‹ Tunisie et TunisiensChapitre 43 sur 48 · I.KS I.IKUX SAINTS :m · texte numérisé non relu

I.KS I.IKUX SAINTS :m

l(>s provtMi.'liKTs (lu sud, ri iiotaiurnciil des daUcs d iiiic (|u:ditr' su|M''ri('un', dnnl h* kiaiii nous avail fait ^{oiiU'r de hoaux ol excrilriils sprcinirii.^.

• Les inan'lirs se li(;iiiieiit sur «Irs places assez vasles, hi(Mi aiMves et fort |)n)|)res. I^'uric dVIJPs est entourée d'arcades éléj^'anles et eoquiîllr'S. Malli(MinMis( fiiciil i\ y inaii(|uc , chose essentielle, une; fontaine. Il n'en existe point une seuh^ dans Kairouan. (]ha(|ue nios(|uée, chaiiue hahitalion, clKuiue établissement puMic (îsl [)ourvu d'une citerne.

)) Ces villes sans lleuve , sans rivière , sans fontaines (;t tout ensoleillées, si i)ro|)res (ju'elles soient, ont une mélancolie que l'on ne s'expli(jue pas dès l'abord et dont, au bout d'un instant , la cause vous est révélée par l'absence de l'eau.

» Si le nombre des établissements relii^neux [)rouve la piété des habitants d'une cité, ceux de Kairouan doivent être trois fois saints; ils possèdent une vingtaine de mosquées et une cinquantaine de sanctuaires, zaouïa et koubbas de marabouts, intra et extra muras,

» La principale mosquée est celle d'Okbah ou djema Kehira: elle est entourée d'un mur très élevé, percé, sur toutes ses faces, de portes dont plusieurs sont ornées de colonnes antiques et de chapiteaux déshonorés par le badigeonnage à la chaux, sous lequel leur élégance primitive se laisse plutôt deviner qu'entrevoir. De près, on n'aperçoit de cette immense mosquée qu'une haute tour carrée à trois étages en retrait et trop massive pour être belle; le minaret est surmonté d'une coupole assez légère. De loin on voit d'autres cou-

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[)ol(\s dans rinlrricMir du (|iKi(liilal(!re forme'' par la muraille.

i> (lommc nous an faisions rapidemtMit le tour, une vicîiilc femme arabe, en |)assanl près de nous, s'arrêta, souleva son voile el, nous re;^^ardanl hien en face et avec un indicible iiir|)ris, se înit à cracher sur le sol en proférant contre nous des malédictions effroyables que je compris trop. Personne n'osa prolester; seulement le kaïa et son entourage nous firent hâter le pas.

» Les historiens arabes et les musulmans contemporains, assez exempts de préjuj^^és pour traiter un tel sujet en présence des infidèles, racontent des merveilles de celte mosquée, dont les splendeurs égaleraient celles des mosquées de l^agdad et de Cordoue. Elle a pourtant subi bien des vicissitudes : Hassan-ben-Noman la fit raser et rebâtir l'an 09 de riiégire (C89); il n'en conserva que le mirab (1) et la kliba i)ar respect pour la mémoire du fondateur. Sous le califat de Hicham-Abd-el-Meleck, de la dynastie des Ommiades, l'an 105 de l'hégire (724), l'édifice fut reconstruit dans des proportions plus vastes. Yezid-Aben-IIatem , gouverneur de l'Afrique , la fit démolir de nouveau et réédifier.

» L'an 205 de l'hégire (820), Ziadet- Allah, fils d'Ibrahim, fondateur de la dynastie des Aglabites, la détruisit pour la troisième fois, fit entourer le mirab et la reconstitua à peu près telle qu'elle est actuellement. On prétend qu'elle renferme cinq cents colonnes en marbre antique , porphyre et granit.

(1) Le mirab est une niche pratiquée dans la muraille, dans la direction de La Mecque ; c'est vers elle que les musulmans se tournent pour prier.

LKS MKIX SAINTS m

» iMal;^M'('' si'S ln''(|inMilrs (leôliiK li()ii>, d .ijjm"» uni: ii()j.iii««- |»n|Mil;iin' , l(Mil(»s les pirrros (|iii conipn^f'iil le sanrliiainî (r()M»;ili sr Sf'niriit posiVs (l'rllcsinrinos à la plarc» (jui leur cl. lit a>M;;in'c, (l.iii^ la |^;ll^L•^: ilt:.^ arrhitoclc.s, »i riiaCUnC «le

ses traiiforinalions.

•) Depuis \\{)[\v i'owvW visite à Kairoiiaii, un vieux njiisiilmnn nous a dit ipic, dans rinlénrm- de celle inoMpiée, les armures d(^s chevaliers chrêlieiis, compa'.Mions du roi saint liouis, (pii onl succombé sous les murs de Tunis, sont érigées en trophées.

» Après celle d'Okhah , la mosiiuce la plus remanpiahle de Kairouan est celle (pii est connue sous le nom de djenui Zéitoun (mos([uée de l'Olivier).

)D Hors de Tenceinle fortifiée de la ville, il existe sept faubourgs. Un puits célèbre, hir El-Emiv (le puits de rÉmir), qui renferme la seule source qui existe dans la cité, a donné son nom à un de ces faubourgs.

» Dans les années de grande sécheresse, la pénurie d'eau est quelquefois extrême; les citernes vides, les habitants n'ont pour s'alimenter que la source de ce puits et l'eau d'une vaste citerne ou {esguia , située à l'extrémité d'un des faubourgs.

» Kairouan, qui fut autrefois la capitale de l'Afrique et la résidence des califes, est bien déchue de son ancienne splendeur. Sa population, considérable alors, ne doit pas, faubourgs compris, s'élever à 12 ou 14,000 âmes. Il est d'ailleurs très difficile d'établir la statistique des habitants des centres musulmans, où, sans cause appréciable et connue,

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des ([iiarlicrs onlicrs srmt drserts cl inlialiilrs ; il on rsl ainsi (le Kairouaii , où, dans la vill(! inùni(i , un noiiiluo assez considi'rahle de maisons loinhenl en mines cl sont abandonnées.

» Une des parlicularilés de Kairouan, c'csl qu'elle n'a jamais sulii l'outrage d*un siège par les chrétiens.

» Au temps de sa gloire, la cité sainte était abondamment pourvue d'eau par un système de réservoirs et de bassins situés à Touest , à quelque distance de l'enceinte, et alimentés par l'oued Merkelil, allluent de l'oued Zeroud.

» Le géographe historien arabe El-Bekri en parle avec admiration :

« En dehors des murs de Kairouan, dit-il, se trouvent » (juatorze réservoirs bâtis par ordre de Hicham et d'autres » princes, afin d'assurer aux habitants une quantité d'eau » suffisante. Le plus grand et le plus utile de ces bassins » est situé auprès de la porte de Tunis et a été construit » par Abou-Ibrahim , fils de Mohamed l'Aglabite. Il est de » forme circulaire et énorme.

» Au centre, s'élève une tour octogone, couronnée par un » pavillon à quatre portes. Une longue série d'arcades cin- » trées , superposées les unes aux autres , vient aboutir au » côté méridional de ce bassin. A l'occident, il v avait un » château édifié par Ziadet-Allah. Immédiatement au nord du » même bassin, s'en trouve un autre, de petite dimension, » nommé El-Fesguia (le Réservoirj , qui reçoit les eaux de

» l;i rivien) et m aiiKirlil la ra|M«lih*. Oiiainl cos cniix li; » n'in|)lissrnl )iis(|irà la liaiilciir d»- dciiv l(»iMjr», rliu» a'ccuuli;iil ') dans l(^ ^M'aiid hassiii |iai une oiivcrliirc apprire Rs-Sarli » (la Drcliaigc). La iMîs^Miia est un oiivraj^'o fiiaLMiifuiiK? cl » d'uiuî coiislriiflion adinJraMc. ()l»eid-Allah, le jJirmiLT des »> kalifcs falirnilcs , disait :

» — J'ai rcinan|iU3 on llVikal deux clioscs aii\<(iir'llf»s rOricnl n'a rien de (*()ni|)aral)l(' : I unu rsL le réservoir qui est à Kairouan, au|)rùs do la |»nrl(; de Tunis, cl l'aulre, le ksar Kl-llahr (le cliàleau du Lac), (|ui >(• trouve «lans la ville de Uekada.

» Celle ville élait loul près de Kairouan ; elle fui fondée en 273 de riiégire [)ar rémir Ibrahini-ljen-Aglah. Ijekri raconte qu'Ibrahim, en proie à de cruelles insomnies, fut engagé par son médecin à faire des promenades à pied. Dès la première, se trouvant fatigué, il s'assit el s'endormit à l'endroit même où il fonda Rckada; ce mot signitie a l'endormeuse. »

» 11 n'existe plus de trace de Rekada, ce (jui prouve l'incurie des Arabes. Pour fanatiques qu'ils soient, leur piété ne va pas jusqu'à chercher à perpétuer le souvenir de leurs hommes illustres el de leurs plus grands bienfaiteurs. Ainsi les tombeaux des émirs aglabites, qui contribuèrent tant à la gloire et à la prospérité de l'Islam, tombent en ruines à deux pas de Kairouan. On en voit les restes au sud-est du réservoir de l'émir Ibrahim. La koubba de Sidi-Shanoun, célèbre théologien musulman, est mieux conservée; il est vrai qu'elle n'a pas deux siècles d'existence. Près de ces tombeaux, mais plus

r;i|)[)rocli("e de la ville, se trouve une fal)ri(juc de salprlro en pleine aelivile.

» Si la [irescriplion i\\\\ intenlit aux chrétiens Tacccs de Kairouan est (|uel(|uef()is éludée, elle est absolument ri^^oureuse pour les juifs, (]ui doivent n'approcher de la ville qu'à une distance de deux kilomètres. Comme les transactions commerciales entre les habitants et les israélites sont fré- (pienlcs, on a assigné à ceux-ci une maison nommée dar EUAman (maison de la Paix), située presque au confluent de rOued-Merkelil et de l'Oued-Zeroud, au nord de Kairouan, et où ils allluent les jours de grand marché; c'est là qu'ils traitent leurs afl'aires avec les négociants kairouanais qui vont les y trouver.

» Entre dar El-Aman et la cité sainte, on voit la zaouïa de Sidi-Sahab, où est enterré le corps d'un des barbiers du Prophète. Deux fois par semaine, les femmes de Kairouan; vêtues à peu près comme celles du sud de la province de Constanline, d'une grande pièce d'étoffe de laine ou de coton noire ou bleue, que l'on nomme mlaffah et qui les enveloppe tout entières, se rendent nu-pieds et processionnellement à ce sanctuaire pour y faire leurs dévotions.

» Chose bizarre, la sainteté de Kairouan, le fanatisme de ses habitants ne sont point un frein au relâchement de leurs mœurs, les plus dissolues de la Régence, assure-t-on, ce qui n'est pas peu dire. L'ivrognerie est le moindre vice de la population fort aisée et même opulente de la ville bénie ; les liqueurs défendues y pénètre sans contrôle.

» A un kilomètre environ de Kairouan, on voit les ruines

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