I.KM <:OXKH
La Tmiisio possède une étendue di; côtes «jui mcsui'e environ 1,000 kilomètres. C'est le cnp Uoux (Haz-el-Zaylilain) (]ui marque In frontière algérienne du côté de la Méditerranée. Là commence le territoire de In Régence, (jni se développe en escarpements et en falaises sans cesse battus par le Ilot. Plus loin, en face du cap ïabarca, se trouve l'ile du même nom, à 500 mètres à peine du continent, et d'une superficie de 40 hectares.
Sur la côle, en face même de l'île, se trouve le fort Djédid, grande masse carrée, bastionnée et créûèlée, qui couronne la dernière pointe d'un massif de montagnes, venant se baigner dans la mer. L'Oued-el-Kebir, qui débouche au pied du fort arrose la plaine fertile de Tabarca sur une longueur de |)lus d'une lieue.
Au delà de Tabarca, la côte dessine, une succession de caps et de Lioifes où se jettent Y Oued-Boa- Ter f es (Rivière des TrulTes) et l%ued-Zouara. Bientôt apparaissent lés caps Negro et Serrât, en fac&**desquels se dressent les escarpements de l'ile di' la Galite.
Cette île occupe une superficie assez restreinte et ne mesure qu'une longueur de 3 kilomètres. Elle oiTre un bon mouillage au sud-ouest et contient une abondante source d'eau vive. Le poisson et les éponges abondent dans son voisinage. La Calite peut servir de station [)Our la pèche ou pour des dépôts de charbons.
Plus à l'est, on rencontre encore les îlots des Frères {Fratellî), les Neptuni (l), qui ont comme vis-à-vis, du côté de la Tunisie, les ras Dakkara et Al-Keran, le cap Blanc, le ras
(l) Arœ des RomaiDS.
INTÏlODrCTION xn
I'!I-AIu(m|, le (iniiii i'" plii.^ .M'j)ii-iiii l'iiMi lii- i'uil»' rAfrifJU'j, Millli l(' c:\\\ Al-(iii('rr:i. ijin (loiiiim* Hi/(Ml«'.
L;i ir^imi coinpnst' autour iU) \U/r\U) est en grande partie (htu|m'm' par It s Mo^'odys, Irihu n'niuaul(* et pillanle.
A partir de Bi/crli', nu (lisliu;;uo le cap /elfih (I) (cap des Uaisiiis). Au uiud-csl émergent !<'> ilnts rfjclipnx rln> Cnnis (îles des Cliiens). .m noiuhre de ciu-i.
Puis vient le cap Kl-Mel\l\i iH), rpii nmiiiicnce lu gulh.* de ïuiiis et pH's tluiiuri (l(''lH)uche l.i MiMljVrdali dans le lac (ihar-el-Melali. Au nord de la MtMlj<»rdali se trouve la ville de Porto-Farina, et (Ml faïc on découvre l'île Plane.
Le golfe de Tunis se creuse tout de suite après.
^''< (ju'on a contourné la pointe de Porlo-Farina, on longe nne gracieuse colline boisée, [lorlant le village de Hou-Saïd, près duquel se trouvent les ruines de Cartilage.
A Test de la baie de Tunis et la terminant, s'avance le cap /afran (3). Puis c'est le ras El-Amar, le cap Bon, le ras Kl-Addar des Arabes (4). La cote descend ensuite vers le snd et dessine ^^^ ainsi une presqu'île toute remplie du souvenir des luttes sanglantes entre les Romains et les Carthaî^inois. Elle est formée par un prolongement de Mtlas et renferme de nombreux villages et plusieurs ruines intéressantes.
En continuant à longer la Tunisie et descendant plus avant vers le sud, on aperçoit le golfe d'Hammamet (5), au fond duquel se baignent les premières terrasses du domaine de l'Enfrida,
Après avoir passé devant la petite ville d'Herglea ou Kerkla (G), les ruines de Phradise, le ras El-Marsa, on arrive en vue de Sousse.
(1) Le Promontorium Pulchrum des Romains. (-2) Promontorium Apollinis des Romains.
(3) Le Promontorium Hcrculis des Romains.
(4) Le Promoritorium Mercurii des Romains.
(5) Napolifaiius sinus,
(6) L'Horrea Cœlia de l'itinéraire d'Antonin.
x\ INTHODLCTION
Ph'S de Sousse, on pèche en aboiiclance et jKirliculiL'remeiit le thon.
An (lt'l;i <lii golfe de Monaslir et de la ville de ce nom, la côte dessine une pointe on vne, c'est h' cap Dima?, qu'occnpent k'S ruines de T/iapsus (I). On y n-tronve onccB^no ancienne digne el de belles citernes. '
Ce n'est pins après qu'une longue plage de sable dont la monotonie est rompue par le cap Mahédia et la ville du même nom.
Ensuite apparaissent le ras Capondia (2). La côte s'abaissant toujours, laisse voir le i)orl de Sfax.
La baie de Sfax baigne les îles Kerkenah , qui occupent une assez grande étendue.
La pointe Maliara termine, au sud, la Laie de Sfax et Crée comme la baie de Gabès ou Petite Syrte. Ce golfe, qui forme un arc de cercle presque régulier, se resserre au sud et se termine par un canal qui sépare le continent de la grande île Djerbah.
Cette île est, pour ainsi dire, la ligne frontière entre les régences de Tunis et de Tripoli.
Les rivières, en Tunisie, ne sont guère navigables, parce qu'en temps ordinaires on n'y voit qu'un mince fdet d'eau. A l'époque des pluîbs, au contraire, elles deviennent de véritables torrents impétueux qui déversent leurs eaux boueuses dans les plaines, tout le long de leur parcours.
i.k:!^ ii>i:s i>iti:%cii»A.i.E:s
Iles Kerkenah.
Les îles Kerkenah, dans la baie de Sfax, sont au nombre de deux. La plus grande a 32 kilomètres de longueur sur une
(1) Célèbre par la victoire décisive de César sur les soldais de Metellus, Scipion,Pétréius et Juba, victoire qui anéaDtil eti Afrique le parti de Pompée, en 40 avant J.-C.
(2) Le Caput Vada des Romains où débarqua Bélisaire quand il entreprit sa campagne contre les Vandales.
IN'TROfMTTION v i
l.'ir;,aMir inoynniK^ «le .|imi\ Iiouos. il n'y n (jiriiri soûl vill.i; • ;i|i|M'l('' Mt'liiii (l.'iiis la plus potilo.
\a' «liiiinl (lo ers iirs est dôlicieuv et leur sol livs fcililr. 1. <*ùl(»s sont inVs ridn's eu pnissuus et en épfjnge>. Ou y p<V*lie ho;ui(()ii|> <!•' |Miulpes qu'on Tm^ v/.,i...i . i .mm ofji ex[>'''îi'''"cusnili» jiisijii.' dans le Saliai.i.
Ilu do Tabarca.
L'île tie Tuhaira élait auli'«'fois le repaire des corsaires barljares(|ui's. II y avait luiiin' dans I iie une véritable ville fortifiée. On y a n^lronvé, il v a quatre ans à peine, jusrju'à soi\anle-cin(| citernes, ce iiiii sup[)()se une station importante, aujourd'hui déchue de son ancienne splendeur.
Au win*" siècle, les (îénois, qui eu étaient les maîtres, y élevèrent des forteresses dont on voit encore aujourd'hui les ruines imposantes.
Ile Djerbab.
D'a[)rès une certaine légende, Tiie Djerbali ne sérail autre que l'île célèbre de Cah/mo, où vint échouer Ulysse. Efle a dixhuit milles du nord au sud et dix-neuf milles de l'est à l'ouest. C'est sans contredit un des plus riches territoires de la Régence. On ne peut que louer la beauté de cette île, et le caractère riant et vert de ses jardins.
Le commerce, qui y est considérable, consiste principalement en huile d'olive, éponges, laines, fruits, poissons.
On y fabrique aussi des étoffes estimées, des châles et de la poterie.
Ce sont des Berbères qui l'habitent en grande partie. Les principales bourgades de l'île sont : Oiim-Souk, Oam-Cédrien et Oiim-Cédonikh.
XXII IMRODLCTION
On cultive aussi la vigne avec succès dans celte contrée.
il y .ivait encore, il y a rjin^lques années, sur un point de la côlc (le l'île de Djerbali, une hideuse pyramide de crânes, élevée «Ml mémoire de la victoire remportée en l.")r>I par les Turcs sur les Espagnols, commandés par la Cenla et André Doria.
Il n'a rien moins fallu que les nombreuses réclamations du consul de France pour obtenir la destruction de cet horrible trophée.
L'île de Djerbah forme, pour ainsi dire, la ligne fiontière entre la régence de Tunis et de Tripoli. Sa pointe, au sud, est défendue par un château fort, le château de Kassetine. Le fort Agir protège plus loin la côte et la pointe de Snggia contre les entreprises des Tripolitains.
Les Français occupèrent Djerbah le 28 juillet 1881.
II Y i> n o o n i% i^ II I e:
Rivières, lacs, chotts ou sebkhras.
Le nord de la Tunisie est arrosé par VOued-Tabarca, qui s'appelle, à son embouchure, VOued-el-Kébir, et qui traverse toute la Kroumirie; [)ar VOncd-McUta, qui emprunte, dans une partie de son cours, le territoire algérien ; par VOned-Zouara, qui décrit de nombreuses sinuosités et qui arrose la contrée de Nefza, et i)ar VOiied-Moguera, qui se perd dans le lac Sejena, situé au sud du cap Serrât.
Le lac de Bizerte, situé près de la ville du même nom, forme un bassin rectangulaire de 12,5:20 mètres de l'ouest à l'est et de 0,730 mètres du nord au sud (1). Il communique avec la mer Méditerranée par deux canaux qui se réunissent
(t) Ce lac est extrêmement poissonneux.
INTIIODITTION X\iii
ni un s(;iil .111 hoi'd di; l.'i mer «'t dont l'un s(>rt de |»ori à l;i vil If. Ca) (muI viciil «Trlro ik l.i pari do» l'Y.'iiicais Tohjj'l d'cnornK's ti;iv;m\ (jiu touchent à leur lin f»''- tx*»' log ^.Mn-, naviros poiirnuit |H'»n«'tror dans l'imninnse uc . 'im >.ivira d<* moiiilla^o aux cnirassrs du pins fort innn.ij^'c Le port comprendra : «l(Mi\ jetées (W loUO nlèlres de long s'.ivaneant jiisrpie dans les londs de l.'i inèlr«'s; un av.ini-port d'une superficie de ÎK) hectares; un «'.niai d'accès de la mer au lac creusé à H métrés de profondeur et ipii aiir.i 100 luclres de larg(!ur à l'> li 'ne (rr.in. >'\ ci mitres MU plafond , des nppontemenls, etc.
Dans la direclion du nord-est, sur le veisant du golfe de Tunis, coule la Mcdjcrdah ([), qui se jette |>ar deux bouches principales dans le lac El-Mclnh, à gaurlie de Bou-Chatem (2).
La Mciljorduli prend sa source en Algérie, passe à une lieue de Souk-Arrhas, pénétre en Tunisie prés de Cihardimaou (3), baigne Souk-el-Arba, coule au delà de TOued-Zergua , longe Teslour, Teboursouk, j)uis, changeant de direction, court vers le nord et se jette dans la mer Méditerranée en laissant sur la rive orientale la petite cité de Porto-Farina.
La Aledjerdah reçoit deux affluents principaux, qui sont : VOned- McUcrjuCy qui arrose la ville du K^f et Souk-el-Arba ; VOmd- Khaled, qui baigne le territoire de Teboursouk et tombe dans la Medjerdah, non loin de Testour.
A l'est de la Tunisie, le système hydrographique est représenté par un assez grand nombre de cours d'eau torrentueux qui se jettent dans le golfe d'IIammamet.
L'Oned-FeJika est peut-être le plus long de ces cours d'eau. 11 prend sa source près de la frontière algérienne, dans la région de Tébessa, non loin de ruines romaines et de nombreux débris épars, reçoit dans son parcours V Oued-Kasserine
(1) Le fleuve Bagradas des Anciens.
(2) Utique.
(3) Station de chemin de fer de Bône à Tunis.
XXIV INTROnrCTION
et V^hivd-UaUuuj, iiiis.sc lie coif la mIIo de Kaliouiiii, 'i iiii**le, dans l:i Svhhha (I) Kclihia, ses eaux à celle de VOucd-Sdhhnu.
Du reste, sur les côtes de la régence de Tunis, du rap Hon au territoire de la Ti'ij)()litaine, on rencontre |)lusieurs sebkhas, généralement à sec pendant l'éli'' et dont (pielques-unes fournissent une importante (juantité de sel. La plus vaste est la Scbkha Sidi-el-Ifeini ou lac de Kairoaan, au nord-est dt* In ville, et (jui s'étend même jusqu'aux environs de Sousse.
A l'ouest de Gabès s'étend la région des choits, dont on s'est fort occupé ces dernières années, pour les faire communiquer avec la mer Méditerranée et créer ainsi une nier intérieure.
La partie la plus montagneuse de la Tunisie est certainement la contrée du nord-ouest qui constitue la Kroumiric.
Pays abrupt, couvert de forêts, entrecoupé de petites vallées et de gorges profondes, il offre, par son apparence sauvage et le relief de ses pics aigus que déclinent de sombres ravins, une grande ressemblance avec la haute Kabylie.
Le sol y a subi , sans doute , de terribles soulèvements volcaniques, et les saillies vives des grès qui émergent en manière de pitons et dessinent leurs assises rougetâtres, donnent à cette partie de la frontière tunisienne un cachet tout particulier.
De nombreux pics signalent au loin les abords de cette contrée. Parmi eux, il faut citer un des plus importants, le Djebel- Sidi-Abdalla, qui a 1,000 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer. Cette montagne doit son nom à un marabout qui jouissait d'une grande estime.
Une montagne plus élevée encore, puisqu'elle a 1,400 mètres d'altitude, et qui domine toute la Kroumirie, c'est le Djebel-
(1) On donne in nom de Sefjkha aux bas-fonds submergés Phi ver; tandis que les Chotls (rives, rivages;, s'appliquent plutôt à des bas-fonds, représentant des lacs salins desséché?.
INTHODIICTION n\>
Snitt, d'où l'un <l(''i()ii\ I »• II"" vM.. Mi;i;^Mii(i(|ll<' m l.i v.'ill^"* ''•* l;i Mciljcnl.ili, l.i |ir()Vim:c de LuIl^UIallle et la iiht.
A liMvcis CCS |iiiiss;iiilL's rliaiiies d«' inonla^in's (|ui foriiH'nl un massif hifii à pari, on HMiconln* uihî i^'nirido f|nanlité de suuivps rt do ijomUi(Mix |MUil^ cours d'oau.
V\w antre icjlon (\Lral«Mneul nioula^Miciisi» est celle (jui encadre la vallct' (le la Mcdjcnlah. Cotte vallr** '^'^' In plus ferlî*" '^• la Tunisie.
Parmi les pics ipii les (lomiii(»nt, ofi peut citer le hjtlH'l- Ressas, au sud-est de Tunis, (]ui .1 700 mètres d'altitude et d'où Ton a uue vue magiiifi(|ue sur le g dfe de Tunis, Cartlia;,'o, Kairouan, le t^olfe d'Ilammamet.
Plus bas, sur la route de kairouan à Tunis, on rencontre encore le Djchvl-Za(/houany d'oii découlent de belles et nombreuses sources dont l'une d'elles alimente la ville de Tunis.
Au sud de la Tunisie et touchant à la région saharienne, le ciel est découpé [)ar la vigoureuse arête des montagnes qui continuent le système de l'Atlas et dominent Ciabès et son golfe.
Au nord de celte chaîne s'étend, entre Gafsa et El-Maharè-s, le massif montagneux du Bou-Hedma. Les points culminants ont une hauteur d'environ 1,300 mètres. VOuedy aux eaux très
salines, coule à travers une gorge étroite et sauvage.
Du côté de la frontière algérienne se développe une autre chaîne, où l'on remarque les pics Sallah, Telj, Giiantras et Zerga.
Sur la frontière de la régence de Tripoli s'étendent des montagnes que l'on désigne habituellement sous la dénomination générale de monts des Ouenjhamas et des Oudenms.
La Tunisie est le prolongement naturel et le complément orographique de l'Algérie. En effet, en raison même de la con-
XXM INTKODl (/ilON
fi^Miritioii (le ce |)ays et de l.i direclioii des chaines de montagnes, une grande analogie existe entre les formations géologiques de la Tunisie et colles de l'Algérie (1).
Le lorrain est génoralement marneux ; dans certaines parties, le sable est mêlé à la mai'ne.
Dans la partie nord , existent de nombreuses traces volcain'ques ; près de Kef, princijialement, on peut reniarcjuer plusieurs volcans éteints et de remarquables coulées de lave.
Les côtes sont extrêmement fertiles, le sol étant formé d'une .épaisse couche de terre végétale.
Dans la partie nord-ouest et au delà du Djerid, vers Gadamès, on trouve des sables mobiles qui forment un fonds mouvant et fin, souvent très dangereux à franchir, et des collines rocailleuses renfermant du sel gemme en grande quantité.
Sur la nature du sol au seuil de Gabès, grâce aux sondages faits par le commandant Roudaire pour son projet de mer intérieure, nous possédons les renseignements précis suivants :
« Au seuil de Gabès (2), ou a rencontré des couches de sable d'abord, puis des marnes plus ou moins argileuses, et au-dessus, après une couche d'argile à rognons calcaires ou à cailloux roulés calcaires, on atteint, à une côte variable entre -f 20 mètres et -^ 7 mètres au-dessus du niveau de la mer basse à Gabès, une couche de calcaire signalé par les auteurs des sondages comme dur et dont la structure est tantôt saccharoïde, tantôt celle d'un grès. Toutefois, au sondage exé-
(l) Oïl peut consulter, Playfair, On the re-discuvenj of lost Numidian marbles in Algeria and Tunisia. {WeporiDrllish Association. Aberdeen Meeting). — Kubelt, Reiseerinnerungcn ans Algérien und Timis , (Seneck. Naturfors. Gesells). — Les comptes rendus - de rAcadémie des Sciences. — 7 Juin 1885 (note sur la Géologie de la Tunisie centrale du Kef à Â'flzroMan, par M. Rolland). — Séance du 9 ujai 1887 (note sur les Phosphoriles du Kef el Hammam, Inès Feriana (Tunisie occidentale) par M. Thomas, dans le fascicule XIX, série II, tome VIII du Bulletin de la Société des Sciences deXancy.
(C) Commission supérieure pour l'examen du projet d'une mer intérieure, daos le sud de l'Algérie et de la Tunisie, présenté par le commandant Roudaire. (Paris, imprimerie nationale, 1882, page 46).
INTIHUïîT.TrON xxni
c.wir dans Ir < iinii llainaiinot (côtn uiiest de Ti.'^lliiiic), le banc (lo calcairo est niinlcssons ilti nivoaii <lo la mer (— G", 80).
Ce liaiic, foriiianl hana;,'»» .«nfr*» l.» .Iiotl l'Vjej ri la rn«*i , parait (!«' plus s'ahaisstîr (juantl ou ^.M.m-. tlu su»! -m rif»r«l !• .x-^ (le l'isllimo iU\ (ialu's .
De i^ranils clianj^tMiUMils }^'é<)ioî^i(|nes, do grands huiilevcrseinnils ont iMi litMi dans lo sol do la Tmiisit^; des lacs se sont dessôcliôs, danlres se sont formés; des loraiités, autrefois dans les tprnvs, s(H)t anjourd'liui baignées [lar la mer et vice- versa.
(..si ;iiiisi ,|ii(» II» littoral (!(» (lOhés a siihi depuis l'époque liislori(pie plusieurs soulèvements; ii était, à l'époque de Procope, assez bas pour [)ermetln» aux eaux de la Méditerranée de s'avancer (à chaipie marée haute) de plusieurs kilomètres dans l'intérieur des terres.
i)*après des traditions arabes, le village de Tenmbib dans l(^ Xefzaoua, et Nefla dans le Djerid, étaient autrefois des ports de mer.
11 existe, à ce sujet, dans la grande mosquée de Nefta, des chroniques relatives aux premiers temps du Djerid. En 1875, un voyageur, M. Gosselin, aujourd'hui consul de France, déguisé en Arabe, a trouvé l'extrait suivant, copié sur Toriginal par le nommé Sidi-Brahim-ben-Nacer, notable de Nefla :
« Louansfe à Dieu !
)> Nefta est une ville très ancienne qui était autrefois au pouvoir des rois du Moghreb (Occident). Ses habitants, avant l'Islam, étaient barbares.
» Le fondateur de Nefta fut Kostel, fils de Sem, fds de Noé, qui lui donna le nom de Nefta, qui s'applique à l'ensemble d^s régions comprenant le Djerid, parce que ce fut là que les eaux bouillonnèrent pour la première fois après le déluge.
wvm INTl'iODUCTION
■ \|)rcs Koslel, lils de Sein, fils de Noé, Ncfta devint po.N- . v-.(Hi liérêdilnire de dilTrrenls mis. Ln [iromière ville ronstrnilc :i(>r(''s Koslcln (ville ,'iinsi nommée de son fontaleur Koslcl) fui l.i ville dt! Zaafran; ville puissante de son tem|)s, son n>i était l)rave, et il étendit son royaume jusqn'an fond dn Maroc. »
Xons avons trouvi' dans les ciironi(jnes (|u"il y avait à Zaafran un [Kirl. L;i nier lioignnil l<\s remparts de cette ville. On s'embanjuait à Masr et les voyageurs débarquaient à Zaafran. Aujourd'hui ln mer s'est retirée, et il est resté une grande surface recouverte de sel.
Aujourd'hui, il paraît l»ien démontré qu'à l'époque histori(|ue le bassin des Chotts formait un golfe relié à la mer intérieure (Méditerranée) et désigné pnr le nom de grande baie de Triton.
<• On ne saurait parcourir avec quehjue attention les côtes de la Méditerranée occidentale, dit M. E. Pélagand, sans remarquer presque à chaque pas des traces visibles d'un exhaussement plus ou moins prononcé et récent du sol. Fort peu manjué dans le ,uolfe du Lion, ce relèvement se manifeste dans les Alpes-Maritimes par les alhivions à argile rouge d'Antibes. Entre Nice et Menton , les abruptes falaises de la côte sont perforées jusqu'à une certaine hauteur poi' les trous des coquilles lithophages ; sur le littoral ligurien, des terrasses longitudinales d'alluvions maritimes attestent un exhaussement postquaternaire d'au moins 14 ou 15 mètres....
» Des amas de cailloux roulés s'étendent en longues traînées sur la côte, et on les retrouve sur la côte d'Afrique.... »
Les ruines d'un ancien port, celui de Tacape (Gabès), se
(1) Dans le Nefzaoua, sur les bords du cliotl Djerid, il existe encore un oasis du nom de Zaafran. (Voir Le Caire.)
(2) La mer Saharienne.
i > 1 IiuULlI 1" ^ IXU
InuivjMil :mj(mnriiiii doiis ririlrrieur <l<'> terres ;i \t\i\s li'un kilo-
inèlrt' (I).
Mil exécill.iiil des rniiillcs ,1 >Mii5.M- . un ;i linninni ijf. (le mur ncliu'IliMnciit ;i iiiie iloiizaiue «li* ini'lres ninh- u .jn iiivt'.iii lin Lîolfc cl dont l:i hnso rlail hum cprlairM'iiir'nl hnignée par les eaux de l.i mer. comme on peut le voir par les Irous pyrinnmes où exisliMil (HieNpii's coquilles marines lilliopliages.
Nous pouvons, à l'appui d»' nos ariirmatiuns, citer les passages suivants d'une noiirc remanpiahl»» piddiêc fMi 1R70 ftî"\ par M. ('harlt's Tissof, uuuuhre de lAcad^'uiie des Insrri|»tiuns el Belles- Lctti'iS :
« Ou a snruouiiué Nefta Mersat-el-Saiiara (le port du Désert), et cette épitlièle, (jui n'esl plus aujourd'hui (ju'une figure, a pu être ri^i^Miureusement vraie à une autre époque. J'ai déjà fait allusion à la tradition (jui place à Cliallau-ech-Ciieuifa rancieri poit de Nel'la. Siili-Ali-Sàssi, kadi du Djerid, m'a affirmé qu'on y avait trouvé, vers la fin du siècle dernier, un navire d'une forme particulière ; d'après la description qu'il m'en a donnée, ce navire ne pouvait être qu'une galère antique. Deux habitants de Nefta, qui avaient assisté dans leur enfance à cette exhumation, vivaient encore à l'époque de mon premier voyage au Djerid, et leur témoignage a été recueilli dans une lettre de Sidi-Ali-Sàssi dont je donne un extrait à la fin de cette notice.
» Toutes ces traditions locales s'accordent d'ailleurs à affirmer que la luer arrivait autrefois jusqu'à Nefta et que le chott Djerid était nu bassin complètement inonde, navigable et en communication avec la mer. D'après une légende que j'ai recueillie à Telmin dans le Nefzaoua, Skander-dhou'l-Kournein, venu d'Orient jusqu'à Metouïa, une des oasis des environs de Gabès, aurait
(^1) Diodore de Sicile mentionne un premier soulèvement qui eut lieu entre le v- siècle avant Jésus-Christ et le commencement de l'ère chrétienne. A la suite de ce soulèvement la baie de Triton se dessécha en partie.
(2) Dans le Bulletin de la Société dé Géographie de juillet 1879.
INTHODl'CTION
Si'|i:iro ct'tto mer iiilrncuir ilf la .Mtniiluiraiiuu en ( iciiil rislliino (tai- SCS enchantements, et l'aurait ainsi transformée en une sini|)ie sebkha. C'est dei)uis ce temps, ajoute la légende, que Metouïa porte son nom (jui vient de Metoua (fermer, séparer). On sait que Skander-dlioui-Kournein, Alexandre aux ileux cornes, est le héros anléislamique [)ai- excellence et représente le ron- (piérant phénicien aussi bien (jue le fils de Jupiter, Ammon.
» // n'est pas douteux que ces traditions n'aient conservé le souvenir d'un étal de choses dont l'aspect des lieux permettrait d'affirmer l'existence, même en l'absence des preuves hislori(]ues (jiii le constatent. Il suffit d'avoir vu le chott Djerid pour y reconnaître une ancienne lagune séparée du golfe de Gabès, avec lequel elle communiquait autrefois par un isthme de formation relativement récente, créé, selon toute apparence, par un de ces soulèvements si fréquents sur la côte d'Afrique. En rapprochant de l'étude ôo> lieux celle des textes antiques qui se rapportent au lac Triton, j'avais été conduit à des conclusions analogues à celles que M. Roudaire a développées dej)uis cette époque. »
Voici maintenant la lettre du Sidi-Ali-Sàssi dont il est parlé dans le courant de celte notice :
Extrait de la lettre de Sidi-Ali-Sâssi, kadi du Djerid et bach-mufti de Nefta.
« Quant à la profondeur de la sebkha, j'ai demandé à Mahdiben-Atia-ech-Chérif, vieillard de quatre-vingt-dix-huit ans, et à son cousin Elhadj-ct-Tahar-ech-Ghérif, s'ils savaient quelque chose à ce sujet. Ils m*ont répondu que, dans leur jeunesse, ils avaient entendu tfirc par leurs pères que le Chott était jadis une mer, mais que le fond s'en était élevé et qu'il était devenu une sebkha.
» Quant aux débris du navire, ils les avaient trouvés dans un endroit qu"on appelle Chatlan-ech-Chemfa. Ces débris ont
M mis «MJ piiVfls pour f.'iirc du Imm» à hnil«M , • l W^ «Inix inilividus dunl ii saisit ont nii.ssi Iruin^'* ''• r,|ou.s de finvir. Voilà (U' (|iift j'ni ent(»iidn il»- î "v hoiiclie, »*. j ) ajoiilr* (o\. ^' coidiniu» ce «jn'a dit rillii>uv iiii.-'iri Klm-dliplhal-idj-Tozn, uau.> son hisloin», (\\\v la Sidikha <lii Djcrid élail aulrcfois une mer «pii s'(H«»ndail jns«|ii*à la mer de (laJM'îs.
» ()\w Dion nous diriL,Mî dans lo hon chemin. !.♦• Hadi-Mufti de \('ftn a (''crit ('(«ii
(les récits, cos Ir^M'iuhîs, ces écrits aialx's ont un tri carartÎM'C d«' piôi'ision, (jn'on peut aflirnior cpi'à l'éjMxjut' Insloricpic le IhLssin des (^Jiotts formait un j^'ôlfc (pii riait xtîli»'! à la M'-djlerranêe et (jui portait le nom de Gruudc Baie de Triton
La mer Saliarieniie s'étendait an moins jusqu'au Sonf, c u^là-dire à (juehpK's journées de marche au sud de la rive méridionale du choit Mehrir; car h* t(?rrain (jue l'on remarque aujourd'hui est un dépôt marin régulier, renfermant des fossiles, du cardium , un buccin et des fragments de balane ; on a trouvé ces derniers prés de l'oasis de Ciomar. On trouve même sur le versant oriental du seuil de Gabés jusqu'à la côte de ['y mètres environ, des fossiles d'espèces vivantes encore aujourd'hui dans la Méditerranée, telles (jue des cérites, des notices, des murex, etc. (Le seuil de Gabès est d'ailleurs entièrement formé de sables et de marnes argileuses). Parmi les 'autres fossiles trouvés dans le sol tunisien, nous pouvons citer : des hélices (2) dont on retrouve encore les types variés, tels que des tritons, des cardiacés (3) etc., etc.
La structure géologique de la côte orientale tunisienne olTre
J) A l'époque de Ptolcmée, le fleuve Triton (vue de Djeddi) coulait du lac de Lvbie (chott Melris) dans le lac de Triton (cliott Djerid) et dans le lac de Pallas ^cliolt Rliarsa). Du temps de Procope, la partie de la côte située entre Zarzis et Gabès était envahie à la marée haute par les eaux de la Méditerranée.
(^) Famille des coquilles uuivalves.
C3) Famille des coquilles bivalves.
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(l('ii\ lypcs priiicip.'iiix. -Comme en AlL^'-ric rdiii du nord et .('lui du midi.
|);ins lo nord, le l«Miniii crélacr >«.• déveioppc dau> les massifs inonlagtïWn du /ai/lion(in. Ij3 terrain cénomanien est formé sur une ^M'andc épaisseur par ih'^^ marnes argileuses qui alternent avec des calcaiios presque compactes (1).
Le Gavet y est représenté par les assises argilo-sableuses peu é])aisses.
Le terrain tertiaire montre (juelques traces d'un étage éocène.
Dans toute la région de la Tunisie orientale située au sud de Sfax, les reliefs sont des îlots de crétacé suj)érieur dans une mer quaternaire, clysmienne ou détriti(jue (2).
C'est une énorme accumulation de détritus formés sous Taction des agents atmosphériques.
De Bizerte au golfe de Hammamet régnent des argiles sablonneuses.
Le terrain quaternaire comprend une grande formation détritique, remarquable par une quantité de gypses et de mollusques fossiles terrestres.
Dans le sud , c'est l'étage sévonien qui contribue pour la majeure ])artie, le terrain crétacé formant les principaux reliefs (3).
(1) Les fossiles y sont extrêmement rares.
(2) On ne voit là aucune trace de fossiles marins.
(3) Les fossiles qu'on y rencontre montrent qu'il y a une grande analogie avec les formations correspondantes du sud de la province de Constantine.