iJ lUNISlK KT TIJNISIKNS
repasse à plusieurs reprises la Medjerda Jaiis la valln» de hupiellc il (loil rester jus(piV'n vue de Tunis. Dans sa partie supérieure, celte vallée est f<»rl étrcute, sinueuse et ne nian(|ue point de piltorescpie. Mais ce qui sêduil le touriste est loin de plaire à la Con)pa;,Miie de Bùne-Guelnia, (|ui a eu à surmonter des dillii iiltês considérahles pour construire le chemin de fer sur un terrain aussi mouvementé, où Ton ne (piitle un remblai (jue pour s'engager dans une tranchée ou sous un tunnel.
» C'est surtout entre l'Oued-Mougras et Sidi-el-Hemessi que les travaux d'art abondent, (^omme l'Oucd-Zenati, mais plus puissante (|uc celle-ci, la Medjerda suit constamment la voie ferrée (|u'ellc sape sans cesse d'un côté, tandis que de l'autre se produisent de fréquents éboulements. Le remède serait tout trouvé si des galeries protégeant la voie, comme cela existe dans les Alpes, permettaient à la montagne de glisser dans la Medjerda sans obstruer le chemin de fer et de le protéger contre la rivière. En certains endroits, la voie n'est distante que de ^5 à 30 centimètres de la rive (jui tombe à pic sur la Medjerda, et lors des crues de la rivière, la terre mculjlc est rapidement entraînée. De nombreux groupes d'ouvriers travaillent à la consolidation de la voie, qui ne sera en sûreté du côté de la rivière que lorsqu'un mur de soutènement qui existe en quelques endroits sera étendu à tous les points menacés.
» Tout à coup le train s'arrête : un éboulement obstrue la voie, tandis qu'un peu plus loin un pont a été emporté par les inondations de janvier. Il faut franchir par trois fois la
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Medjrnl.i sur 1rs [Kisserrllc:» .ivaiil <!•• |»i)uuiii uyninUv. I.i |)arli(' accessihhî do la vnir. Lr |mmiI m«'lalln|iiiî est encon* là. ^nsaiit dans \r sahir. v[ la \)\\r du nnlicii a ri»' halavrr par I»* COUraiil. L(»is (le II ( iiii^lnirtiiiii du |M)iit, on avait lalilt* .sur 1rs plus Inrics cruos comnu.'s m s'ru r»'IV'raiit aux dinîs dos liahilanls, (''osl-;! diir swi S moires. ••( mi .iv.nl plan'', pour plus de surclc, le tahlicr du ponl ;i 2 uirUcs plus haut. Mais la cruo do ISSlî, di'passanl t(Mil provision, atl<M;^nit I I à 12 inôtros, cl le Ilot, di'liordant par-dossiis lo parapot, '■nl«'va lo ponl (pli, dans sa cliul(;, onlraina la pile du iniliou.
» Imiiirdialonient après U) pont, la voio onlro on liiniH'l, et c'est sous colto sombre voùto à peine ôclairée de loin en loin par cjuelipies fumeuses lanternes, que se fait Temliarcpiement dans le train, montant au milieu d'un tfdiu-bohu causé par le va-et-vient des voyageurs des deux trains et des Arabes cpii se bousculent pour porter les colis et s'accablent d'injures dans l'obscurité. Entin , après trois heures consacrées aux transbordements, le sifflet de la locomotive donne le signal du départ et nous sortons de notre caveau pour Ioniser encore la rive capricieuse de la Medjerba, qui est consolidée par des travaux de maçonnerie. Le passage est étroit et pittoresque aux environs de Sidi-el-Hemessi , et , on passe quatre fois encore la Medjerda entre cette station et Gliardimaou, où se trouvent les douanes française et tunisienne, de fort bonne composition en cet endroit.
» Ghardimaou, premier village tunisien, n'est qu'un ramassis de cabanes en bois, dans le genre des constructions provisoires élevées par les émigrants au Nord-Ouest américain. Le
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coiiforlahlc y est presque inconnu. Un petit bonlj se dresse loul à côté de la gare , (|ui est entourée de palissades en hois.
» A Ghardimaou , les défilés cessent et l'on entre dans la grande et riche vallée (|u'arrose la Medjerda et que bordent, au nord, les montagnes du pays des Khroumirs. Les villages sont rares, mais de temps à autre, on aperçoit les blanches murailles d'une koubba ou d'une zaouia. La plaine est cultivée par une population presque exclusivement indigène, (jui voit de plus en plus dans le protectorat le régime d'ordre et de tranquillité et qui a compris, plus vite qu'en Algérie, quel parti on pouvait tirer des chemins de fer. C'est ainsi qu'à Souk-el-Arba (le marché du mercredi), de nombreux convoyeurs indigènes amènent en gare des sacs de Idé que les Arabes savent fort bien vendre à leur juste valeur. La tranquillité est du reste facile à assurer, et, de Souk-Ahras aux portes de Tunis, il n'y a pour toute garnison, sur le parcours de la voie ferrée, qu'un détachement de zouaves installé à Souk-el-Arba.
» Un peu au-delà de cette station , la Medjerda a encore exercé ses ravages et emporté le pont du chemin de fer, ce (|ui nécessite un nouveau transbordement et une nouvelle perte de temps. Après Béja, la vallée se resserre et se transforme en un défdé assez pittoresque où l'on retrouve encore la Medjerda rongeant ses bords sinueux. En quelques instants on ne franchit pas moins de neuf ponts et plusieurs tunnels. Le lit de la rivière est assez profondément encaissé et parfois la rive se relève presque à pic. A Djedeida, le
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chciiiiii (le frr m* m|mic tl('liniliM:iiiLal »lc l;i McMijenl.'i. Puis, il passo (levant hi lianlo, laisse sur la i^auche le i^rand a(|UO(lnc romain, ('t. après avoir traversé les (»l:irilalion^ d'oliviers (|iii recoinii'ul les iiiaïuelons des ciimiijii:s tle Tunis, fait sou entrée dans le (|uarlirr IVane de la capitale de la Régence.
» Tunis compte environ 125,000 hahilants, en majorité musulmans. Les Juifs sont au nomhrc de 25,000, cliiiïre ipi'allei'.Mient également les Euro[)éens. Ces derniers sont, pour lii plupart , Italiens ou Maltais, et dépassent de beaucoup en nomhre les colons français, dont les intérêts sont pourtant considérables. En Tunisie, le travailleur espagnol devient un oiseau rare, mais on voit apparaître un nouvel élément étranger dans la personne des Grecs que le Levant envoie faire leur petit commerce sur les côtes de la Régence.
» Tunis renferme un quartier franc et un quartier indigène. Le premier est situé sur les bords du lac Baliira, pièce d'eau vaseuse qui communique avec la mer par le chenal de La Goulette. Le quartier renferme de larges rues bordées de trottoirs, de belles et grandes habitations n'ayant absolument rien du style arabe. L'avenue de la Marine , sur laquelle s'élèvent la modeste cathédrale de Tunis et la maison bourgeoise où siège le Résident de France, est destinée à devenir le rendez-vous général des Européens.
» La ville indigène, qui est entourée d'une vieille muraille, présente ce caractère sombre propre aux villes arabes. Là, du moins, la civilisation européenne n'a pas eu le temps de pénétrer, et cette partie de Tunis conserve son cachet
orii^iiicl et ori;^mi;il. On s'y proinônc à travers un drdale de rues torlueuscs et étroites, bordées de maisons t|ni scnililont absolunicnt dépourvues do vie. On y n'inan|ue («'iM-ndant de ^uands balcons en fer f(ir*ié (|iii foiinent une espèce de Ciij^T ;j;rill(''e dans laipicllc se dissimulent les femmes arabes, qui trouvent un élément de distraction dans la contemplation des passants.
» Les musulmanes portent un liaïk, tantôt blanc, tantôt noir, selon leur condition. D'autres ont un grand voile, nullement diapliane, qui leur couvre entièrement la tête et le visage; aussi ces reclues volontaires sont -elles obligées de soulever obli(|uement avec les deux mains cette espèce d'éteignoir, afin d'y voir tant soit peu clair et de pouvoir se diriger elles-mêmes dans la rue. Jamais on n'aperçoit une ligne de leur visage , et leur regard toujours l)aissé vers la terre n'embrasse que le point où elles vont poser le pied.
» Les juives ont un caractère bien différent de leurs coreligionnaires d'Algérie. Ce qui frappe le plus, c'est de leur voir porler des pantalons collants de toute couleur d'un effet absolument disgracieux sur leurs volumineuses personnes. Passe un certain âge de jeunesse, les juives sont pour la plupart sujettes à l'éléphantiasis et atteignent une rotondité extraordinaire, ce qui leur enlève toute grâce dans leur démarcbe.
» On dit cependant que cet état de prospérité est très goûté dans le pays et que, plus une femme a de poids, plus elle est estimée par les naturels. C'est là une question de goût. Sur la tête, les juives portent ce qu'on appelle improprement un casque, et qui n'est autre chose qu'un grand cornet doré