I.KS LIKUX SAINTS 'M
Nci's (|ua(n* luMiirs du iiiatiii, assi*/ |MM'pl('Xi'>, le krlur (mon mari), Sidi (IIiiImmi , smvtain' du rahl, ri moi, dans la calùclic di^ celui « i. ^«uis r<»srnit(î d»» six cavaliers arahes bien moulés, armrs ri (luIlV's du i^raiid chapeau kal)yl(î coiiverl de plumes d'aiitiurhe.
» Nous èliiuis rerlaiiis dt; i(Hil('Ui|»h'r les mins de la Sion africaine de l'islam, mais rien de plus.
» ïû\ route, de ;")() kilomètres environ, de Sousse à Kairouan, est d'une tristesse morne. Dès (|ne l'on a laissé dcrrièn» soi l(\s derniers contreforts dii Saliel et la rêj^ion des cullures, qui no dépasse [)oint un [)érimètre de 4 à 5 lieues, on ne rencontre (jue (luelques licnrhirs (1) délabrés, des ruines et encore des ruines. On laisse à droite un lac salé, la sebklia Kalihia, ou Fekira-Fatmali, du nom d'une sainte dont la koubba est au bord de ce lac. On a à sa gauche Msaken, puis on côtoie un autre lac éi>:alement salé, la sebkha Sidi-El-Hani, dont la surface étincelle au soleil ; on est alors dans la plaine sablonneuse, interminable, grise et monotone, où, pour toute verdure, il n'y a que quelques oliviers tordus, contournés, mal venus, et de maigres cactus rabougris.
» Une profonde mélancolie s'empare du voyageur qui traverse ces parages stériles et désolés, d'où la vie semble absente et où l'intensité de la lumière partout égale et sans aucun point d'ombre est aussi lugubre que celle des ténèbres. On dit pourtant qu'après les pluies, quand Tannée est pluvieuse, ce qui n'est point fréquent, ce désert s'anime ; le sol vivifié produit des prairies où les pasteurs viennent faire paitre leurs
(1) Fermes.
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Iroupcaux. On riait au mois de cléceinbrc, et copeiidanl nous ne viines rien de pareil, la saison «'laiil (îxcepliofnielleinenl sèche. Notre voiture, (nii ne suivait plus aucune voie tracée, enfonçait dans le sable ou s'embourbait dans les marécages salins.
» Nous avions passé dans le lit à peine humide d'une rivière, Foucd Lava, ((ui se jette dans la mer entre Kouda et Ivala-S'^lieira (1). Aux beri^es hautes et espacées, à la largeur des sables ravinés, on peut juger qu'après les pluies l'oued Lava prend les proportions d'un torrent.
» Tout à coup, bien loin encore, au bout de l'horizon, se dresse devant nous, dans l'implacable clarté rougeâtre d'une journée de cliili (vent du sudj, le minaret de la grande mosquée de Kairounn. A mesure r[ue nous avançons, les silhouettes d'autres mos(|uées, moins élevées, se détachent en flèches blanches sur l'espace ; puis les dômes des koubbas, le faite des édifices se dessinent nettement. Au milieu de cette solitude plane, de ce désert morne, la ville sainte a une majesté grandiose, d'un caractère tout exceptionnel.
» Nous traversons encore un marais attenant au lit d'une autre rivière, l'oued Zeroud, et bientôt nous passons devant des koubbas de marabouts, entourées de zaouïa, et nous pénétrons dans un des faubourgs les moins populeux qui s'étendent hors de l'enceinte fortifiée de la ville, tout près des murs crénelés, avec leurs tours rondes ou carrées, à demi encastrées, de distance en distance, dans l'épaisseur de la muraille.
(1) Dont nos troupes viennent de prendre possession sans conabat. Kala-Sgeira est à quatre kilomètres de Sousse.
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» Là, Siili-iiliih:iiii MOUS (>\|)li(|tin (|ii(* tioiis aurions pu suivre un rlirniiii plus «lin'cl pour arriver sous K'airouau . rn.'iis (pic cj'Iui ci cM iii<'ih> litipii-iili- , p|u> -m |».u lon-
StMpiCMll.
» (]o[)eu(laii( l:i vniliirc s'arrêlc. cl aussitôt elle osl culourcn par une loulc ciincu^c (|lii; nuire c^curlc niainlicnt a des dislances convenables. Je m'aperçois ipic les desa'ndanls des purs fidèl(*s de la cité sainlf^, ne déd.-iiLrni'ut pns l'argent des niêcréanls, car des bandes de yaiiiins viennent nous demander la charilé.
» — Ne leur donnez rien, me dit vivement Sidi-dliibani ; autrement vous les verriez se multiplier comme des moineaux autour d'un tas de blé, et ils amèneraient toute la population ici.
» En disant ces mots, le secrétaire met pied à terre, nous recommande d'attendre patiemment son retour, et, escorté de deux de nos liommes à cheval, il se dirige vers la porte de la ville.
» Gomme il s'en va pédestrement entre deux cavaliers, il me fait songer aux malfaiteurs entre deux gendarmes que l'on rencontre quelquefois dans les campagnes de France, et je suis prise d'un accès de fou rire qui parait choquer profondément nos compagnons.
» Le kébir me rappelle à plus de gravité ; ma physionomie redevient impassible, et du regard je suis Sidi-Chibani, vrai type du scribe musulman, gros, court, ventru, important, le turban haut, raide, et, insigne de sa profession, l'encrier de cuivre fixé à la large ceinture qui maintenait tant bien que
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mal son proéminciil abdomen. Le pauvre homme marche péniblement, en s'épon'^eant le visa^^e; il disparaît bientôt à l'entrée de la porte massive et voûtée de Kaironan.
i> Il serait vraiinoni incroyable (jue Ton ait jamais eu l'idée d'édifier une ville dans un site aussi aride et dépouvu d'eau (jue l'emplacement de Kairouan, si les écrivains arabes, entre autres Novaïri, n'affirmaient qu'à l'époque où Okbahben-Nafi, conquérant de l'Afrique et lieutenant du troisième calife, s'arrêta à cet endroit, l'an de l'hégire 55 (075), le pays était boisé et fertile. On ne le soupçonnerait guère aujourd'hui ; il semblerait, au contraire, que, dès les premiers soulèvements du sol, il a dû être ce qu'il est; mais, pour s'expliquer ce triste phénomène, il faut se rappeler que, si les peuples agriculteurs et stables sont forcément conser. vateurs, il n'en est pas de même des pasteurs nomades tels que les Arabes, qui dénaturent jusqu'au sol, détruisent les forêts par Tincendie, et tarissent ainsi les sources, afin de créer des pacages et des terres de parcours pour leurs troupeaux.
» L'infertilité actuelle' non seulement de la Ryzacène, mais de la Régence entière, jadis si riche et si peuplée, peut en partie être attribuée à celte cause, à Laquelle il faut ajouter
l'insécurité résultant d'un gouvernement despotique et dissolu
qui, malgré la prétendue charte octroyée en 1857, s'arroge le droit de vie et de mort sur ses sujets, confisque leurs biens, ou les impose arbitrairement et si lourdement que, dans ces conditions, les infortunés ne demandent plus à la terre qu'une production restreinte aux stricts besoins de la
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TCNISIE, — COl-R EXTIÎRrEirRE DE LA GRANDE MOSQUÉE DE KAIROCAN.