LES I.IKI X SAINTS
n J .hliiiirais m silciicf i|ii:iiii| (mil ,. 'Uii|) rii"- r"''T'f< IoiiiImtciiI sur une des lurlics où s'i*l;ilaienl , imliî riianii! cl odieuse dans celle harinonie orientale, une aiTrcusf! |iendulc de f;il)ri(|ue marseillaise cl rim-vilahle cl ciiormo hoile ii inusi(|ue suisse (|U(3 Ton trouve chez la |(lu|»arl des grands seigneurs nuisulnians de la h('"jcnce et (|ui est un des amusements privilégiés des !iairiii>.
» L<' kiaïa élail un hel homme encore jeune, velu d'une am[)le djcbhn (mi soie rose, coillé du luihan ; rien chez lui ni chez ses gens ne rappelait TalTreux costum«î de la M réforme ; » j(» lui en savais gré. Sans la hoile à musi(|ue el la maudlie pendule, nous étions en [ilein Orient.
» Dès ([ue nous fûmes assis, le kiaïa nous demanda des nouvelles du Présid(Mit de la Répul)li<iue, ce (|ui nous surprit fort. Il me témoignait, à moi personnellement, une déférence inusitée dans les mœurs musulmanes ; et, n'y comprenant rien, nous nous jetions à la dérobée des regards étonnés, le kébir et moi.
» Au bout d'un instant, une collation substantielle nous fut servie, et au même moment le fils de notre amphitryon entra ^ amenant un jeune nègre porteur d'un bassin et d'une aiguière qui nous furent présentés pour nous laver les mains.
» Sidi-Ghibani et le kébir firent honneur au repas. Pour moi, les mets épicés et l'absence de propreté des préparations culinaires chez les indigènes m'ont toujours, malgré l'habitude, inspiré une répugnance invincible qui ne m'a jamais permis de manger beaucoup ni chez les musulmans, ni chez
les israélites; le cafr, luMireiisemenI, me sauvait. (Iclui «lu kiaïa cM.iil du |mr moka; on nous dit (jue c/élail un don de rim.in de Mascale au clieik-ulislam de Kairouaii , «lui avait l)ien voulu en offrir une petite pari au kiaïa. Vérité ou menson^^e, il était ex(|uis.
j) Sidi-Ghibani fit observer (|iril «Hait t»Mnps de visiter la ville. Nous nous levâmes.
)) Ce n'est pas aussi facile que vous le pensez, répondit le kiaïa; rependant je tiens à ce que Madame ne nous quitte point mécontente ; je vous accompagnerai donc; mais, je vous en prie, fermez l'oreille aux propos malséants (jue vous pourriez entendre, feignez de ne point les comprendre. La population de Kairouan n'est guère maniable, et mes fonctions ne sont pas aussi agréables qu'on pourrait le croire. Nous marcherons rapidement et nous ne nous arrêterons nulle part. Où voulez-vous aller?
» — Partout ! répliquai-je.
» Il sourit, et, comme nous étions dans la cour, il appela un hache-amhas ou hachc-chnouch (l) et lui murmura mystérieusement quelques mots à l'oreille. Le regard du bache-ambas glissa sur moi avec une curiosité timide; puis il fit signe à une dizaine de ses subordonnés qui aussitôt quittèrent ensemble la maison.
» Quelques minutes après , nous sortîmes à notre tour en bon ordre, le kiaïa, son fils, le cheik, le lieutenant, Sidi- Chibani, le kébir et moi, précédés seulement de deux ambas. »
(l) AmhnSfChaouch, gardien, messager; hache, chef.
LES I.IEDX SAINTS 317
« L;i foiili» (|iii sl.'ilionn.'iil à l.i porlf» à n«ilro onlrrc rivnil pIllliM (ImuiiiK (• (ju l'Ile lui 6 clail arniii;. Ia's ainlia."^ I rcur- Irivnt pour nous frayer passa»,'!'; rll(» se n'forma p(Mi h peu ol nous suivit dans les hazars . on nous conilnisit d'ahonl I(^ kiaia.
» En Enropo , piuir cv\\\ «pii ndnl pas voyagé, le mot liazar, lorsiju'il s'airit »l<* ('(mi\ de villes orienlales , (•vo(|ne ridée de splendeurs et de richesses, et rien n est plus faux en réalité. Les bazars sont simplement des (piarlicrs couverts, dont les mes sont bordées de petites écho[)pes, sans le moindre faste, les marrliands musulmans ne faisant pas d'étala^^e. Ces échoppes n'ont (ju'une uni(pie ouverture; c'est une baie assez semblable à une fenêtre de rez-de-chaussée, mais plus basse. Un carré long avec un appui fort large sert à la fois de comptoir, de table et de siège au marchand. L'acheteur ne pénètre point dans la boutique, il reste dans la rue, et c'est de là qu'il fait ses acquisitions en indiquant les objets qu'il désire et qui sont apportés et déposés par le vendeur sur l'appui qui le sépare de son client.
» Pour sortir de son échoppe, le marchand enjambe cet appui et clôt le magasin par d'épais volets qu'il ferme de l'extérieur.
» Chaque industrie a son bazar spécial, de même qu'elle a pour chef mi amin dont les fonctions ont quelque analogie avec celles de nos syndics actuels et des prévôts des corporations du Moven-Age.
» Les liazars n ont donc absolument rien de gai ni d'élégant, ij'après-inidi , dans les villes de la Tunisie, ils sont prescjiie déserts, tout négociant niusulnian (|m se respecte cessant son trafic vers onze heures et demie du malin. Or, il élail au moins nne heure lorsque nous visitâmes ceux de Kairouan , et il n'y en avait presque |)lus d'ouverts ; cependant la rue des Selliers offrait plus d'animation que les autres ; elle occupe le centre des liazars; les rues transversales viennent y aboutir. Des ouvriers y fal)ri(piaicnt des selles et des harnais vraiment beaux, dont le velours et le maroquin l)rodés d'or étaient les principaux éléments.
» Les principales industries kairouanaises sont la sellerie, la pelleterie, la maroipiincrie et la reliure des beaux manus crits arabes. On y tisse des nattes en sparterie et des tapis. Ses fabriques de babouches et de bottes en fdlaly (Ij sont renommées en raison d'une nuance particulière, chère aux musulMians, et qui tient le milieu entre les couleurs paille et maïs. On prétend qu'elle ne peut s'obtenir qu'à Kairouan.
» Cette ville a quatre portes. Dans l'enceinte fortifiée on compte (juatre soucks, ou marchés bien approvisionnés; du moins le kiaïa nous Taffirma. Il est difficile d'ajouter une foi entière à cette assertion , Kairouan étant éloignée de tout autre centre important et n'ayant que quelques misérables jardins des côtés de l'ouest et du nord, pour satisfaire à sa consommation journalière. Cependant il parait que, grâce à son prestige religieux, Kairouan reçoit quotidiennement des caravanes qui l'alimentent et lui apportent, en outre, toutes
(1) Espèce de maroquin.