, la grande voix de la mer domine tous les bruits humains ; le récif, ébranlé par sa base, tremble et tressaille sous les assauts implacables qu'il subit; le flot montant envahit la cité, et bien souvent , malgré la largeur de la place qui séparait notre habitation du bord, l'écume des vagues brisées sur le rocher venait s'abattre jusque dans ma chambre. Un jour, un paquet d'eau effondra le toit plus bas d'une maison voisine, qui dut

êlrc innmonlMnrincnl (l''\serl('e. L'enln'c du [loii c.^l >i dani^'eronsc (|iranciin fiavin; ne so hnsanle ^uèro à la franrliir «lans la iiiaii\;iiso saison: «1 lorsiiuil n'y avait pas do roiitf» mire Honc cl J^a dalle — |h'iiI-(Miv n'en cxislc-l-il |>a> « ucuie, — ri (HIC la Malîia*,', sans ponl, drhonlail à la suite des pluies hivernales, perdus sur noire rocher, nous vivions isolés, sé|)arês de tonte coinniunicalion avec le monde exlêricnr. Il y eut un hiver où la farine fil défanl : nous dûmes, pendant trois semaines, remplacer le pain (juolidien par des pommes de lerrc.

» Dès les premiers jours de mai, la ville renaît et s'anime. On s'assemble sur l.i place, tous les regards convergent vers la mer; on a signalé les bateaux corailleurs <jui arrivent chargés des provenances d'Ilalie, jambons el mortadelles de Bologne, rosoglio cl vermouth de Turin, lazagnes, macaroni de Naples, vin blanc si gai d'Asti, fiasques de ces vins rouges si parfumés du Vésuve. (Test l'abondance, la fortune qu'apporlenl ces [)êcheurs (jui augmentent la population, pendant une movenne de six mois, de ^,400 habitants environ.

)) La frontière fictive entre l'Algérie et la Tunisie n'a jamais été parfailemcnt délimitée dans la région de La Galle. Les anciens du pays prétendaient que la ligne primitive et réelle, au début de l'occupalion, entre les deux régences, était figurée par un mince ruisseau, constamment à sec en été, transformé alors en ravin, longeant cxlérieurement le mur de la plage et se jetant dans la mer à trois cents mètres au plus de la presquile. Le voyageur anglais Shaw la place beaucoup plus loin, à la hauteur de Tabarka, et en parle ainsi :

f.KS ADMIMSTIUTIONS 30')

« li'M'H'<l MI-Ki'^', ruisseau <|ui sorl «lu I" «'''^ Viilif»^ h 0 ('int| Ikmics à IVsl de La (]:ilh', fui |n?inlanl «lurhiur.-» aut. " Il home ciiln» h\s n'|Uil>li«|u«'s «l'Ai;'»'!' ri ilc Tunis, «»l a

(l(UHi(3 o('casi(Ui ;i hini drs dispuUîs ; mais œmuH» le pays

|ui est j'Mlre l'ouril Kl-Ki)^' ('l la Zaiuc ((lui <'sl ii (jualnî

lieuos plus à l'osl) paie souvent des conlrihulioiis aux Al;;é- » rions, cela ma en^'a^'é à fixer à la Zaiiie la home orientale » de leur Mlal. »

» iVIissier, memhre de la (]ommission seienliTupie d«î l'AI- ^HM'ie, n'a point précisé au>:5i expressément celte délimitation :

« Kntrc celle dernière localité (Taharka) et la frontière de » TAlirérie. on Irouve la Irilui des Klirouniirs. ipii a su se » souslrau'e h toute espèce de joui,^ et qui se gouverne démo- » craliiiuemenl. Malheureusement pour elle, les actes de hrigan- » dage (pi'elle se permet trop souvent sur les corailleurs » (pie des événements de mer jettent sur ses côtes, lui atli- » reront tôt ou tard, de la part de nos troupes, un sévère » chàliment (|ui pourra bien entraîner la perte de son indé- » pendance. Le pays des Khroumirs est d'un accès très diffl- » cile. Il présente de l'intérêt à cause des belles forêts ([ui y » existent, et d'un petit volcan qui s'y est ouvert ou plutôt » rouvert en 1838. »

» Nos possessions ne s'étendirent jamais jusqu'à la Zaine, dont le lit est en plein pays khroumir, et qui prend sa source, non dans le lac des Nadies, mais dans les montagnes du Djebel-Adissa, fort en dehors de la frontière et très au sud du parcours des tribus des Khroumirs. Avant les récentes agressions de ceux-ci, nous n'avions élevé aucune prétention sur

TUNisiK i:t tunisiens

Taljaika, lurn «ju'il y ml en noire faveur iiii précédent, Tahaïka ayant fait partie de rodjaik d'Aliîer.

» Vm 1SV7, après rdahlisseinenl d exploitation de la mine de ploinh argentifère du kef Oiini-Thebonl par une Compagnie française, rélal-inajor, en dressant sa carte, eoinprit le kef Ouin-TliehonI, situé à Mois lieues est-sud de l^a (lalle, dans le territoire de la colonie. Le gouvernement tunisien protesta, mais les choses demeurèrent en l'état, et cette limite fut définitivement adoptée. »

LKS IJKIJX SA 1 XTS

Msaken et Kairouan

Nous lrouv(Uis, dans le môiiic récil de M"'*' de Voisins : Promrnmlrs d'une Fnutraisc ^ la bien curieuse description suivante de Kairouan avant l'annexion :

« Il existe en Tunisie, dans la province de Tancien Hyzacium, deux centres de population : Msaken et Kairouan, nommés par les musulmans « les lieux saints, » véritables repaires du fanatisme et de Thorreur de l'infidèle.

» Msaken, situé à 9 kilomètres sud-ouest de Sousse, dans la région des plantations d'oliviers, sur une des imperceptibles et dernières ondulations montueuses du Sahel, est un bourg prospère qui compte de 8 à 9,000 habitants. Sa qualification de lieu saint lui vient de la medresa de Sidi-Ali-ben-Khalifa , école célèbre, non seulement dans la Régence, mais dans la Tripolitaine, l'Algérie, et qui a acquis par l'enseignement supérieur qu'on y professe, par le nombre considérable d'élèves quelle reçoit, l'importance d'une université. Msaken est la Séville, la Padoue, l'Oxford, la Cologne de la Tunisie, et il s'en

('cliappc, cha(|ue année, nnc foule d'eiïendis, de lolhas, de docteurs en théologie et en droit ninsiilinan (|ui infesleni le pays de Tripoli jusqu'au Kef, h Tîéjà et au Sud algérien, |)iupageant leurs doctrines anlicivilisatrices et leur haine du chrétien. La plupart sont membres de l'association des Khouans (1), cette redoutable franc-maronncrie aral)e dont les affiliés prêchent sans cesse la guerre sainte et sonl en lulle ouverte contre nous.

» De môme (jue les autres centres non fortifiés du beylik, Msaken occupe une vaste superficie, chaque habitation étant presque isolée par ses dépendances et par les jardins qui l'entourent. Cependant le centre est plus homogène ; là se groupent plusieurs mosquées, des écoles et des maisons à rez-de-chaussée seulement, qui s'alignent bordant la rue principale, on pourrait dire unique, agrémentée de quelques beaux palmiers.

» Msaken ne possède point de bazars, fort peu de magasins, pas d'entrepôts d'huiles; pourtant, si une partie de son opulence réside dans son université, la source la plus productive de ses revenus est due à ses plantations d'oliviers, dont la récolte est généralement achetée à l'avance par des Israélites soussains ([ui ne se hasardent guère à pénétrer dans Msaken, où ds seraient sans doute assassinés.

» L'accès de cette cité sainte est formellement interdit aux chrétiens, et par chrétiens il faut entendre tous les Européens sans distinction ; le souverain même ne peut en aucun cas exiger qu'ils y soient admis. 11 en est ainsi de Kairouan, où

Ci) Prononcez K rouans, frères.

IIS i.lKllX SAINTS SIS

Ydniar (1) Im'vIic:iI iiVst plus un (inirc, niais une? simple pnrnî à la(|ii(>ll(* il rsl Inisihir aux aut(iril(*s des lieux sacrés de ne |)oinl l'aire droit.

» On i\v peut donc i^iiêre s'introduire à Msak<Mi, dont les liahilants sont |»liis l'analiipios encore (jue ceux de Kairouan, ijue par slrala;;enie uu ilans des circonstîinccs pailiciilicrL-i, cl, coinine j(^ ne voulais pas user de l'un el (pie les autres n'étaient poini à in.M dlsnosilion, je me contentai de voir le hoiirL' des liauleuis »pu i avoisinent du côté de l'est. De lit il apparaît charmant : les minarets de ses mos([uées senddenl s'élancer vers rinlini; les dômes arrondis de ses kouhhas contrastent avec la forme plate des terrasses de ses habitations peu élevées et si hianches, parmi les sombres caroubiers, les bananiers éh^^ants aux longues feuilles satinées, les massifs d'oliviers grisâtres, les grands palmiers, les grenadiers aux fleurs éclatantes, aux frondaisons claires, et les enclos formés de haies de cactus et d'aloès.

» Au moment où nous allions redescendre la colline vers trois heures un quart, Tétendard de l'islam était arboré sur le faîte des minarets des onze mosquées de Msaken , et sur chacune des onze plates-formes de ces tours un moëdden psalmodiait, en se tournant vers les quatre points cardinaux, la profession de foi de l'islam. Nous étions assez proches d'eux pour entendre leur chant guttural plein de modulations étranges et d'une harmonie bizarre, pénétrante. S'élevant dans ce désert, ce chant était d'un effet autrement saisissant et majestueux que le son de nos cloches. A ce pieux appel, quelques Arabes dis-

(0 Amar, c'est l'équivalent du ûrman.

\\\ TUNISIK ET TUNISIENS

sc'miiirs dans |ps ciilliires se ininMil à prier. Oiiaiil \\ moi, |MMir halnliiir (|ii.' je lusse à (Je tels speclacics , j'ni riais iiiipn'ssioniK'e.

D Nous avions un vif désir de visiter Kairouan, l'aulre dlé sainle et mystérieuse, dont on disait des merveilles (|ue la plupart de ceux (pii en parlaient n'avaient |M)inl constatées. (]enx qui avaient réellement franchi les murs de Kairouan exaspéraient à dessein, comme preuve de leur supériorité, les diffirullés de Tenln^prise ; mais, ainsi (|u'il arrive pres(|ue toujours en pareil cas, ils ne firent qu'aii^uillonner notre curiosité cl aflermir notre projet.

» Je m'avisai d'entretenir de ce projet le caïd de Sousse, Sidi-Dou-Bekre, rare musulman de la vieille roche, moins croyant que sceptique, le plus aimable et le meilleur des hommes avec lequel nous étions en relations aussi intimes que le peuvent être des roumis avec un haut personnage officiel mahométan.

» — Je vous y conduirais volontiers, me répondit-il, mais ce ne serait bon ni pour vous ni pour moi. Tout ce que je puis faire, c'est de mettre ma voiture et mes gens à votre disposition, de vous donner une escorte et mon secrétaire, qui vous accompagnera et sera porteur d'une lettre de recommandation vous concernant pour le kiala (1). Peut-être vous permcltra-t-on de faire un tour dans la ville, mais je n'en réponds pas. Cependant ma lettre au kiaïa a, au moins dans cet endroit-là, autant de valeur qu'un amar-l)ey.

D Ce fut sur ces assurances aléatoires que nous partîmes

(1) Gouverneur réunissant les pouvoirs civils et militaires.

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